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Sur la road avec les Union Thugs

Salut, je me présente, je suis chanteur au sein du groupe de musique Union Thugs et membre de l’IWW-Montréal depuis 2013. Cela fait maintenant 2 ans que nous avons décidé de lancer un projet qui comblerait à la fois notre soif syndicale de justice sociale et notre passion pour la musique. Ainsi est né le projet du groupe Union Thugs, un groupe de musique militant pour la fin des inégalités sociales et pour un syndicalisme révolutionnaire. En deux années, nous comptons environ 80 concerts un peu partout en Ontario et au Québec, à la fois en formule acoustique ou électrique, sur des piquets de grève, dans des actions syndicales, des shows dont les profits sont destinés à des camarades judiciarisé.e.s, des fêtes d’enfants, des festivals punks, des concerts sauvages sur des terrains vagues, etc.

Du 11 au 15 janvier dernier, nous étions sur la route en Ontario pour ce que nous avons surnommé le « Back to Work Tour » en référence à la loi spéciale imposée par Trudeau et son gouvernement aux travailleuses et travailleurs des postes qui avaient commencé une série de moyens de pression, dont des grèves rotatives. C’est donc avec un maximum de 14, et un minimum de 9 wobblies[1] que nous avons écumé les routes ontariennes entre Ottawa, Sudbury, Hamilton et Toronto. Voici un court récit de cette petite tournée.

Ottawa

C’est par un vendredi après-midi plutôt frisquet que nous prenons la route en direction d’Ottawa pour le premier concert de la tournée. Une partie d’entre-nous décide de faire un petit détour sur la route pour arrêter sur le piquet de grève des travailleuses et travailleurs de Baxtrom’s Your Independent Grocer à Cornwall. Sur place, on y rencontre une quinzaine de grévistes affiliés à l’UFCW Canada Local 1006A[2] qui font du piquetage devant le supermarché par une température des plus inhospitalières. Leur patron, un franchisé de la compagnie Loblaws (qui possède au Québec les épiceries Maxi et Provigo), voulait leur imposer un long contrat de travail avec des peanuts en terme de conditions salariales. C’est pourquoi les employé-e-s du supermarché se sont mis.es en grève le 23 novembre dernier et sont sur le trottoir depuis.

Nous reprenons la route vers Ottawa où nous foulerons la scène du Cafe Dekcuf dans lequel un petit concert en mode folk syndical a été organisé par nos camarades de la branche de l’IWW Ottawa-Outaouais. Pour l’occasion, nous sommes accompagné.e.s par les artistes et syndicalistes The Ashton Starr, Meredith Moon ainsi que le groupe The Apparatchiks. Nous passons une super soirée durant laquelle nous rencontrons aussi plusieurs membres du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP-CUPW). Une soirée comme on les aime où syndicalisme et folklore ouvrier se mélangent si bien. On remercie Aalya ainsi que Mike pour l’hébergement ainsi que les belles discussions de fin de soirée.

Sudbury

Le matin du 12 janvier, après un bon petit-déjeuner, nous reprenons la route, cette fois, en direction Nord-Ouest, puisque nous nous dirigeons vers la ville de Sudbury. Le Nord de l’Ontario compte plusieurs bastions ouvriers où les wobblies ont eu une grande influence sur la tradition syndicale de par leur présence entre les années 1910 et 1940. Sudbury fait partie du lot, la ville étant reconnue pour ses gisements de Nickel l’est également pour sa communauté franco-ontarienne ainsi que son mouvement syndical combatif avec à l’avant plan, les United Steelworkers (USW)[3]. C’est donc un honneur pour nous de jouer dans l’un des bastions ouvriers de la province.

Cette fois, une conférence d’introduction au syndicalisme version IWW est à l’horaire (merci au Comité d’organisation régional canadien des IWW (CANROC) pour le soutien). Nous en profitons pour rencontrer quelques nouveaux membres du syndicat à Sudbury qui travaillent actuellement à la création d’une branche dans leur coin de pays. Par la suite, nous sommes le seul groupe au menu de la soirée au bar The Asylum. Si ce n’est pas le concert le plus populeux de la tournée, inutile de dire que nous en profitons pour faire la fête et la plupart de nos chansons en deux sets.

Hamilton

Nous quittons Sudbury en direction d’un autre bastion ouvrier de l’Ontario, la ville de Hamilton que nous surnommons également « The Hammer ». Si c’était notre premier concert à vie à Sudbury, nous sommes en revanche des habitué.e.s de Hamilton. En effet, c’est la ville, à l’extérieur de Montréal où les Union Thugs ont joué le plus souvent. Ce dimanche 13 janvier, ce sera notre 4e concert dans cette municipalité d’un peu plus de 500 000 habitant.e.s reconnue pour son industrie lourde en bordure du Lac Ontario. Le « Hammer », c’est un peu la maison. C’est qu’il existe de nombreux liens entre Montréal et Hamilton, et pas seulement à cause des Bulldogs, l’ancien club-école des Canadiens de Montréal. En effet, que ce soit via la scène musicale dans laquelle les deux villes s’échangent régulièrement des groupes de musique ou encore via le syndicalisme, la branche montréalaise des IWW a beaucoup aidé au lancement de la branche de Hamilton.

C’est d’ailleurs l’IWW-Hamilton, qui fait l’actualité avec ses blocages réguliers en solidarité avec les travailleurs et travailleuses des postes, qui organise le concert de ce soir-là. Pour l’occasion, nous sommes accompagnés du rappeur local Lee Reed pour mettre le feu à la Tower, l’espace social anarchiste de la ville. Nous avions déjà joué un concert d’urgence à la Tower, mais l’espace a déménagé depuis. Toujours aussi propre (c’est assez impressionnant), l’espace accueille pour l’occasion une bonne soixantaine de spectateurs pour le concert. Nous passons une excellente soirée encore une fois et les wobblies locaux nous apprennent que plusieurs nouveaux visages étaient sur place pour le concert. Un beau succès signé IWW-Hamilton. Nous en profitons pour remercier spécialement les fellow workers Erin, Dan et Lee Reed pour cette excellente soirée.

Toronto

Nous finissons notre visite à Hamilton par un peu de tourisme (non-militant) en visitant le premier Tim Horton’s. Nous reprenons ainsi la route en direction de Toronto, située à environ 1h de voiture, si on exclut les embouteillages (par contre, les embouteillages, eux, ne nous ont pas exclu.e.s). C’est la dernière ville de notre itinéraire, où nous nous produirons lors des deux prochains soirs. On commence donc avec un petit concert folk qui a lieu à The Arcade, un bloc appartement peuplé de musiciens qui ont décidé de faire de leur salon une petite salle de concert. C’est la deuxième fois que nous y passons et comme d’habitude, nous sommes comblé.e.s par l’accueil. Un repas est préparé et tout le monde peut se servir, ce qui apporte une belle touche communautaire aux concerts organisés en ce lieu. Pour l’occasion, nous sommes accompagnés des artistes Meredith Moon (que nous sommes bien heureux.ses de retrouver suite au concert d’Ottawa), du groupe indie-folk Terrastray et bien entendu, de nos bon.ne.s ami.e.s du groupe folk-punk Stinkbox, l’un des groupes qu’on pourrait qualifier de « frère » des Union Thugs. Une autre belle soirée dans la Ville-Reine, gracieuseté de Meredith, Katt, Beej et des gens qui habitent à The Arcade.

Le lendemain, mardi 15 janvier, c’est déjà l’heure du dernier concert de la tournée. Nous en profitons pour s’organiser un petit souper collectif, l’occasion d’un bilan de la semaine, avec les personnes qui ont fait la route avec nous (nous sommes à ce moment 9, soit les 6 membres des Union Thugs et 3 personnes qui nous accompagnent). Nous nous produisons ce soir-là au Bovine Sex Club, qui, comme son nom ne l’indique pas, est un bar-specatcle punk. Pour l’occasion, nous sommes accompagné.e.s de Morel (folk-punk) et des Wretched Fools (punk). Nous en profitons pour donner un gros concert en mode électrique (le seul de la tournée) et l’ambiance tourne rapidement à la fête dans la salle qui est bien remplie. Encore une maudite belle soirée!

Pour l’occasion, et comme tout au long de la tournée, Vanessa, qui nous accompagne, en profite pour installer une table où est offert du matériel de réduction des méfaits avec du matériel stérile, des condoms, et du matériel pour consommer sécuritairement. Nous en profitons pour la remercier ainsi que l’AQPSUD de nous avoir permis de tourner avec du matériel comme celui-là, du matériel qui ultimement, sert à sauver des vies.

Conclusion

Dès le lendemain matin, nous quittons la Ville-Reine en direction de notre chère ville de Montréal. Ce sera l’occasion de prendre le temps de s’arrêter un peu sur la route. Nous en profitons pour repasser sur la ligne de piquetage du supermarché Baxtrom’s, cette fois, avec un peu plus de gens que lors du premier arrêt. Ce que nous retenons, c’est surtout que des gens qui veulent se battre contre l’exploitation et pour survivre au travail ou dans les quartiers, il y en a partout. Nous devons multiplier les échanges et les solidarités au fil des rencontres. Les Union Thugs se veulent justement une façon de multiplier les contacts entre ces gens qui veulent se battre. N’hésitez surtout pas à nous contacter si vous désirez organiser un concert du groupe dans votre coin, nous sommes toujours partant.e.s pour des soirées où on échange sur le syndicalisme et les luttes sociales, le tout avec un peu de musique.

Éric Sédition

[1] Membres du Syndicat Industriel des Travailleuses et Travailleurs (SITT-IWW). L’origine du surnom « wobbly » demeure nébuleux.
[2] United Food and Commercial Workers, mieux connus au Québec sous le nom de Travailleurs Unis de l’Alimentation et du Commerce (TUAC).
[3] Mieux connus au Québec sous le nom de Syndicat des Métallos.

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