Grève des loyers

Alors que le mouvement de grève des loyers semble une certitude dans plusieurs grandes villes Nord-Américaines comme Toronto, Montréal, d’habitude si à gauche, semble avoir de la difficulté à ajuster ses violons. Ce n’est pas parce que la nécessité s’y fait moins sentir. Bien au contraire. Ce matin le journal le Devoir révélait que la moitié des travailleurs et travailleuses dispose de moins d’un mois de coussin financier et que pour la moitié d’entre eux et elles il ne s’agit que d’une petite semaine avant d’être complètement à sec. C’est dans ce contexte que diverses voies se font entendre afin de régler la pressante question du loyer du 1er avril.

L’équipe de communication du SITT-IWW Montréal offre ici la parole à Tim, Chloé et Alex et Sarah. La première est de Tim dont la réflexion a été partagé sur le groupe RentStrike\Grève des loyers Montreal, qui comptent près de 3500 membres. Un récent sondage partagé sur le groupe montre que près de 20% d’entre eux et elles feront la grève coûte que coûte et qu’un 55% supplémentaires se posent des questions, mais aimerait beaucoup y participer. Suite à l’annonce à l’interne que nous allions faire paraître cet article, deux membres ont voulu ajouter leur grain de sel. Chloé, anciennement au Comité Bails Hochelaga-Maisoneuve, travaillant actuellement dans l’événementiel et en faveur d’une ligne plus combative et Alex et Sarah sont salarié.es dans des Comités logement et militant.es de longue date pour le droit au logement. Il.les partagent avec nous comment les choses se vivent à l’interne pour les organismes de leurs réseaux.

Réflexion sur RentStrike/ Grève des loyer – Montréal
Tim, voix active au sein du mouvement pour la grève des loyers aux États-Unis

Je vois passer de nombreux appels à la grève des loyers de la part de gens qui n’ont jamais organisé de mouvements de locataires et qui ne sont pas impliqués dans les efforts locaux et nationaux pour mettre en place de telles organisations.

D’un côté, c’est une forme de dangereux amateurisme; les adeptes de la spontanéité aiment à croire que « si nous formulons des revendications et que les gens les soutiennent, tout finira par se mettre en place ». C’est du suicide, et c’est le fruit d’une certaine tendance de gauche trop paresseuse pour mettre sur pied les organisations nécessaires à la lutte dans les périodes de ressac entre les moments de crise.

Voici ce qui fait qu’une lutte est victorieuse : un large soutien de nos communautés, des relations de confiance prééxistantes entre les grévistes, des fonds pour soutenir la grève, et une stratégie. Pour le moment, rien de cela n’est en place dans la « grève des loyers 2020 ».

D’un autre côté, les locataires ne pourront pas payer des sommes qu’illes ne possèdent pas. La plupart des locataires ne paieront pas leurs proprios le mois prochain non pas du fait de croyances idéologiques mais parce qu’illes n’ont pas de cash. En ce sens, nous sommes en présence d’un mouvement spontané, créé par des besoins matériels de dernière nécessité plutôt que par du militantisme d’extrême-gauche.

Les revendications de la grève des loyers touchent également à une question politique centrale : pourquoi devrions nous donner la moitié de nos revenus à une classe de parasites qui ne nous offre rien en retour? Le loyer n’est rien d’autre qu’une forme de racket : « paye, où je t’envoie la police pour te sortir de chez vous avec des guns et des matraques ».

Le fait que de nombreuses villes aient mis en place des moratoires sur les évictions nous montre que nous bénéficions d’un momentum politique pour imposer de grosses concessions à la classe dirigeante. Un moratoire sur les loyers et l’organisation des locataires contre leurs propriétaires pour lutter en faveur d’une amnistie immédiate des loyers (ou au moins d’une réduction significative des loyers) sont des combats que l’on peut gagner, et les militant·e·s ne devraient pas réduire leurs efforts au moment même où de nouvelles opportunités sont rendues possibles.

Donc ne payez pas votre loyer si vous n’en avez pas les moyens! Mais, et c’est plus important encore, organisez-vous! Le fait de s’organiser sera mille fois plus efficace politiquement que si nous agissons individuellement de manière isolée, je peux vous le garantir! Actuellement, le mouvement n’a pas la capacité de mettre en œuvre ses revendications de grève de loyers. Malheureusement – et c’est ce dont les communistes se plaignaient souvent – trop de travailleur·euse·s voient les syndicats comme des casernes de pompiers : illes n’y ont recourt que lorsqu’illes sont dans le trouble. Contactez vos voisin·e·s, et impliquez-vous dans votre syndicat de locataires le plus proche, au plus vite.

Pour aller de l’avant – et ce qui est sans doute encore plus important que de savoir s’il faut soutenir ou non les revendications de la grève, les moratoires, etc. – il nous faut préparer notre mouvement pour le moment où la classe dirigeante et son gouvernement vont essayer de faire rentrer les choses dans l’ordre et imposer un retour à la normale.

Une grève des loyers est discutable dans le contexte où les tribunaux sont fermés et que les évictions ne sont pas mises en place. Mais dans tous les cas, même si la roue de la justice tourne lentement elle finit toujours par écraser sa cible. Sans intervention politique soutenue de la base, nous serons témoins d’une vague d’évictions une fois que le danger immédiat du coronavirus aura disparu. La réelle question pour nos mouvements est de savoir si nous sommes prêt·e·s pour le retour à la normale.

Le truc, avec la rhétorique radicale, est qu’il faut l’accompagner d’actions à un moment donné. C’est très joli de jaser de grève des loyers du confort de sa maison derrière nos écrans, mais avons-nous la volonté de mettre l’épaule à la roue pour défendre nos ami·e·s et voisin·e·s face aux évictions qui se préparent?

Deuxième réflexion sur la grève des loyers
Chloé, membre du SITT-IWW et ancienne salariée du Comité Bails Hochelaga-Maisonneuve

Disclaimer ; J’ai travaillée au sein d’un comité logement de 2011 à 2014, donc je ne suis pas une personne «n’ayant jamais organisée de mouvement de locataires». Par contre, je dois avouer que je suis un peu désillusionnée du mouvement communautaire. Et aussi, je ne suis pas activement impliquée pour le moment dans le mouvement de grève de loyers.

Moi aussi j’ai vu passer les appels à la grève du loyer. J’ai aussi lu quelques commentaires venant de personnes militantes qui émettent des réserves face à ce mouvement. Si je me pose encore des questions sur comment tout cela pourrait prendre forme hors des réseaux sociaux, je suis déçue de la réponse de ceux et celles qui sont critiques face à l’initiative.

Comme près d’un million de personne au Canada, j’ai perdu mon emploi dans les derniers jours suite à la pandémie. Je me demande comment je vais pouvoir payer mon loyer du mois d’avril et du mois de mai, car on nous a dit que les chèques d’assurance-emploi prendrait minimalement 1 mois à arriver. En vérité, je sais que je ne le payerai pas. Quand j’ai vu l’appel de la grève, je me suis sentie moins seule et j’ai bien vue que beaucoup d’autres personnes étaient dans la même situation que moi. Cela m’a rappelé une des premières choses que j’ai apprise quand j’ai commencé à m’impliquer dans le mouvement pour le droit au logement ; avoir des problèmes de logement, ce n’est pas de ma faute, c’est une question collective et politique. J’ai aussi appris que la réponse à ces problèmes devait également être collective et politique.

On reproche à l’initiative de la grève des loyers de ne pas avoir suivie la logique d’organisation qui a fait ses preuves ; être issue d’un mouvement déjà institué, avoir fait de la mobilisation un-e à un-e dans nos communautés, une stratégie de défense légale, etc. Mais la situation que nous vivons est sans précédent pour notre «époque». Nous sommes confiné-e-s chez soi, on ne peut pas se rassembler, nos comités logements sont fermés, etc. On n’a donc pas le choix de modifier nos stratégies dans l’immédiat. Je pense qu’on ne peut pas juste se dire que, une fois la crise derrière nous, on se remettra en marche plus fermement. On peut profiter du momentum.

Les comités logement ont déjà fait un premier gain dans cette lutte ; la suspension des audiences et des jugements menant à l’éviction de locataires. Je trouve que ça mets la table pour la suite ; un mouvement de grève qui a comme revendications le gel des loyers et des hypothèques. Sinon c’est quoi la suite ? Certain-e-s parlent de demander des suppléments d’urgence ? Cette mesure fait souvent débat dans le milieu du droit au logement car elle ne remet pas en question le système du marché locatif privé, la cause même de notre insécurité de logement.

Bref, je ne comprends pas pourquoi des personnes sont si réticentes à ce que l’on accole le mot grève à notre incapacité de payer notre loyer. Je ne vois pas en quoi ne pas payer en silence serait plus favorable. Je ne vois pas comment ne pas s’inscrire dans un mouvement, bien qu’il ne soit pas parfaitement organisé, va nous aider.

Je pense que plusieurs questions sont légitimes ; que ferons-nous quand la régie du logement sera ré-ouverte et que des milliers de locataires recevront un avis d’expulsion ? Comment la solidarité va s’articuler hors de Facebook après coup ? … bah qu’on fasse la grève ou pas, on devra faire face à ces situations … donc aussi bien en prendre en compte dès maintenant et s’organiser en conséquence, ensemble.

Troisième réflexion sur la grève des loyers
Alex, membre du SITT-IWW, et Sarah, sympathisante, travaillent dans des comités logement et militent depuis longtemps pour le droit au logement.

Nous sommes travailleur.euse.s de Comités logement ou impliquéEs depuis plusieurs années dans des groupes pour le droit au logement. Nos opinions n’engagent que nous et ne représentent pas les positions des organismes pour lesquels nous travaillons, ni de leurs regroupements. 

La mise au chômage massive d’une grande partie de la population amène son lot d’inquiétudes. Au fur et à mesure que les magasins, dépanneurs et autres restaurants ferment, le sentiment d’insécurité augmente. Plusieurs travailleurs et travailleuses salarié.e.s ont soumis leur demande d’assurance emploi et attendent encore un quelconque signe de l’État canadien que leur demande a bien été déposée et bien acheminée. D’autres ont fait leur demande pour les aides financières du gouvernement du Québec et attendent de savoir s’ils seront admissibles ou pas. Il y a aussi celles et ceux qui étaient déjà sur des programmes d’aide de dernier recours et dont les revenus sont grandement limités, dont la santé est à risque ou encore qui ne sont éligibles à aucun programme parce que sur l’aide sociale et/ou vivotant en travaillant au noir.

On se demande comment on fera pour survivre si on se fait bouffer le reste de nos économies le 1er du mois. Plusieurs locataires, en plus du stress lié au paiement (ou non) de leur loyer, vivent un paquet de problèmes de logement qui s’accumulent depuis un certain temps.

Suite aux pressions exercées par le FRAPRU et le RCLALQ, plusieurs gains ont été obtenus, mais c’est encore insuffisant. Les audiences jugées non-essentielles ont été suspendues. Pour la durée de la crise sanitaire, les locataires ne se verront pas expulsé.e.s ou évincé.e.s de leur logement. On s’attend quand même à ce qu’il y ait des évictions massives une fois la crise sanitaire levée, que ce soit pour non-paiement, retards fréquents, ou en lien avec un bail résilié suite à entente ou jugement. Le gouvernement du Québec recommande maintenant de ne pas faire de visite physique du logement pour la durée de la crise. Les services d’inspecteurs.trices municipaux et les services d’extermination sont maintenus, mais tout est au ralenti, et il y a intervention uniquement dans les cas urgents. Il est aussi demandé de prévoir des suppléments au loyer d’urgence, de faciliter et accélérer l’accès aux aides financières des différents paliers de gouvernement, et enfin que toute éviction imputable au non-paiement du mois d’avril soit interdite.

Pendant ce temps, des individu.e.s et des collectifs autonomes plus ou moins organisés ont lancé des appels à la grève des loyers. Quelques pages facebook ont été créées ainsi que des groupes de discussion. Plusieurs informations contradictoires et parfois fausses ont alors circulé : les proprios auraient un congé de taxes et de paiement d’hypothèques, les personnes qui ne paient pas leur loyer ne seraient pas poursuivies, etc. Nous ne commenterons pas sur les faussetés qui circulent, mais vous invitons plutôt à consulter votre comité logement local ainsi que cette page : : https://grevedesloyers.info/legal/. Si une interdiction des expulsions des locataires qui n’auront pas payé leur loyer le 1er avril était décrétée, rien n’indique que les grévistes politiques, ceux qui ont écrit publiquement et informé leur proprio qu’ils ou elles ne paieraient pas, en support aux locataires incapables de payer, seraient épargnés. 

Il est demandé aux comités logement et à nos regroupements, le FRAPRU et le RCLALQ, d’appuyer ces initiatives. Les regroupements nationaux n’ont présentement pas de mandat pour supporter une grève générale des loyers. Même entre travailleurs et travailleuses, entre membres de conseils d’administration (CA) des regroupements nationaux et militantes actives avec qui on a un lien plus fréquent, on est très loin d’avoir un consensus, et ce n’est pas encore le cas ni au sein des équipes de travail, ni au sein des CA locaux.  Dans les discussions internes que nous avons eues entre travailleurs et travailleuses, plusieurs considèrent que la participation à une grève des loyers comporte des risques pour les ménages locataires vulnérables qui sont plus grands que les perspectives de gains d’un mouvement ne mobilise pas une masse critique. Bref plusieurs réticences sont exprimées.

Il faut savoir qu’au niveau des groupes locaux, comme plusieurs autres travailleurs et travailleuses, nous sommes depuis lundi soit au chômage, soit en voie de transférer nos services d’information juridique de nos locaux vers le télétravail. Les demandes d’aide de locataires sont encore constantes, nous avons nos membres à rassurer et à informer de la situation. Comme tout groupe avec une certaine structure, nos processus décisionnels prennent parfois un certain temps. On fonctionne démocratiquement. On se dote annuellement de plans d’action, adoptés par nos membres, qui participent ensuite à sa réalisation dans des comités de travail ou des comités de mobilisation. Nos locaux étant fermés, il nous est présentement impossible de se consulter, d’évaluer collectivement les pour et les contre des actions proposées, et encore moins d’amener des propositions à nos regroupements, chose qui doit aussi être faite en assemblée générale. En bref, pour le moment, les comités logement se concentrent afin d’assurer le service d’information juridique et sont donc disponibles pour répondre aux questions d’ordre légales. Il ne leur sera probablement pas possible de se positionner d’ici l’essor ou l’échec du mouvement.

Les permanences de nos regroupements travaillent présentement sur un paquet d’enjeux, qui vont des revendications historiques (logement social, gel des loyers, registre des baux), à des revendications en lien avec la crise sanitaire : mesures d’urgence pour les locataires, moratoire sur les expulsions, droit de visite du proprio, et ce alors que les comités logement sont fermés ou en réorganisation, et que plusieurs locataires se tournent vers les regroupements pour être informés sur leurs droits. Les regroupements semblent donc présenter des demandes concrètes qu’ils savent pouvoir gagner à court-moyen terme et dont les mesures à prendre seraient applicables rapidement sans faire objet de contestations longues et coûteuses qu’un gouvernement essaie généralement d’éviter. Ça ne signifie pas que ces regroupements ne puissent pas concrètement appuyer les revendications des grévistes, mais ils font des choix en fonction des capacités présentes et de l’état de la mobilisation, tant à l’interne, que dans nos groupes et dans la société civile.

Le FRAPRU et le RCLALQ cumulent à eux deux plus de 80 années d’expériences militantes, de mobilisation et de représentation. Les salarié.e.s et les militant.e.s qui en font partie en ont vu passer des grèves de loyer, des occupations, des mobilisations, des crises économiques ou sanitaires, des catastrophes. Cette longue expérience leur permet d’avoir une perspective éclairée sur là où des gains sont à faire, là où des risques sont pris, et ce qu’il faut pour construire un mouvement social fort. À défaut d’être nécessairement d’accord avec leur positionnement présent, on se doit de prendre en considération leurs réticences et leurs opinions sur le sujet.

Une grève généralisée des loyers est un projet ambitieux qui nécessitera beaucoup d’organisation. De ce que j’en sais, cette idée est sortie publiquement il y a moins de deux semaines et reste présentement très marginale. Il est vrai tout de même qu’une crise sociale est un facteur accélérant au développement d’un mouvement social. Plusieurs moyens d’action et de diffusion sont proposés mais n’ont pas été débattus. Mettre un drap blanc pour signifier notre solidarité, écrire à son propriétaire, contacter nos éluEs locaux, faire des campagnes d’affichage, discuter avec nos voisins, ça prend du temps. 

Est-on prêt à mener une grève des loyers? Est-ce que l’objectif de tenir une grève des loyers pour le 1er avril est réaliste? Est-ce que le risque pris présentement en vaut l’effort? On est présentement dans l’incertitude. Il manque plusieurs conditions pour que les différents collectifs et individu.e.s présentement à l’oeuvre puissent développer un mouvement social fort et combatif. D’ici le mois prochain, on aura tout le temps de réfléchir à des façons de se rencontrer, de débattre, de développer nos revendications, notre organisation et les moyens d’action à privilégier.

Solidairement vôtres,
Alex (x377511) et Sarah (sympathisante)

Crédit Photo: https://www.facebook.com/grevedesloyers2020/

7 réponses
      • JF
        JF says:

        “Pourquoi devrions nous donner la moitié de nos revenus à une classe de parasites qui ne nous offre rien en retour? ”

        Si c’est vraiment “rien” que tu obtiens en retour, pourquoi avoir signé ton bail…
        Imbécile s’applique ici, je le crains.

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