La lutte continue au Frite Alors

Le 26 aout dernier, les employé.es du Frite Alors Rachel à Montréal annonçaient publiquement leur adhésion au Syndicat Industriel des Travailleurs et Travailleuses (SITT-IWW). Leurs revendications étaient simples. Augmentations du salaire de base en cuisine et au service, augmentations salariales annuelles, le droit à un pourcentage des ventes, une compensation pour les shifts sur appel, des journées de maladie, une formation polyvalente, l’ouverture des postes en priorité à l’interne et un minimum d’heures garanties.

Face à ces demandes, la partie patronale réagissait avec la stratégie de la carotte et du bâton. Alors que d’une main elle accordait les augmentations de salaires en cuisine, vaine tentative de diviser pour mieux régner, de l’autre, moins de 5 jours après la sortie publique du syndicat, elle congédiait Morgane, une employée syndiquée. Erreur stratégique de leur part puisqu’à peine 2 heures plus tard, le restaurant était envahi par les membres de la section locale des IWW à Montréal qui exigeaient la réembauche de leur camarade et l’ouverture des négociations. Le wobblies moyen a beau être d’un naturel plutôt jovial, surtout lorsqu’on lui offre la chance de se dégourdir les jambes dans une action ou une manifestation, 30 wobblies chantant, scandant et riant en alternant les pauses cigarettes restent néanmoins le genre de décor que le tenancier moyen essaie d’éviter à ses clients. Après une heure d’occupation, le SITT-IWW obtenait gain de cause. La camarade reprenait son emploi sans modification à son salaire ou à son horaire et des négociations s’ouvraient dès la semaine suivante.

Cette stratégie de la carotte et du bâton semble pourtant être restée la norme pour l’administration de Frite Alors. Tandis que les premières demandes commençaient à être débattues, en apparence avec ouverture d’esprit, elle retira le droit acquis des salarié.es à se faire remplacer par d’ancien.nes employé.es La mesure fut instaurée dès qu’un ancien travailleur refusa d’effectuer un remplacement sous le seuil du nouveau salaire en vigueur. Félix Vincent, l’employé en question, explique son geste : « L’important pour moi n’était pas le salaire en tant que tel. Sur les quelques 15 heures travaillées, l’augmentation représentait environ 11,25$. Je crois d’abord que si j’acceptais de faire le travail que les syndiqués font pour un salaire moindre, mon action aurait pour impact d’affaiblir la position du syndicat. Il y avait aussi là une question de dignité, ne valais-je pas au moins autant que des collègues ayant une ancienneté et une qualité de travail sensiblement équivalente à la mienne? » . Accompagné de Richard-Alexandre Laniel, membre de la section locale du SITT-IWW de même que de l’Association des Juristes Progressistes, les syndiqué.es réussirent dès la rencontre de négociation suivante à faire invalidé cette mesure parfaitement illégale.

 

Si les négociations s’étirent depuis maintenant un peu plus de deux mois, il ne faudrait pas penser que les membres du Syndicat des Travailleurs et Travailleuses restent les bras croisés à attendre le dénouement. Mentionnons d’emblée qu’au SITT-IWW, les salarié.es font partie intégrante du processus de négociation. De manière à éviter qu’un quelconque conseillé grassement payé enfonce dans la gorge des salarié.es un contrat négocié plus ou moins à l’amiable, ce sont les syndiqué.es eux et elles-mêmes qui sont assis.es à la table de négociation. En plus de s’occuper des négociation, ils et elles participèrent à de nombreuses manifestations comme la marche organisée par la section locale de Montréal pour dénoncer la « Fête » du Travail en septembre ou celle pour le 15$/heure en octobre, en plus de multiplier les entrevues avec les journaux locaux et les séances d’affichage. Ces nombreuses actions de visibilité ont fait en sorte que depuis le début de la campagne, les supports au Syndicat des Travailleurs et Travailleuses du Frite Alors se multiplient. Alors que nombre d’ancien.nes employé.es envoient des images d’eux et elles avec une pancarte « Je supporte les travailleurs et travailleuses du Frite Alors Rachel », des clients solidaires et fiers de manger un repas de fabrication syndicale postent sur Facebook des selfies avec des mots de supports. Mentionnons aussi les capsules vidéos réalisées par Normand Baillargeon, Manon Massé, Amir Khadir et Alain Deneault affichant ouvertement leur support à la campagne d’organisation en cours.

 

En date de rédaction, le STTFA venait d’organiser une soirée de solidarité dans le quartier Centre-Sud, à laquelle près d’une centaine de personnes participèrent, tandis que de l’autre coté de l’Atlantique la section CNT Interpro VilleFranche, affiliée à la Confédération Nationale du Travail de France, appelait au boycott des deux restaurants Frite Alors situés à Lyon jusqu’à ce que toute forme de répression contre les syndiqué.es de Montréal ait cessé.

 

 

« L’IWW est un mouvement salutaire pour le mouvement des travailleurs et la conscience de classe. C’est un mouvement qui retourne au source de l’action syndicale en restituant ce qui est au fondement de l’organisation des travailleurs, soit le rapport de force. » –Alain Deneault

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