Les origines du Syndicalisme de solidarité. Première Partie: Une Bibliographie

 

Le syndicalisme de solidarité est un terme qui fut principalement amené par Alice et Staughon Lynd, inspiré par le modèle d’organisation des premières campagnes de l’IWW qui arriva à obtenir des gains sans unité de négociation légale ou même sans être reconnu par la partie patronale (les conventions collectives ne sont juridiquement contraignantes aux États-Unis que depuis la signature du National Labor Relation Act en 1935, l’équivalent canadien pourrait être l’application de la formule Rand datant de 1946). Si le principe fut aussi inspiré par les travaux de Martin Glaberman, C.L.R. James et Stan Weird, l’usage du Syndicalisme de solidarité tel qu’il est compris aujourd’hui au SITT-IWW apparaît pour la première fois en juin 2002 dans un article du magazine The Nation intitulé Open Source Unionism: A proposal to American Labor, par Joel Rogers et Richard B. Freeman.

L’idée fut ensuite développée en grande partie par les efforts d’Alexis Buss, qui servit comme Secrétaire-trésorier général du Syndicat industriel des travailleurs et travailleuses (SITT-IWW) de 2000 à 2005. C’est en lui donnant le nom de Syndicalisme de minorité, qu’il expliqua le concept dans une colonne publiée par l’Industrial Worker intitulée Rapport Minoritaire.

La littérature francophone est encore mince sur le sujet, mais pour ceux et celles d’entre vous ayant la chance de comprendre l’anglais, différents livres publiés, entre autre, par la Charles H. Kerr Company et Labor Notes sont aujourd’hui encore considérés comme des ouvrages clés. Le Quartier Général du SITT-IWW en a répertorié 9 parmis les plus importants:

  1. Punching Out & Other Writings – Martin Glaberman; édité par Staughton Lynd; Charles Kerr, 2002. 250 pages. 
  2. The New Rank & File -Édité par Staughton Lynd and Alice Lynd, ILR Press, © 2000. 288 pages. 
  3. Solidarity Unionism: Rebuilding the Labor Movement from Below – Staughton Lynd; Charles Kerr, 1993. 128 pages. 
  4. Democracy is Power: Rebuilding Unions from the Bottom Up – Mike Parker et Martha Gruelle, Labor Notes, © 1999. 262 pages.
  5. Class War Lessons; From Direct Action on the Job to the ’46 Oakland General Strike (Unions With Leaders Who Stay on the Job) – Stan Weir; Insane Dialectical Editions, 2006. 48 pages. 
  6. Singlejack Solidarity – Stan Weir; Université du Minnesota, © 2004. 408 pages. 
  7. A Troublemaker’s Handbook, How to Fight Back Where You Work–And Win! – Edité par Dan LaBotz, Labor Notes, 1991. 262 pages. 
  8. A Troublemaker’s Handbook 2, How To Fight Back Where You Work and Win! — Edité par Jane Slaughter, Labor Notes, 2004. 372 pages. 
  9. The Politics of Nonviolent Action – Gene Sharp, par Gene Sharp, Porter Sarg. © 1973. 913 pages.

Tu rêvais d’un monde meilleur. Lettre à un ami devenu petit patron.

Tu rêvais d’un monde meilleur. Je le sais, je te connais, t’es une personne bien intentionnée et tu y croyais réellement! C’est pour ça que t’as décidé-e de partir une petite entreprise qui aurait des valeurs différentes de celles des grandes multinationales ou de l’ancienne usine dans laquelle tu travaillais : Toi, tu ne délocaliserait pas les jobs comme la tienne l’a été ! T’allais acheter local, produire local et t’assurer que nos jobs restent ici parce que t’as vu trop d’entreprises partir dans les dernières années dans ta région et trop de gens se retrouver au chômage, dont toi-même. Ça a déchiré des familles, causé beaucoup de misère, pis c’est des actionnaires que t’as jamais vu de ta vie qui ont ramassé-e-s tout le cash au détriment des travailleurs et travailleuses dont tu faisais partie. T’étais en criss et prêt-e à faire changer les choses. T’avais compris-e que la mondialisation et le néolibéralisme, c’est de la merde, et on était d’accord là-dessus. Donc t’as parti-e ton entreprise pour t’assurer d’y résister et de sauver ta région malgré mes avertissements.

Ouais… T’as décidé-e un bon matin que t’allais faire partie de la nouvelle génération d’entrepreneur-e-s dynamiques, ces «personnes créatives et innovantes qui, par leurs idées, redonnent le souffle à l’économie», et que t’allais, en plus de faire de l’argent et de créer des jobs, être écolo-e, bien traiter tes employé-e-s pis être éthique sur toute la ligne.

 

Moi bein… de mon côté, je t’ai averti que tu te trompais royalement pis qu’on pouvait pas changer le système de l’intérieur et que t’étais mieux de devenir un-e wobblie et de t’approprier ton lieu de travail pour ensuite t’impliquer dans son autogestion et/ou de partir (ou te joindre à) une COOP autogérée si l’entreprenariat t’intéressait. C’était juste mon opinion. Je pense pas détenir la vérité non plus, mais moi, le système, je disais qu’y fallait se l’approprier collectivement, par et pour les travailleurs et les travailleuses, morceau par morceau, pour que la misère cesse. Mais t’était pas d’accord…

 

Dommage, en y repensant, j’aurais pu t’offrir une bière de plus pis en jaser plus longtemps et peut-être que j’aurais pu te faire comprendre pourquoi je disais ça. Mais en tout cas… là il est trop tard.

 

Ouais… Aujourd’hui, tu m’en parle à chaque fois qu’on se voit et t’es plus la même personne. Je pense par contre que tu commence à comprendre : Tu t’es fait naïvement avoir ! Toi comme tou-te-s les autre, vous vous êtes retrouvé-e-s exactement dans la situation opposée à celle que vous vouliez créer au départ, pis maintenant… ça me rend mal-à-l’aise parce que t’es rendu un-e boss de marde pareil comme tou-te-s les autres même si au départ, au fond de toi, je le sais que t’es toujours une bonne personne ! T’as juste des intérêts de classe de boss, pis c’est le système qui fait que t’es rendu-e de même. Si on t’enlevait ton entreprise et que tu recommençais à zéro demain matin, tu te joindrais à nous cette fois. Non ?

 

Alors pourquoi t’es devenu-e comme ça ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Tu veux que je te le dise ? Ok ! Voilà comment moi, le wobblie, l’anticapitaliste que t’as pas voulu écouter à l’époque, je vois ton histoire :

 

Tout d’abord, t’as démarré-e ton entreprise. Ça a été beaucoup de temps, d’argent, d’énergie, pis toi et les premiers et premières employé-e-s que t’avais, vous avez travaillé-e-s tou-te-s également, avec un salaire de misère et à faire des heures de malades (comme moi j’en fais avec le syndicat en plus de ma job), parce que vous y croyiez, au projet ! Malgré tout ça, tu t’es rapidement rendu-e compte que réussir dans un milieu éthique… c’est pas facile. Ça a pas pris beaucoup de temps pour que tu comprennes que t’aurais besoin de garder les salaires bas, y compris le tiens, si tu voulais que l’entreprise passe le cap des cinq ans. Mais en faisant ça, t’as créé de la pauvreté; la tienne et celle de tes employé-e-s ! Parce que travailler 55-60 heures semaines, ça coûte cher de resto, de gardienne, de psy, pis pour un-e ou deux que je soupçonne, dont probablement toi, d’alcool et de dope pour s’auto-médicamenter. Je me souviens de la première fois où tu m’as sorti (et je savais que t’allais le faire un jour) que ça te mettait en criss quand tes employé-e-s venaient te voir pour gagner plus ou avoir des congés ou des vacances alors que toi-même, tu te fendais le cul pour elles et eux et que t’en avais même pas autant, et qu’en plus, tu «prenait tout le risque» étant donné que t’étais enregistré et que pour toi, une faillite d’entreprise, c’était une faillite personnelle aussi.

 

Je comprenais ton point de vue et je te l’ai dit que c’est pour cette raison-là que l’entreprise privée était pas une solution à l’exploitation puisque plutôt que de se faire exploiter, on finissait par s’auto-exploiter. T’étais pas d’accord, tu disais qu’un jour, ça irait mieux et que ni toi ni tes employé-e-s ne se feraient exploiter par ton entreprise. Mais c’est pas ce qui s’est passé, hein ?

 

Te souviens-tu quand t’es arrivé-e en me disant que les subventions aux jeunes entreprises et les congés de taxes et d’impôts, finalement, c’était vraiment nécessaire ? On va s’entendre là… t’étais pas descendu-e bas au point de faire un don au PLQ encore (et j’espère que tu l’a jamais fait), mais c’était rendu clair pour toi que de demander aux jeunes entreprises de payer des impôts les empêcherait d’exister et que c’est aux citoyen-ne-s ou bien aux entreprises plus grandes, qui elles, en ont de l’argent, à payer ça. Je le savais que t’allais me le dire un jour. Et je te l’ai dit qu’en pensant comme ça, une fois de plus, tu créais de la pauvreté parce que t’appuyais maintenant l’agenda néolibéral, mais toi tu vivais dans le déni et me disait que non. Tu te disait encore «de gauche» parce que féministe et que tu voulais qu’on réinvestisse dans les écoles, le système de santé et l’économie durable et verte, et que tu donnerais toujours un salaire juste à tes employé-e-s par rapport au tien. Mais avec quel argent on réinvestirait, hein ? Les grosses entreprises en paient pas d’impôts et le système est incapable de faire quelque chose contre ça, pis tu le sais ! Et les travailleurs et travailleuses que tu payais 12$/h avaient pas les moyens d’en payer non plus. Je te disais que la seule solution, c’était de s’organiser pour se les réapproprier, les grandes entreprises; que c’était la seule façon de ravoir l’argent de notre travail, mais hélas, en tant qu’entrepreneur, c’était pas dans tes intérêts, donc tu l’as jamais fait ni soutenu. T’as toujours été assez anti-syndicaliste avec tes employé-e-s en fait. Non ?

 

Tu te souviens aussi de la fois où tu m’as dit que le salaire minimum à 15$/h, ça ferait en sorte de tuer toutes les petites entreprises «éthiques et qui créent des jobs» [sic] en région comme la tienne ? Bon sang que t’étais rendu un Boss ! Je me suis pogné solide avec toi cette fois-là, tu t’en souviens ? Je te l’ai expliqué pourquoi si tout le monde gagnait 15 $/h minimum, ça te ferait faire au final plus d’argent que présentement parce que tes revenus augmenteraient plus que tes dépenses en salaires, mais tu me disais que tu pouvais pas te le permettre «sauf si le salaire minimum montait pour tout le monde en même temps et que ça affectait finalement également toi et tes concurent-e-s». Mais c’est drôle, malgré que t’étais d’accord cette fois-là, je t’ai jamais vu dans la rue à appuyer une hausse substantielle du salaire minimum non plus, ni encourager les gens à y aller. Tu comprend pas c’est quoi, on dirait, les luttes de classes.

 

Anyway…

 

Ton entreprise s’est mise à croître depuis ce temps-là, et maintenant elle va bien. Tant mieux pour toi d’ailleurs ! T’as travaillé dure, je dois te l’accorder ! L’ennui par contre… c’est que tes employé-e-s aussi, y ont travaillé-e-s dure, et que maintenant que toi tu gagnes 50 000 $ par année (plus ton char à 70 000 $ au nom de la compagnie et tes huit ou dix voyages d’affaire dans des hôtels cinq étoiles annuels tout autour du monde et tes dîners d’affaires dans des restos à 25 $ du couvert deux ou trois fois semaine que t’entre pas dans ce 50 000 $ là pour faire croire à tes employé-e-s et à toi-même que tu gagne juste 50 000 $), elles et eux gagnent encore entre 25 000 $ et 45 000 $ par année.

 

Je t’ai demandé pourquoi, pour te challenger, tu t’en souviens ? Tu m’a répondu-e que c’était parce que avait assumé-e tout le risque avant de t’incorporer et que c’est toi qui avait monté toute l’entreprise, et donc que tu le méritais. C’est là que j’ai su que t’étais rendu un ***** de bourgeois, c’est-à-dire une personne qui s’approprie le fruit du travail des autres (parce que tout le monde a travaillé, pas juste toi ! Je travaille 70 heures semaines moi, c’est plus que toi, et je gagne 15$/h encore…) et qui fait travailler ses avoir et acquis (acquis par l’exploitation des autres, ne l’oublions pas) pour elle et qui peut maintenant continuer à recevoir certains revenus sans avoir à lever le petit doigt. Ouais… t’es rendu-e un-e parasite de la société, mais contrairement au assisté-e-s sociaux qu’on traite souvent à tort de parasites, toi tu PEUX travailler au lieu de te faire vivre par le travail des autres, et toi tu gagne beaucoup plus cher que les gens qui paient pour te faire vivre !

 

Ah ! Et laisse-moi t’expliquer une autre affaire et l’expliquer à tes employé-e-s en même temps, parce que je suis syndicaliste et que je pense qu’ils et elles devraient comprendre ça : Ton entreprise achète depuis un certain temps d’autres entreprises pour augmenter sa valeur et, comme t’en es l’unique propriétaire, bien un jour tu pourra tout vendre ce que t’as acquis (sans créer de job parce que t’achètes maintenant des entreprises déjà existantes) grâce au travail de tes employé-e-s qui elles et eux en retireront rien. On est d’accord ? Donc, c’est ça : Au final, si on calcule ça plus tout ce que j’ai mentionné plus haut, tu gagnes pas 50 000 $ par année; t’en gagne bien au-dessus de 100 000 ! Et t’as pas travaillé plus fort que beaucoup de gens qui en gagnent pas 30 000 $. T’es riche uniquement parce que t’es devenu-e le Boss à qui ses employé-e-s doivent tout parce que sans toi, «la compagnie qui les paie existerait pas». Le système t’as mangé ! T’es devenu comme tou-te-s les autres… Tu t’en rend juste pas compte.

 

Et le summum, c’est que maintenant que t’es rendu-e Boss d’une compagnie qui fait assez d’argent pour payer des impôts selon TES standards d’avant, et bien t’as changé-e d’idée sur ça aussi parce que «tes concurrent-e-s font de l’évasion fiscale et si ton entreprise en fait pas, tes concurrent-e-s vont gagner sur toi». Et une fois de plus, je te vois pas en train de militer pour que toutes les entreprises paient leurs impôts grâce à des lois internationales qui feraient en sorte que tu serais pas désavantagé par rapport à tes concurrent-e-s et que tu ne fermerais pas tes portes, hein ? C’est dommage, parce qu’avec le pouvoir que t’as maintenant, t’aurais beaucoup de moyens pour contribuer à la lutte. Mais non, j’imagine que toi, t’as pas le temps, tu fais du business ! Plein d’employé-e-s ont besoin de toi pour que la compagnie aille bien qu’ils et elles aient une job. C’est les autres, ceux et celles qui travaillent pas autant que toi (mais qui, en fait, par leur militantisme en plus de leur job, travaillent et risquent plus que toi), qui doivent faire ça, je suppose.

 

En tout cas ! Je me souviens qu’après que tu m’aie dit ça et que j’ai eu envie de t’envoyer promener, j’ai essayé une dernière fois de te faire comprendre ce que t’étais devenu et je t’ai demandé qu’est-ce qui restait d’éthique de ton entreprise. Ta réponse a été de te mettre à me vanter tes produits (qui sont excellents et que j’achètes, c’est pas ça le problème) fabriqués ici avec des matériaux écologiques et qui sous-traite ici plutôt qu’en Chine. Je t’ai alors demandé si tu croyais pas que, dans le fond, ton entreprise en était juste une dont le «branding» (sa marque de commerce) est «d’être éthique» et que tu le faisais pour attirer tes client-e-s mais qu’en réalité, tout ce qui se passait AU-DELÀ du produit lui-même l’était pas ? Et ça t’a contrarié-e. On s’est pogné une fois de plus là-dessus. Heureusement, on a réussi à se calmer parce que les deux, on est des adultes intelligent-e-s et capable de discuter et qu’on se connaît depuis longtemps. Je t’ai tout de même demandé si tu croyais encore qu’on pouvait changer le système capitaliste de l’intérieur par l’entreprise privée, et, tu m’a dis que «oui, mais…» et t’as déballé les arguments typiques d’une personne privilégiée qui croit vraiment que le fruit de son travail, elle l’a méritée seule, et ça se tenait pas vraiment debout ton affaire, désolé. Au fond… je le savais que t’avais compris, ça paraissait dans ta face. T’étais en train de réaliser que j’avais raison depuis le début; l’entreprise éthique et responsable, c’est un piège ! Ça prend de bonnes personnes et ça en fait des monstres. En voulant faire le bien autour de toi… t’as juste créé plus de pauvres, et pour paraphraser Robert Fusil : Y sont pauvres parce que t’es riche, pis t’es riche parce qu’y sont pauvres.

 

That’s it !

 

T’aurais pu partir une COOP autogérée ou bien te joindre à la lutte (et tu peux toujours, si t’accepte de tout vendre), mais tu l’as pas fait parce que… peut-être… à quelque part, t’avais pas vraiment d’intérêts révolutionnaires et que c’est peut-être pas la justice et le bien des gens que tu voulais plus que la renommée d’être un-e jeune entrepreneur-e éthique ainsi que le statut (et la BMW) qui va avec. Peut-être aussi, et je pense que c’est plutôt ça, qu’il te manquait plutôt seulement de connaissances pour comprendre vraiment comment le système fonctionne et que t’as simplement fait une grosse gaffe, comme plein d’autres personnes. La vérité c’est que je pourrai jamais le savoir. Mais maintenant, t’es pu de mon bord, et j’aimerais ça que tout le monde lise ce texte-là avant de partir une entreprise ou avant d’entreprendre une voie carriériste, que ce soit en politique ou en business, en espérant pouvoir faire changer les choses comme ça.

 

À vous tous et toutes : Vous vous trompez ! C’est pas comme ça qu’on change les choses ! L’entreprise éthique, c’est un piège !

 

Faut qu’on le comprenne enfin…

 

 

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Crédit Photo: Alexandre Shields, pour Le Devoir.

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Fier-ère de faire parti d’un Syndicat chantant: la lutte au Ellen’s Stardust Diner

Le Ellen’s Stardust Diner est une institution New-Yorkaise, un endroit les acteurs et actrices de Broadway ne font pas qu’attendre une table, mais y chantent des chansons de leurs spectacles lorsqu’il-les y sont. C’est également un endroit il y a actuellement un conflit de travail en cours qui a vu des renvois de masse, des grèves, des manifestations ainsi que des lignes de piquetage qui a retourné des livraisons de nourriture matinales.

Les employé-es du Ellen’s se sont organisé-es avec les IWW pour une grande partie de la dernière année. Leur syndicat, Stardust Family United, est sorti dans les rues, élevant leurs voix et levant leurs poings pour défendre et améliorer leurs conditions de travail.

Plusieurs Stardusters ont travaillé au restaurant de temps à autres au fil des années. Selon leurs dires, Ellen’s était un vraiment bel endroit pour travailler. Les gestionnaires étaient accommodants quand venait le temps de prendre congé pour un spectacle. Et en dépit du grand nombre de serveurs et de serveuses qui décollaient pour la scène, Ellen’s était une communauté tricoté serré. C’était un endroit les travailleurs et travailleuses développaient leur talent et bâtissait des amitiés qui traversaient les années.

Tout ça allait changer l’année dernière quand la nouvelle administration a été introduite.

Les gérant-es ont cessé d’être accommodantes quand venait le temps de prendre congé. Les travailleurs et travailleuses qui dénonçaient des problèmes de sécurité ou se plaignaient de harcèlement sexuel étaient ignoré-es ou, pire encore, renvoyé-es du restaurant. Les travailleurs et travailleuses de longue date, dont certain-es qui cumulaient plusieurs années de service à double chiffre, étaient renvoyé-es sans reconnaissance de leurs services.

Donc l’idée est venue de former un syndicat. Les travailleurs et travailleuses ont contacté quelques syndicats locaux et l’IWW New-York s’est montré le plus réceptif, arrangeant rapidement une formation d’organisation pour les employé-es du Stardust. Les travailleurs et travailleuses ont trouvé le modèle de syndicalisme solidaire de l’IWW, lequel met l’accent sur le contrôle de base et une approche par l’action directe pour s’organiser, comme étant un modèle de solidarité qu’il-les avaient déjà établi dans leur milieu de travail.

Durant quelques temps, l’organisation se déroulait sous le radar. Les problèmes concernant la santé et la sécurité ont été soulevés et les travailleurs et travailleuses ont utilisé le système de communication interne pour faire pression sur la direction. Il et elles ont également organisé une « march on the boss » pour ravoir leur sceau de pourboire et c’est suite à cette action qu’ils et elles ont décidé de sortir publiquement en tant que syndicat. L’endroit par lequel il-les ont choisi de le faire : The New York Times.

Les travailleurs et travailleuses n’ont pas voté pour l’élection d’un conseil du travail, demandant plutôt au propriétaire, Ken Sturm, de négocier directement avec eux et elles.

Au début, la direction laissait entendre qu’ele serait coopérative. Mais cela n’a pas duré. Peu de temps après que le syndicat soit sorti publiquement, Sturm a engagé une firme de démantèlement de syndicat et a inventé des raisons pour renvoyer plus de 15 employé-es soupçonné-es d’être des leaders ayant conduit à la lancée du syndicat.

Les travailleurs et travailleuses ont répondu avec une grève du chant (a singing strike), refusant de performer durant leurs quarts de travail.

Puis quelque chose de remarquable s’est produit; le restaurant a fermé ses portes pour la journée. Ni le 11 septembre, ni le passage de l’ouragan Sandy n’avaient réussi à forcé les patrons du Ellen’s à fermer, mais les travailleurs et travailleuses ont démontré qu’en restant seulement silencieux-euses, il-les avaient le pouvoir de mettre le restaurant en arrêt.

Suivant les mises à pied récentes, la campagne a vraiment commencé à chauffer. Les travailleurs et travailleuses ont réunis des nouveaux et nouvelles employé-es pour rebâtir le nombre de membres du syndicat. Il-les ont réussi avec succès à se défendre contre les tentatives patronales de leurs faire apprendre de nouvelles chansons sur leur propre temps personnel. Il-les ont obtenus de l’administration, un retour à un niveau de personnel adéquat. Une pièce instable de la scène ayant causé des blessures a finalement été remplacée.

Quelques mois plus tard, Ken Sturm s’est engagé dans une autre ronde de renvois massifs illégaux. Lors de cette dernière, sur 70 serveurs et serveuses qui étaient employé-es au moment de la formation du syndicat, la moitié furent renvoyé-es. À nouveau, certain-es y travaillaient depuis plus de 6 ans, on parle même de 20 ans pour certain-es. Le  National Labor Relation Board  a reculé suite à une requête du syndicat pour une injonction.

Les renvois n’ont toutefois pas stoppé la campagne. C’est suite à tous ces renvois que les Stardusters ont organisé leur action la plus radicale : une grève de douze heures durant le « rush » du vendredi soir.

Dans une action de travail distincte, les travailleurs et travailleuses ont refusé-es d’être filmé par une équipe de cinéma Brésilienne qui avait conclu une sorte d’affaire avec l’administration. Il-les ont spontanément créé une pétition et l’ont présenté à la gérance sur le plancher, qui a été forcé de s’y plier.

Quelques participant-es lors de ces actions ne travaillaient au restaurant que depuis quelques semaines seulement. Tout ceci est un témoignage du succès que les travailleurs et travailleuses ont réussi à bâtir dans le restaurant afin de se tenir debout pour soi et pour les autres.

Les travailleurs et travailleuses se sont battu-es ardemment avec des actions incluant le personnel qui avait été renvoyé : manifestations musicale hebdomadaires, un « sip-in » (action durant laquelle les supporters du syndicat se présente au restaurant et laisse un excellent pourboire sans rien acheter), « phone and Facebook blasts », et viser d’autres commerces associés au propriétaire Ken Sturm.

À un certain point, l’administration a même fait venir des musiciens de l’extérieur pour tenter de noyer le son des piquets du samedi soir. Toutefois, il fut découvert que ceux et celles-ci était de musicien-nes syndiqué-es qui, après un mot discret, se sont joint-es pour quelques chansons de protestation et peu après quittèrent. L’administration n’a pas tenté cette tactique à nouveau depuis.

On a récemment vu le personnel du Stardust retourner des livraisons avec leurs piquets de grève musicale.

Derrière leur action régulières au travail, la “Stardust Family United” tient régulièrement une levée de fond « Stardust after dark » et a lancé sa propre page Facebook et son site web. Ses membres sont également en lien avec d’autres salarié-es de la restaurant afillié à l’IWW, en bâtissant particulièrement une relation avec le « Burgerville Worker Union » de Portland.

La campagne a me sa propre chanson-thème, écrite par un-e membre de la “Stardust Family United” et récemment reprise par Tom Morello comme un hommage au dévouement et la créativité des travailleurs et travailleuses du Stardust.

Les travailleurs et travailleuses du Stardust comprennent qu’il-les sont pris-es dans un long processus et , en dépit des réponses illégales et draconiennes de l’administration, Il-les sont déterminé-es à continuer le combat et continuer de chanter jusqu’à ce qu’il-les gagnent.

 

Pour plus d’information, allez voir le lien plus bas. Si vous passer par la ville de New York, jetez un œil sur leur page Facebook pour les manifestations et les événements de levées de fonds. Si vous êtes de l’extérieur, S’il-vous-plait pensez à faire un don :https://www.youcaring.com/stardust-family-united-634720/donate?utm_source=widget#wp

Une douzaine de travailleurs et de travailleuses ont jusqu’à maintenant ont été renvoyé-es et New York étant une ville dispendieuse, tout ce que vous pouvez donner serait d’une aide grandement appréciée. Parallèlement, pourquoi vos branches locales syndicales ou vos groupes politiques n’organiseraient pas une levée de fonds pour supporter ces travailleurs et travailleuses inspirant-es ?

Chilli Sauce, mars 2017

Ne sois pas un-e imbécile face aux mauvaises idées

Par John O’Reilly – Réflexions sur la Lutte, publié le 20 juillet 2011 (remerciements spéciaux pour les idées et suggestions de A.Vargas, Nate Hawthorne et le groupe d’écriture des Wobs)

Dans un monde idéal, toutes les idées au sujet de l’organisation seraient appropriées, mais ce n’est pas le cas. Parfois des personnes avec de très bonnes intentions, font des choses qui leur font perdre leur temps ou pire encore, qui nuisent carrément à l’organisation qu’ils et elles tentent de construire. Nous avons tous et toutes déjà fait un bilan et déclaré: « Wow j’peux pas croire que j’ai mis tout ce temps dans un projet qui était clairement destiné à échouer ». Souvent, cette réflexion s’accompagne d’un « Wow, ce ou cette camarade d’expérience aurait tellement du m’en avertir ». Malheureusement, il arrive que les camarades Wobblies d’expérience permettent ces échecs de deux façons aussi répandues que dysfonctionnelles,  en effet agir comme un-e connard et hésiter sont deux erreurs que nous commettons à tort!

Souvent, les organisateurs et organisatrices d’expérience ne veulent pas s’imposer auprès des nouveaux  ou nouvelles membres en leur disant quoi faire de leur temps. Le résultat est souvent que ces organisateurs et organisatrices se retrouvent à observer passivement des camarades s’engager dans des initiatives qui ne font aucun sens et qui sont condamnées à échouer. Cette hésitation à s’en mêler entraîne des heures de travail perdues pour des individus et des groupes alors que d’autres options beaucoup plus efficaces s’offraient aux camarades. Cette hésitation constitue une réponse spontanée pour plusieurs d’entre nous. Nous préférons voir la personne ou le groupe se désengager par lui-même d’une direction inefficace et souvent négative plutôt que de s’investir dans une démarche exigeante de réflexions critiques. Dépasser cette hésitation est une tâche importante à laquelle il nous faut nous habituer.

Ceci étant dit, nous tombons parfois dans la tendance inverse où les organisateurs et organisatrices critiquent avec condescendance. Certes, l’expérience et nos connaissances nous permettent parfois d’anticiper un échec retentissant ce qui augmente la tentation d’agir avec condescendance, mais malheureusement ce n’est pas une stratégie adéquate pour régler les problèmes. Face à cette attitude, certain-es vont s’entêter (« Untel dit que c’est une mauvaise idée, j’m’en fout on le fait! ») et d’autres vont simplement perdre confiance en eux (« Unetel dit que c’est une mauvaise idée, je ne dois pas être un-e bon-ne syndicaliste.»). La condescendance et le paternalisme permettent parfois d’évacuer rapidement les mauvais plans, mais les conséquences fâcheuses de ces comportements ne contribuent en rien à la construction du syndicat. Il nous faut plutôt imaginer de nouvelles façons de venir à bout des mauvais plans.

Parfois, nous devons laisser les gens essayer des choses et les laisser échouer afin de favoriser l’apprentissage. Cependant, il demeure possible d’assurer une présence critique, mais tout de même encourageante. Si les membres veulent organiser un débat sur les idées de Daniel DeLeon’s sur le recrutement des travailleuses et travailleurs, nous pouvons offrir notre aide pour le tractage. Ça gaspille un peu de notre temps, mais à long terme ça nous permet de construire des liens avec ces membres, nous évite des discussions remettant en question notre implication et nous permet d’introduire de nouveaux projets plus prometteurs.  Il est aussi parfois nécessaire d’attirer l’attention des camarades vers de meilleurs projets. Par exemple, si une partie des membres pousse le syndicat à débattre longuement de la nécessité pour la lutte des classes de faire soi-même ses vêtements et de la récupération de bouffe dans les poubelles (qui ne sont pas forcément de mauvaises choses, mais celles-ci n’ont pas un lien direct avec la lutte de classe). Il serait possible d’intervenir en demandant aux membres en question : pourquoi veulent-ils en discuter lors de la rencontre générale? Il serait approprié de suggérer de discuter de ces sujets à l’extérieur de la rencontre générale et d’en profiter pour parler d’idées plus pertinentes. Lorsque des camarades poussent de mauvaises idées, il est préférable de se rapprocher de ce groupe et critiquer de l’intérieur plutôt que de l’extérieur.

Quand les organisateurs et les organisatrices agissent comme des imbéciles face à de mauvaises idées, ils découragent les gens à s’impliquer dans des aspects importants de notre syndicat. Maintenant, imaginons un autre scénario. Pensons à des membres enthousiastes dont l’idée est de tracter près d’une usine de 500 travailleuses et travailleurs avec un drapeau rouge et noir. Leur répondre sèchement que ce n’est pas une bonne idée et qu’elle ne fait qu’éloigner ces personnes du SITT-IWW risque davantage de faire en sorte que ces camarades persistent et s’enlisent dans cette mauvaise idée et ne changent pas leur perspective lors de nouvelles occasions. Les mauvaises idées ne disparaîtront pas par enchantement, ainsi nous devons construire une culture d’organisation qui reconnaît les mauvais plans réalisés dans le passé et nous apprend surtout à les anticiper. Rappelons-nous qu’agir imbécilement face aux mauvaises idées est souvent plus néfaste pour l’organisation que d’essayer de mettre en œuvre ces idées.

Notre approche avec les mauvais projets doit permettre de construire notre rôle d’organisateur et d’organisatrice. En tant que tel, nous sommes habitué-es à identifier des leaders de campagne et à tenter d’utiliser cette direction pour développer les habiletés des travailleurs et travailleuses dans leur milieu. À l’intérieur du syndicat, nous devons utiliser ces mêmes dynamiques. Par exemple, déterminer qui inspire un membre et mettre à profit cette relation pour faire jaillir des idées constructives, renforcer les liens entre les membres plutôt que de les braquer les un-es contre les autres. Au cœur de cet enjeu, la capacité pour les organisateurs et organisatrices d’être conscient-es que si leurs critiques ne sont pas prises au sérieux, ils n’aident en rien. Avoir raison n’est pas suffisant, les gens doivent avoir raison et aller dans la bonne direction.

 

John O’Reilly

AVIS: Les opinions exprimées ici ne sont pas des positions officielles du SITT-IWW et n’engagent que l’auteur.

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La double adhésion. Questions et Réponses

Vous trouverez ci-bas quelques notes m’ayant servies de brouillon pour un éventuel atelier sur la double-adhésion (Ndtr : le dual carding, soit l’adhésion à l’IWW et à un autre syndicat). Vous trouverez des questions et mes réponses juste en dessous. J’espère qu’il s’agira là de la première publication d’une série sur  »Le SITT-IWW et les autres syndicats”’ ayant pour but de souligner quelques perspectives sur le sujet.

Là où il sera écrit  »nous » je ferai une affirmation référant aux positions classiques du SITT-IWW, tandis que là où j’utiliserai le  »je », il s’agira de mon opinion. J’ai fait de mon mieux pour garder les deux points de vue séparés, mais comme bon nombre de personnes, j’ai énormément de difficulté à le faire.

*Quel est notre rapport à la décertification ou la désafiliation? Il semblerait qu’au Work People College de 2012 plusieurs personnes ont amené l’idée que nous devrions mettre notre focus sur la décertification de syndicats d’affaires afin de les remplacer par une nouvelle accréditation, celle du SITT-IWW. Je ne suis pas certain qu’il s’agisse d’une stratégie qui ait déjà été utilisée, si quelqu’un a eu vent d’une telle expérience je serais curieux d’en apprendre plus.

Je peux seulement parler de notre expérience à Edmonton où nous avons été approché.es à quelques occasion par des travailleurs et des travailleuses, désireux et désireuses de décertifier leur syndicat. De manière générale, nous l’avons toujours déconseillé. Le problème est que le SITT-IWW n’occupe pas le même espace que les autres syndicat, il est donc illogique de remplacer l’un par l’autre. D’autre part, d’habitude, lorsque des travailleurs ou des travailleuses cherchent à faire retirer l’accréditation de leur syndicat sur leur lieu de travail, c’est parce qu’ils et elles ne sont pas satisfait.es des services qu’ils et elles reçoivent de ce dernier. Avec un budget squelettique, des cotisations minimales et aucun.es employé.es, nous ne feront pas beaucoup mieux en terme de services. Ce n’est pas ce que nous faisons.

Dans le local du Syndicat des Travailleurs et Travailleuses des Postes (STTP) où je me trouve, le grief moyen, après avoir franchi toutes les étapes aura coûté au delà de 10 000$. Il s’agit de plusieurs centaines de dollars seulement pour les premières étapes. Avec nos cotisations volontaires et à faibles coûts, financer un tel niveau de bureaucratie grâce à des levées de fond, n’est pas une option non plus.

 

* Quel est le rôle des caucus de gauche? Tout au long de la conversation au Work People College, le sentiment général était que les caucus de gauche sont inévitables et peuvent même être utiles. Or, il faut constater que tou.tes les fellow workers présent.es étaient impliqué.es dans des endroits qui, grosso-modo, servaient des caucus de gauche. Les premiers dans un réseaux de solidarité naissant chez OPSEU (Syndicat des Employé.es du Service Public de l’Ontario) et les autres dans un local de l’Alliance de la Fonction Publique du Canada (AFPC), qui sert en quelques sortent de quartier général pourmilitant.es.

Je suis d’accord que les caucus de gauches sont inévitable et j’ai participé à titre personnel à l’un d’eux au sein du STTP, mais je n’ai jamais fais pas de rapport de mes activités au SITT-IWW, pas plus que le SITT-IWW ne semble s’en être préoccupé. Tout ce qui est politiquement significatif en ce bas monde n’a pas besoin de se faire sous la bannière du SITT-IWW. Je suis tout aussi intéressé par une réforme des syndicats et par une bonne représentation des membres que n’importe qui d’autre. Or, il ne s’agit pas d’un engagement révolutionnaire et pour être franc, je ne pense pas que cela ait quoi que ce soit avoir avec le SITT-IWW.

En ce qui concerne les sanctuaires de militants et principalement de militant.es syndicaux, notons simplement que les militant.es ne forment pas toujours les meilleurs bassins de recrutement pour trouver de bons wobblies. Bon nombre d’entre eux ont des ambitions carriériste à l’intérieur même de leur syndicat et si cela n’est pas un problème en soit, cela ne fera pas avancer le SITT-IWW non plus. Des travailleurs et des travailleuses en colère et respecté par leurs pairs sont bien plus important, et si par hasard, ce sont aussi des militant.es, c’est tant mieux, mais ce n’est pas le plus important.

 

*Qu’en est-il des élections? Ici encore, le sentiment partagé était qu’à certains moments cela pouvait être utile.

Pour commencer, il faut se rappeler que dans les règlements du SITT-IWW beaucoup de choses sont mentionnées à propos de la position d’officier ou officière pour un autre syndicat, il ne s’agit pas de dire que vous ne pouvez pas l’être, mais nous plaçons des limites assez sévères sur le sujet. Bien sur, il est toujours possible d’amener les règlements en appel pour se dérober à certaines restrictions, mais il est important de comprendre pourquoi nous avons ces règles en premier lieu. C’est parce que notre compréhension du syndicalisme révolutionnaire ne se limite pas à être un  »syndicat très progressiste ». Tout comme nous recommandons l’établissement de comités d’organisation sur le plancher et dépassant le système de délégué; une position révolutionnaire dépassant l’électoralisme et évitant le contractualisme, notre structure et notre fonction s’incarne dans un engagement envers un autre type de politique. Dans le SITT-IWW, les syndicats ne sont pas des organismes politiquement neutres, au contraire, leurs structures et leurs engagements reflètent les perspectives politiques de leurs architectes.

Tout cela était plus clair à une époque où le mouvement ouvrier était marqué par une plus grande diversité idéologique, mais depuis les années 60 on assiste à une hégémonie de la social-démocratie et c’est ce que la structure standard reflète. S’emparer de ces structures sans les remettre sérieusement en question ne peut que conduire à une cooptation, à un redressement judiciaire ou aux deux.

 

*Toujours sur la question d’être un.e délégué.e syndicale, la question suivante vint sur le plancher : Si personne d’autre n’est pour se présenter, n’est-il pas souhaitable qu’un de nos militants le fasse afin, qu’au moins, le travail soit fait? Est-ce que cela ne permet pas en plus d’avoir une raison légitime de parler du travail avec ses collègues sans que cela n’ait l’air bizarre?

Je ne suis pas contre les gens qui décident de devenir délégué syndical, mais ces gens devraient le faire en gardant les yeux grands ouverts. Qu’est-ce que ce travail implique? Si la priorité est de construire un comité qui traite les demandes depuis le plancher et aide les gens à développer une stratégie pour mettre collectivement de la pression sur le patron, je suis tout à fait pour. Si le travail consiste simplement à faire ce que n’importe quel autre délégué va faire, il ne s’agit pas non plus d’une erreur, mais cela devrait être clair pour les personnes concernée qu’ils et elles le font pour des raisons personnelles et non en tant que membre du SITT-IWW. Cela dit, notons que le SITT-IWW n’a pas de position claire sur le sujet.

 

*Comment est-ce que la double adhésion fonctionne dans un environnement multi-syndicales? Comment pouvons nous réellement amener le Syndicat pour Tous et pour Toutes à aider l’organisation au jours le jours?

Nous avons une certaines expérience sur le sujet à Edmonton et le plus important est de commencer par communiquer avec les gens travaillant ensemble. Pas seulement entre syndicats, mais aussi entre travailleurs et travailleuses syndiqué.es et travailleurs et travailleuses non-syndiqué.es. L’avantages que l’action directe a sur les canaux officiels c’est qu’en attaquant une structure managériale unifiée, il est possible de mettre plus de pression. Prioriser des demandes qui affectent tout le monde (comme les questions relatives aux Droits Humains, aux places de stationnement, à la santé et à la sécurité) permet un élargissement du champs d’actions, tandis que les disputes de types contractuelles sont évidemment plus étroites et moins utiles. Les assemblées conjointes (dans notre cas les réunions durant les pauses café) permettent de rassembler tout le monde sur le plancher.

 

*Si des wobblies peuvent faire des choses comme prendre le contrôle de la newsletter ou du bulletin du syndicat, mettre la main sur des listes de contacts, etc. Comment devrions nous, et devons nous, mettre ses possibilités à usage?

Bien sur que vous devriez. Vous devriez tout faire comme dans la Formation d’Organisation 101 (FO101 ou OT101 en anglais), faire des rencontres individuelles, identifier les meneurs et meneuses, les amener à faire des actions sur le lieux de travail, puis les inclure dans votre comité. Les newsletters et bulletins peuvent être un bon moyen de faire connaître les gains qui ont été gagné sur le plancher.

 

*Comment pouvons nous éviter d’être co-opter par le syndicat? C’est à dire de voir le syndicat légaliste en place clamer que les victoires du comité sont les siennes?

Le plus important c’est que les travailleurs et travailleuses eux-mêmes et elles-mêmes s’approprient la victoire, pas plus le syndicat d’affaire en place que le SITT-IWW. Si le rôle du SITT-IWW a été décisif, alors il faut souligner ce que l’organisation a fait, mais on ne peut pas simplement prendre tout le crédit. Par exemple, nous avons déjà mis en place un programme d’éducation, fait la promotion des tactiques de March on the Boss et travailler sur un blog indépendant. Or il ne s’agit pas ici d’être cette gauche si typique qui répète encore et encore les mêmes slogans en s’autoproclamant d’une avant-garde éclairée, mais plus tôt de l’utilisation par les travailleurs et travailleuses de méthodes qui font du gros bon sens.

 

*À quelle sorte de backlash pouvons nous nous attendre lorsque la double adhésion sera découverte par les plus hauts échelons de la hiérarchie? Quel type d’inoculation est requise avant que la campagne ne devienne public? Plus d’histoires et d’anecdotes pourraient être utile ici…

Au STTP nous avons simplement mis les choses au clair. Nous n’avions aucun intérêt à devenir l’unité de négociation certifiée pour les bureaux de postes et nous nous considérions comme de fidèles membres du STTP . Nous avons pourtant insisté qu’aucun travailleur, ni aucune travailleuse n’ait de permission à demander pour mener des actions sur le plancher, et que les officiers et officières devaient répondre de leurs membres et non le contraire. Cela étant dit, je pense qu’il y a trop de différences d’un syndicat à l’autre pour pouvoir donner une sorte de prescription passe-partout plus précise que d’être clair sur le fait que ce que nous voulons dire par syndicat est très différent de ce que l’AFPC, par exemple, entend par syndicat.

 

*En quoi est-ce que le AEIOU diffère t-il dans le contexte d’un environnement déjà syndiqué?

Il ne diffère pas.

 

*Quel est l’objectif ultime de l’organisation en double-adhésion? Dans la FO101 plusieurs sections commencent en demandant aux participant.es ,  »Pourquoi est-ce qu’on fait ça? », comme dans  »Pourquoi est-ce qu’on agite? »,  »Pourquoi est-ce qu’on demande à nos collègues de joindre le syndicat? »,  »Pourquoi faire un suivi sur les tâches? », etc. Je me demande si, peut-être, garder ce format pourrait être une bonne manière d’introduire ce module. Puis, tout comme dans la FO101, cela pourrait inclure une série de réponses. Pourtant je me sens un peu ridicule en disant cela, mais après m’être assis pour réfléchir à la question, je n’arrivais pas à articuler de réponse claire à  »pourquoi » nous faisons cela.

Je pense que l’objectif ultime de l’organisation en double-adhésion est le même que dans la FO101, construire un comité d’organisation fonctionnel qui peut mobiliser les travailleurs et les travailleuses sur le plancher pour faire des actions directe afin de faire valoir leurs intérêts propres.

Je vais essayer et travailler avec Rhiannon pour répondre à vos questions pratiques au sujet de l’atelier, je pense que plusieurs d’entre elles sont valides et le manque de précision ou de clarté de nos réponses ne relève non pas d’un problème avec vos questions, mais plus tôt du niveau de réflexion où nous sommes rendu. Néanmoins, un des points auquel je peux d’ores et déjà répondre au sujet de ce module est qu’il s’agit délibérément d’un supplément à la FO101 parce que nous pensons que cette formation couvre la base du travail d’organisation. Ce à quoi j’ajouterais qu’à mon avis, non seulement, le travail d’organisation en double-adhésion n’est pas si différent du travail d’organisation en milieu non-syndiqué, notamment en ce qui à trait aux compétences nécessaire, mais aussi que le gros du matériel est en fait orienté vers une compréhension de ce qu’est le SITT-IWW. Cela étant dit, je pense aussi que nous avons besoin de travailler la question plus en détails étant donné que le phénomène des syndicats d’affaires arborant le drapeau rouge est de plus en plus fréquent.

 

Écrit par Nick Walter, Edmonton IWW, le 17 octobre 2014
Traduit par le Comité Communication de la SLI de Montréal, le 16 mars 2017

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Idées de lectures pour le temps des fêtes

Une histoire populaire des États-Unis – de 1492 à nos jours

on8vatziap“Make america great again”. Ce slogan de la dernière campagne électorale américaine, on
l’a tous et toutes vu sur les casquettes rouges
made in China. Pourtant, Une histoire populaire des États-Unis – de 1492 à nos jours de l’historien Howard Zinn dresse un portrait d’un pays qui n’a jamais été si fabuleux, à moins d’être un riche propriétaire blanc. En effet, l’auteur se penche sur les communautés généralement absentes des livres d’histoire. Il y est question des autochtones, des syndicalistes, des esclaves, des activistes pour les droits civils durant les années ‘80 et ‘90 et plusieurs autres groupes et luttes sociales. Évidemment, il y est question de l’IWW, de ses actions, de la solidarité qui y a toujours régnée, de la répression, des emprisonnements et des victoires notables du syndicat qui fut l’ennemi numéro un du gouvernement américain à une autre époque.  Lire la suite

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Des propriétaires d’entreprises chez les I.W.W. ?!?

Un complément de réflexion à l’article intitulé « être syndiqué IWW et travailleuse autonome » .

Il est vrai que le I.W.W. syndique tout le monde sauf les représentants de l’autorité étatique (policiers, magistrats etc) et les personnes en situation de pouvoir autoritaire sur d’autres travailleurs-euses ci-après nommés …les boss! Les employeurs en tant que propriétaire d’entreprise et leurs laquais que sont les gérants et autres cadres qui font ,selon ma compréhension, partie de la catégorie des « boss ».

Or qu’est-ce qu’un « travailleur autonome » ? N’est-ce pas un propriétaire d’entreprise ? N.. oui : Si on s’en tient uniquement à la définition que nous en donne l’économie libérale. Ce serait le cas à en juger par cette définition donnée sur le site éduca-Loi :

« En fait, le travailleur autonome et l’entreprise individuelle ne font qu’un, c’est-à-dire que le travailleur autonome exploite une entreprise et que cette entreprise est le résultat de son propre travail. Puisque l’on ne peut pas dire que le travailleur autonome est lui-même une « forme d’entreprise », on dit plutôt qu’il exploite une « entreprise individuelle» dont il est l’unique propriétaire. »

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Témoignage d’un.e membre de l’IWW Québec pour la journée internationale pour l’élimination de la pauvreté.

Voici un témoignage d’un.e membre de l’IWW-Québec:

«En cette journée Internationale pour l’élimination de la pauvreté, je ne peux que ressentir une profonde solidarité de classe envers celles et ceux faisant les frais des puissants. Provenant moi-même d’un milieu pauvre, je ressens depuis toujours dans mon corps et mon esprit le poids d’avoir à lutter contre les ravages et les traumatismes hérités de cette forme de violence : la violence économique. Selon moi, la pauvreté n’est pas une fatalité sortie tout droit de la nature, elle est planifiée par l’élite économique afin que ceux-ci conservent leurs privilèges et nous avons le pouvoir de la faire cesser.

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Retour sur la soirée d’introduction au SITT-IWW

Jeudi le 25 août dernier a eu lieu une soirée d’introduction au SITT-IWW Montréal au local du syndicat au 5323 rue Brébeuf, à Montréal. Une vingtaine de personnes étaient présentes, dont une quinzaine n’étaient pas encore membres de l’organisation et venaient pour en savoir plus, la plupart soit après nous avoir vu en action (notamment au Vieux Port) ou soit après y avoir été attiré-es par certain-es de nos camarades.

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Sept mythes à propos de Postes Canada

Affiché le 30 juin 2016 sur rankandfile.ca
Par Doug Nesbitt et Dan Darah (traduit avec l’autorisation des auteurs)

Sous l’ombre d’un nouveau lock-out ou d’une nouvelle grève chez Postes Canada, le patronat cherche de nouveau à miner la confiance du public dans le service des postes public en faisant appel à une campagne de désinformation envers les travailleurs et travailleuses des postes. Voici sept mythes à propos de Postes Canada que vous entendrez répéter dans les journaux et à la télévision, autour de la table à manger ou lors de votre pause cigarette, et par des politiciens et des patrons. Une version de ce document est disponible (en langue originale) sous forme de tract ou d’affiche. Une bonne façon d’afficher votre soutien.
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