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Covid-19: Le communautaire sans plexiglas

Si vous avez pris le métro de Montréal ces derniers jours, vous êtes pour un grand nombre un.e prolétaire. Vous êtes cuisinier/cuisinière, caissier/caissière, préposé.e. à l’entretien, manufacturier/manufacturière, emballeur/emballeuse, commis/ise, serveur/serveuse dans un fast food, bref, vous faites partie de ces travailleuses et travailleurs qui ne peuvent s’isoler car vous êtes essentiel.le.s au fonctionnement de la société. Il est aussi possible que vous soyez des travailleuses et travailleurs de la santé et services sociaux, ou, comme nous, des travailleuses et travailleurs du secteur communautaire, dont des intervenant.e.s services de première ligne. Nous intervenons auprès des personnes parmi les plus vulnérables de notre ville.

Travaillant pour des organismes en réduction des méfaits, défense collective des droits, ressources d’hébergement de toutes sortes, centres pour migrant.e.s ou encore dans un drop-in, nous sommes aux premières loges et, bien malgré nous, des dommages collatéraux de cette pandémie qui frappent en particulier les personnes utilisant nos services.

Cette crise sanitaire affirme violemment les inégalités sociales de notre monde. D’abord, les personnes que nous accompagnons courent un grand risque d’être infectées car beaucoup d’entre elles elles ne peuvent s’isoler et continuent de circuler au centre-ville de Montréal. D’autres, sont effectivement isolées dans leur logement, mais sans possibilité de voir leur travailleur/travailleuse de rue ou leur intervenant.e qui joue un rôle central pour briser leur isolement habituel. Certaines ne trouvent plus l’argent pour se nourrir ou pour consommer provoquant une hausse des sevrages et de la violence dans la rue. On demande à des personnes sans maison de s’isoler, à des personnes victimes de violence conjugale de rester chez elles, aux personnes ayant l’habitude de quémander d’éviter les interactions sociales, aux personnes sans carte de crédit d’utiliser leur carte de crédit… Vous comprenez que pour ces personnes, il est impossible de respecter ces mesures préventives. Ces personnes ne peuvent se protéger de la pandémie et des répercussions sociales qui en découlent.

Ce sont donc nous, travailleuses et travailleurs du communautaire, qui doivent jongler avec les impacts des décisions (ou absence de décision…) de l’État. C’est d’accoutumée pour nous. Véritable cheap labor de l’État, nous sommes le dernier filet sur lequel comptent ces personnes. Dans le contexte actuel, cela est encore plus évident.

Nous prenons nous aussi des risques, et ce, sans plexiglas. Nous sommes là, fidèles au poste, avec des salaires et des conditions de travail grandement inférieurs à ce que nous pouvons observer pour des postes aux fonctions similaires du secteur public. Certain.e.s d’entre nous ont des enfants, sont des aidants naturels, ou encore vivons avec des conditions médicales qui nous mettent à risque. Nous serons dans les semaines à venir fort probablement en contact avec la COVID-19. C’est Horacio, le directeur de la santé publique qu’il l’a dit.

L’idée n’est pas de mesurer la souffrance de chacun.e. Nous sommes nombreuses et nombreux au front, à prendre des risques pour que la nourriture soit placée sur les tablettes ou pour qu’une personne aille un endroit sécuritaire pour s’injecter. C’est donc toute la société qui bénéficie de notre travail. Nous sortons de nos appartements pour le bien commun et rentrons le soir s’isoler pour le même objectif.

Tout s’écroule et ceux qui continuent à tenir la société, ce sont les prolétaires, travailleuses et travailleurs du communautaire, travailleuses et travailleurs de toutes les industries.

Notre travail est méconnu et invisible, mais si vous prenez le métro de Montréal dans les prochains jours, essayez de saluer votre camarade… en gardant un deux mètres de distance, bien sûr.

Les membres du Syndicat des travailleuses et travailleurs du communautaire du SITT-IWW.

Crédit photo: Cédric Martin

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