L’absurdité du monde: Les Frontières

Les frontières et leurs histoires

Aujourd’hui je vous parle des frontières et je pars déjà en étant en beau maudit suite à la déportation du camarade Éléazar du Canada, hein, le plusse beau pays du monde. En plus, il habitait dans la merveilleuse ville « sanctuaire » de Denis Coderre, faudrait peut-être le dire à ses chiens du SPVM que Montréal est supposément une ville sanctuaire, parce qu’ils continuent à livrer des sans papiers au gouvernement canadien. De la bonne vieille bullshit libérale.

Le problème c’est ça, un moment donné, à la fin du moyen-âge, les royaumes ont pris de l’expansion et ont commencé à se transformer en États. Pis le capitalisme est arrivé et pour fleurir véritablement, il avait besoin d’un État fort. Pis un État, bin il faut que ça gère un territoire, on a donc commencé à créer artificiellement des frontières pour délimiter ce qu’on a appelé les États nations (une nation par État.) Bien qu’on sache dès le début que le concept d’État nation est de la pure bullshit, ça n’a jamais empêché le système en place de nous le vendre comme une vérité naturelle. Des pays comme la France, l’Italie, l’Espagne sont formés par toutes sortes de petites peuplades avec des dizaines de langues différentes annexés par la force armée. Et que dire du Canada ? On est sensé croire que les francophones, les anglophones et les dizaines de nations autochtones différentes, on forme un beau grand État-nation ?

Bref, l’État nation, c’est d’abord et avant tout, une police, une armée, une douane et d’autres forces répressives qui contrôlent un territoire donnée au nom du capitalisme. Ça crée évidemment des guerres frontalières avec des zones disputées par différents pays. On n’a qu’à regarder ce qui se passe en Ukraine pour se convaincre avec une situation actuelle. Et qui dit dispute territoriale, dit souvent guerre aussi. Et qui dit guerre dit généralement milliers de personnes de la classe ouvrière qui s’en vont se battre contre d’autres milliers de personnes de la classe ouvrière pour les intérêts bourgeois et nationaux qui leur sont complètement étrangers. Ha c’est beau la nation !

Les frontières et l’intolérance

Ça crée aussi toutes sortes de phénomènes, comme le nationalisme. Tsé, ce sentiment de fierté envers notre état nation ou encore un état-nation nouveau qu’on pourrait créer grâce à un mouvement indépendantiste. Comme on dit souvent au PQ, On va l’avoir notre pays ! Encore une fois, on mobilise des gens de la classe ouvrière en leur faisant croire qu’ils ont plus d’intérêt commun avec leurs patrons québécois qu’avec les travailleurs et travailleuses qui ne parlent pas la même langue qu’eux. Parce que comme on dit souvent au PQ, l’exploitation, EN FRANÇAIS SVP ! Pas pour rien d’ailleurs que ce parti a finit avec le boss d’une des plus grosses business du Québec, doublé d’un des patrons les plus trou-de-cul comme chef.

Un autre phénomène qui rime aussi avec nationalisme, c’est le concept de xénophobie, qui devient une hostilité à ce qui étranger à sa nation, et ça aussi on est familier avec ça au PQ avec sa charte des valeurs, et comme on a pu le voir cette semaine, son opposition à une commission sur le racisme systémique au Québec. Un peu partout en occident, on voit une montée de la xénophobie avec une peur irrationnelle d’être envahi par des méchants réfugiés qui se font bombarder ou qui crèvent de faim dans leur pays. Pis leu plus drôle là-dedans, c’est qu’on entend des rednecks québécois nous dire qu’on va se faire envahir à cause de l’immigration. Hey ! Comme si les français étaient pas débarqués ici en envahissant les premières nations, et comme si le Canada avait toujours été peuplé par des personnes blanches d’origine européenne. Louis Riel doit se revirer dans sa tombe.

Les frontières et le capitalisme

Si on continue encore la marche de l’histoire des frontières on arrive aux années 1980 ou commence à émerger l’idée des traités de libre-échange à grande échelle et, par conséquent, la suppression des frontières pour ce qui est de la circulation des marchandises. Ces programmes de libre-échange nous étaient d’ailleurs vantés par nul autre que Jacques Parizeau et Bernard Landry, anciens premiers ministres du Québec et chef du… Parti Québécois ! Ce qu’on doit en retenir, c’est que d’avoir du libre-échange avec des pays où le salaire minimum est à moins de 2$ de l’heure et donc de délocaliser la production dans ces pays parce que ça coûte moins cher aux patrons, c’est une bonne chose. Mais pas question que les humains, eux, puissent circuler librement dans ces zones. Oh que non ! La marchandise, oui, les humains, qu’ils mangent de la marde.

Des dizaines d’années après l’implantation de ces politiques de libre-échange, on se rend bien compte que nos salaires et nos conditions de travail n’ont simplement pas évolué alors que les marges de profits des entreprises, elles, ont grimpé comme jamais auparavant. Bref, les seuls à qui profitent ce genre de politique, ce sont les patrons, les actionnaires et les banquiers.

Le syndicalisme ne sera pas restreint par les frontières

Ce qu’il faut retenir de tout ça, c’est qu’en tant que travailleurs et travailleuses, nous devons avoir une vision internationaliste de notre lutte. Les systèmes qui nous oppriment, dont le capitalisme, sont internationaux et se foutent bien de la religion ou de la couleur de cheveux de la personne opprimée. Nous aurions un bien meilleur rapport de force si nous étions uni-e-s, en tant que classe ouvrière, au niveau international qu’en se vautrant dans la xénophobie et le nationalisme comme Rambo Gauthier, par exemple. Quand on pense, par exemple, à une multinationale bien de chez nous, comme Bombardier, qui n’a aucun scrupule à voler l’argent public ici, délocaliser ses emplois au Mexique pour finalement augmenter les bonus des dirigeants. N’aurions nous pas tout à gagner à nous allier avec les employé-e-s des usines mexicaines de Bombardier pour augmenter le rapport de force face à cette compagnie ? Tout le monde y gagnerait, les employés d’ici, les employés du Mexique et les contribuables en général.

Bref, les xénophobes et autre nationalistes ne cherche qu’à nous faire adhérer à un système dans lequel nous avons des intérêts communs avec des patrons québécois. Nous n’avons rien en commun avec un quelconque patron, peu importe sa nationalité. Par contre, nous avons beaucoup en commun avec les travailleurs et travailleuses de partout dans le monde. Ne nous laissons pas berner, la solidarité syndicale ne doit pas connaître de frontières, car nos oppresseurs n’en connaissent pas. Ripostons coup pour coup aux multi-nationales. Souvenons-nous que nos grèves seraient beaucoup plus rapidement gagnées si quand une usine se met en grève dans une entreprise, des dizaines d’autres suivent en solidarité partout dans le monde.

 

Éric Sédition, pour Action en direct.

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L’ASSÉ et le syndicalisme

Il y a environ deux semaines, j’étais au congrès hivernal de l’ASSÉ pour la fin de semaine du 24 et 25 février. J’étais bien content d’y croiser d’autres Wobblies, dans les délégations comme à la table du présidium, et c’est ce qui m’a poussé à écrire ce texte pour vous aujourd’hui. Ma réflexion tourne autour de la question: qu’est-ce que le milieu syndical a à voir avec la politique étudiante et plus spécifiquement l’ASSÉ? La réponse que je souhaite proposer: la solidarité.

 

La politique étudiante et l’ASSÉ

Mes quelques mois d’implication dans mon association locale universitaire m’ont permis de constater plusieurs choses à propos de la politique étudiante: peu de personnes impliquées, peu de résultats concrets pour les actions entreprises, les buts sont toujours politiques et à grande échelle… Bref, ce n’est pas du pareil au même avec des syndicats comme le SITT-IWW. Toutefois, il ne serait pas juste de mettre toutes les associations étudiantes dans le même panier. Tandis que certaines d’entre elles sont contentes de n’exister que pour la vie sociale de leurs membres, il y en d’autres d’une différente espèce, qui elles se dotent de revendications politiques à l’envers du statu quo. C’est, pour la majeure partie, ce genre d’association étudiante qui s’est présenté au congrès de l’ASSÉ.

 

ASSÉ: Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante. Peu importe ce que devient l’organisation en tant que telle, le principe d’un syndicalisme étudiant demeurera toujours important. Un syndicat étudiant n’a pas pour objectif de faire pression sur un employeur, mais il n’en reste pas moins que les étudiants et étudiantes du Québec ont un rôle politique des plus pertinents à jouer. C’est à leurs associations de lutter pour les droits à l’éducation de tous et toutes, en raison de leur perspective privilégiée sur ce sujet. Ce sont les étudiants et étudiantes des cégeps et des universités qui connaissent mieux leurs réalités et ce sont elles et eux qui souffriront de coupes en éducations et hausses des frais de scolarité. Ce sont donc à elles et eux que le gouvernement devra avoir à faire lorsqu’il voudra encore porter atteinte à ce droit à l’éducation.

 

Ce serait donc une erreur d’ignorer la politique étudiante sous prétexte qu’elle ne sert que « ses propres intérêts ». Une société qui adopterait les principes d’aide mutuelle et d’autogestion doit se préoccuper de l’éducation de tous et toutes. Les attaques envers l’éducation perpétrée par le projet néolibéral ne cesseront pas de sitôt, malheureusement. Ainsi, il est important d’avoir les moyens de se défendre et de se mobiliser. Le projet d’une éducation publique et accessible en vaut la peine! Le seul moyen efficace d’accomplir ces tâches est, selon moi et mon humble opinion, le syndicalisme étudiant. Le modèle syndical a fait ses preuves dans le monde économique, par ses moyens de pression efficaces pour faire plier les patrons. Il sera toujours bénéfique à la politique étudiante de continuer de se calquer sur ce modèle pour mener à bien ses luttes.

 

Bien sûr, il faut rendre bien clair le fait que les syndicats de travail ne sont pas des syndicats étudiants. Il ne s’agit pas de fusionner les deux, car ils ont leurs propres objectifs, qu’il ne faudrait pas confondre: les droits des travailleurs et travailleuses pour l’un et les droits à l’éducation pour l’autre.

 

Les problèmes de l’ASSÉ

C’est ainsi que je me lance dans une analyse de ce qui ne va pas à l’ASSÉ. J’identifie trois problèmes majeurs, à régler dans les plus brefs délais si elle veut survivre. Un mot pour débuter: démobilisation. Ce premier problème, je le constate dans les associations locales comme nationales. La base étudiante n’est pas impliquée comme elle l’était en 2012 ou même en 2015. On parle souvent d’un « creux de mobilisation ». Les burnouts de militants et militantes ne sont pas rares et, à ce qu’on m’a rapporté, ce sont bel et bien les militantes qui pâtissent le plus de la pression qui vient avec l’implication à l’ASSÉ. Ce quelques jours après le 8 mars, j’estime nécessaire de souligner que les hommes impliqués n’en font pas assez (ou trop dans le mauvais sens selon le cas) pour favoriser un milieu militant qui n’est pas hostile aux femmes. En cela consiste donc le deuxième problème de l’ASSÉ: une association qui n’a pas la confiance des femmes n’est pas une association qui devrait s’attendre à survivre longtemps. Nous étions loin d’avoir une proportion paritaire d’hommes et femmes au congrès. Il y a aussi la question de l’implication amoindrie des personnes de la communauté LGBT+ qui doit être considérée, en plus des questions de genre. Ce rapport de confiance doit absolument être rétabli et pour cela un travail de fond est à faire. Troisièmement et enfin viennent les problèmes financiers. On parle de déficits atteignant plusieurs dizaines de milliers de dollars, majoritairement imputables aux associations locales qui ne paient pas leurs cotisations. Un problème de grande taille, c’est le moins qu’on puisse dire.

 

S’il fallait que je résume ces trois problèmes en un seul plus général, alors je dirais que l’ASSÉ souffre d’un manque de solidarité. C’est l’aliment principal de tout syndicat, sans quoi il ne peut pas vraiment vivre. L’ASSÉ doit donc: travailler à ce que sa base reprenne le goût de s’impliquer pour des enjeux qui touchent toutes les étudiantes et tous les étudiants, construire une véritable solidarité féministe dans ses rangs et finalement rétablir la confiance de ses associations locales pour qu’elles redeviennent solidaires entre elles et emploient l’argent de leurs cotisations à bon escient. Bien sûr, lorsque je dis « l’ASSÉ doit », je veux dire « tous les membres et toutes les membres de l’ASSÉ doivent »! Car une association syndicale n’est rien sauf l’ensemble de ses membres qui sont prêts et prêtes à lutter, uni-es. Les problèmes de l’ASSÉ ne lui sont pas nécessairement uniques, ce sont des dangers qui guettent tout syndicat. La solidarité est à la fois un moyen de lutte et un objectif à atteindre, qui ne doit jamais être perdue de vue.

 

La solidarité syndicale étudiante

C’est donc à ça que le milieu syndical a à voir avec la politique étudiante. Leurs objectifs et méthodes peuvent varier, mais les associations étudiantes ont tout à gagner d’adopter le modèle syndical, et tout à perdre de s’en délaisser. L’ASSÉ fut un temps le véhicule le plus populaire de cette solidarité politique étudiante, mais ce n’est peut-être plus le cas aujourd’hui. Je n’y suis pas attaché, j’étais trop jeune pour vraiment participer à la grève de 2012, mais je n’y suis pas aussi catégoriquement opposé que d’autres peuvent l’être. Ce qui m’importe, et ce pour quoi j’argumente, c’est une association étudiante qui vit une vraie solidarité et qui est véritablement en mesure de mettre en action des moyens de pression syndicaux pour faire valoir ses revendications. Je l’ai vu au congrès de l’ASSÉ, les associations locales veulent travailler ensemble, elles veulent lutter ensemble, même celles qui sont en faveur de la dissolution. Des coalitions d’individus pourraient bien mobiliser les étudiants et étudiantes, mais seule une approche syndicale peut entretenir un rapport de force assez importante pour faire fléchir le gouvernement. L’ASSÉ et ses membres font face au choix difficile de laisser mourir un engin de mobilisation autrefois puissant, ou de miser sur la réanimation de ce qui reste de cet engin. Il faut simplement faire en sorte que la solidarité, elle, reste bien vivante. Qui sait, l’ASSÉ et les autres associations étudiantes feraient peut-être bien de s’inspirer de ce que les Wobblies font à Montréal? Après tout c’est un modèle syndical tel que celui du SITT-IWW qui prône la solidarité dans toutes ses luttes!

 

Solidarité pour toujours,

 

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L’absurdité du monde: Les médias

Aujourd’hui, avec un thème comme les outils de communication que possède le mouvement ouvrier, j’ai décidé de vous parler de ce qui se passe de l’autre côté de la barricade. C’est-à-dire des outils de communications que possède la classe dominante et j’ai nommé les médias de masse. Vous savez, ces grands médias qui se drapent de la vertu du journalisme professionnel et de sa pseudo-neutralité. On se fait répéter à tort et à travers que les médias font une bonne job, qu’ils sont neutres, qu’ils servent à informer le public etc.

Commençons par le nœud du problème. La vaste majorité des médias de masse ont deux sources principales de financement : l‘état et la publicité. L’état, en plus de financer ses propres médias comme Radio-Canada et Télé-Québec, offrent plusieurs subventions aux créateurs de contenu culturel et médiatique. Jusqu’ici, on peut comprendre la logique. D‘ailleurs on peut considérer qu’actuellement les médias d’État sont parmi les plus objectifs dans notre société. Mais encore, ça n’empêche pas les différents gouvernements qui se succèdent de jouer avec le financement de ces médias au gré de leurs intérêts. On a pu facilement le voir avec Stephen Harper qui coupait constamment le financement de Radio-Canada, considéré comme trop indépendant du pouvoir. De là à considérer que ces médias sont impartiaux, ce serait comme croire que l’État l’est également et qu’il ne travaille que pour le bien-être de ces citoyens. Bref, ce serait se mettre un doigt dans l’œil. Peut-on vraiment penser que ces sociétés sont complètements indépendantes du gouvernement qui les finance, qui nomme leur conseil d’administration, qui nomme la haute direction etc. ? Et bien évidemment, non.

L’autre source de financement de ces médias, c’est les revenus publicitaires. Dans le privé, ce sont la majorité des revenus. C’est donc en toute logique qu’on peut affirmer que les médias privés doivent réussir à vendre de la pub pour être rentable. Par conséquent, on peut déjà se demander si la mission d’un média d’informer le public ne rentre pas en contradiction avec son obligation de vendre de la pub pour survivre. Encore une fois, c’est évident. À partir de ce moment-là, comment peut-on distinguer un média traditionnel d’une agence de pub ? Et bien je ne crois pas que cette distinction existe. Ces médias privés, et donc, à but lucratif, n’existent que pour enrichir leurs investisseurs, comme toute entreprise privée. Par conséquent, le réel objectif des médias devient de vendre de la publicité, parce que c’est ça qui paie. Comment peut-on croire que des médias peuvent être neutres s’ils sont soumis aux aléas du marché ? Quel média va enquêter sur les magouilles d’une compagnie qui est aussi un grand commanditaire ? Poser la question c’est un peu y répondre.

Cet été, je suis allé faire un tour sur la ligne de piquetage des employés de Bérubé Chevrolet à Rivière-Du-Loup. Un peu moins d’une dizaine de mécaniciens y sont en lock-out depuis juillet 2016 et ça continue. Ces travailleurs nous expliquaient qu’ils n’avaient aucun exposure médiatique dans les médias locaux ; c’est comme s’ils n’existaient pas. Peut-on croire que c’est un hasard si Bérubé Chevrolet est également un gros acheteur de pubs dans les médias locaux ? Et bien non, il n’y a pas de hasard à ce niveau. Quel média cracherait sur des milliers de dollars en revenus pour une dizaine de travailleurs en lock-out ? Qu’en est-il de l’information publique ? Toutes des questions auxquelles nous n’aurons jamais les réponses, mais on peut se douter ici qu’il y a un conflit d’intérêt assez marqué.

Autre anecdote loufoque. J’ai écouté l’émission Les Chefs récemment sur Tou.tv. Donc un média d’état lié à Radio-Canada. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, c’est une espèce de télé-réalité dans laquelle différents apprentis chefs-cuisiniers se font la lutte pour gagner différents prix. Bref, un espèce de concours de cuisine télévisé. Eh bien, comme si ce n’était pas assez du nombre de publicités entre les différents segments de l’émission (à ce niveau, laissez-moi vous dire que ç’a beaucoup évolué depuis l’ouverture de Tou.tv. Maintenant, c’est rendu que la pub prend au moins autant de place qu’à la télévision). En plus de ces pubs, l’émission nous présente régulièrement ses différents commanditaires : que ce soit avec du placement de produits du genre « Vous devez ajouter un café Nespresso à votre plat » ou encore « Les producteurs acéricoles du Québec offriront une bourse de 1000$ au gagnant du défi, d’ailleurs m’sieur le juge, il est vrai qu’on peut consommer l’eau d’érable ? Tout à fait, c’est très désaltérant, c’est parfait pour les sportifs et blablabla ». Vous voyez le genre. Et ça, c’est à la télévision publique, imaginez maintenant dans le privé. Parfois, il est de mise de se demander si ce qu’on regarde tient d’avantage de l’infopub ou du contenu médiatique. Dans tout ça, qu’en est-il du droit du public à l’information neutre et objective ?

Une autre chose qu’il faut regarder, c’est qui possède ces fameux médias. Quand on regarde de plus près, on se rend compte, que la vaste majorité des gros médias privés appartienne à des patrons de multinationales et autres gros conglomérats. Pourquoi pensez-vous que ces gens veulent posséder des médias ? Pour la simple rentabilité de ceux-ci ou parce que contrôler l’information que le public reçoit, ça rend pas mal plus puissant ? Encore une fois, poser la question, c’est un peu y répondre. Ces conglomérats et leurs dirigeants ont des intérêts à défendre, c’est évident. Par conséquent, peut-on penser, par exemple, sur le sujet du syndicalisme, que les médias vont avoir un regard neutre lors d’un conflit de travail d’une de leurs filiales ? Québécor, ça vous dit quelque chose ? Aussi et plus largement, quand on pense qu’un homme comme Paul Desmarais, qui possède La Presse en plus de centaines d’autres entreprises, va par exemple laisser ses journalistes couvrir un mouvement qui va à l’encontre de ses intérêts patronaux de manière neutre et objective ? Peut-on penser que lorsque Pier-Karl Péladeau, alias « En Français », se présentait aux élections, TVA et le Journal de Montréal le traitaient comme n’importe quel politicien ? Le droit du public à l’information qu’ils disaient…

Dans le même ordre d’idées, il y a aussi la convergence, qui est l’idée de regrouper sous une même entreprise différentes entités médiatiques, culturelles, publicitaires qui travaillent dans le même sens. Un processus particulièrement bien appliqué chez Québécor, qui possède des journaux, des revues, des chaînes de télévision, un câblodistributeur, des maisons d’édition, des maisons de production, des magasins de livres et de musique, des distributeurs et alouette. Dans un cadre comme celui-là, pensez-vous sérieusement que la personne qui critique le dernier livre des Éditions de l’Homme (by the way quel nom de merde) pour la revue 7 jours va nous dire que le livre était de la marde ? Pensez-vous que le chroniqueur télé du Journal de Montréal va nous dire que la programmation de TVA c’est de la marde ? Pensez-vous que les émissions de TVA vont nous présenter de la même façon un film produit par Québécor qu’un film produit par un concurrent ? On pourrait continuer comme ça bien longtemps. Au moins, on sait maintenant que le droit à l’information du public est ce qui prime chez les médias de Québécor, et surtout pas l’enrichissement de ses actionnaires, tsé.

Malgré tout ça, on ne peut nier que certains journalistes font leur job avec beaucoup d’intégrité et essaient sincèrement d’informer le public. C’est un fait. Par contre, peut-on réellement prétendre à la neutralité et à l’objectivité dans une société comme la nôtre ? Je ne crois pas. C’est pourquoi je vais souvent préférer une personne qui va nous dire à l’avance où elle campe qu’une personne prétendant être complètement objective. Parce qu’on ne peut pas dire qu’un journaliste ne sera pas influencé dans sa couverture par ses  opinions politiques, ses valeurs, son éducation, son appartenance de classe, son réseau social. Par exemple, si un journaliste traite du dossier d’une grève dans une entreprise et qu’il va voir la partie patronale qui lui envoie un porte-parole spécialisé dans les communications publiques et travaillant à temps plein dans ce milieu vs. le syndicat qui lui envoie un travailleur en grève qui ne connaît rien aux entrevues journalistiques, eh bien c’est évident qu’il trouvera plus crédible le professionnel des relations publiques. De la même façon, les médias privés fonctionnent comme n’importe quelle autre entreprise : on veut du rendement. Est-ce qu’un journaliste, mettons comme Philippe Tesceira-Lessard de La Presse, va avoir le temps de faire une bonne recherche et de contacter toutes les parties en action sur l’un de ses sujets, mettons comme la montée de la violence d’extrême gauche, et de produire un article qui ne tourne pas les coins ronds, ou est-il obligé de sortir 3-4 articles par jour pour satisfaire son patron qui veut de la productivité ? On peut donc se demander si notre Philippe ne va pas seulement prendre ce que la police lui donne comme information pour du cash et faire une petite recherche internet pour pondre un texte de 2000 mots sur la question sans trop se compliquer la tâche ? Au final, ne servira-t-il pas tout simplement à faire une job de bras pour mettre la table de la répression à venir à l’aube du G7 de Charlevoix, tout en produisant un article sensationnel qui va plaire à son patron ? Le droit du public à l’information qu’ils disaient…

En terminant, dites-vous bien que malgré les meilleures intentions du monde de la part d’un journaliste, avant que son texte ne soit publié, il devra passer par une révision, sera lu par une équipe de cadre du journal, sera placé dans ledit journal à un endroit que les cadres décideront selon l’importance qu’ils veulent bien accorder à la nouvelle, sera potentiellement placé près d’une pub qui va avoir un caractère complémentaire, des parties en seront modifiées et probablement le titre également. Dans ces conditions, dire que les médias sont neutres et objectifs tient d’avantage du mensonge éhonté que de la vérité. La réponse se trouve dans la création de médias autonomes et dans le retrait du médiatique des aléas du marché. Bref, nous aurons droit à une information publique de qualité le jour où nous déciderons de sortir du capitalisme. Et ça, ça s’appelle une révolution.

Source: Action en direct
Crédit photo: http://outnewsglobal.com
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L’absurdité du monde: L’usage de la technologie

Dans le cadre de cette chronique d’Action en Direct j’ai décidé de vous parler de progrès technologique. C’est un peu lié à tout ce qu’on entend par rapport aux bienfaits qu’amène la fameuse économie participative. En tout cas, bienfaits pour le patronat et l’élite qui nous gouverne. J’ai décidé d’y aller avec un questionnement philosophique aujourd’hui et de vous poser la question suivante : « Est-ce que notre société progresse ? Est-ce que l’humanité progresse ? ». À première vue, on a tous et toutes envie de répondre « Bien oui, on est maintenant capable d’aller sur la lune, de soigner le cancer, on a des véhicules hybrides ». Mais si on gratte un peu et qu’on décide d’aller un peu plus loin, est-ce que le progrès technologique est nécessairement un progrès pour l’humanité dans son ensemble ? Parce qu’on ne va pas se mentir, qui, dans notre société, possède la technologie ? Avant qu’elle se rende sur les tablettes des Wal-Mart comme produit de consommation, à qui elle profite cette technologie ? La réponse est bien simple, elle appartient à la classe possédante, celle qui nous envoie des mémos sur nos lieux de travail pour dire qu’il va y avoir moins de services aux employé-e-s, celle qui aime mieux avoir une machine pour remplacer des caissières ou caissiers dans votre épicerie ou au McDo du coin. Évidemment que pour eux, le progrès technologique est utile : On trouve des façons de couper les coûts de production. Bref, la technologie va toujours profiter d’abord et avant tout aux riches et aux bourgeois de notre société. On pourrait appeler ça le progrès de classe.

Offrir un service utile ou s’enrichir?

Si on repart de la base, selon vous, quel est le but d’un bon capitaliste ? Offrir un service ou un produit de qualité et utile à l’humanité ? Offrir des emplois de qualités à ses employé-e-s ? Non… Le but premier d’un capitaliste est de s’enrichir, de devenir riche, de s’en mettre plein les poches. Partant de ce principe, évidemment, son but premier va être de couper dans les dépenses de son entreprise. Par un drôle de hasard, l’une des principales dépenses de toute entreprise est la main-d’œuvre ou si vous préférez la novlangue : Les ressources humaines. Si on peut couper des employé-e-s et les remplacer par des robots, des ordinateurs ou autres machines moins coûteuses, que pensez-vous que le capitaliste va vouloir faire ? Poser la question, c’est un peu y répondre… Donc, à qui profite la technologie dans notre merveilleux système ? Au patron qui sauve des coûts de production ou à l’employé-e qui sera mis au chômage, parce que remplacé par un robot ? C’est le même principe que quand un patron vous paye un téléphone cellulaire, n’allez surtout pas penser qu’il le fait pour votre bien-être : il sait très bien que comme ça, vous allez être joignable 24h sur 24 et ça, ça l’arrange pas mal plus. C’est encore la même chose avec l’économie dite participative comme Uber et AirBnB. Si on peut contourner les lois en vigueur et sauver de l’argent en disant que c’est participatif, n’importe quel capitaliste va sauter sur l’occasion. À qui tout ça va profiter ? Aux chauffeurs de taxi qui paient leur licence pour faire la même job qu’un Uber ? Aux voisins d’AirBnB qui vont voir leur loyer augmenter parce que son bloc est presque devenu un hôtel ? Évidemment, non, seulement aux gens qui vont s’enrichir avec ces nouvelles technologies. Évidemment, si toutes ces technologies appartenaient à la classe ouvrière, on pourrait dire que l’humanité progresse, que c’est un progrès pour tout le monde de remplacer une tâche ultra répétitive par des robots et qu’ainsi, tout le monde a moins besoin de travailler. Mais malheureusement, ce n’est pas comme ça que notre société fonctionne.

Consommation et environnement

Un bon capitaliste, pour s’enrichir toujours plus, doit toujours produire plus et étendre son marché. Comme ça adonne bien, les études et les recherches financées par l’élite cherchent constamment à essayer de produire plus et à moindre coût. C’est de là que nous vient le phénomène de surproduction. Depuis que je suis jeune, on nous apprend vertueusement qu’il ne faut pas surconsommer pour le bien de la planète. Mais quelle est la cause de cette surconsommation ? Évidemment, c’est la surproduction des capitalistes. Ils produisent toutes sortes de gogosses qui ne valent rien et qui n’ont aucune utilité dans le but toujours de s’enrichir plus. Pensez-vous que le propriétaire de Dollarama a en tête le bien-être de la planète quand il remplit ses étagères de cochonneries bon marché dont il sait très bien que la durée de vie ne dépasse pas les 6 mois ? Bien sûr que non, il ne pense qu’aux juteux profits qu’il va pouvoir se mettre dans les poches et celles des autres actionnaires et c’est tout. Pendant ce temps, on blâme le consommateur, mais jamais on ne blâme le producteur, le capitaliste derrière des objets inutiles comme les fidget spinners. C’est toujours l’acheteur (donc généralement la classe ouvrière) le problème et non celui qui vend et met en marché des produits de merde. La technologie nous permet de produire plus au détriment des ressources, produire plus de produits de mauvaise qualité, dans un seul but : celui d’enrichir le patronat. Donc je repose la question, à qui profite la technologie ?

Une question de Marketing

Pour vendre toutes ces gogosses complètement inutiles, le capitaliste a inventé une nouvelle science : Le marketing. Aujourd’hui, les universités débordent de chaires de recherche dont le but est d’approfondir cette pseudoscience qu’on pourrait définir par cette expression : « L’art de créer un besoin artificiel dans la tête du consommateur afin de lui faire acheter quelque chose ». Par conséquent, ça fait en sorte que notre société regorge de publicité un peu partout pour nous vendre quelque chose : à la télé, dans les journaux, à la radio, dans les rues, aux toilettes, sur nos téléphones, sur internet, à l’école, au boulot, etc. On crée des images de marque pour dire que telle compagnie est éthique parce qu’elle donne de l’argent à la cause des enfants malades ou à celles de la santé mentale. Bell cause pour la cause, ça vous dit de quoi ? Tsé la compagnie qui a crissé à la porte plein de téléphonistes à Montréal pour délocaliser ses services à moindre coût. Quelle belle compagnie éthique. Tout ça grâce au marketing. Toute cette énergie dépensée à essayer de vendre de la cochonnerie comme un vulgaire peddler. Imaginez si ces recherches visaient plutôt à engendrer de meilleurs comportements chez les humains. On pourrait notamment enligner les recherches sur des enjeux comme l’élimination de la culture du viol ou du racisme. Mais non, on préfère vous vendre une assurance automobile ou un REER, c’est plus payant pour le capitaliste. Ça m’amène à reposer une question : À qui profite le progrès dans le domaine du marketing ?

Évidemment, surproduire et inventer de faux besoins, ce n’est pas encore assez pour enrichir suffisamment nos bons dirigeants capitalistes. Ils se sont donc servis de la technologie pour inventer un autre concept : celui de l’obsolescence programmée. Ça vous dit quelque chose ? L’obsolescence programmée, c’est quand un capitaliste conçoit un produit de consommation afin de s’assurer qu’il brise au bout d’un certain moment. Comme ça, et bien, pas le choix d’en racheter un autre. Sinon, comment on explique que mes parents ont un frigidaire qui date de 40 ans et que je n’ai jamais pu en garder un neuf plus de cinq ans ? Ça doit être ça le progrès technologique, right ? Sérieusement, la technologie n’a jamais été aussi avancée et on vient nous faire croire que nos frigos, nos voitures, nos ampoules et la plupart des produits que nous avons durent maintenant moins longtemps ? C’est pourtant ce que les capitalistes font. Mettons-nous dans la peau du propriétaire de la compagnie Frigidaire et pensons un instant. Ouais je sais, c’est pas ce qu’il y a de plus agréable n’est-ce pas… Donc, vous êtes actionnaires de la compagnie Frigidaire, qu’est-ce qui est le mieux pour vous : 1- Produire des réfrigérateurs de bonne qualité qui vont durer au minimum 20 ans ou 2- Produire un réfrigérateur de moins bonne qualité, qui va donc vous coûter moins cher à produire, et que celui-ci ait une durée de vie de 8 ans ? Selon vous, lequel va vous rapporter plus d’argent ? Le premier que vous allez vendre une seule fois en 20 ans ou celui que vous allez pouvoir vendre une fois et qu’au bout de huit ans, vous allez pouvoir en revendre un deuxième ? Est-ce une théorie du complot de penser que les capitalistes peuvent voir les choses comme le choix numéro 2 ? Ça m’amène à poser encore une fois la question : À qui profite le progrès technologique ?

Big Brother et la dérive sécuritaire

Ce qui m’amène à vous parler des technologies sécuritaires. Parce qu’en créant des inégalités sociales comme le font les capitalistes, ça les oblige à développer toutes sortes de technologies pour surveiller ses employé-e-s ou la plèbe en général ou encore contrôler les mouvements de révolte de ceux et celles qu’ils écrasent. C’est pourquoi d’ailleurs on assiste à l’essor technologique dans le milieu de la technologie de sécurité. Caméras de surveillance pour ne pas se faire voler, ou mieux encore, pour pouvoir surveiller ses employé-e-s à distance. Systèmes antivols dans les magasins. Systèmes d’alarmes un peu partout. Armes nucléaires pour protéger ses privilèges face aux intérêts des autres pays. Police paramilitaire pour intimider tout mouvement de révolte. Technologie informatique afin de traquer les habitudes de consommation des gens. Puces qu’on peut intégrer sous la peau des employé-e-s. La liste est extrêmement longue, mais la conclusion demeure la même. À qui profite toutes ces évolutions technologiques, si ce n’est qu’uniquement aux capitalistes, aux riches et aux bourgeois de notre société. Notre société progressera le jour où ces technologies appartiendront au peuple et serviront les intérêts de toutes et de tous et non seulement les intérêts d’une poignée de privilégiés. La technologie sera utile une fois entre les mains de la classe ouvrière, mais pour l’instant, elle ne fait que contribuer à augmenter le rapport de force de la classe dominante sur le bas de la pyramide.

Éric Sédition

 

Crédit photo: http://scifiaddicts.com
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Retour sur Capital et travail: la collaboration de classe dans le mouvement ouvrier

Les salaires, pour les travailleurs et les travailleuses d’une société dominée par l’économie libérale ou néolibérale, n’ont représenté et ne représenteront jamais rien de plus qu’une fraction de la valeur de notre travail une fois que le capital aura pris sa part de la production sociale(1). Le capital se réserve cette part avant de redistribuer le reste aux employé-es sous forme de rémunérations qui varieront selon les critères du «marché du travail» qui cherche à imposer une valeur marchande aux emplois et au travail autonome (et de ce fait aux employé-es et travailleur et travailleuses autonomes) comme s’il s’agissait d’une marchandise. Bien sûre le capitalisme, qui ne fonctionne que s’il est en croissance perpétuelle, utilisera cette part pour croître et accroître les moyens de s’approprier une part toujours plus grande de cette production sociale, ce qui en fait un système de concentration des richesses qui mène aux résultats que l’on connaît : un nombre ridicule d’individus se partageant une part immense des richesses, des moyens de production privés et qui décideront donc des orientations que prendra cette production (pouvoir). Les possédants, dans cette doctrine économique, obtiennent donc la part du travail non obtenu par les travailleurs et travailleuses. Depuis longtemps, le syndicalisme se présente comme moyen pour remédier à cette situation. Aujourd’hui, par exemple au Québec et au Canada, les centrales syndicales ont acquis des moyens et un nombre de membres qui dépassent de loin ce à quoi auraient pu rêver les organisations ouvrières du passé. Pourtant, il semble être plus que jamais improbable qu’une transformation d’envergure de l’organisation sociale (révolution) proviennent de ces entités. Pourquoi donc? Voilà , je vous laisse avec une parti d’un texte qui offre une réponse à cette question et je vous reviens avec mon point de vue sur la question.

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Capital et travail : la collaboration de classe dans le mouvement ouvrier
par : Victor Levant (doctorant en science politique à l’université McGill), édition l’étincelle, 1977

chapitre V11 : le caractère de classe du syndicat «bona fide»
l’organisation du travail était illégale à ses débuts mais on fut finalement obligé d’accorder un «droit
d’association» à cause de la révolte de la classe ouvrière. La notion sous-jacente à la définition
d’activité syndicale légale dérivait cependant de la vision du monde capitaliste et reflétait les intérêts de
la classe du capital. Ce «droit» fut accordé de mauvais gré, sous condition et seulement après avoir
édulcoré l’essence du mouvement ouvrier : d’un mouvement de lutte politique pour l’émancipation du
travail en un mouvement de lutte économique pour des salaires plus élevés et de meilleures conditions
de travail. Ce «droit» ne fut finalement accordé qu’une fois le contenu de cette activité légale (le but,
les principes, la stratégie et les tactiques du syndicalisme) réduit à l’état inoffensif. On y réussit à coup
de force brutale, de répression judiciaire, de corruption et de mystification idéologique.
Notre analyse montrera que le «droit» d’association n’est que le droit de s’organiser d’une certaine
façon, dans l’intérêt du capital, i.e. dans le but d’assurer la permanence de l’actuel mode de production,
en conséquence, l’exploitation du travail.

La définition juridique de l’activité du syndicat bona fide se révéla n’être rien de plus que la
collaboration de classe sous la forme du «respect de la loi et de l’autorité». Cela signifiait que le travail
reconnaissait la légitimité de l’appareil d’État. Celui-ci maintenait sa domination – une domination
inscrite dans le code criminel du Canada, le code civil de la province de Québec et le code du travail
du Québec, domination aussi assurée par la nature de classe des gouvernements, de la bureaucratie, des
tribunaux, de la police et de l’armée qui, tour à tour, légifèrent, exécutent, jugent et font respecter les
lois. L’essence de cette appareil, c’est l’hégémonie, la domination politique du capital sur le travail.
Le code criminel du Canada et le code civil du Québec assurent l’exploitation du travail par la
légalisation de l’appropriation privée de la production sociale, maintiennent l’actuel mode de production
par la légitimation du contrat de travail et défendent la structure sociale existante en prescrivant toute
transformation de l’appareil d’état qui protège cette structure.

Le code du travail du Québec assure la domination du capital sur le travail en proscrivant la lutte de
masse militante, en régularisant, «routinisant» et individualisant le conflit des classes; il assure
l’intégration partielle du syndicat à l’appareil d’état en le rendant légalement responsable de
l’application de la convention collective et, enfin, il assure la dissémination de la mythologie libérale
capitaliste implicite dans le code : égalité de l’employeur et de l’employé («les droits égaux»), société
sans classe («le publique») et état au-dessus des classes («égalité devant la loi»).
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Ceci dit, en observant la situation actuelle, il est évident que cette description du syndicalisme correspond à celle des grandes centrales syndicales du Québec qui s’inscrivent dans cette catégorie de version édulcorée et édentée de ce que l’on ne peut même plus appeler un mouvement ouvrier. Le dépôt d’une simple loi spéciale du Gouvernement Libéral suffit à faire retourner au travail des milliers de travailleurs et travailleuses de la construction ayant voté-es pour la grève et ce, dans la quasi absence de contestation. Les Syndicats actuels se sont si bien intégrés à l’appareil d’état, que l’état n’a même plus besoin de faire appelle ses forces répressives pour faire respecter des règles que le Gouvernement invente au fur et à mesure au détriment de la classe laborieuse. Les élites syndicales ont assez de pouvoir sur leurs membres pour faire appliquer les lois, les plus nocives soient-elles, pour les travailleurs et travailleuses.

Le syndicalisme révolutionnaire doit reprendre sa place dans le paysage syndicales car le syndicalisme «bona fide» (de bonne foi) actuel n’est pas adapté pour combattre le néo-libéralisme ayant accepté ou ayant été forcé à être réglementé pour acquérir un statut légale comme le suggère l’auteur de capital et travail. Il a aussi été développé dans un contexte politique durant lequel il était populaire de vouloir construire, tout et tousse ensemble, main dans la main, «la social-démocratie» qui profitera à tous et à toutes sans avoir à remettre en question la structure sociale et l’appareil d’état qui la protège (mystification idéologique?). Ce syndicalisme révolutionnaire doit exercer une pression qui s’accentuera au fils des années en émettant une critique crédible du syndicalisme actuel par des textes, des actions et la mobilisation des employé-es dans des secteurs d’emplois oubliés par le syndicalisme actuel (restauration, commerce au détail, dépanneur, travailleurs et travailleuses autonomes, communautaire etc). Il doit aussi comme dans le cas e Mapei et de Poste Canada appuyer les employé-es syndiqué-es victimes de pratiques syndicales allant dans le sens de la collaboration de classe. Bref, il doit pousser le syndicalisme à retrouver son essence : produire un mouvement conduisant à l’émancipation du Travail pour éliminer la domination des détenteurs de capitaux et de moyens de productions et éliminer aussi la domination de l’état qui défend les structures légales qui permettent l’appropriation privée de la production sociale. Ce, plutôt que de mener une lutte strictement économique visant à faire en sorte que ces possédants veulent bien accepter d’être plus «généreux» dans la redistribution de la production sociale via les salaires. Voilà pourquoi je considère que le syndicalisme révolutionnaire est plus que jamais pertinent et que ses positions, ses principes et à ses actions, puisse apporter des pistes de solution en vue de la réappropriation du travail (pouvoir) par les travailleurs et travailleuses du monde.

 

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(1) J’entends par production sociale, l’ensemble du travail effectuer par une société considérant que chaque secteur économique, fonctions et activités
sont interdépendants incluant par exemple : le travail étudiant(partage, acquisition et amélioration de la connaissance), stages étudiants, travaux ménager, éducation des enfants, travail autonome, participation citoyenne etc.

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Un syndicat pour recadrer le conflit

Je suis assis dans la poussière à la porte du quai de chargement de l’entrepôt dans lequel je travaille, les pieds qui pendent à l’extérieur, écœuré raide de ma semaine, à regarder la cour arrière pleine de mégots de cigarette et de bouts de plastique qui volent au vent et qui vont finir dans l’eau, quelque part, à faire réduire notre espérance de vie pour supporter un système autodestructeur. Je me suis pris un break tout seul cet après-midi. Pour être honnête, j’en prend pas souvent en fait; je préfère prendre une heure plutôt qu’une demi-heure pour dîner ou partir 10 minutes avant la fin de la journée histoire d’arriver plus tôt chez moi, mais là… j’suis en tabarnaque, et y fallait que je ventile un peu.

Qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce qui me fait chier ? Hum… ça serait compliqué à expliquer simplement, mais si je voulais essayer de le résumer, je dirais que j’en peux plus de voir que le manque de culture de solidarité et de démocratie de notre société fait que ma job (et presque toutes les autres, même celles qui sont syndiquées par des syndicats «traditionnels»), c’est un pain in the ass constant ! C’est une interminable série de problèmes qu’on parvient jamais à régler pour la simple et bonne raison qu’on n’arrive pas à penser en dehors de la boîte ! J’ai hâte qu’on se le rentre dans la tête une fois pour toute, tout le monde ensemble : ça sert absolument à rien d’essayer d’améliorer nos conditions de travail si on prend pas le contrôle de l’entreprise au complet, et ça, presque personne, même les syndicats traditionnels, a l’air de le comprendre !

Pourtant, pour quelqu’un qui, comme moi, travaille constamment en démocratie directe à l’extérieur de sa job et qui sait comment ça change toute la façon de régler (ou plutôt d’éviter) tous les conflits que la hiérarchie cause, c’est un simple fait : Tant et aussi longtemps qu’on va lutter pour augmenter notre pouvoir face aux boss (ou à l’état, mais concentrons-nous sur les boss aujourd’hui) plutôt que pour les abolir, on sera continuellement en train de se diviser entre nous !

Qu’est-ce que je veux dire par là ? Je vous donne les deux raisons pour lesquelles je suis parti ventiler dehors, que vous avez sûrement déjà vu vous aussi à votre job, et vous allez tout comprendre :

 

Le conflit du temps supplémentaire


À mon travail qui fonctionne de façon très saisonnière, mes boss  utilisaient jusqu’à récemment la manœuvre du code du travail qui s’appelle «l’étalement des heures» qui consiste à payer tous leurs employés  40h par semaine, qu’ils en aient travaillé 15 ou 50, dans le but, qu’ils disait, «de leur assurer un revenu constant», puis, d’accumuler leur temps supplémentaire et de leur verser à taux horaire simple (plutôt qu’à taux 1.5) aux six mois ou en vacances payées. Sans vouloir m’étendre sur les détails, cette manœuvre que j’ai révélé illégale parce que l’entreprise pour laquelle je travaille répondait à aucun des critères nécessaires pour le faire, faisait en sorte que, sur les 100 à 200 heures de temps supplémentaire qu’on accumulait individuellement par période de six mois, on se faisait voler l’équivalent de 50 à 100 heures de travail, soit de 750 à 2500 $ chacun !

Lorsque j’ai entamé ce combat-là seul, faute d’avoir eu le temps de bien organiser mes collègues à cause d’une contrainte de temps, leur absence de conscience qu’il fallait prendre le contrôle de l’entreprise a fait qu’ils se sont rapidement braqués dans deux positions qui s’affrontent et y sont encore aujourd’hui : La première, adoptée principalement par les jeunes –  et fortement influencée par l’intervention des Boss pendant mes vacances –  est que si on va de l’avant avec l’idée d’obliger l’entreprise à répondre aux normes du travail, elle va engager du personnel supplémentaire pour éviter d’avoir à nous payer du temps supplémentaire à taux 1.5 et que bref, on pourra plus faire le temps supplémentaire dont certains ont besoin pour arriver à la fin du mois.  Il vaut donc mieux, selon ces collègues-là en tout cas, faire du temps supplémentaire à tarif simple que de ne pas en faire du tout (quoi qu’une augmentation de salaire aurait très bien pu faire la job aussi mais bon… une chose à la fois).

L’autre position, adoptée principalement par les pères de famille mieux rémunérés et plus occupés qu’eux, est d’applaudir l’idée que malgré la perte de salaire potentielle que la diminution de nos heures occasionnera peut-être, on va enfin pouvoir vivre un peu et s’occuper de nos familles, et c’est exactement de ça dont tout le monde ou presque avait besoin.

Mais voilà, c’est la merde ! Tout le monde est divisé ! Et pendant que les deux côté s’affrontent et ont, si on réfléchit pas en dehors du cadre où «on a des boss» et où «les employés ne contrôlent pas l’entreprise de A à Z», totalement raison, je sais très bien (et j’essaie de leur faire comprendre) que si nous, les travailleurs, on prenait toutes les décisions ensemble, sans boss, on aurait même pas à avoir ce débat insolvable là !

Pensez-y : Déjà, on aurait beaucoup plus de revenus à la base parce qu’on n’aurait pas de salaires astronomiques de boss à payer, mais en plus, on pourrait aussi nous-mêmes arriver à un accord qui fait en sorte que ceux et celles qui veulent travailler plus pourraient le faire et ceux et celles qui voudraient travailler moins pourraient le faire aussi. C’est même nous qui contrôlerait combien d’employé-es on engagerait ou pas ! On l’aurait totalement, le contrôle sur le temps supplémentaire, et les pères de famille pourraient voir leurs enfants et conjoint-es tandis que les jeunes pourraient travailler comme des fous et s’acheter une maison, payer leurs études ou faire la tournée de tous les festivals du Québec si ça les enchante. Ça vous sonne pas comme une solution pour tout le monde ça ?!?

Mais non… comme on prend pas le pouvoir, aucune des deux options est actuellement la bonne pour tout le monde, et pendant ce temps-là, tout le monde se fait chier, se divise, et mes boss continuent à rouler avec les chars à 100 000 $ qu’on leur paie.

Les «Yes-mans» contre les «Slackers»


Parce qu’il y a une seule personne (moi-même) dans l’entrepôt d’une compagnie dans laquelle il pourrait facilement en avoir trois, l’entrepôt de l’entreprise pour laquelle je travaille est continuellement le poste goulot, c’est-à-dire celui où il manque clairement du personnel, ce qui force tout le monde à interrompre régulièrement son travail pour venir me donner un coup de main même s’ils sont eux-aussi bien  occupés. On le répète à tous les jours, sans arrêt, et depuis des mois : il faut engager une personne de plus dans l’entrepôt parce que je dois toujours courir et couper les coins ronds pour arriver à la fin de la journée et que ça génère plein d’erreurs et de problème qui rendent la vie misérable à tout le monde, sauf à mes boss, bien entendu.

Ici encore, uniquement parce qu’on essaie de régler le problème autrement qu’en prenant le contrôle de l’entreprise de A à Z, deux visions s’opposent, nous divisent, et rendent le climat de travail insupportable : La première est que, tout en demandant activement à nos patrons d’engager une personne supplémentaire et en attendant qu’ils la trouvent (mais ils le font pas parce qu’ils auraient un salaire de plus à payer), on doit «travailler en équipe et s’entraider les uns les autres», et donc, lorsqu’un poste est débordé, il ne faut pas abandonner notre ou nos collègue(s) seul(s) et quitter notre travail à la fin de la journée sans lui avoir donné un coup de main. Disons-le, c’est une belle mentalité, la solidarité ! Mais dans le cadre d’une job dans un milieu de travail où on a pas 100 % du pouvoir, c’est plutôt une mentalité de yes-man ou de larbin. C’est rien de plus que d’embrasser son esclavage que de vouloir se faire exploiter davantage pour le même salaire en échange de «la fierté d’être des gars travaillants», et c’est une ostie de mentalité de marde dans ce contexte-là !

À l’inverse, la deuxième (très individualiste, que beaucoup de syndicats corporatistes adoptent, et qui coûte une fortune en griefs) est qu’on doit pas jouer le jeu des patrons en s’entraidant ou en travaillant plus fort si le problème est, à l’origine, qu’il manque de personnel, parce que peu importe la quantité de travail qu’on va faire, on va gagner le même salaire, et que bref, plus on va travailler, plus on va se fait exploiter, donc on s’en tient à notre job et ça fini là. J’appellerais cette mentalité-là celle de slacker. Mais Le problème avec elle, c’est qu’y faut être réaliste et se rendre compte que, comme on est encore en capitalisme à ce que je saches, la job doit être faite un jour ou l’autre si on veut que l’entreprise continue à rouler et générer un revenu, et que si on se contente d’en faire le minimum tout le temps, tout l’argent, les belles conditions, les semaines de vacances, etc, qu’on pourrait aller cherche par notre syndicalisme, on va les perdre !

Dit autrement, en étant slackers, on diminue notre rendement horaire, donc, même si on lutte férocement pour d’excellents salaires par notre syndicalisme, on aura besoin de travailler plus d’heures pour arriver à enfin sacrer notre camp chez nous à la fin de la journée, ou plus d’années avant de pouvoir enfin prendre notre retraire, et en plus, on laisse nos collègues surchargés seul-es pendant qu’on écoute des vidéos sur Youtube plutôt que d’aller les aider ou de s’en aller chez nous, parce qu’on veut faire notre 40h, mais en en faisant le moins possible.

Ça, quand c’est TOI le pauvre crétin surchargé depuis six mois, je peux le dire… ça donne envie de péter un câble comme je suis en train de le faire dret-là ! Bref, dans un cadre hiérarchique, c’est autant une mentalité de marde que celle des yes-mans, à la fin.

Donc si on regarde ça de loin, sans considérer l’option de prendre le contrôle total de l’entreprise et de congédier les boss, on se rend compte que d’une part, travailler fort c’est pas bon, et que d’autre part, ne pas travailler fort non plus, c’est pas bon, et que bref, peu importe ce qu’on fait, c’est-à-dire qu’on soit d’un extrême à l’autre, ou même en plein centre, on a TOUJOURS une mentalité de marde. C’est ridicule hein ?

Bien c’est pour ça qu’il faut arrêter de niaiser et se diviser entre les yes-mans et les slackers, et seulement prendre le contrôle total de la place pour s’approprier 100% des revenus (ou plutôt 100% du pouvoir de se les approprier). Ça devrait nous péter en pleine face il me semble : Le jour où l’argent que gagne ou perd notre milieu de travail va être le nôtre, plus personne va se faire exploiter, mais surtout, plus personne va avoir intérêt à en faire le moins possible et va mettre ses collègues dans le trouble en le faisant. Et si on regarde plus loin encore, le jour où toute l’économie entière va être enfin contrôlée par les travailleurs et les travailleuses, et collectivisée, on n’aura même plus à se donner le trouble de se faire compétition et à s’auto-exploiter pour éviter que nos concurrents nous fasse fermer.

 

Conclusion


Comme mes deux exemples le démontrent, la façon dont on voit les problèmes au travail (et dans la société, aussi), c’est souvent en «cadrant» les choses à l’intérieur d’un monde nécessairement hiérarchique, et ça limite notre capacité à voir que le problème lui-même bien… c’est souvent JUSTEMENT la hiérarchie. C’est important de prendre ce recul là! Il faut vraiment penser à ce qu’une dynamique horizontale, en démocratie directe, serait, et à qu’est-ce que ça changerait dans nos relations proches, notre bloc, notre quartier, notre milieu de travail, notre région, et sur les rapports entre toutes les différentes régions du monde, sinon, on tournera toujours autour en rond en répétant sans arrêt les mêmes erreurs et en essayant en boucle les mêmes «solutions».

Il faut qu’on prenne l’habitude, le réflexe, d’y penser à chaque jour, dans chaque conflit, dans chaque problème qui implique quelque part des gens en situation de hiérarchie, et je vous jure qu’on va bien vite comprendre collectivement cette analogie un peu simpliste là, que j’utilise tout le temps, mais qui résume bien le truc quand même, qui est que «pendant que les réformistes se demandent s’il faut utiliser un gros tuyau à faible débit ou un petit tuyau à haut débit pour remplir la piscine qui fuit, les anticapitalistes, nous, on propose de boucher la fuite !»

Bouchons ça, cette fuite là !

 

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*L’absence de terminaisons féminines constante n’est  pas une erreur ou une abstention;  elle traduit plutôt la triste réalité qu’il n’y a aucune femme sur mon milieu de travail actuellement, et cela n’a rien d’une coïncidence, mais ce sera le sujet d’un autre texte.

 

Crédit photo: led-lighting-product
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L’absurdité du monde: Le logement

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous parler un peu de logement, du besoin de base de se loger, de gentrification et de spéculation immobilière. Vite de même, je dois avouer que ça a l’air extrêmement PEU intéressant, mais nous allons essayer de rendre le tout un peu plus dynamique. Voyons voir ce que ça va donner.

Pour commencer, j’aimerais bien parler du principe de propriété privée. En effet, il y a un moment dans l’histoire de l’humanité durant laquelle des gens ont commencé à mettre des clôtures autour de leur lot de terre et commencé à dire que c’était leur propriété. C’est un peu à ce moment-là, qu’a commencé à naître le merveilleux système capitaliste que l’on connaît aujourd’hui avec ses règles qui se définissent un peu comme ceci ; « Au plus fort la poche » et « La main invisible du marché contrôle la loi de l’offre et de la demande ».

Auparavant, nous vivions dans un système féodal, c’est à dire un système dans lequel il y avait des seigneurs qui offraient la protection et un lot de terre aux vulgaires paysans en échange de ce qu’on pourrait appeler différents types de taxes : « Taxes sur la production de la terre que l’on doit au seigneur », Journées de corvée sur la terre du seigneur, défense de la seigneurie lors d’attaques, etc… Et le système continuait en hiérarchie comme ça, avec les seigneurs qui avaient aussi des obligations envers des nobles, des nobles qui avaient des obligations envers les rois, etc… Puis un jour, ce système s’est retrouvé complètement vide de sens, puisque toutes les charges pesaient sur les paysans et de leur côté, les seigneurs commençaient à accumuler de plus en plus de seigneuries et négligeaient leurs obligations envers les paysans. Différentes révoltes (Révolution Française, Rébellion des patriotes) ont fini par tuer ce système et ont instauré un système capitaliste dans nos sociétés occidentales.

Maintenant j’aimerais qu’on image le tout ici en pensant à son propriétaire qui fait sa ronde le pre mier du mois pour venir ramasser les loyers des locataires. Premièrement,  on va se le dire, y a-t- il quelque chose de moins agréable que ce moment ‘’awkward’’ où le proprio vient se pavaner pour ramasser son dû ? Et j’aimerais bien ici qu’on marque la ress emblance entre le seigneur qui vient chercher ses sacs de grains chez les paysans et celui du proprio qui vient ramasser ses loyers. Ne trouvez-vous pas que la ressemblance est frappante ? Et tout comme dans le régime seigneurial, il est assez rare de réus sir à trouver un proprio qui s’acquitte bien de ses obligations envers ses locataires. Je crois qu’à peu près tout le monde qui a déjà eu un proprio sait ce qu’il en est lorsqu’il est question de rénovations faites par le beau-frère  peddler  parce qu’on va  sauver de l’argent ou des bons vieux « J’vais régler ça bientôt, inquiètes-toi pas. »

À partir de quel moment dans l’histoire, on s’est dit qu’on allait laisser des besoins de base humains (se vêtir, se nourrir, se loger) entre les mains de capitalistes d ont le seul but est de tirer un profit ? À quel moment on s’est dit qu’on allait laisser des gens spéculer sur nos besoins de base ? Voilà ce que je trouve scandaleux : Des gens qui s’enrichissent sur le dos des gens avec des trucs que tout le monde a beso in au final. Pourquoi accepte-t-on que des gens s’enrichissent en vendant de la nourriture en aimant mieux la gaspiller pour faire monter sa valeur que de la donner à des gens dans le besoin ? À quel moment on  s’est dit qu’on allait  parker  les gens dans  des immeubles appartenant à un capitaliste X et qu’il allait en tirer un profit ?

Bref, tout ça me fâche à un haut niveau car ça fait ressortir le conflit d’intérêts sur lequel se base le système en place et dont je vous reparlerais probablement dans une prochaine chronique. Mais posons-nous la question sur les intérêts des partis en présence. Quel est l’intérêt du locataire ? Payer le moins cher possible pour avoir un logement de qualité. Maintenant quel est l’intérêt du propriétaire d’immeuble ? Faire le plus d’argent possible et comment fait-on le plus d’argent possible ? En ayant les loyers les plus élevés et le moins de dépenses possibles. Bref, quel intérêt a le propriétaire d’effectuer les réparations rapidement, d’avoir des espaces communs propres, d’offrir un service de qualité à ses locataires ? Aucun, sauf si ça lui permet d’amasser encore plus d’argent, mais on s’entend que mise à part les immeubles de luxe où le prix des loyers permet aux proprios d’offrir un bon service tout en s’enrichissant, ce n’est pas le cas des immeubles dans la plupart des quartiers populaires.

Maintenant, si on continue dans cette logique, on pourrait aborder le sujet de la spéculation immobilière qui vient créer le phénomène de gentrification. La spéculation immobilière c’est lorsque des gens achètent des terrains ou des immeubles dans le but d’en faire un investissement et donc de s’enrichir. C’est quelque chose de propre au système capitaliste. Ça fait en sorte que des capitalistes achètent des immeubles vides en espérant seulement les revendre à un meilleur prix. Ça fait aussi en sorte que pendant que des milliers de sans-abris dorment dans les rues, des centaines d’immeubles sont vides et n’ont aucune utilité autre que de se faire vendre pour un meilleur prix que l’achat. Vous trouvez ça normal vous ? Et surtout, n’essayez pas d’aller installer un squat dans ces immeubles parce que vous allez apprendre rapidement à connaître les chiens de garde de la propriété privée dans notre société, et j’ai nommé : la police. Rien à foutre que tu ne sois même pas capable de te loger, nous autres on fait respecter la loi du plus fort et on va protéger cet immeuble vide et inutile contre ta dangereuse intrusion humaine. Point barre.

Ensuite le seul intérêt des spéculateurs immobiliers est évidemment le profit. Et quoi de mieux que de faire monter la valeur des propriétés dans un quartier pour maximiser son profit ? Voilà, d’où nous vient également le phénomène de gentrification des quartiers. La gentrification c’est quand la population d’origine d’un quartier populaire en est chassée par l’arrivée d’une nouvelle classe plus riche, ce qui fait augmenter les loyers de tout le monde et pousse les populations pauvres et marginalisés à l’extérieur. Voyons voir ce phénomène d’un point de vue d’un spéculateur immobilier.

On a donc par exemple le propriétaire d’un terrain dans Hochelaga-Maisonneuve dont le but est de le vendre pour maximiser son profit. Son terrain prend de la valeur si ce qui l’entoure en prend aussi. Donc comment faire prendre de la valeur au terrain ? On construit des condos aux endroits où il y avait des immeubles locatifs : ça chasse les pauvres, qui n’ont pas les moyens de s’acheter un condo et ça crée plein de petites propriétés au lieu d’une grosse, ça fait donc augmenter les taxes municipales et plus il y a de taxes, plus on peut le refiler aux locataires. Ensuite moins il y a de pauvres, de marginaux et de commerces bas de gamme, plus la valeur de la propriété sur le marché augmente. M’sieur le spéculateur a donc tout intérêt à ce qu’il y ait plus de police et plus de règlements pour chasser les marginaux et les sans-abris du quartier, parce que ça fait grimper la valeur de sa propriété encore plus. Et voilà donc comment nos chiens de garde de la propriété privée, la police, vient encore intervenir dans ce processus.

La gentrification, donc, ça profite à qui exactement ? À personne d’autres qu’aux spéculateurs immobiliers. Point barre. Maintenant, j’aimerais finir avec ceci, Ne serait-il pas temps de penser à une société où personne ne peut s’enrichir sur le dos de la population avec des besoins de bases ? N’est-il pas complètement immoral de s’enrichir de cette façon ? Eh bien, dans le merveilleux monde du capitalisme, la morale, ça n’existe pas, ce sont les profits des riches qui comptent. Le capitalisme c’est crosser le monde ou se faire crosser. C’est vraiment ça qu’on veut ? Je vous laisse là-dessus.

Dans ma prochaine chronique, parce que tout est dans tout, je vais justement vous parler d’une  personne qui n’avait pas payé son loyer et que ça lui était retombé dessus en 2012. Je parle de Gabriel Nadeau -Dubois, ou plus précisément de  ces supposés syndicalistes qui finissent par se présenter aux élections et essaient de changer le système de l’intérieur.

 

Éric

 

Contenu original: Action en Direct
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rédit Photo: AtlasMedia
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Panorama des luttes passées et à venir en Gaspésie

1909- Partout en Gaspésie, la pêche est menée par des compagnies étrangères de l’île de Jersey, avec en tête la Charles Robin, Collas and Co. Charles Robin est de loin, le pire des employeurs ; il met en effet sur pied le «système Robin» : celui-ci assure une loyauté obligée du pêcheur envers le commerçant. Pour ce faire , s’il veut acquitter sa dette accumulée durant l’hiver dans le magasin général tenu par le même commerçant, le pêcheur ne peut voir qu’une solution : accroître la quantité de morues pêchées la saison suivante. Cependant, comme c’est Robin qui décide le prix des produits et des prises, le remboursement est, à chaque saison, loin d’être complet.

Septembre 1909, les pêcheurs apprennent que les marchands fixent le prix du quintal de morue à 3,50$ alors qu’ils s’attendaient à 5 piastres. La situation est claire : on doit agir collectivement dans l’intérêt de tous et toutes. C’est donc avec la peur au ventre, mais le poing levé, que les pêcheurs entament leurs revendications le quatrième jour de septembre. Partant de petits villages près de Rivière-au-Renard, la population entame une marche qui la mène jusqu’au lieu où se trouve les commerçants ,avec la ferme intention de mettre fin à plus d’un siècle d’exploitation.

La suite de l’histoire est prévisible, les marchands font appel aux forces armées pour assurer leur sécurité, la répression est mise en place, il y aura mort, blessés, emprisonnement chez les pêcheurs et les revendications seront refusées. Cependant, quelques années plus tard, les pêcheurs s’organiseront en coopératives pour battre le monopole en place et se libéreront ainsi de l’emprise directe des commerçants. La révolte des pêcheurs fut le premier pas vers leur émancipation face à des employeurs sans scrupules. À travers ce mouvement collectif, les pêcheurs n’apprirent non pas qu’à revendiquer de meilleurs conditions de la part de leurs patrons, mais surtout, ils comprirent qu’ils devaient s’organiser de manière à pouvoir se passer d’eux.

1957- Plus connue et récemment soulignée dû à son 60ème anniversaire : la grève des mineurs de Murdochville en Gaspésie . La principale cause de cette grève fut le refus patronal de l’affiliation des ouvriers et ourières à un syndicat plus combatif versus le syndicat de boutique et catholique auquel il-les était affilié-es. Cette grève fut aussi fortement réprimée et aucun gain direct ne fut obtenu par les grévistes. Deux d’entre eux moururent durant le conflit, environ 500 furent congédiés pour être remplacés par les scabs. Cependant, on reconnaît aujourd’hui que ce soulèvement, en plein règne Duplessiste, fut le déclenchement de nombreux autres mouvements sociaux. Il força la mise en place de quelques réformes allant vers l’amélioration partielle des conditions de travail et surtout, vers le droit pour les travailleurs et travailleuses de choisir le syndicat de leur choix au lieu d’un système de représentation des ouvriers et ouvrières. Ce système de représentation, souvent mis en place par le patronat, favorisait en effet une paix permanente entre les deux parties. Malgré cette victoire, cette culture syndicale héritée des syndicats catholique perdure toujours.

Ainsi, derrière une image de destination vacances, la Gaspésie, à travers son histoire depuis la colonisation, est le théâtre d’importantes batailles entre forces productives vs les détenteurs de capitaux et leurs moyens de productions. Bien entendu, ce rapport de domination des seconds sur les premiers est toujours d’actualité.

Parlant de destination vacances, le travail saisonnier lié à l’industrie du tourisme est ici un secteur économique de premier ordre. Les petits commerçants, dans le domaine de la restauration par exemple, doivent profiter de de la manne estivale pour accumuler le capital nécessaire pour maintenir à flots leur entreprise et leur rythme de consommation à l’année, tandis que l’employé-e espère accumuler suffisamment d’heures pour pouvoir collecter son chômage en vue de sa mise à pied une fois la saison terminée ou, s’il ou elle est étudiant-e, pour tenter d’accumuler le nécessaire pour survivre à une année scolaire. Donc, les employé-es saisonnier-ères doivent produire de manière intensive durant la saison estivale et ce, malgré la faiblesse du salaire reçu. Le petit commerçant dira alors devoir offrir des petits salaires durant l’été pour engranger des économies suffisantes et des petits salaires le reste l’année, pour tenir jusqu’à la saison suivante.

Voilà ce qui m’amène à parler d’une première difficulté dans le domaine de l’organisation et de la revendication. C’est qu’il semble difficile, dans ce contexte, de revendiquer de meilleures conditions de travail sans se faire reprocher de s’en prendre «aux petits commerces qui font vivre l’économie locale». Le prétexte de la «précarité économique» des petits commerces gaspésiens semble justifier, aux yeux de plusieurs, la précarité des travailleurs, travailleuses et étudiant-es gaspésien-nes. Ainsi, les personnes travaillant d’arrache-pied dans les cuisines, les salles à manger, les cafés, les boutiques diverses pour que les touristes se sentent reçu-es comme roi et reine, jouent éternellement le rôle de support économique jetable et bon marché au service des patrons et des touristes.

Une autre difficulté d’ici dans le même domaine semble provenir du fait que dans ce milieu où tout le monde se connaît, les situations conflictuelles semblent devoir être évitées à tout prix, de peur qu’elles n’affectent les relations sociales hors travail et que les noms des personnes concernées ne deviennent synonymes de «trouble maker» et ainsi entraîner pour elles une certaine exclusion du marché du travail, problème moins présent dans l’anonymat des grands centres urbains.

Une troisième difficulté est le caractère de courte durée de la saison durant laquelle ce type d’emplois abondent. Un changement de culture est long à effectuer et demande une implication constante de nombreuses personnes. Bon nombre de ces travailleurs et travailleuses n’étant que de passage, ils et elles laissent derrière eux et elles les même conditions de travail qu’à leur arrivée, se disant que de toute façon ce n’est que temporaire. La saison hivernale serait donc le bon moment pour s’organiser avec celles et ceux qui héritent de cette situation de précarité à l’année.

Outre cela, on nous chante ici souvent la promesse de jours meilleur grâce à l’arrivée de la grande industrie : pâte et papier (la Gaspésia), ciment (ciment McInnis à Port-Daniel), pétrole (Pétrolia), industrie de l’éolienne (LM windpower)etc. Ces géants industriels, en collaboration avec l’État qui les finance, se présentent comme les sauveurs de la région. «Ils apporteraient emplois et prospérité», alors qu’à de nombreuses reprises, ce type de modèle économique n’engendre que chômage et dévitalisation. En effet, sauf dans le cas de LmWindpower qui engage plusieurs centaines de travailleurs et de travailleuses, ces industries préconisent l’achat d’équipement automatisé et n’apporte ainsi que quelques emplois qui disparaîtront aussitôt que l’entreprise subira les soubresauts d’une quelconque crise économique à Wall Street ou d’une décisions administrative prise très loin d’ici. Ainsi, elles laisseront derrière des personnes sans revenu et des ruines polluantes. Bref, il me semble qu’une organisation du travail fait par et pour les travailleurs et travailleuses dans l’optique d’une amélioration de la qualité de vie de tous et toutes serait sans doute supérieure à une distribution du travail par des dirigeants d’entreprises et d’état, décidant de produire tout et n’importe quoi, pourvu qu’il y ait un profit à en tirer pour les uns et pour les autres que leurs promesses électorales de création d’emplois semblent être tenues, au risque d’ajouter d’autres cicatrices sociales et environnementales dans la région.

Pour conclure, tout au long de leur histoire, les gens d’ici ont supporté d’intolérables traitements de la part d’élites économiques et politiques, autant sur la mer qu’au fond de la mine en passant par l’usine. Par contre, l’histoire populaire nous montre aussi que quand il est temps de se serrer les coudes entre camarades pour améliorer nos conditions, la passion, l’organisation et l’action sont au rendez-vous. Un long travail reste à faire pour déconstruire les préjugés qui divisent la population ouvrière, surtout ceux visant les personnes sans emplois, ou entre travailleurs et travailleuses permanent-es et saisonniers (chômeurs et chômeuseuses saisonnier-es). Aussi, avec un nouveau «chapitre» du groupe d’extrême droite La Meute en Gaspésie, la question du racisme et du fascisme devient prioritaire, sans oublier les luttes contre le sexisme, l’homophobie, luttes autochtone etc. Le SITT-IWW compte ici très peu de membres actuellement, mais son développement dans la région me semble fort pertinent et même urgent. Sur ce, s’il y a des personnes intéressées à venir «salter» dans le coin, gênez-vous pas!

 

Crédit Photo: Camping Québec.