Retour des grèves en enseignement aux États-Unis

Retour sur les événements de l’an dernier

Lancé le 22 février 2018 par les enseignants et enseignantes du niveau secondaire de West Virginia, le mouvement de grève de 2018 s’est étendu au corps professoral des États d’Oklahoma, d’Arizona, du Kentucky, de North Carolina, du Colorado, de Washington, New-York et d’Illinois. Bien que les vagues de grèves aient été plus petites dans ces 4 derniers États, elles ont néanmoins permis au mouvement de sortir des limites du métier pour aller chercher les professeur.es associé.es de la Virginia Commowealth University et les chauffeur.es d’autobus scolaires de Georgie.

Alors que la Maison Blanche se bornait à répéter ne pas avoir d’argent dû aux coûts des pensions de vieillesses (un discours qui nous rappelle quelque chose?), les demandes des enseignants et enseignantes étaient claires: de meilleures conditions de travail et un plus grand financement en éducation. Or, comme à chaque fois que le patronat ou l’État refuse de délier les cordons de la bourse (qui se remplie à même le travail que nous faisons et les impôts que nous payons), il ne suffit que de brasser un peu la cage pour finalement réaliser que de l’argent s’y trouvait effectivement. Les gains furent massifs: réinvestissement en éducation via la taxe sur le tabac, augmentation des salaires de 5% à 25% et augmentation du salaire des employé.es de soutien ne sont que quelques-uns des gains effectués en 2018.

 

Los Angeles, Denver et Oakland relancent le bal!

Or le mouvement qui semblait s’être essoufflé depuis le mois de mai vient de réapparaitre sur le radar, cette fois via le Los Angeles Teacher Union, la Oakland Education Association (Californie) et le Denver Teacher Union (Colorado). Que demandent-ils et elles? La même chose que tout le monde! Une augmentation dans le financement des institutions afin d’offrir un environnement d’apprentissage sans moisissure et où chaque élève pourra se vanter d’avoir une chaise et un pupitre où travailler et les livres nécessaires à son apprentissage. Des conditions de travail décentes pour un métier qui peine à garder ses travailleurs et travailleuses et où la stabilité des employé.es est plus que nécessaire pour le bien-être des principaux intéressé.es: les enfants et les adolescent.es. Alors qu’au Québec c’est un.e enseignant.e sur 5 qui abandonne avant sa 5e année de carrière, aux États-Unis on parle d’un taux d’abandon définitif de 8% chaque année, toutes anciennetés confondues.

Comme dans de trop nombreux syndicats américains et canadiens, l’un des principaux obstacles auquel ont fait face les enseignants et enseignantes du sud de la frontière était la tiédeur du leadership syndical qui, on le sait, bien qu’élu pour représenter leurs membres, développe assez vite le complexe de ceux et celles qui savent mieux que les autres. Ces exécutant.es ne croient pas en la combativité de leurs membres et quand bien même qu’ils y croiraient, ils et elles ne croient pas non plus que combattre puisse amener quoi que ce soit, vaut mieux éviter le pire et demander le minimum. La grève des enseignant.es de Los Angeles, coït interrompu après 6 jours, en est un bon exemple. Ainsi, si la centrale et le corps enseignant qu’elle représente peuvent se réjouir d’avoir obtenu une augmentation de salaire de 6%, une diminution de la taille des classes et l’embauche de bibliothécaire et d’infirmer.es supplémentaire, la section commentaires de la page facebook de l’UTLA présente un goût amer. On reproche principalement à la centrale son mode de scrutin en ligne qui, n’ayant été ouvert que quelques heures, a empêché des milliers d’enseignants de participer au vote sur la ratification de l’entente. Rappelons que si le 6% d’augmentation n’est pas anodin, l’Arizona et la Virginie ont vu leur salaire augmenté de 20 et 25% suite aux moyens de pression effectués en 2018. Pourquoi le leadership de l’UTLA s’est-il borné à un maigre 6%? Mystère et boule de gomme.

 

Inutile de le souligner, le problème avec ce manque de vision de la part du leadership syndical est que cela crée un nouveau standard qui dépasse les limites de la convention ou du lieu de travail. Chaque fois qu’un syndicat accepte une entente à rabais, voir le statu quo ou pire encore ‘’un moindre recul’’ comme nous commençons à en avoir l’habitude au Québec, c’est un pas de plus vers la normalisation des défaites. Une accentuation de la pente à grimper pour ceux et celles qui voudraient plus. D’autant plus que pendant que nous émoussons nos armes, l’État continue d’affuter les siennes. Alors que le Québec commence à découvrir que les lois spéciales sont de moins en moins spéciales, les salarié.es de l’État d’Oklahoma doivent déjà préparer leur prochaine bataille alors que vient d’être déposé un projet de loi visant à criminaliser les enseignant.es qui voudrait en découdre avec leur sénateur. An injury to one is an injury to all, a manque de combativité to one is a manque de combativité to all.

En dépit de la lâcheté de certains leaders syndicaux et de la répression des leaders politiques, ce que les enseignants et enseignantes des États-Unis ont réussi à prouver est qu’il est encore possible de s’organiser avec ses collègues. Qu’il est possible de le faire localement s’en se soucier d’une centrale inerte en organisant un walk-out totalement illégal, mais parfaitement légitime, comme il est possible de reprendre le contrôle de ses assemblés et d’amener son syndicat à reprendre le rôle qui lui revient historiquement: Celui de s’assurer non seulement de notre bien-être en tant que salarié.es, mais aussi celui de porter un projet de société plus grand pour tous et toutes.

 

Solidarité,

Mathieu Stakh.

Crédit photo: thenation.com

 

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