, , , , , , , , ,

Je suis serveuse, en quoi le 15-5-7 ça me concerne? Et comment y arriver?

Depuis que j’ai 14 ans, je travaille dans l’industrie de la restauration. Ça veut dire que depuis que j’ai 14 ans j’en ai vu de toutes les couleurs de passe droit et de salaire de merde. Mais j’ai eu de la chance, j’ai commencé hôtesse et ai toujours eu un peu de pourboire. Arrivée à l’étape de l’appartement, j’étais serveuse, ce qui me garantissait un coussin financier confortable.

Au printemps passé, pendant que je cherchais une job, je n’ai pas réussi à en trouver une tout de suite dans le service et c’est là que j’ai vécu, ou plutôt tenté de vivre, au salaire minimum. J’ai pas du tout la théorie qui vient derrière le 15$/h, mais j’ai le vécu. C’est pas vrai qu’à 10,55/h on réussi à payer son loyer, à bien manger et à se déplacer. Le salaire minimum à 15$/h, ça veut dire arrêter de se demander si j’ai assez d’argent pour prendre le métro à la place de marcher 1 heure l’hiver à -40°C. Ça veut aussi dire que, pour les parents, une job chacun à 40h/semaine pourrait être suffisante.

On va se le dire, j’ai 21 ans, pas d’enfants et aucune autre responsabilité que de m’occuper de moi-même. Si dans ma situation c’est difficile, j’imagine même pas c’est quoi pour mes collègues qui ont des enfants.

Comme salariée à pourboire ça veut dire quoi le 15$/h ?

Dans l’industrie dans laquelle je travaille, on retrouve deux positions envers le salaire minimum à 15$/h. Il y a les gens pour, qui souvent travaillent en cuisine et il y a nous, les serveuses qui, franchement, à moins de travailler dans un casse-croûte, nous retrouvons bien au-dessus de ça avec le pourboire. Nous voyons donc difficilement ce qu’il y a à gagner avec le 15$/h, mais plutôt ce qu’il y a à perdre.

Comme serveuse, on vante souvent l’idée que le service c’est un peu comme gagner à la loto ; on fait la palette. J’y crois presque encore, du moins c’est tellement ancré que je veux y croire. Mais quand j’y pense, à part les filles de mon âge, qui souvent commencent, des femmes et hommes émancipés et à l’aise financièrement dans leur job tellement payante dans le service, j’en ai jamais vus. Ma première job c’était une job géniale : petit restaurant haut de gamme en bordure de Québec, avec comme serveuses des femmes dans la quarantaine en montant et dans les petits postes, des gens de 14 ans, comme moi à l’époque. Pis je m’en rappelle de ces femmes-là, des anges, super gentilles, qui sont dans l’industrie depuis leurs 14 ans. Sauf que ce sont aussi des femmes qui en ont des histoires à dormir debout sur l’industrie. Des femmes qui ont jamais un congé de leur vie, qui se sont fait renvoyées quand elles sont tombées enceintes, qui ont des problèmes de consommation, des problèmes d’argent par dessus la tête, des problème de santés, mais pas d’assurance, rien, que des peanuts.

Pis dans ma deuxième job, on avait toutes entre 20 et 25 ans. On avait de l’argent à dépenser et les quatre jours de 12 h de file sont plus faciles à toffer avec quelque chose dans le corps qu’à jeun. Fait que quand on y pense, c’est normal que 20 ans plus tard dans cette industrie, on en ait des problèmes pis qu’on soit autant poquées. La loto du service je veux vraiment y croire, parce que c’est ce qui fait qu’on se dit que notre job est moins pire que celle du cook. Mais si c’est vraiment la loto pis que pour la gagner on se maganne, je vois pas en quoi le tip en vaut la chandelle.

Pis en plus ce qu’on oublie c’est qu’on cotise sur notre retraite, sur le chômage, sur les vacances, à 9,05$/h. Dans le fond on oublie que dans le moment, on y arrive en masse, mais que dès qu’on tombe malade, que notre boss nous trouve pu assez cute, qu’il ferme ou qu’on veut des vacances, on se retrouve avec des peanuts et, tout d’un coup, on y arrive pu pantoute.

Et on va se le dire, le tip que je fais est pas juste du à mon sourire, souvent il y a le «est-ce que ma bouffe était bonne» et «est-ce que ça a pris 1h ou 20 minutes avant de recevoir ma bouffe». Depuis 7 ans je suis dans l’industrie et depuis 7 ans que je vois les serveuses et les cuisiniers se battre sur la question de salaire. Ce serait tellement plus sain et juste qu’on soit toutes à 15$/h et de partager le pourboire. Pas juste ça, le «j’accepte la familiarité malaisante des clients» deviendrait tellement moins nécessaire, on pourrait respirer, et garder la même qualité de vie.

Pourquoi 5 semaines de vacances payées et 7 jours de congés maladies payés ?

Le 15$/h c’est vraiment sur la coche quand on a un salaire de 10,55$/h, c’est à peine si on réussit à y croire. Sauf que 5 jours semaine, 52 semaines par années, à moins que t’aie la chance d’être là depuis plus d’un an et que tu as 2 semaines de moins, c’est juste pas sain. Ça sert à quoi 15$/h quand on peut pas souffler ? Pis pourtant nos boss eux s’en offre des vacances, sur notre dos. Parce qu’on va s’entendre que si mon boss fait autant d’argent, c’est pas parce qu’il travaille plus que moi, c’est parce qu’il a eu l’idée et les ressource pour partir son entreprise. Les 5 semaines de vacances, c’est en gros d’aller chercher notre du en tant que force de travail. On crée le profit, on peut demander à en profiter aussi. C’est aussi simple que ça.

Ça fait 7 ans que je travaille dans la restauration, ça veut dire que jsais pas c’est quoi un congé maladie. Non seulement prendre congé parce qu’on est malades nous vaut souvent un avertissement écrit ou la perte de l’emploi, mais ça veut aussi dire une perte de journée de salaire et ça, on peut pas se le permettre.

Pis en fait, la majorité des gens vont dire que c’est DÉ-GUEU-LASSE de savoir que la majorité des employés de restauration prennent pas congé quand ils ont la gastro, parce que «hey, jla mange cette bouffe là moi !». Ben oui. C’est dégueulasse, mais le loyer se paye pas tout seul, sorry. Les 7 jours de congés maladies payés c’est comme les 5 semaines de vacances : c’est un gros minimum. Et là on demande pas à ce qu’ils soient payés seulement s’ils sont pris, non. On demande que, pris ou pas, les congés maladies soient payés. Ça veut dire : pas d’excuse de la part du patron sur le fait qu’il y avait pas de papier du médecin et pas besoin de justification pour se le faire payer.

Comment ça va être possible d’y arriver ?

Le 15-5-7, c’est possible et c’est un gros minimum. Mais, la seule façon que ça arrive de façon permanente, c’est qu’on s’organise sur nos milieux de travail. Quand on voit des gains par les élections, ces gains sont temporaires s’ils décident de le donner, ils peuvent décider de l’enlever. On l’a vu souvent, comme le Parti québécois qui a longtemps été mis de l’avant par les syndicats pendant les élections. Mais dans les faits, c’est le parti qui a mis en place le plus de Lois spéciales. La rhétorique électorale j’y crois pas, ça fait 7 ans que jvois le monde de mon industrie dans marde et maintenant que jle suis aussi, j’y crois encore moins. La politique des gens riches me concerne pas, leurs projets me concernent pas, la mienne est sur mon milieu de travail et prend acte avec mes collègues en opposition aux intérêts de nos patrons.

Quand on passe par la base et par l’auto-organisation des milieux de travail, on crée un momentum. Ce qui se passe, c’est un mouvement. Quand on s’organise sur nos milieux de travail, on s’organise avec nos collègues et nos collègues s’engagent dans la lutte contre leur adversaire direct : le patronat. Ce qu’on veut, c’est pas quelques personnes qui convainquent les masses. Le problème avec la tentative de «convaincre», c’est qu’un autre peut aussi le faire contre vous. Ce qu’on veut, c’est que ça vienne de nous ; parce que quand ça vient de la base, de nous, le gain est solide. Quand on se bat pour quelque chose, qu’on le gagne, si on nous l’enlève, on réagit. Quand on a l’impression qu’on nous l’a donné, si on le perd, on se résigne.

À l’IWW on croit que c’est par l’organisation qu’on peut vraiment gagner et renverser le rapport de force. On s’organise sur nos milieux de travail avec nos collègues. Dans la théorie, c’est vraiment beau de se dire que ça va se faire par les élections, mais le vrai pouvoir est sur nos milieux de travail, pis mes collègues et moi savons ben mieux comment le mettre en place qu’un gouvernement ou que n’importe quel autre groupe qui parle à travers son chapeau. À l’IWW on fonctionne par la base. En gros, quand à ma job on va se syndiquer, on va le faire dans nos propres termes, on va avoir nos propres revendications et nos moyens d’actions. La section locale intersectorielle n’aura aucun droit de décision, sauf si on le demande. Si on veut pas aller en grève, on ira pas. Mais si au contraire on veut y aller, watch out, y a personne qui pourra nous en empêcher.

Ce qu’on fait, c’est parler avec nos collègues, parce leurs problèmes, NOS problèmes, sont ce qui font qu’on se rassemble, pis qu’on se solidarise. J’ai une collègue que si tu lui parles de tes problèmes, elle compatie, mais hell no qu’elle s’embarquera pas dans quelque chose pour toi, ben oui, c’est ça l’individualisme. Mais quand tu lui demande ce qui va mal à job, elle en a gros sur le cœur et elle veut se battre pour ce qui la touche si elle sait qu’elle est pas seule.

Jamais on enverra quelqu’un leader une campagne. À l’IWW on a la célèbre phrase «every worker’s an organizer». Ça vient de nous tous : tout travailleur/toute travailleuse est un organisateur/une organisatrice, ça vient pas d’un comité central, pas d’une assemblée, et si on veut s’organiser on s’organise et on agit. C’est nous qui savons le mieux comment ça doit être sur nos milieux de travail, pas mon boss, pas mon camarade militant, nous ; c’est nous qui pouvons faire que ça soit possible, que ça change. Ce que ça fait, de s’organiser, c’est qu’on devient plus sûrs de nous, on prend les rênes et ça donne le goût d’agir.

Le 15-5-7 on va se le dire, c’est une méchante bonne idée. Sauf que on va aussi se le dire, il y a un superbe pattern dans certaines industries précaires qui veut que l’adversaire c’est pas mon boss, mais mes collègues. Parce que le cuisinier se force pas assez pour faire des belles assiettes pis que X a une section plus payante que moi. Ben oui, on s’est tous fait former dans l’optique de la «compétition naturelle» pis ça donne ça. Pis là, ça, ça brouille un peu les cartes, parce que pour que le 15-5-7 fonctionne, faut qu’on se tienne les coudes. Pis la compétition, ça fait le contraire.

Moi, la seule tactique que j’ai vu fonctionner pour solidariser mes collègues, c’est l’organisation. Pis l’organisation sur des enjeux qui touchaient tout le monde, même mes gérantes. Pis à partir de ça on augmente les demandes, pis les moyens de pressions. C’est pas vrai que dès le début tout le monde va vouloir le 15$/h. Mais un moment donné, quand ça fait des mois, voir des années que tu te bats contre le même adversaire avec tes collègues, sur des problèmes qui t’ont touchés au début, pis des fois pas, pis des fois juste toi pis pas lui, ben tu viens à te demander pourquoi les salaires sont pas plus justes. Ce qui fait que tout d’un coup, parce qu’il m’a aidée quand mon boss faisait du harcèlement, parce que je l’ai aidé quand il a eu besoin d’une hausse de 50 cennes, etc., partager mon tip de façon égale est vraiment plus logique qu’au départ.

Et là on va se le dire, c’est assez réformiste comme demande. Ce qu’on demande c’est pas l’abolition de l’exploitation, ni l’abolition du salariat. On demande juste une plus grande part des profits de nos patrons et un meilleur mode de vie. Sauf qu’à quelque part, en attendant d’arriver aux beaux projets de société qu’on essaie de me vendre à gauche pis à droite, j’aimerais ça pouvoir payer mon loyer, pis j’aimerais ça manger autre chose que les sandwichs qui sont gratuits à ma job. Pis dans tout ça, en voulant le 15$/h pis les vacances et les congés maladies payés, on lutte. Quand on s’organise entre travailleurs et travailleuses, on crée une classe plus forte, on se solidarise et on renverse le rapport de force.

Comme travailleuse, on m’a appris à penser que c’était impossible de changer les choses sauf si je devenais gérante. On m’a appris à critiquer mes collègues qui ne faisaient pas des doubles et à me référer à mes patrons s’il y avait un problème sur le plancher. Avec l’organisation et l’IWW, ce que j’ai commencé à voir, c’est que les intérêts de mes patrons ne sont pas d’avoir un milieu de travail avec une cohésion interne. La compétition entre serveuses et la rivalité cuisine-service est un bon exemple de ce qui sert le patronat. Diviser pour mieux régner, ça vous dit quelque chose ? Ben en voilà une belle illustration !

En s’organisant et en se solidarisant sur nos milieux de travail, on peut rendre possible ce genre de gain. On peut gagner ce qu’on demande. On s’empower et on comprend qu’on mérite encore plus. En renversant le rapport de force, on brise une barrière et on se rapproche de l’abolition du salariat.

1488138_10208797600363567_9126501986750943805_n

Discours de Morgane Mary-Parson, rerprésentante du SITT-IWW Montréal au forum pour le 15-5-7, en février dernier. Publié pour la première fois dans l’édition de Mai 2016 du Combat Syndical.

, , , , , , , , ,

Pour avoir le 15-5-7, pas de fatalité, il faut s’organiser et lutter!

S’il va sans dire que le mouvement pour le 15$ de l’heure au Québec n’a pas encore atteint le stade de mobilisation et de visibilité qui lui fut accordé aux cours de la dernière année, il a tout de même réussi à s’inscrire comme une partie intégrale de la stratégie de plusieurs regroupements communautaires et syndicaux.

Avec son forum 15-5-7 organisé en février dernier, le section locale montréalaise du SITT-IWW a mit la main à la pâte en regroupant une centaine de personnes autours des conférenciers et conférencières de divers horizons. Le 15 avril 2016 des marches étaient organisées dans de nombreuses villes canadienne. Profitant de l’occasion, la coalition réunis en février se remis en action et se regroupa au métro Jean-Talon pour défiler sur la Plaza Saint-Hubert. Aujourd’hui, au Québec une vingtaine d’organisations syndicales, politiques et communautaires soutiennent la lutte pour le 15$ de l’heure. Nous prendrons les quelques lignes ci-bas pour saluer chaudement quelques luttes mené sur le terrain, soit celles des préposés aux bénéficiaires, du Syndicat des employé.es du Vieux Ports et des salarié.es de l’Université McGill.

Les préposé.es aux bénéficiaires qui aident notamment aux soins d’hygiène, à la mobilité, à l’alimentation et à l’accompagnement des personnes malades ou présentant des incapacités (par exemple, en situation de vieillissement et/ou de handicap) gagnent en moyenne 12,50$. Les préposé.es sont engagé.es par l’état, mais aussi par des agences privées et des entreprises d’économies. Le combat pour l’augmentation du plancher salari13087421_1166449666712562_3629811911288487886_nale mené par les différents locaux syndicaux a commencé il y a plus de trois ans, mais prend une ampleur sans précédent, notamment du coté du SQEES-FTQ qui est en renouvellement de convention collective. Depuis l’automne dernier, ils et elles en profite par ailleurs pour multiplier les actions de visibilités telles les manifestations et les distributions de tracts. S’étant assez tôt doter d’un mandat de grève touchant plus de 3000 membres, les 10, 30 et 31 mai dernier se furent 42, puis 38 résidences privées pour aînées qui furent paralysé. Or, il ne s’agissait là que d’un avertissement lancé par le syndicat. Avertissement que le gouvernement aurait dût écouter, puisqu’une grève illimitée sera déclenchée dès le 21 juin dans une trentaine de résidences.

De leur côté, les 300 membres du Syndicat des employé.es de la société du Vieux Port (AFPC) sont en processus de renouvellement de convention collective depuis mars 2016, mais combattent pour le 15$/h depuis l’automne dernier. Une pétition a d’abord été lancée sur leur lieux de travail, suivie d’une distribution de tracts et pamphlets mettant l’accent sur le précédent historique et la solidarité. L’exécutif estime avoir réussi à toucher 80% des membres et organisèrent une action-éclair le 28 janvier lors d’une journée porte ouverte organisée par leurs employeurs. Le 27 mai une grève fut déclarée exerçant une pression économique sur leurs employeurs comme sur les commerces environnant. Depuis le tout début, le Syndicat des employés de la société du Vieux Port est présent dans pratiquement tous les événements pour le 15$/heures, mettant la collaboration à l’avant-plan de leur stratégie.

15_and_fairFinalement, c’est sous la bannière de 15$ and fairness Mcgill que huit associations syndicale, étudiantes et départementales se sont réunis au début de l’année 2016 pour obtenir un salaire et des conditions de vie décente pour les salarié.es et les sous-traitants de l’Université McGill. Bien que leur première action officielle fut de participer à la manifestation du 15 avril, les militant.es ont enchaîné plusieurs actions : un panel, une journée d’orientation et des capsules vidéos pour diffuser l’information.

Ce ne sont là que quelques uns des nombreux exemples prouvant que pour obtenir 15$/heures, 5 semaines de congé et 7 jours de maladie, on ne peut se laisser aller à la fatalité, il faut s’organiser et lutter!

15

, , , , , , , ,

Exploitation carcérale, riposte syndicale!

Les prisonniers et prisonnières forment depuis de nombreuses décennies déjà la ligne de
front d’un système de production basé sur l’esclavage. Coincé.es entre quatre murs pour
la durée de leur peine, ils et elles sont souvent forcé.e.s de travailler pour des salaires
dérisoires et dans des conditions inhumaines. Sous le couvert du mensonge voulant qu’ils et elles rendent à la société ce qu’ils et elles lui auraient pris ou à tout le moins qu’ils et elles contribuent à rembourser ce qu’il coûte de les maintenir en détention, le complexe carcéral américain offre de plus en plus régulièrement les services de cette main d’œuvre à faible coût à des compagnies privées.

Considérant que la majorité des gens ayant passé par le système carcéral y retourneront,
qu’ils et elles sont majoritairement issu.e.s de communautés racisées et que vue l’expansion qu’a pris le système carcéral aux États-Unis (70 millions d’états-uniens et états-uniennes ont un casier judiciaire et près d’un pour cent de la population totale est actuellement derrière les barreaux) il ne fait plus aucun doute qu’il s’agit non seulement d’une manière de mettre les sans-emplois au travail forcé, mais aussi de s’assurer que les plus démuni.e.s de la société ne puissent pas exprimer leur mécontentement. C’est pourquoi dès le début de l’année 2014, des membres de l’IWW contactés par des prisonnier.es ont aidé à former l’Incarcerated Workers Organizing Committee iwoc(IWW-IWOC). L’objectif était clair, il fallait faciliter la liaison des prisonniers et prisonnières voulant s’organiser selon les bases du syndicalisme afin d’améliorer leurs conditions de vie. En quelques mois à peine, plus de 700 cartes étaient signées, faisant de l’IWOC l’un des plus gros syndicats de  l’IWW moderne aux États-Unis.

Au début du mois d’avril dernier, la mobilisation a atteint un sommet sans précédent lorsque des grèves ont éclaté dans sept prisons de l’État du Texas. Prenant le slogan «Nous sommes en dedans pour vous, vous êtes en dehors pour nous» au pied de la lettre, les membres des sections locales de l’IWW des quatre coins du monde ont saisi leurs téléphones pour appeler les autorités concernées afin de souligner leur soutien à l’IWOC et leur mécontentement face aux conditions dans lequel ces derniers et dernières sont obligé.e.s de travailler, occasionnant ainsi un blocage complet des communications du Département de la justice criminelle du Texas. De nombreuses grèves continuèrent de manière spontanée jusqu’au 27 avril ou refusant de travailler en plein orage, les travailleurs incarcérées de la prison d’Estelle, toujours au Texas, laissèrent savoir qu’ils pourraient bien devenir la 8e prison de l’État à tomber en grève générale. Face à cette menace, les autorités répondirent en tirant de force les prisonniers de leurs cellules, usant gaz lacrymogène et matraques avant d’en placer plusieurs en cellules de confinement et de leur interdire tout contact avec l’extérieur.

Ne reculant pas devant la menace, le 10 juin, 7 prisonnier.es du Waupun Correctional Institution et du Columbia Correctional Institution entamèrent une grève de la faim afin d’attirer l’attention sur le caractère inhumain des cellules de confinement. En date de publication, les 7 prisonnier.es en seraient à leur 3e journée sans manger et l’IWOC ne compte pas s’arrêter là ayant déjà annoncé une Grève générale nationale le 9 septembre prochain.

Pour plus d’informations, visitez le site de l’IWOC ou consultez son journa bi-annuel l’Incarcerated Worker

 

 

, , , , , , , , ,

Solidarité avec les coursiers et coursières à vélo de San Francisco

Il y a quelques jours à peine, alors qu’une première rencontre des membres du Comité d’organisation pour un Syndicat des coursiers et coursières à vélo chez Sprig.Inc à San Francisco était organisée, l’employeur décréta l’équivalent d’un lock-out d’une semaine suivi d’un retour au travail avec un horaire coupé de moitié.

Les coursiers et coursières à vélo qui ne faisait déjà que 13,50 de l’heure, soumis à une politique de la compagnie leur interdisant de recevoir un pourboire, ont ainsi vue leur horaire passer d’une trentaine d’heure par semaine à de 3h à 15h seulement. Alors que les organismes qui se sont penchés sur la question évaluent le salaire décent à 14,37 pour la région de San Francisco, rappelons que les coursiers et coursières font un métier aussi exigeant physiquement que dangereux. On exige notamment qu’ils et elles soient capable de franchir des distances de 3 à 5km en zone urbaine en moins de 15minutes.

Les membres du syndicat se sont déjà entretenu à de nombreuses reprises avec la direction de Sprig.Inc afin de demander une compensation pour les heures et les journées de travaillent qui furent coupé, de même que des augmentations de salaire et de meilleures conditions de travail, mais la partie patronale semble déterminer à laisser trainer l’affaire aussi longtemps que possible. Les coursiers et coursières à vélo de San Francisco, regroupé sous le Syndicat Industriel 540, en appellent donc à la solidarité des individus, des communautés et des organisations concernées à les appuyer dans leur démarche.

Pour support les coursiers et coursières à vélo en négociation:
https://rally.org/couriersunion?utm_source=leader_banner

Solidarité!

540logoredblack

, , , , , , , , ,

Les Wobblies à travers le monde

Des États-Unis, au Canada, à la Grande-Bretagne et à l’Irlande, en passant par la Norvège, l’Allemagne, la Lituanie, l’Autriche, la Suisse, la Grèce, l’Australie et la Chine, les Industrial Workers of the World sont plus que jamais un syndicat présent à l’échelle mondiale. Mais que font nos organisateurs et nos organisatrices réparties aux quatre vents? Quels sont leurs plans? Quelles sont leurs luttes? C’est à ces questions que tentera tant bien que mal de répondre cette nouvelle colonne, qui chaque mois mettra le feu des projecteurs sur les activités des wobblies de partout à travers le monde!

Le 9 janvier 2016, le Comité de Défense Générale Local 14 de Minneapolis a rejoint la famille Quinn, Native Lives Matter, Idle No More, AIM, Black Lives Matter et bien d’autres pour aller manifester dans le froid afin de réclamer justice pour Phil Quinn, assassiné par la police de Minneapolis en décembre 2015. La ligne verte du système de métro et l’Avenue Université ont été bloquées tandis que des actions de perturbations avaient lieu dans un Target, un Walmart et un Club Food. (Industrial Workers Hiver 2016) Un mois plus tard le CDG Local 14 participait à une nouvelle action, cette fois pour Jam12744270_1729009820645471_1093583573150809589_nar Clarck, lui aussi assassiné par la police de Minneapolis. Le lendemain le CDG, le IWW African People Caucus et les membres de la branche de Minneapolis se réunissent pour une journée de discutions et de formation, notamment au sujet de l’augmentation de la violence policière.

Le 28 janvier, les membres de la branche de Boston se présentent pour la 4e fois à la Cour du District de Quincy, en solidarité avec les arrêtés du blocage de l’autoroute 93 lors de la Martin Luther King Day. Nombre d’entre eux et elles participeront également de manière hebdomadaire aux journées de tractage des fellow workers de la Museum Independant Security Union, qui se voient imposer des horaires pas possible suite à un gel des embauches.

Dès les premiers jours de février, des wobblies de la Pennsylvanie participent à des piquets pour protéger plus de 10 000 arbres qu’on menace de couper pour favoriser la construction d’un pipeline.

Le 1er février la branche de Portland marche au coté des travailleurs et travailleuses du Graduate Student Union de l’Université d’État de Portland alors qu’il-les rendent leur campagne publique en allant déposer leurs demande au bureau du président de l’Université.

Le 4 février les wobblies de la Grèce participaient à une grève générale qui paralyse les transports publics, les avions, les navires, les taxis, les écoles et ne laissa qu’un minimum vital d’employé dans les hôpitaux, le tout afin de contrer les réformes touchant la pension de vieillesse.

10660124_1017657351624548_3033580278153241779_n

Le 15 février la Branche de Washington et le 27 février la branche de Whatcom-Skagit participent à des blocages en solidarité avec Familias Unidas por la Justicia farm workers union qui appelle actuellement à un boycott des fruits Driscoll. Boycott que l’IWW accepta d’endosser lors de sa dernière convention internationale.

Le même jour, de nombreux prisonniers regroupés sous la bannière du Free Virginia Movement, faisant ainsi écho au Free Alabama Movement, rejoignent les IWWs afin de lancer des campagnes pour lutter contre le traitement des travailleurs et travailleuses incarcéré.es.

Le 17 février, les membres de la Branche de Milwaukee participent à un piquetage de solidarité avec les enseignant.es du Wisconsin.

Le 18 février, la branche de Madison participe à une grève sauvage généralisée dans l’État qui réunie plusieurs dizaines de milliers de travailleurs et de travailleuses immigrant.es dans la rue afin de contester un projet de lois anti-immigrant. Le soir même le Madison Infoshop (Syndicat Industriel 620 IWW ) et la Branche de Madison, en collaboration avec le Lakeside Press Printing Coop (IWW) organisent une conférence sur les soulèvement populaires que connut le Wisconsin en 2011.

Le 19 février, le Irish Center for Histories of Labour and Class, situé à Galway en Irlande, a lancé un appelle aux contributions afin de dresser un portait du legs de l’IWW en Irlande et au sein de la diaspora Irlandaise.

Le 21 février, les wobblies de Pittsburgh participent au Malcom X Legacy Brunch en compagnie du New Afrikan Independance Party.

Le 24 février avait lieu une manifestation de 300 personnes devant la cours de Londres en solidarité avec 13 militant.es écologistes, incluant 4 membres de l’IWW, arrêté.es pour des actions menées contre l’extension de l’Aéroport d’Heatrow.

Le 25 février 2016, les travailleurs et travailleuses membres du Sister Camelot Canvass Union ont célébré le troisième anniversaire de leur Syndicat. La lutte menée par le SCCU ne représente pas seulement la première grève organisée par la branche de Minneapolis, elle est aussi, sans aucun doute, la plus longue que le Syndicat ait connue depuis son renouveau au début des années 2000, et a permis la création de la North Country Food Alliance, une coopérative de travail gérée démocratiquement par une douzaine de wobblies qui redistribue de la nourriture organique. (Industrial Workers Hiver 2016)
542813_139142969589110_749943001_n

, , , , ,

Pensez-y (Dernière partie)

Voici finalement la troisième et dernière partie de Pensez-y, Thin it Over, un pamphlet d’introduction écrit par un camarade travailleur membre de la section IWW de Portland, Oregon, Tim Acott. Text in English here.

Première Partie

Deuxième Partie

Le Droit du travail en un mot
Le Droit du travail est un sujet d’étude que l’on enseigne à l’université jusqu’au doctorat, et qui peut procurer une carrière très rentable. Vous pourriez acheter une voiture par an, vivre dans une grande et belle maison dans les bons quartiers, subvenir aux besoins d’une épouse ou d’un époux qui n’a jamais à quitter la maison pour se faire de l’argent, être membre d’un club de haute société, porter de magnifiques vêtements, et envoyer vos enfants dans les plus prestigieuses universités. Vous auriez tout. Bien sûr, vous n’auriez pas grand chose en commun avec les gens que vous passez vos journées à défendre. C’est le commun des avocat-e-s – d’une profession spécialisée et bien rémunérée. Comprenez-moi bien. Nous apprécions nos avocat-e-s, surtout quand la justice frappe à nos portes. Nous voulons qu’ils et elles soient vifs et vives, et qu’ils et elles comprennent intimement la complexité du Droit du travail. Mais ni vous ni moi n’avons le temps et l’argent pour étudier le Droit du travail dans une université prestigieuse. Cependant, nous devons comprendre les principes de base du Droit du travail et comment celui-ci touche notre vie quotidienne au travail.

Eh bien, le voici en un mot. Le Droit du travail est mis en place par les patrons et leur système de gouvernements et de tribunaux pour nous empêcher, travailleurs et travailleuses moyen-ne-s, de nous réunir et nous battre pour notre juste part, de peur que nous voudrions, et qu’un jour nous aurions, tout. C’est l’information essentielle. L’idée fondamentale, derrière les grandes lois régissant la syndicalisation, est qu’il est possible d’avoir un syndicat si vous le voulez vraiment, mais il ne peut que se battre pour certaines causes. Il ne peut que régler certains problèmes. Il doit être suffisamment alourdi et faible, et suivre un ensemble de règles sophistiqué qui ne s’applique pas, du moins en pratique, à votre patron et ses amis au club de golf. Vous êtes obligé-e-s d’attendre tandis que ces derniers obtiennent un service rapide devant les tribunaux. Vous devez limiter vos activités à certaines formes légales, mais ces gens peuvent faire quasiment ce que bon leur semble. Leurs avocat-e-s sont plus reconnu-e-s que les nôtres, car ils et elles coûtent plus cher. Vous devriez voir ne serait-ce que leurs voitures !

Cela vous surprend dans ce pays ? J’espère sincèrement que non. Voyez-vous, ce n’est pas vraiment une démocratie, les décisions économiques ne sont pas prises démocratiquement, et pourtant elles sous-tendent toutes les autres décisions qui y sont prises. La circulation de l’argent, la marchandise, les biens et services, la nourriture et le logement, la santé et les vacances, tout cela tombe sous cet autre système de prise de décisions. Vous pouvez le nommer capitalisme, règne corporatif, les affaires, ou ce que vous voulez, mais vous ne pouvez pas le nommer démocratie. Tout le monde en rira. La loi n’est pas celle du peuple, par le peuple, pour le peuple, peu importe ce que vos enseignants vous ont appris. Désolé, mais ça ne marche pas ainsi.

Le Droit du travail résulte de l’influence des intérêts corporatifs sur le gouvernement et la  magistrature, et implique que vous devez protéger votre tête et votre cul, et de bien faire attention à ce que vous dites et faites. Si vous voulez jouer leur jeu, suivez simplement le système en place : signez vos cartes, appelez à une élection d’accréditation, et patientez. Il est possible que par moment ce soit la bonne démarche à adopter. Mais ne laissez jamais le patron définir le champ de jeu et décider de tout.

C’est un combat de rue, une agression, un assaut froidement calculé, et vous devez vous défendre autant que faire se peut. Protégez votre tête et votre cul, utilisez votre créativité et surtout l’aide de vos camarades travailleurs et travailleuses, ainsi que chaque tactique, stratégie, et idée intéressante que vous trouvez. Si vous les laissez définir le terrain de jeu et façonner les règles, vous n’avez pas une seule chance de gagner. C’est aussi simple que ça le Droit du travail.

cardMais rappelez-vous que leur jeu n’est pas le seul qui existe. Ce n’est pas la seule manière de faire, la seule solution à nos problèmes com
muns. Prenez pour exemple le SITT-IWW. Pensez-y – rejoignez le syndicat de votre classe et luttez pour le plein-produit de votre travail, à la façon des Wobblies. Ne les laissez pas décider à votre place. C’est notre jeu : nous faisons le travail, nous fabriquons et trans
portons tout. Au final, nous contrôlons l’économie. Si nous nous organisons démocratiquement pour faire avancer nos propres intérêts, nous pouvons partager la richesse que nous produisons déjà et nous en aurions assez pour tous et toutes ceux et celles qui accomplissons le travail.

Aidez à avancer le travail
William D. Haywood, alias Big Bill, avait l’habitude de signer ses lettres et correspondances « Aidez à avancer le travail, William D. Haywood. » C’était un organisateur fondateur et un Trésorier-secrétaire général du SITT-IWW pendant de nombreuses années dans nos moments les plus turbulents, et ce fut une grande figure du syndicat. Cette formule de clôture vous en dira beaucoup sur ses méthodes de leadership et le syndicat à ce moment.

Aidez à avancer le travail. Nous nous sommes rejoints, aujourd’hui comme dans le passé, pour faire un travail, pour accomplir une tâche, pour nous-mêmes et les un-e-s pour les autres, pour notre classe et pour les générations à venir. Cette tâche, affirmée clairement dans le préambule, est l’abolition du salariat. Bâtir une société nouvelle à l’intérieur même de l’ancienne. En finissant, une fois pour toute, avec la tyrannie de l’argent, celle des patrons sur les travailleurs et travailleuses.

C’est un gros boulot. Bien trop gros pour s’accomplir par un-e seul-e personne ou une bande de formidables gens, peu importe combien puissant-e-s. Aidez à avancer le travail. C’est un gros travail qui prend autant de temps qu’il le faut, peu importe combien de batailles et combien d’heures de travail bénévole et de pensée nous devons y mettre. Peu importe le nombre de tâches, petites ou grandes, sont accomplies ; combien d’heures de route ; combien d’éditions de journaux ; combien de réunions, de discussions, de bulletins de votes envoyés et décomptés, de timbres vendus, léchés, et apposés dans combien de petits carnets rouges, et de combien d’argent compté et vérifié.

C’est un travail peu glorieux dans son ensemble. C’est du sérieux, et c’est souvent laborieux. Un boulot dur allégé par beaucoup de bras, et avançant à petits pas. Des fois c’est juste tenir la ligne contre des reculs. Des fois, c’est même pas ça. Et encore des fois, c’est de vastes bonds en avant.

« Chaque membre est organisateur/organisatrice, » « Nous sommes toutes et tous des chefs, » « Si chaque wobbly inscrit un-e nouveau ou nouvelle wobbly chaque semaine, on syndique le monde en quelques années. » Aidez à avancer le travail.

Le travail : Éduquer, Organiser, Émanciper. Ce sont les noms des trois étoiles sur l’emblème du SITT-IWW, inscrit dans chaque carte et macaron. L’éducation de soi et des camarades. L’organisation de soi et des camarades. L’émancipation d’une classe dans la lutte, la guerre, et de la Terre qui nous nourrit et nous berce toutes et tous.

Alors allez-vous nous rejoindre ? Allez-vous aider à avancer le travail ? Que nous reste-t-il d’autre à faire ?

IWW-SITT

Traduction et adaptation vers le français par
Comité Communication-Traduction, SITT-IWW Montréal
2015

, , , , ,

Pensez-y (partie 2 sur 3)

Ce qui suit est la deuxième partie d’un pamphlet d’introduction écrit par un camarade travailleur membre de la section IWW de Portland, Oregon, Tim Acott. Text in English here.

Démocratie syndicale
Les syndicats auxquels la plupart des personnes travailleuses appartiennent aujourd’hui, quand ils et elles en ont, sont parmi les organisations les plus non-démocratiques du monde. Les officiers et officières sont désigné-e-s au lieu d’être élu-e-s, les ententes se font à huis clos et sont ensuite présentées à la base pour approbation, les locaux non-conformistes sont mis sous séquestre par les centrales et les patrons syndicaux sont enracinés à vie, ne faisant jamais face à un retour au vrai travail, si jamais ils y étaient pour commencer.
thinkitover

 

Est-ce alors surprenant de constater que l’adhésion est en baisse et que la confiance des travailleurs et travailleuses en leurs dirigeants soit quasiment non-existante ? Est-ce par miracle que nous perdons les gains pour lesquels on s’est durement battu dans le passé ? Est-ce une surprise que le contrat de faveur et de complaisance, que le maton syndical et le bureaucrate enrichi soient des clichés associés au mouvement travailleur moderne, tandis que l’organisateur et l’organisatrice de base est vu-e comme un personnage pittoresque d’un passé lointain ?
Afin qu’on se défende, nous et nos familles, nous devons nous unir dans des syndicats. Nous avons besoin de notre force combinée pour faire face aux riches et à leurs gouvernements. Nous avons besoin du syndicat, mais celui-ci doit être démocratique. Sinon, comment pourrait-il défendre nos intérêts et non ceux des patrons ? Comment pouvons-nous contrôler autrement nos propres luttes, et choisir nos propres objectifs et enjeux. Nous avons besoin de syndicats démocratiques, de contrôle par la base, et de démocratie au travail pour mener nos propres luttes. Aucun bureaucrate syndical ne
s’est totalement battu pour les travailleurs et travailleuses, et aucun ne le fera. Nous devons nous défendre nous-mêmes, ensemble, au sein d’un syndicat démocratique. Si nous ne pouvons pas contrôler notre syndicat et ses dirigeants, alors nous ne pouvons pas leur faire confiance. C’est aussi simple que ça.

 

Wobble est un verbe
La valeur essentielle d’un syndicat est ce qu’il peut faire. Qu’est-ce qu’il peut faire pour vous et vos proches, et pour votre classe entière. Que pouvez-vous faire avec lui ? Comment pouvez-vous l’utiliser pour accomplir ce que vous avez à faire ? Faire est le verbe. L’action est le sujet.

 

Lorsque nous nous réunissons au travail pour répondre à des problèmes communs par la force de notre action collective, nous faisons quelque chose. Nous n’en parlons pas, même si c’est important, et nous ne cherchons pas de publicité ou d’en faire un grand spectacle, même si ces choses peuvent être utiles à des moments propices. Nous agissons. Agir. Faire. Nous sommes le sujet, pour le mettre en termes de grammaire, le problème est notre objet, sur lequel nous agissons collectivement pour le changer.

 

Dans le métier de la construction, le verbe «wobble» en anglais est souvent utilisé pour désigner une action de groupe qui cherche à répondre à un problème au travail, ou un problème avec le patron, comme c’est souvent le cas au boulot. «Wobbler» le travail, c’est débrayer, ralentir, ou aller ensemble voir le patron pour «discuter» lors des heures rémunérées. Plus directement, c’est se mettre ensemble pour affronter les problèmes de manière directe. C’est ça dont il est question.

 

Cela se passe partout, tout le temps. C’est un aspect nécessaire de la vie quotidienne au travail. Vous pouvez aussi le faire. Vous et vos collègues, au travail, pouvez «wobbler»
la situation pour l’améliorer. C’est le contrôle du travail, et c’est la chose que nous devons établir et protéger, pour notre propre sécurité et notre santé, afin d’assurer une bonne indemnisation de notre temps précieux, pour s’amuser, profiter, et se détendre de l’ennui et de la solitude qui inondent nos vies dans ce monde de travail moderne.

 

La clé du bon «wobbling» est syndicale. C’est le petit syndicat de coopération et d’efforts concertés parmi des camarades, des gens avec les mêmes besoins et circonstances – les personnes avec qui vous travaillez tous les jours, par exemple. Seul-e-s, nous sommes faibles et impuissant-e-s. Ensemble, nous regorgeons de puissance. Nous avons seulement à organiser cette puissance pour la manier, pour notre bien commun, afin de bâtir un monde meilleur. Ensemble nous pouvons gagner. Nous avons seulement à le faire. Agissons maintenant.

 

La classe ouvrière et la classe patronale n’ont rien en commun
« La classe ouvrière et la classe patronale n’ont rien en commun » nous dit le préambule de la Constitution du SITT-IWW. C’est la base de notre approche aux relations de travail et au syndicalisme. Étudions quelques instants cette affirmation.
thinkitover2Cela ne veut dire que les travailleurs et travailleuses et les patrons sont des espèces différentes, qu’ils et elles ne respirent pas le même air pollué et boivent la même eau, même si l’eau et l’air d’un quartier ouvrier sont bien plus dégueulasses que sur la colline. Cela implique que les deux classes, qui existent bel et bien, sont en opposition à même leur nature.

 

Ce qui est bon pour les patrons –une main-d’œuvre bon marché, contrôlée au maximum et passive –est mauvais pour les travailleurs et travailleuses. Ce qui est bon pour la classe ouvrière–un contrôle maximal au travail, sur les conditions de travail, des méthodes et objectifs, et une rémunération maximale de notre temps précieux– est la hantise des patrons, et ces derniers se battront bec et ongle contre cela. Ce n’est rien de personnel. Pas plus qu’un lion déteste une gazelle. C’est juste une hostilité naturelle, impersonnelle et économique, qui ne peut pas être contournée ou facilement
ignorée. C’est le principe qui régit nos vies, capitaliste et masse confondus.

 

Si un patron essaye de faire des travailleurs et travailleuses ses ami-e-s, son entreprise en souffrira. Si un-e travailleuse ou travailleur essaye de faire du patron son ami, il ou elle sera plus facilement exploitable et trahi-e. Des ennemis naturels sur le plan économique. Vous pouvez faire partie de la même paroisse ou boire au même bar, mais vous ne pouvez pas vous soucier longtemps de leurs intérêts sans mettre en danger les vôtres. C’est assez simple et clair pour tout-e travailleuse et travailleur qui prête attention à la vie quotidienne. Un patron intelligent ne l’oublie jamais. Ce n’est pas du tout ésotérique ; c’est du bon sens et du pragmatisme.

 

Ce que ça implique en termes de syndicalisme est très radical. C’est à dire : une orientation vers la source des problèmes et des solutions. Cela implique une solidarité de classe. Tous et toutes les travailleurs et travailleuses ont les mêmes intérêts et le même ennemi de classe. Cela implique une démocratie syndicale. Nous sommes tous et toutes impliqué-e-s ensembles, et seul le contrôle par la base peut guider de manière fiable et continue le syndicat. Les seules personnes à qui on peut faire confiance sont nous-mêmes, et un syndicat que nous ne pouvons pas contrôler directement est un
grand danger pour nos intérêts.

 

Cela implique donc un militantisme, parce que celui-ci illumine la situation d’une guerre de classes en cours (c’est d’ailleurs le terme approprié, compte-tenu de la destruction qui en résulte) qui doit être gagnée pour la mener à terme. Nous devons nous battre coûte que coûte pour défendre nos intérêts et notre sécurité. C’est la guerre, camarades travailleurs et travailleuses. Mais aussi laide qu’elle soit,
nous y sommes coincé-e-s, et nous ne pouvons en sortir qu’en nous organisant et en menant le bon combat.
La classe ouvrière et la classe patronale n’ont rien en commun. C’est une vérité pleine de bon sens, et nous ne pouvons pas nous permettre de l’ignorer.

 

, , , , , ,

Un 9 décembre de Grève Nationale, chapitre 2

Un demi-million de gréviste au Québec! Il s’agit en terme de chiffre de la plus grande grève que la province ait connu depuis 1972. Ça en aura pris des années de déficit zéro, de réingénierie, de PPP et d’austérité pour que le fond du baril nous semble suffisamment proche pour provoquer une réaction à sa mesure!

Manifestation aux quatre coins de la province

La journée commença à Québec où les membres de la Fédération des Syndicats de l’Enseignement et du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec ont manifesté, accompagnés de leurs familles, amis et alliés du mouvement communautaire. Ils ont fait irruption dans les bureaux du ministre Blais, avant de manifester du Parc Victoria à la Haute-Ville, après un rapide passage devant la permanence du Parti Libéral où murs et fenêtres furent tapissés de collants pro-grève et pro-négociation. Finalement ce sont plus de 18 000 personnes qui se rassemblèrent devant l’Assemblée Nationale

À Laval une bannière Laval Unis Contre l’Austérité était suspendue au dessus de l’autoroute 15 et tôt en avant-midi à Montréal les membres de la Fédération Autonome de l’Enseignement se regroupait déjà devant le Ministère de l’Éducation des Loisirs et des Sports pour y ériger un campement qu’ils comptent occuper jusqu’à vendredi et ce en dépit des menaces faites par la ville qui compte faire intervenir la police «si nécessaire». La FAE tint aussi une manifestation amenant ses membres du cœur du quartier populaire Centre-Sud au Carré Émilie-Gamelin où ils se joignirent à un deuxième rassemblement avant de terminer la marche au Square Victoria ou ils rejoignirent un 3e rassemblement d’environ 5000 personnes vers 13h30. Maintenant sans convention collective depuis 4ans, les 8000 Cols Blancs de Montréal profitèrent du moment pour tenir une demi-journée de grève et organiser une manifestation devant l’Hôtel de ville.

En soirée de nombreux groupes de pression plus axé sur un syndicalisme de combat, voir de solidarité, notamment Printemps 2015, appelèrent à reprendre la rue dès 20h. Ce sont quelques centaines de personnes qui ce réunirent à nouveau au Carré Émilie-Gamelin, d’ou le cortège marcha vers le centre-ville avant d’être rapidement bloqué par la police les obligeant à rebrousser chemin. Il n’était pas 21h encore que les forces policières sortirent les gaz lacrymogènes pour dispercer une la foule qui, selon toute vraissemblance, exercait pacifiquement son droit de manifester. Au moment de publier, on ne recensait ni blessé.es, ni arrestation.

En Abitibi-Témiscamingue, où on retrouve 10 000 des 400 000 membres du Front Commun, la solidarité et la combativité était aussi au rendez-vous. À Ville-Marie ont comptait plus d’une centaine de travailleurs et travailleuses de la santé dans les rues, tandis qu’à Témiscamingue c’était les enseignants et les enseignantes qui occupaient la place.

Dans la région de la Mauricie, si les membres du Syndicat de l’Enseignement des Vieilles-Forges organisèrent des autobus pour se joindre à la manifestation de Québec, 3000 autres travailleurs et travailleuses des services publics, en plus des enseignant.e,s de Shawinigan, optèrent pour une manifestation à Trois-Rivières qui les emportèrent du Parc de l’Exposition au Centre-Ville.

Du coté de l’Estrie, ce sont 2000 personnes séparées entre un contingent en provenance du CHUS et un autre qui s’était réuni aux Galeries Quatre-Saisons qui, en dépit de la forte présence policière, prirent d’assaut le viaduc passant sur l’autoroute 610. Pour les organisateurs et organisatrices, cette manifestation de 2000 personnes apparait comme un moment de mobilisation historique, non seulement pour le Québec en entier, mais aussi pour la région de l’Estrie en particulier.

Sur la Côte-Nord, outre les nombreux autobus qui quittèrent la région tôt ce matin afin d’aller prêter mains forte aux grévistes de la ville de Québec, des manifestations et des lignes de piquetage eurent lieu à Baie-Commeau et Sept-ile.

Les IWW

Fidèles à leurs habitudes, des wobblies des villes de Montréal, Sherbrooke et Québec se joignirent aux mobilisations. Parfois en solidarité comme ils et elles le firent sur les lignes de piquetages du SÉTUE en début de semaine et aux manifestations de la coalition Main Rouge de 28 novembre à Montréal et du 5 décembre à Québec, mais surtout aussi parce qu’illes sont touché.e.s directement par les attaques gouvernementales. Un nombre important du membership de l’IWW porte actuellement deux cartes, soit celle du Grand Syndicat pour Tous et Toutes (IWW, One Big Union), mais aussi celles de l’une ou l’autre des centrales affiliées au Front Commun. Ces membres qu’on retrouve généralement parmi les plus actifs de leurs syndicat savent qu’une attaque contre une portion de la classe ouvrière représente une attaque contre toute la classe ouvrière, une victoire d’une portion de la classe ouvrière représente aussi une victoire pour toute la classe ouvrière.

Mais est-ce que cela sera suffisant, le gros risque des grèves se limitant à un ou deux jours est, aussi grosse puisse-t’elle être, qu’elles ne sont pour le gouvernement qu’un dur moment à passer. Un 24h durant lesquelles il devra s’accrocher le temps que la tempête passe. Le Front Commun n’est pas dupe et s’est gardé quelques jours de grève en poche question de pouvoir revenir à la charge au mois de janvier, mais qu’adviendra-t-il au mouvement une fois ces grèves passées? Quelles seront les prochaines actions et comment réagiront les hautes sphères des centrales, de même que la base qui les supporte lorsque les 6 jours de grèves seront passés?

De nombreux articles ont tenté de répondre à cette question en soulignant les faiblesses du mouvement syndical actuel et les stratégies mises de l’avant par le gouvernement, notamment l’usage des lois spéciales, afin de mieux préparer les syndiqué.es. Parmis ces articles notons Le portrait de la situation actuelle publié par le SITT-IWW et disponible sur ce blogue, mais aussi Raterons-nous ce rendez-vous de l’histoire? Par le webzine Dur Réalité et Le bluff manqué du Front Commun par Ricochet qui mettent de l’avant une analyse combative des stratégies à utiliser Ces questions sont importantes et les décisions et actions qui en découleront le sont tout autant.

Aujourd’hui nous étions un demi millions dans la rue, demain, avec courage et détermination nous serons 7 milliards. Solidarité!

, , , ,

Piquets de grève du 16 et 17 novembre

Les 16 et 17 novembre derniers, plusieurs membres de la branche montréalaise du Syndicat Industriel des Travailleurs et des Travailleuses (SITT-IWW) ont participé aux lignes de piquetages du front commun. Ces deux journées marquaient le retour de la grève tournante du front commun sur l’île de Montréal. Plusieurs wobblies, à l’appel du comité de Solidarité-Campagne, en ont profité pour aller démontrer leur solidarité aux travailleurs et travailleuses de l’éducation ainsi que celles et ceux de la santé et des services sociaux.

Le 16 novembre, une douzaine de membres se sont présenté.e.s sur les lignes de piquetage du Cégep de Dawson pour aller soutenir les deux syndicats en grève, soit le Dawson Teachers Union (DTU), membre de la FNEEQ-CSN, et le Dawson Support Staff Union (DSSU), membre de la FPSES-CSQ. Les grévistes étaient présent.e.s en grand nombre et c’est avec enthousiasme qu’illes marchaient autour de l’établissement scolaire trompettes et pancartes en main. Nous y avons reçu un accueil chaleureux de la part des membres, ainsi que des éxécutant.e.s.

Le 17 novembre, une quinzaine de wobs sont allé.e.s à l’hôpital St-Luc pour piqueter en compagnie des syndiqué.e.s du Syndicat des Employé.e.s du CHUM (SECHUM), membre de la CSN, et de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux du CHUM (APTS-CHUM). La loi sur les services essentiels ne permettant aux travailleurs et aux travailleuses de la santé et des services sociaux d’être en grève que durant 10% de leur horaire, c’est en alternance que des dizaines de syndiqué.e.s plein.e.s d’énergie débarquèrent sur la ligne de piquetage. Là aussi, un accueil génial nous y attendait.

Ces journées, où nous avons côtoyez les membres de syndicats appartenant à trois centrales aux opinions politiques différentes des nôtres, nous montre bien, selon moi, que c’est sur le terrain que les solidarités se créent. Que malgré des différents idéologiques, et des tensions causées par une mauvaise compréhension des intentions de chaque groupe, sur une ligne de piquetage, nous sommes tous et toutes des travailleurs et des travailleuses luttant contre des conditions de vie et de travail de merde.

Solidarité!

X377508

 

, ,

Wobbly à Dublin – Épisode 1: La menace fantôme

Introduction et mise en contexte

Lorsque j’ai décidé de partir vivre en Irlande pendant deux ans, je venais à peine de rejoindre le SITT-IWW et était avide d’en apprendre plus et de prendre part à la lutte. Donc, la première chose à laquelle j’ai pensé est : « Existe-t-il une branche en Irlande ?»

Eh bien non, me confirme le GHQ (General Headquarters), qui me met quand même en contact avec ERA (European Regional Administration), qui elle, me met en contact avec des Wobblies d’Écosse qui, finalement, me mettent en contact avec de potentiels membres, dont un en particulier semble plus motivé encore, un certain dénommé Jules. Lire la suite