L’absurdité du monde: Les médias

Aujourd’hui, avec un thème comme les outils de communication que possède le mouvement ouvrier, j’ai décidé de vous parler de ce qui se passe de l’autre côté de la barricade. C’est-à-dire des outils de communications que possède la classe dominante et j’ai nommé les médias de masse. Vous savez, ces grands médias qui se drapent de la vertu du journalisme professionnel et de sa pseudo-neutralité. On se fait répéter à tort et à travers que les médias font une bonne job, qu’ils sont neutres, qu’ils servent à informer le public etc.

Commençons par le nœud du problème. La vaste majorité des médias de masse ont deux sources principales de financement : l‘état et la publicité. L’état, en plus de financer ses propres médias comme Radio-Canada et Télé-Québec, offrent plusieurs subventions aux créateurs de contenu culturel et médiatique. Jusqu’ici, on peut comprendre la logique. D‘ailleurs on peut considérer qu’actuellement les médias d’État sont parmi les plus objectifs dans notre société. Mais encore, ça n’empêche pas les différents gouvernements qui se succèdent de jouer avec le financement de ces médias au gré de leurs intérêts. On a pu facilement le voir avec Stephen Harper qui coupait constamment le financement de Radio-Canada, considéré comme trop indépendant du pouvoir. De là à considérer que ces médias sont impartiaux, ce serait comme croire que l’État l’est également et qu’il ne travaille que pour le bien-être de ces citoyens. Bref, ce serait se mettre un doigt dans l’œil. Peut-on vraiment penser que ces sociétés sont complètements indépendantes du gouvernement qui les finance, qui nomme leur conseil d’administration, qui nomme la haute direction etc. ? Et bien évidemment, non.

L’autre source de financement de ces médias, c’est les revenus publicitaires. Dans le privé, ce sont la majorité des revenus. C’est donc en toute logique qu’on peut affirmer que les médias privés doivent réussir à vendre de la pub pour être rentable. Par conséquent, on peut déjà se demander si la mission d’un média d’informer le public ne rentre pas en contradiction avec son obligation de vendre de la pub pour survivre. Encore une fois, c’est évident. À partir de ce moment-là, comment peut-on distinguer un média traditionnel d’une agence de pub ? Et bien je ne crois pas que cette distinction existe. Ces médias privés, et donc, à but lucratif, n’existent que pour enrichir leurs investisseurs, comme toute entreprise privée. Par conséquent, le réel objectif des médias devient de vendre de la publicité, parce que c’est ça qui paie. Comment peut-on croire que des médias peuvent être neutres s’ils sont soumis aux aléas du marché ? Quel média va enquêter sur les magouilles d’une compagnie qui est aussi un grand commanditaire ? Poser la question c’est un peu y répondre.

Cet été, je suis allé faire un tour sur la ligne de piquetage des employés de Bérubé Chevrolet à Rivière-Du-Loup. Un peu moins d’une dizaine de mécaniciens y sont en lock-out depuis juillet 2016 et ça continue. Ces travailleurs nous expliquaient qu’ils n’avaient aucun exposure médiatique dans les médias locaux ; c’est comme s’ils n’existaient pas. Peut-on croire que c’est un hasard si Bérubé Chevrolet est également un gros acheteur de pubs dans les médias locaux ? Et bien non, il n’y a pas de hasard à ce niveau. Quel média cracherait sur des milliers de dollars en revenus pour une dizaine de travailleurs en lock-out ? Qu’en est-il de l’information publique ? Toutes des questions auxquelles nous n’aurons jamais les réponses, mais on peut se douter ici qu’il y a un conflit d’intérêt assez marqué.

Autre anecdote loufoque. J’ai écouté l’émission Les Chefs récemment sur Tou.tv. Donc un média d’état lié à Radio-Canada. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, c’est une espèce de télé-réalité dans laquelle différents apprentis chefs-cuisiniers se font la lutte pour gagner différents prix. Bref, un espèce de concours de cuisine télévisé. Eh bien, comme si ce n’était pas assez du nombre de publicités entre les différents segments de l’émission (à ce niveau, laissez-moi vous dire que ç’a beaucoup évolué depuis l’ouverture de Tou.tv. Maintenant, c’est rendu que la pub prend au moins autant de place qu’à la télévision). En plus de ces pubs, l’émission nous présente régulièrement ses différents commanditaires : que ce soit avec du placement de produits du genre « Vous devez ajouter un café Nespresso à votre plat » ou encore « Les producteurs acéricoles du Québec offriront une bourse de 1000$ au gagnant du défi, d’ailleurs m’sieur le juge, il est vrai qu’on peut consommer l’eau d’érable ? Tout à fait, c’est très désaltérant, c’est parfait pour les sportifs et blablabla ». Vous voyez le genre. Et ça, c’est à la télévision publique, imaginez maintenant dans le privé. Parfois, il est de mise de se demander si ce qu’on regarde tient d’avantage de l’infopub ou du contenu médiatique. Dans tout ça, qu’en est-il du droit du public à l’information neutre et objective ?

Une autre chose qu’il faut regarder, c’est qui possède ces fameux médias. Quand on regarde de plus près, on se rend compte, que la vaste majorité des gros médias privés appartienne à des patrons de multinationales et autres gros conglomérats. Pourquoi pensez-vous que ces gens veulent posséder des médias ? Pour la simple rentabilité de ceux-ci ou parce que contrôler l’information que le public reçoit, ça rend pas mal plus puissant ? Encore une fois, poser la question, c’est un peu y répondre. Ces conglomérats et leurs dirigeants ont des intérêts à défendre, c’est évident. Par conséquent, peut-on penser, par exemple, sur le sujet du syndicalisme, que les médias vont avoir un regard neutre lors d’un conflit de travail d’une de leurs filiales ? Québécor, ça vous dit quelque chose ? Aussi et plus largement, quand on pense qu’un homme comme Paul Desmarais, qui possède La Presse en plus de centaines d’autres entreprises, va par exemple laisser ses journalistes couvrir un mouvement qui va à l’encontre de ses intérêts patronaux de manière neutre et objective ? Peut-on penser que lorsque Pier-Karl Péladeau, alias « En Français », se présentait aux élections, TVA et le Journal de Montréal le traitaient comme n’importe quel politicien ? Le droit du public à l’information qu’ils disaient…

Dans le même ordre d’idées, il y a aussi la convergence, qui est l’idée de regrouper sous une même entreprise différentes entités médiatiques, culturelles, publicitaires qui travaillent dans le même sens. Un processus particulièrement bien appliqué chez Québécor, qui possède des journaux, des revues, des chaînes de télévision, un câblodistributeur, des maisons d’édition, des maisons de production, des magasins de livres et de musique, des distributeurs et alouette. Dans un cadre comme celui-là, pensez-vous sérieusement que la personne qui critique le dernier livre des Éditions de l’Homme (by the way quel nom de merde) pour la revue 7 jours va nous dire que le livre était de la marde ? Pensez-vous que le chroniqueur télé du Journal de Montréal va nous dire que la programmation de TVA c’est de la marde ? Pensez-vous que les émissions de TVA vont nous présenter de la même façon un film produit par Québécor qu’un film produit par un concurrent ? On pourrait continuer comme ça bien longtemps. Au moins, on sait maintenant que le droit à l’information du public est ce qui prime chez les médias de Québécor, et surtout pas l’enrichissement de ses actionnaires, tsé.

Malgré tout ça, on ne peut nier que certains journalistes font leur job avec beaucoup d’intégrité et essaient sincèrement d’informer le public. C’est un fait. Par contre, peut-on réellement prétendre à la neutralité et à l’objectivité dans une société comme la nôtre ? Je ne crois pas. C’est pourquoi je vais souvent préférer une personne qui va nous dire à l’avance où elle campe qu’une personne prétendant être complètement objective. Parce qu’on ne peut pas dire qu’un journaliste ne sera pas influencé dans sa couverture par ses  opinions politiques, ses valeurs, son éducation, son appartenance de classe, son réseau social. Par exemple, si un journaliste traite du dossier d’une grève dans une entreprise et qu’il va voir la partie patronale qui lui envoie un porte-parole spécialisé dans les communications publiques et travaillant à temps plein dans ce milieu vs. le syndicat qui lui envoie un travailleur en grève qui ne connaît rien aux entrevues journalistiques, eh bien c’est évident qu’il trouvera plus crédible le professionnel des relations publiques. De la même façon, les médias privés fonctionnent comme n’importe quelle autre entreprise : on veut du rendement. Est-ce qu’un journaliste, mettons comme Philippe Tesceira-Lessard de La Presse, va avoir le temps de faire une bonne recherche et de contacter toutes les parties en action sur l’un de ses sujets, mettons comme la montée de la violence d’extrême gauche, et de produire un article qui ne tourne pas les coins ronds, ou est-il obligé de sortir 3-4 articles par jour pour satisfaire son patron qui veut de la productivité ? On peut donc se demander si notre Philippe ne va pas seulement prendre ce que la police lui donne comme information pour du cash et faire une petite recherche internet pour pondre un texte de 2000 mots sur la question sans trop se compliquer la tâche ? Au final, ne servira-t-il pas tout simplement à faire une job de bras pour mettre la table de la répression à venir à l’aube du G7 de Charlevoix, tout en produisant un article sensationnel qui va plaire à son patron ? Le droit du public à l’information qu’ils disaient…

En terminant, dites-vous bien que malgré les meilleures intentions du monde de la part d’un journaliste, avant que son texte ne soit publié, il devra passer par une révision, sera lu par une équipe de cadre du journal, sera placé dans ledit journal à un endroit que les cadres décideront selon l’importance qu’ils veulent bien accorder à la nouvelle, sera potentiellement placé près d’une pub qui va avoir un caractère complémentaire, des parties en seront modifiées et probablement le titre également. Dans ces conditions, dire que les médias sont neutres et objectifs tient d’avantage du mensonge éhonté que de la vérité. La réponse se trouve dans la création de médias autonomes et dans le retrait du médiatique des aléas du marché. Bref, nous aurons droit à une information publique de qualité le jour où nous déciderons de sortir du capitalisme. Et ça, ça s’appelle une révolution.

Source: Action en direct
Crédit photo: http://outnewsglobal.com
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