Réforme des normes du travail: Pas de 4e semaine de vacances

C’est sans surprise que nous apprenions mercredi dernier, le 7 février, que le Gouvernement du Québec abandonnait l’idée d’accorder une quatrième semaine de vacances aux salarié-es ayant plus de 10 ans d’ancienneté.

Le projet de loi qui ne devait être déposé qu’en mars fut donc tué dans l’oeuf par les représentants du patronat qui hurlèrent qu’on allait leur faire porter un fardeau allant de 400 à 600 millions de dollars par année, que cela créerait un fouillis pour les entreprises oeuvrant dans plusieurs provinces et qu’il valait mieux s’attaquer à la disparité entre les jeunes et les plus ancien.nes d’une entreprise. Arguments boiteux vous dites? Vous avez tout à fait raison.

Bien que savamment rapporté par La Presse, ce que personne ne semble avoir mentionné jusqu’à maintenant est que cette ‘’charge supplémentaire’’ de plus ou moins 500 millions de dollars sera assumée collectivement par les employeurs. Alors que le Québec en compte plusieurs milliers, mentionnons à titre d’exemple que les bénéfices nets de 8 de ses 10 plus grandes entreprises atteignaient la somme de 26 750 millions en 2010. Que représentent 500 millions de dollars pour le patronat? Moins de 2% des bénéfices d’une poignée de ses entreprises.

En ce qui a trait au ‘’fouillis’’ que créerait une telle mesure pour les compagnies en action dans plusieurs provinces, nous nous demandons en quoi l’application d’une quatrième semaine de vacances serait si différente que l’application de n’importe quelles autres normes du travail? MacDonald est présent dans 116 pays à travers le monde, au Canada le salaire minimum varie de province en province et l’accès au chômage de région en région. Un fouillis? Peut-être, mais rien à quoi les compagnies ne soient pas déjà habituées.

Finalement, notre bon gouvernement prétend vouloir lutter contre la disparité entre les plus jeunes et les anciens et anciennes au sein de l’entreprise. Nous aimerions lui rappeler, d’une part, que la véritable inégalité est entre nous et ses copains, pas entre nous et nos collègues qui bossent depuis plus longtemps. D’autre part, que si la chose lui tient réellement à coeur nous sommes ouverts à une négociation à la hausse et non à la baisse. La seule chose plus ridicule que d’offrir 4 semaines après 10ans de travail, c’est de refuser 4 semaines après 10ans de travail. Si c’est avec ce genre de modification aux normes du travail que le ministre du travail compte apaiser la grogne et calmer le renouveau syndical, nous avons des nouvelles pour lui!

 

Mathieu Stakh

 

, ,

Retour sur Capital et travail: la collaboration de classe dans le mouvement ouvrier

Les salaires, pour les travailleurs et les travailleuses d’une société dominée par l’économie libérale ou néolibérale, n’ont représenté et ne représenteront jamais rien de plus qu’une fraction de la valeur de notre travail une fois que le capital aura pris sa part de la production sociale(1). Le capital se réserve cette part avant de redistribuer le reste aux employé-es sous forme de rémunérations qui varieront selon les critères du «marché du travail» qui cherche à imposer une valeur marchande aux emplois et au travail autonome (et de ce fait aux employé-es et travailleur et travailleuses autonomes) comme s’il s’agissait d’une marchandise. Bien sûre le capitalisme, qui ne fonctionne que s’il est en croissance perpétuelle, utilisera cette part pour croître et accroître les moyens de s’approprier une part toujours plus grande de cette production sociale, ce qui en fait un système de concentration des richesses qui mène aux résultats que l’on connaît : un nombre ridicule d’individus se partageant une part immense des richesses, des moyens de production privés et qui décideront donc des orientations que prendra cette production (pouvoir). Les possédants, dans cette doctrine économique, obtiennent donc la part du travail non obtenu par les travailleurs et travailleuses. Depuis longtemps, le syndicalisme se présente comme moyen pour remédier à cette situation. Aujourd’hui, par exemple au Québec et au Canada, les centrales syndicales ont acquis des moyens et un nombre de membres qui dépassent de loin ce à quoi auraient pu rêver les organisations ouvrières du passé. Pourtant, il semble être plus que jamais improbable qu’une transformation d’envergure de l’organisation sociale (révolution) proviennent de ces entités. Pourquoi donc? Voilà , je vous laisse avec une parti d’un texte qui offre une réponse à cette question et je vous reviens avec mon point de vue sur la question.

…………………
Capital et travail : la collaboration de classe dans le mouvement ouvrier
par : Victor Levant (doctorant en science politique à l’université McGill), édition l’étincelle, 1977

chapitre V11 : le caractère de classe du syndicat «bona fide»
l’organisation du travail était illégale à ses débuts mais on fut finalement obligé d’accorder un «droit
d’association» à cause de la révolte de la classe ouvrière. La notion sous-jacente à la définition
d’activité syndicale légale dérivait cependant de la vision du monde capitaliste et reflétait les intérêts de
la classe du capital. Ce «droit» fut accordé de mauvais gré, sous condition et seulement après avoir
édulcoré l’essence du mouvement ouvrier : d’un mouvement de lutte politique pour l’émancipation du
travail en un mouvement de lutte économique pour des salaires plus élevés et de meilleures conditions
de travail. Ce «droit» ne fut finalement accordé qu’une fois le contenu de cette activité légale (le but,
les principes, la stratégie et les tactiques du syndicalisme) réduit à l’état inoffensif. On y réussit à coup
de force brutale, de répression judiciaire, de corruption et de mystification idéologique.
Notre analyse montrera que le «droit» d’association n’est que le droit de s’organiser d’une certaine
façon, dans l’intérêt du capital, i.e. dans le but d’assurer la permanence de l’actuel mode de production,
en conséquence, l’exploitation du travail.

La définition juridique de l’activité du syndicat bona fide se révéla n’être rien de plus que la
collaboration de classe sous la forme du «respect de la loi et de l’autorité». Cela signifiait que le travail
reconnaissait la légitimité de l’appareil d’État. Celui-ci maintenait sa domination – une domination
inscrite dans le code criminel du Canada, le code civil de la province de Québec et le code du travail
du Québec, domination aussi assurée par la nature de classe des gouvernements, de la bureaucratie, des
tribunaux, de la police et de l’armée qui, tour à tour, légifèrent, exécutent, jugent et font respecter les
lois. L’essence de cette appareil, c’est l’hégémonie, la domination politique du capital sur le travail.
Le code criminel du Canada et le code civil du Québec assurent l’exploitation du travail par la
légalisation de l’appropriation privée de la production sociale, maintiennent l’actuel mode de production
par la légitimation du contrat de travail et défendent la structure sociale existante en prescrivant toute
transformation de l’appareil d’état qui protège cette structure.

Le code du travail du Québec assure la domination du capital sur le travail en proscrivant la lutte de
masse militante, en régularisant, «routinisant» et individualisant le conflit des classes; il assure
l’intégration partielle du syndicat à l’appareil d’état en le rendant légalement responsable de
l’application de la convention collective et, enfin, il assure la dissémination de la mythologie libérale
capitaliste implicite dans le code : égalité de l’employeur et de l’employé («les droits égaux»), société
sans classe («le publique») et état au-dessus des classes («égalité devant la loi»).
…………….

Ceci dit, en observant la situation actuelle, il est évident que cette description du syndicalisme correspond à celle des grandes centrales syndicales du Québec qui s’inscrivent dans cette catégorie de version édulcorée et édentée de ce que l’on ne peut même plus appeler un mouvement ouvrier. Le dépôt d’une simple loi spéciale du Gouvernement Libéral suffit à faire retourner au travail des milliers de travailleurs et travailleuses de la construction ayant voté-es pour la grève et ce, dans la quasi absence de contestation. Les Syndicats actuels se sont si bien intégrés à l’appareil d’état, que l’état n’a même plus besoin de faire appelle ses forces répressives pour faire respecter des règles que le Gouvernement invente au fur et à mesure au détriment de la classe laborieuse. Les élites syndicales ont assez de pouvoir sur leurs membres pour faire appliquer les lois, les plus nocives soient-elles, pour les travailleurs et travailleuses.

Le syndicalisme révolutionnaire doit reprendre sa place dans le paysage syndicales car le syndicalisme «bona fide» (de bonne foi) actuel n’est pas adapté pour combattre le néo-libéralisme ayant accepté ou ayant été forcé à être réglementé pour acquérir un statut légale comme le suggère l’auteur de capital et travail. Il a aussi été développé dans un contexte politique durant lequel il était populaire de vouloir construire, tout et tousse ensemble, main dans la main, «la social-démocratie» qui profitera à tous et à toutes sans avoir à remettre en question la structure sociale et l’appareil d’état qui la protège (mystification idéologique?). Ce syndicalisme révolutionnaire doit exercer une pression qui s’accentuera au fils des années en émettant une critique crédible du syndicalisme actuel par des textes, des actions et la mobilisation des employé-es dans des secteurs d’emplois oubliés par le syndicalisme actuel (restauration, commerce au détail, dépanneur, travailleurs et travailleuses autonomes, communautaire etc). Il doit aussi comme dans le cas e Mapei et de Poste Canada appuyer les employé-es syndiqué-es victimes de pratiques syndicales allant dans le sens de la collaboration de classe. Bref, il doit pousser le syndicalisme à retrouver son essence : produire un mouvement conduisant à l’émancipation du Travail pour éliminer la domination des détenteurs de capitaux et de moyens de productions et éliminer aussi la domination de l’état qui défend les structures légales qui permettent l’appropriation privée de la production sociale. Ce, plutôt que de mener une lutte strictement économique visant à faire en sorte que ces possédants veulent bien accepter d’être plus «généreux» dans la redistribution de la production sociale via les salaires. Voilà pourquoi je considère que le syndicalisme révolutionnaire est plus que jamais pertinent et que ses positions, ses principes et à ses actions, puisse apporter des pistes de solution en vue de la réappropriation du travail (pouvoir) par les travailleurs et travailleuses du monde.

 

X377208

(1) J’entends par production sociale, l’ensemble du travail effectuer par une société considérant que chaque secteur économique, fonctions et activités
sont interdépendants incluant par exemple : le travail étudiant(partage, acquisition et amélioration de la connaissance), stages étudiants, travaux ménager, éducation des enfants, travail autonome, participation citoyenne etc.

, ,

L’absurdité du monde: Le logement

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous parler un peu de logement, du besoin de base de se loger, de gentrification et de spéculation immobilière. Vite de même, je dois avouer que ça a l’air extrêmement PEU intéressant, mais nous allons essayer de rendre le tout un peu plus dynamique. Voyons voir ce que ça va donner.

Pour commencer, j’aimerais bien parler du principe de propriété privée. En effet, il y a un moment dans l’histoire de l’humanité durant laquelle des gens ont commencé à mettre des clôtures autour de leur lot de terre et commencé à dire que c’était leur propriété. C’est un peu à ce moment-là, qu’a commencé à naître le merveilleux système capitaliste que l’on connaît aujourd’hui avec ses règles qui se définissent un peu comme ceci ; « Au plus fort la poche » et « La main invisible du marché contrôle la loi de l’offre et de la demande ».

Auparavant, nous vivions dans un système féodal, c’est à dire un système dans lequel il y avait des seigneurs qui offraient la protection et un lot de terre aux vulgaires paysans en échange de ce qu’on pourrait appeler différents types de taxes : « Taxes sur la production de la terre que l’on doit au seigneur », Journées de corvée sur la terre du seigneur, défense de la seigneurie lors d’attaques, etc… Et le système continuait en hiérarchie comme ça, avec les seigneurs qui avaient aussi des obligations envers des nobles, des nobles qui avaient des obligations envers les rois, etc… Puis un jour, ce système s’est retrouvé complètement vide de sens, puisque toutes les charges pesaient sur les paysans et de leur côté, les seigneurs commençaient à accumuler de plus en plus de seigneuries et négligeaient leurs obligations envers les paysans. Différentes révoltes (Révolution Française, Rébellion des patriotes) ont fini par tuer ce système et ont instauré un système capitaliste dans nos sociétés occidentales.

Maintenant j’aimerais qu’on image le tout ici en pensant à son propriétaire qui fait sa ronde le pre mier du mois pour venir ramasser les loyers des locataires. Premièrement,  on va se le dire, y a-t- il quelque chose de moins agréable que ce moment ‘’awkward’’ où le proprio vient se pavaner pour ramasser son dû ? Et j’aimerais bien ici qu’on marque la ress emblance entre le seigneur qui vient chercher ses sacs de grains chez les paysans et celui du proprio qui vient ramasser ses loyers. Ne trouvez-vous pas que la ressemblance est frappante ? Et tout comme dans le régime seigneurial, il est assez rare de réus sir à trouver un proprio qui s’acquitte bien de ses obligations envers ses locataires. Je crois qu’à peu près tout le monde qui a déjà eu un proprio sait ce qu’il en est lorsqu’il est question de rénovations faites par le beau-frère  peddler  parce qu’on va  sauver de l’argent ou des bons vieux « J’vais régler ça bientôt, inquiètes-toi pas. »

À partir de quel moment dans l’histoire, on s’est dit qu’on allait laisser des besoins de base humains (se vêtir, se nourrir, se loger) entre les mains de capitalistes d ont le seul but est de tirer un profit ? À quel moment on s’est dit qu’on allait laisser des gens spéculer sur nos besoins de base ? Voilà ce que je trouve scandaleux : Des gens qui s’enrichissent sur le dos des gens avec des trucs que tout le monde a beso in au final. Pourquoi accepte-t-on que des gens s’enrichissent en vendant de la nourriture en aimant mieux la gaspiller pour faire monter sa valeur que de la donner à des gens dans le besoin ? À quel moment on  s’est dit qu’on allait  parker  les gens dans  des immeubles appartenant à un capitaliste X et qu’il allait en tirer un profit ?

Bref, tout ça me fâche à un haut niveau car ça fait ressortir le conflit d’intérêts sur lequel se base le système en place et dont je vous reparlerais probablement dans une prochaine chronique. Mais posons-nous la question sur les intérêts des partis en présence. Quel est l’intérêt du locataire ? Payer le moins cher possible pour avoir un logement de qualité. Maintenant quel est l’intérêt du propriétaire d’immeuble ? Faire le plus d’argent possible et comment fait-on le plus d’argent possible ? En ayant les loyers les plus élevés et le moins de dépenses possibles. Bref, quel intérêt a le propriétaire d’effectuer les réparations rapidement, d’avoir des espaces communs propres, d’offrir un service de qualité à ses locataires ? Aucun, sauf si ça lui permet d’amasser encore plus d’argent, mais on s’entend que mise à part les immeubles de luxe où le prix des loyers permet aux proprios d’offrir un bon service tout en s’enrichissant, ce n’est pas le cas des immeubles dans la plupart des quartiers populaires.

Maintenant, si on continue dans cette logique, on pourrait aborder le sujet de la spéculation immobilière qui vient créer le phénomène de gentrification. La spéculation immobilière c’est lorsque des gens achètent des terrains ou des immeubles dans le but d’en faire un investissement et donc de s’enrichir. C’est quelque chose de propre au système capitaliste. Ça fait en sorte que des capitalistes achètent des immeubles vides en espérant seulement les revendre à un meilleur prix. Ça fait aussi en sorte que pendant que des milliers de sans-abris dorment dans les rues, des centaines d’immeubles sont vides et n’ont aucune utilité autre que de se faire vendre pour un meilleur prix que l’achat. Vous trouvez ça normal vous ? Et surtout, n’essayez pas d’aller installer un squat dans ces immeubles parce que vous allez apprendre rapidement à connaître les chiens de garde de la propriété privée dans notre société, et j’ai nommé : la police. Rien à foutre que tu ne sois même pas capable de te loger, nous autres on fait respecter la loi du plus fort et on va protéger cet immeuble vide et inutile contre ta dangereuse intrusion humaine. Point barre.

Ensuite le seul intérêt des spéculateurs immobiliers est évidemment le profit. Et quoi de mieux que de faire monter la valeur des propriétés dans un quartier pour maximiser son profit ? Voilà, d’où nous vient également le phénomène de gentrification des quartiers. La gentrification c’est quand la population d’origine d’un quartier populaire en est chassée par l’arrivée d’une nouvelle classe plus riche, ce qui fait augmenter les loyers de tout le monde et pousse les populations pauvres et marginalisés à l’extérieur. Voyons voir ce phénomène d’un point de vue d’un spéculateur immobilier.

On a donc par exemple le propriétaire d’un terrain dans Hochelaga-Maisonneuve dont le but est de le vendre pour maximiser son profit. Son terrain prend de la valeur si ce qui l’entoure en prend aussi. Donc comment faire prendre de la valeur au terrain ? On construit des condos aux endroits où il y avait des immeubles locatifs : ça chasse les pauvres, qui n’ont pas les moyens de s’acheter un condo et ça crée plein de petites propriétés au lieu d’une grosse, ça fait donc augmenter les taxes municipales et plus il y a de taxes, plus on peut le refiler aux locataires. Ensuite moins il y a de pauvres, de marginaux et de commerces bas de gamme, plus la valeur de la propriété sur le marché augmente. M’sieur le spéculateur a donc tout intérêt à ce qu’il y ait plus de police et plus de règlements pour chasser les marginaux et les sans-abris du quartier, parce que ça fait grimper la valeur de sa propriété encore plus. Et voilà donc comment nos chiens de garde de la propriété privée, la police, vient encore intervenir dans ce processus.

La gentrification, donc, ça profite à qui exactement ? À personne d’autres qu’aux spéculateurs immobiliers. Point barre. Maintenant, j’aimerais finir avec ceci, Ne serait-il pas temps de penser à une société où personne ne peut s’enrichir sur le dos de la population avec des besoins de bases ? N’est-il pas complètement immoral de s’enrichir de cette façon ? Eh bien, dans le merveilleux monde du capitalisme, la morale, ça n’existe pas, ce sont les profits des riches qui comptent. Le capitalisme c’est crosser le monde ou se faire crosser. C’est vraiment ça qu’on veut ? Je vous laisse là-dessus.

Dans ma prochaine chronique, parce que tout est dans tout, je vais justement vous parler d’une  personne qui n’avait pas payé son loyer et que ça lui était retombé dessus en 2012. Je parle de Gabriel Nadeau -Dubois, ou plus précisément de  ces supposés syndicalistes qui finissent par se présenter aux élections et essaient de changer le système de l’intérieur.

 

Éric

 

Contenu original: Action en Direct
C
rédit Photo: AtlasMedia
, , , , , ,

Grève Générale: 175 000 travailleurs et travailleuses en grève dans l’industrie de la construction!

Ce matin les 175 000 travailleurs et travailleuses de tous les secteurs de la construction déclenchent une grève générale pour forcer l’avancement des négociations en cours. Sans convention collective depuis le 30 avril dernier, l’Alliance Syndicale regroupant les cinq syndicats de la construction veut défendre les conditions de travail de ses membres assaillis par les associations patronales.

C’est dans ce contexte que le Syndicat Industriel des Travailleurs et des Travailleuses (SITT-IWW) souhaite exprimer sa solidarité et se joint aux 175 000 ouvriers et ouvrières dans la défense de leur droit de faire grève et appuie l’ensemble de leurs revendications.

Solidairement,
Le SITT-IWW Montréal

, , , ,

La Régie du très très lentement… Pour qui?

Dans le cadre des Jeudis de la Justice, en date du 24 mars 2016, au Comité d’éducation aux adultes de la Petite-Bourgogne et Saint-Henri (CÉDA) sur la rue Delisle, près de la station Lionel-Groulx, se tenait une rencontre ouverte d’information et de discussions sur la campagne menée depuis plus de deux ans par des membres des comités-logements P.O.P.I.R et Projet Genèse. L’avocat des Services juridiques communautaires, Me Manuel Johnson, clarifiait le brouillard et la complexité des formalités juridiques entourant les plaintes, les demandes de dossiers à la Régie du logement et leurs avancées, si avancées, il y a.

Le Comité Régie du Lentement proteste activement contre les inégalités commises à la Régie du logement (tribunal administratif indépendant, officiellement neutre et impartial), à l’endroit des plus précaires. Ses membres militent, entre autre, contre l’immense disparité des délais d’attente entre les propriétaires et les locataires, soit une moyenne de 2 mois pour les causes de non-paiements des loyers face à une moyenne de 20,4 mois pour les raisons 12899656_10153925404744333_1638262227_nnommées ‘’civiles générales’’ (insalubrité, harcèlement, abus et autres préjudices). Les démarches sont donc 10 fois plus rapides, aujourd’hui, pour ceux ou celles qui possèdent le logement que pour ceux ou celles qui l’habitent. Il est notable de spécifier qu’en 1998, le temps d’attente moyen des dossiers de causes civiles générales était d’approximativement 3 mois. Nous pouvons voir que la majorité des procédures juridiques cheminant à la Régie du logement font suite aux demandes d’un ou d’une propriétaire, puisqu’ils et qu’elles déposent 88% des plaintes, dont 62% pour non-paiement d’un loyer, et que 85% des plaintes venant des locataires sont d’ordre civiles générales. Évidemment, étant donné la si mince représentation des moins nanti-e-s et du temps d’attente suffisamment long pour qu’un déménagement survienne dû à la fin d’un bail, leurs demandes finissent souvent par tombées, complètement ou en partie. Selon Me Johnson: ‘’Lorsque les locataires changent de logements, les demandes faites sur les rénovations du logement ou les baisses de loyers tombent, disparaissent’’; C’est-à-dire qu’il ne reste généralement que les demandes de dédommagements moraux qui tiennent, et elles sont les plus difficiles à démontrer juridiquement. Ajoutons que pour toutes plaintes, il est primordial pour le ou la plaignant-e de prouver toutes formes de désagréments, mais que le simple fait de ne pas payer son loyer (qu’il affecte sérieusement ou non les finances des propriétaires) est une preuve substantielle de préjudice à l’endroit des locateurs et des locatrices. Effectivement, il est plus aisé de mettre en évidence le non-paiement d’un loyer que le stress causé par le harcèlement d’un-e voisin-e ou la cause première d’une infestation de vermine. Dans certains cas, il se peut que le non-paiement ou le retard d’un loyer leurs engendrent de réelles difficultés, que ce soit des pénalités économiques ou la saisie de la résidence. Toutefois, l’enjeu abordé dans cette campagne n’est pas un combat contre les avancées accélérées des propriétaires, mais tient plutôt dans le besoin, le droit, d’avoir autant de célérité dans les procédures pour les dossiers des locataires plaignant-e-s.

12899723_10153925404714333_1711200640_nLe manquement à plusieurs conditions de contrats auxquels l’État québécois participe est décrié par la Déclaration commune pour un réel accès à la justice à la Régie du logement, rédigée par le Comité Régie du Lentement et signée par une panoplie de groupes communautaires, de syndicats, d’associations de locataires, de regroupements d’organismes sans but lucratif, d’individus et même des arrondissements municipaux de Verdun et du Sud-Ouest, à Montréal :

Malgré les termes des documents internationaux considérés par le gouvernement du Québec, tel que l’article 11 du Pacte international des droits économiques, sociaux et culturels, dont le Québec est signataire, ‘’reconnaissant le droit de toute personne à un niveau de vie suffisant pour elle-même et sa famille, y compris une nourriture, un vêtement et un logement suffisants, ainsi qu’à une amélioration constante de ses conditions d’existence’’; ainsi que l’article 25 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, stipulant que ’’Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires’’. Bien que plusieurs articles de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne interdisent la discrimination et obligent l’accès à un environnement de vie et des services sociaux décents, les inégalités dans les conditions des logements sont choquantes. Malgré le devoir, en tant qu’instance législative, de la Régie à être équitable et objective, l’iniquité dans les délais du traitement des plaintes est criante. Ces injustices mènent du bruit… Du bruit produit par le Comité Régie du Lentement qui s’entend dans les rues, devant et dans les bureaux de la Régie du logement, de l’ex-ministre responsable des affaires municipales, Pierre Moreau, et de l’actuel ministre détenant ces responsabilités, Martin Coiteux. Le vacarme mené par la campagne est clair; il réclame par la Déclaration commune pour un réel accès à la justice à la Régie du logement :


– Que toutes les demandes émises sont traitées selon l’ordre d’arrivée (premier arrivé, premier servi);

– Que toutes les demandes soient traitées dans un délai maximum de 3 mois;

– Que les causes concernant la santé et la sécurité des plaignant-e-s soient traitées en moins de 72 heures.

12899848_10153925404749333_1372981556_n

Soulignons toutefois les quelques acquis obtenus depuis le début e la campagne, minimes, mais des acquis tout de même. La première avancée se manifeste par l’embauche de nouveaux employé-e-s, suite à l’ouverture de postes supplémentaires. Le second et dernier gain, probablement l’enfantement du premier, est la réduction de 0,3 mois d’attente pour les demandes civiles générales, passant d’une moyenne de 20,7 à 20,4 mois.

Suite aux refus répétitifs de Pierre Moreau à rencontrer les membres du Comité Régie du Lentement, l’espoir d’une rencontre avec le nouveau ministre responsable des municipalités, Martin Coiteux, fait surface. Néanmoins très peu optimistes d’une réponse ministérielle divergente de la précédente, les militant-e-s de la campagne ont lancé-e-s lors de cette rencontre, un questionnement quant à l’avenir de leur mobilisation et la façon de l’exercer. Lors de cette soirée d’information et de discussion, des propositions de tous genres fusèrent de part et d’autre : harcèlement médiatique, multiplication des manifestations et des actions directes et l’exigence de la tenue d’une enquête publique sur la Régie du logement, par exemples.

Dans le cadre de la Journée des locataires, le 24 avril prochain se tiendra une manifestation nationale afin de 12899672_10153925404719333_1673965386_nprotester contre les pénibles conditions des logements et de leurs occupant-e-s. Pour plusieurs, les problématiques liées au logement semblent n’être que des caprices, mais pour ceux et celles qui vivent quotidiennement la moisissure, les coquerelles, les rats, les infiltrations d’air et les problèmes de santé (physique et psychologique) qui en découlent, ce n’est pas des ‘’caprices’’ aptes d’attendre près de 2 ans avant quelconque possibilité de changement. Selon la travailleuse sociale, Valérie Beauregard : ‘’Même dans des conditions d’insalubrité, la rapidité d’exécution de la demande varie selon les causes de ces conditions. Lorsque la faute revient aux locataires, le traitement des dossiers est plus rapide que lorsqu’elle provient des locateurs ou des locatrices.’’

Le droit à un logement décent étant certes plus récent que l’ancestral droit à la propriété privée, il parait difficile, même dans les institutions juridiques, de douter de la primauté de cette antiquité légale opposée à un environnement sain et sécuritaire. C’est donc à se demander jusqu’où devrons-nous se rendre pour se faire entendre? À vous de voir, jusqu’où êtes-vous prêt-e-s à aller pour un changement radical des conditions d’existence des locataires?

Par Nathaniel Oliveri-Pilotte

Crédit photos: Arthur Létourneau-Vachon

Liens utiles
http://www.ohchr.org/FR/ProfessionalInterest/Pages/CESCR.aspx PIDÉSC
http://www.ohchr.org/Documents/Publications/ABCannexesfr.pdf DUDH
http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=/C_12/C12.HTM CQDL
http://regiedulentement.com/declaration/ RL-Déclaration
https://www.facebook.com/events/1228395797189519/
Manif 24-02

, , , ,

La moitié des canadien.nes sont à 200$ près de ne pas y arriver

CALGARY- Un récent sondage réalisé au courant du mois de janvier suggère que près de la moitié des Canadiens sont à 200$/mois de ne pas réussir à payer leurs comptes et faire les versements minimaux requis pour payer leurs dettes.

Le sondage Ipsos Reid annonce aussi que près du quart des 1,582 personnes contactées sont déjà dans l’incapacité de faire leurs paiements.

31% des répondants au sondage en ligne, réalisé entre le 27 et 29 janvier 2016 pour le compte de MNB Debt, déclarent, entre autre, que la moindre augmentation des taux d’intérêts pourrait les pousser à la faillite personnelle.

Ipsos Reid a mené le sondage environ une semaine après que le Directeur Parlementaire du Budget ait publié un rapport dévoilant que le Canada a connu la plus grande augmentation de la dette des ménages par rapport au revenu, de tous les pays du G7 depuis 2000.

editorial-20081001

, , , , , , , , , , , ,

Syndicalisme de fast-food: la syndicalisation de McDonald et la McDonaldisation des syndicats.

Organisateur aux IWW, Erik Forman dresse un grand historique de l’industrie de la restauration rapide, des tactiques des syndicats corporatistes et indique des directions à suivre afin de permettre aux travailleuses et travailleurs de la restauration rapide de remédier, à travers une organisation autonome, aux situations problématiques qu’il énumère.

The-thunder-has-to-come

 

Le fast-food c’est l’Amérique. Premièrement fondée lors de la longue période de boom économique d’après-guerre, l’industrie s’impose parmi les autoroutes, banlieues, maisons unifamiliales, centres commerciaux, de l’automobile et de la télévision comme un véritable organisme vivant au sein de l’écosystème de la culture américaine de consommation. Dès l’aube de la Guerre Froide au crépuscule de la grande récession, l’industrie du fast-food est façonnée, puis façonne les valeurs centrales de la société américaine.

Notre désir de satisfaction instantanée a été comblé par un service rapide et le sourire (forcé) du service au volant. Le carrousel incessant de publicités télévisées montrant des boissons et sandwichs nouveaux et améliorés n’a fait que nourrir encore et encore la dépendance américaine à l’inédit – et meilleur – produit. Des repas surdimensionnés à l’image de notre calcul apparemment rationnel que plus gros c’est mieux. D’un mode de production à la Taylor en passant par des burgers et des frites génétiquement modifiés et bourrés de pesticides, la direction des entreprises a accompagné ses produits d’une allure scientifique, chatouillant ainsi l’amour des américain-e-s pour la prévisibilité engendrée par la technologie. Assoiffés par des profits résultants des économies d’échelles hautement rationalisées, les cadres des chaînes de fast-food ont colonisé le décor des États-Unis avec d’éclatants symboles de leurs empires corporatifs, et ce d’un océan à l’autre. Entretenant et entretenu par une culture préférant l’image à la réalité, l’apparence à la substance et un profit immédiat à une planification à long terme, le peuple américain est facilement interpellé par le chant de sirène que sont les publicités montrant des burgers reluisants. Les consommateurs américains feront engraisser les coffres des chaînes de restauration rapide pour un montant projeté de 191 million de dollars en 2013. Au même rythme que croit l’industrie du fast-food aux États-Unis, son emprise sur les valeurs de la société américaine s’étend. Nous sommes ce que nous mangeons. L’Amérique c’est le fast-food.

En 1993, le sociologue George Ritzer a donné son nom à cette «McDonaldisation de la société» en notant que «les principes de la restauration rapide en viendront à dominer de plus en plus de secteurs de la société américaine ainsi que du reste du monde». Ritzer dénonçait la mise au pas d’un groupe croissant d’institutions vers les quatre valeurs fondatrices de l’industrie du fast-food: l’accélération des rapports humains dans un but d’«efficacité», réduire la vie à un «calcul» confondant qualité et quantité, la «prévisibilité» d’une expérience humaine standardisée ainsi qu’une obsession d’un contrôle bureaucratique à l’aide de la technologie. En revisitant le diagnostique élaboré par Max Weber et les théoriciens critiques de l’école de Francfort, Ritzer décrit le malaise se trouvant au cœur de notre société McDonaldisée comme étant l’«irrationalité de la rationalité» – la subordination de toutes préoccupation au but ultime : le profit. Bien entendu, la McDonaldisation pourrait être la Disneyfication, la Walmartisation ou bien la Coca-colonisation… peu importe le signifiant, puisque derrière ces logos d’entreprises se déroule toute la logique d’un capitalisme à l’échelle planétaire.

Ayant saturé le marché américain dans les années 70, l’industrie du fast-food a tourné son regard cupide vers d’autres contrées, cherchant rapidement à transformer en machine de profit le système digestif de six milliards d’humains. Les Deux Arches dorées sont devenus un symbole d’avant-garde de la mondialisation. Dès les années 90, une quantité généreuse de McDonald, PFK et Starbucks est allée s’étendre à travers le monde, matérialisant l’esprit du temps, le triomphe du libre marché comme dénouement heureux de l’histoire. En 1997, McDonald a tiré plus de revenus d’opérations outre-mer que chez lui. Le chroniqueur néolibéral du New York Times Thomas Friedman a proclamé l’avènement de ce McMonde comme l’aube d’un nouvel ordre mondial, où tous trouveraient justice et liberté, affirmant que jamais deux pays ayant des McDonald ne pourraient se faire la guerre (il se trompait). Mais la liberté aux yeux des apologistes du capitalisme mondial a toujours impliqué une esclavagisme voilé pour la classe ouvrière de l’industrie du service croissante.

L’exploitation se cachant derrière chaque burger et chaque frite n’est plus secrète. Au cours de la dernière année, une vague de «grèves» d’une journée très télégéniques dans plusieurs restaurants a permis d’exposer cette triste réalité. C’est une réalité que je connais personnellement. De 2006 à 2012, je me suis impliqué dans deux campagnes syndicales avec les Industrial Workers of the World en tant que travailleur de fast-food chez Starbucks et Jimmy John’s. J’ai constaté de mes propres yeux que les profits astronomiques de l’industrie sont basés sur les péchés originels de la société américaine – racisme, sexisme et exploitation de la classe ouvrière. L’industrie du fast-food emploie un nombre disproportionné de femmes et de gens issus de minorités visibles dans des rôles sans avenir, à un salaire tournant autour du salaire minimum. Mes collègues et moi n’étions que des marchandises pour nos patrons, tout comme les grains de café ou la viande, des biens à utiliser lorsque tournent les affaires, puis mis de côté quand les temps sont plus durs. Nos horaires variaient fortement d’une semaine à l’autre, selon ce que dictait le système automatisé de l’entreprise, nous empêchant de planifier ou de se faire un budget. Le travail réunissait toutes les joies répétitives d’une chaîne de montage d’usine, avec tout le charme des abus psychologiques habituels des clients. Chez Starbucks, le manque chronique de personnel a transformé nos quarts de travail en une frénésie de mouvements constants pour servir des lattés et Frapuccinos à une file de clients sans fin. Notre patron nous a montré sa gratitude en nous payant à peu près le salaire minimum. Lors des jours les plus bondés, il «demandait» aux travailleuses et travailleurs de rester après la fin de leur quart, puis il effaçait les heures supplémentaires de la feuille de paye. Comble de l’insulte, il faisait fréquemment des remarques sexuellement explicites envers mes collègues féminines. Ma patronne chez Jimmy John’s avait pour habitude d’agrémenter ses diktats de menaces de mort : «Je vais te poignarder» si tu n’étends pas la mayo plus doucement ou «Je vais ramener un fusil à pompe et te tirer dessus» si la préparation des sandwichs est trop lente. Mais si ce n’étaient pas de bons emplois, ils étaient pourtant dur à conserver. Comble du ridicule, une collègue du Starbucks a perdu son assurance maladie, parce qu’elle était trop malade et ne travaillait plus suffisamment d’heures pour y être admissible. Incapable de se permettre le traitement médical, elle a manqué un quart de travail, car transie de douleur. Elle n’a pu se permettre d’aller voir un médecin et se procurer un papier pour le prouver et elle fut donc renvoyée. Deux de mes collègues ont tenté de se suicider durant mes six années passées chez Starbucks, succombant au stress imposé par des gérants trop exigeants, des clients irrespectueux et l’angoisse de voir leurs rêves leurs échapper des mains, alors qu’ils s’enfonçaient encore plus profondément dans la pauvreté.

Malgré les conditions de travail déplorables qu’endurent les 3,6 millions de travailleurs et travailleurs du fast-food, les principaux syndicats ne leurs ont montré aucun intérêt avant la dernière année. Le «Vice Président Sénior» du local syndical UNITE-HERE de Minneapolis me disait en 2008, «on va pas aller syndiquer tous les groupes de travailleurs de McDonald qui viennent vers nous.» Il a ensuite refusé de soutenir nos efforts indépendants d’organisation chez Starbucks. L’ancien président du SEIU (Service Employees International Union), Andy Stern, a même dit qu’il applaudirait Starbucks s’ils payaient leurs dizaines de milliers de travailleurs et travailleuses à quelques cents au dessus du salaire minimum. Comment se fait-il qu’un mouvement ouvrier qui a mené les masses affamées dans une bataille contre les autocrates industrialistes à la barre du pays en arrivent à tourner le dos à ceux qui ont le plus soif de changement?

Syndicalisme corporatiste
Au cours de la période d’Après-guerre, au moment où les églises se transforment en cathédrales et où les boutiques familiales laissent la place aux centres commerciaux, la plupart des syndicats américains se transforment en syndicats corporatistes, adoptant une structure similaire à celle de leurs prétendus adversaires. Comme l’entreprise, un syndicat corporatiste est dirigé par une petite clique bien payée de présidents, vice-présidents et directeurs de tout et de rien – bref, des patrons – qui impose des directives par le biais d’une hiérarchie d’employé-e-s souvent exploité-e-s jusque dans les rangs de la base. Plutôt que d’habiliter les membres par une implication dans leurs propres luttes, les patrons syndicaux implantent une logique carriériste au cœur même du mouvement ouvrier. Le SEIU et UNITE-HERE – souvent, et ironiquement, perçus comme les syndicats les plus progressistes des États-Unis – ont tendance à embaucher comme organisateurs ou organisatrice de jeunes idéalistes issu-e-s de la classe moyenne et fraîchement diplômé-e-s d’université. Ces jeunes employé-e-s ont tendance à se brûler rapidement sous les demandes – et les contradictions – de l’emploi et repartent vers les études supérieures.

Cette façon de faire n’est que la pointe de l’iceberg. La montée du syndicalisme corporatiste au États-Unis n’est qu’un instant dans l’évolution d’une tension qui mijote au sein du mouvement ouvrier. Pour citer la Solidarity Federation dans Fighting for Ourselves, il est «possible d’identifier deux significations du terme “syndicat”. Le premier est simplement une association ouvrière…» et la seconde est «celle d’une représentation des travailleurs et travailleuses vis-à-vis le capital.» En tant qu’association de travailleurs et travailleuses, un syndicat a théoriquement un pouvoir illimité d’arrêter ou de transformer l’économie. En tant qu’institution «représentant» les travailleurs et travailleuses, un syndicat se comporte comme un «groupe d’intérêt» cherchant à influencer en utilisant les même outils de lobbying, de RP et de marchandage que n’importe quelle autre entreprise.

Plutôt que de s’en remettre au pouvoir associatif de leurs membre s’exprimant à travers des grèves perturbant la production, les syndicats corporatistes dépendent plus souvent du National Labor Relations Act de 1935 qui met en place un processus bureaucratique afin que les travailleurs et travailleuses puissent voter pour un syndicat les «représentant». Le NLRA est imbibé d’une politique qui transparaît dans son préambule : «Il est déclaré qu’il est une politique des États-Unis d’éliminer les causes de certaines obstructions substantielles au libre cours du commerce et d’atténuer ou éliminer ces obstructions lorsqu’elles se produisent en encourageant la pratique et la procédure des conventions collectives…» Il vaut la peine de le répéter : le code du travail américain a pour objectif de garantir le «libre cours du commerce», un but adopté de tout cœur par les leaders syndicaux de l’Après-guerre qui ont joyeusement désarmé la base, échangeant l’action directe pour des procédures bureaucratiques, tel les griefs et des clauses de non-grèves. C. Wright Mills les a même surnommés «Les nouveaux hommes de pouvoir», des hommes d’état pro-travailleurs et travailleuses enthousiastes d’agir comme petit partenaire du capital dans la Guerre Froide contre le communisme. Avec un élan en direction de la «fin de l’histoire» de notre propre époque, ces partisans du syndicalisme corporatiste ont chassé les radicaux hors du mouvement ouvrier, abandonnant le changement social qualitatif pour le remplacer par une vision étroitement limitée à des enjeux élémentaires et quantitatifs, se laissant ensuite bercer par le compte de fée Keynésien, d’éternels cycles d’augmentation de productivité reliés à l’augmentation des salaires négociés par les syndicats comme composante permanente de la politique et de l’économie américaine.

La bureaucratie syndicale a subis un dur réveil vers la fin des années 70. Les employeurs ont intensifié leur résistance face aux campagnes syndicales, menant au déclin du taux de victoires lors des élections du NLRB (National Labor Relation Board). Comme le notait le vétéran de la négociation syndicale Joe Burns dans Reviving the Strike, les syndicats n’ont pas répondu adéquatement aux défis des patrons, excluant le genre de confrontations collectives avec les employeurs qui ont rendu possible les ententes des années 30. Ils ont plutôt essayé de maintenir des ententes de «neutralité» avec les patrons à l’aide de négociations à la carotte et au bâton, souvent à l’insu des travailleuses et travailleurs. La carotte : les dirigeants syndicaux offrent un soutient politique au programme législatif de l’entreprise et jurent de ne pas négocier d’autres enjeux, allant même jusqu’à accepter des pertes salariales et des restrictions quant aux droits des travailleurs et travailleuses. Le bâton : le syndicat fera interférence dans l’application du programme politique et dans la croissance de l’entreprise jusqu’à ce que cette dernière accepte la neutralité. Les campagnes de neutralité ne jouent généralement pas sur le pouvoir associatif des travailleuses et travailleurs, mais plutôt sur des campagnes publicitaires, des amis haut-placés et des astuces d’avocats. Bref, sur la manipulation du système de représentation de notre société. La tâche d’un «organisateur» syndical se résume désormais à convaincre les travailleur de faire ce que le patron du syndicat demande plutôt que de les rassembler pour prendre des décisions en commun. Le plus souvent , l’implication des travailleuses et travailleurs dans les campagnes de neutralité se limite à des prises de photos lors de rencontres avec des politiciens, ou tout au plus à des grèves d’une journée pour la télévision. Pire encore, les syndicats engagent parfois des «supporteurs» qui tiennent des «actions directes» au nom des travailleurs et travailleuses. Généralement, les patrons syndicaux vont rechercher des campagnes selon une logique très corporatiste, en établissant les coûts engendrés et les profits que les nouvelles cotisations négociées vont rapporter. Pour la plupart des syndicats, les chances de réussite dans l’industrie du fast-food semblaient trop faibles par rapport aux bénéfices envisagés pour y investir des ressources.

Grèves dans le fast-food
Plusieurs personnes de gauche ont exprimé leur espoir de voir la mobilisation dirigée dans le fast-food par le SEIU et d’autres groupes dits “Alt-Labor” représenter une fracture avec la logique corporatiste du syndicalisme, ou du moins une ouverture pour aller plus loin que de simples grèves dans le fast-food et ainsi créer un mouvement transformateur. Il n’a pas été facile de mesurer ce que ces espoirs valent face à la réalité; le SEIU empêche son personnel de parler aux médias et laisse les membres de la base dans l’ombre quant aux plans du syndicat. J’ai donc contourné les porte-paroles officiels du SEIU et suis allé consulter des travailleurs et travailleuses et les membres du personnel au sein même de la campagne pour comprendre se qui se passe réellement.
Selon les dirigeant-e-s du SEIU, il aura fallu que les travailleuses et travailleurs du fast-food s’organisent eux et elles mêmes et défoncent pratiquement la porte du local syndical pour demander de l’aide à s’organiser. En vérité, les grèves pour le 15$ ne sont pas vraiment des manifestations spontanées. Selon des sources internes, la demande de 15$/heure n’a pas été émise par les travailleurs et travailleuses, mais plutôt par des consultants de Berlin Rosen PR Firm travaillant avec le SEIU. Les projets du SEIU sont en développement depuis au moins 2009. Selon une autre source interne, certaines villes furent initialement sélectionnées pour les grèves car le syndicat croyait pouvoir utiliser la couverture médiatique pour encourager de nouvelles lois. Les manifestations d’une journée n’ont donc pas été conçues comme armes économiques permettant des gains, mais plutôt comme des appâts dans la «marche médiatique», comme le notait Adam Weaver. Plusieurs activistes ont usé du terme wildcat strike (grève sauvage) pour définir ces grèves d’une journée. Une grève sauvage est une grève organisée par la base syndicale contre ou sans la bureaucratie. Ces dernières en étaient l’opposé total – des mobilisations dirigées du haut par les bureaucrates. Cela implique que les planificateurs du SEIU savaient qu’il y aurait une grève avant même les travailleuses et travailleuses. Par conséquent, l’organisation syndicale est désormais de convaincre la base d’adhérer à un projet axé sur les médias, mis en place par les dirigeants syndicaux, instrumentalisant les relations qu’entretiennent les employé-e-s avec les travailleuses et travailleurs et les poussent à fausser des chiffres pour garder leur emploi. Cette dynamique s’est avérée lorsque j’ai discuté avec des travailleurs-ses de trois villes qui m’ont affirmé que le nombre réel de grévistes était nettement moins élevé que celui rapporté par le SEIU. Étant donné l’inefficacité des communications (c’est-à-dire mentir au patron pour ne pas être mis à la porte) inhérente à toute hiérarchie d’entreprise, il est tout à fait possible que le SEIU lui même ne connaisse pas le nombre exacte de travailleuses et travailleurs ayant participé aux grèves.

S’inspirant du modèle corporatif, le SEIU a sous-traité la syndicalisation des fast-foods à des organismes communautaires – une section locale de Jobs with Justice, quelques groupes ex-membres de l’ACORN (Association of Community Organizations for Reform Now) et d’autres – dans le but de partiellement réduire les dépenses associées aux salaires des organisateurs. Un travailleur du fast-food impliqué dans la campagne me disait que «les organisateurs travaillent 12 heures par jour durant la semaine. Quand tu calcule leur revenu, ça donne moins que le salaire minimum.» Un ancien organisateur employé avait reçu l’ordre d’abandonner un groupe de travailleuses-rs du fast-food peu de temps avant une grève et de porter son attention sur un autre site où les patrons syndicaux croyaient pouvoir obtenir plus de capital médiatique. Le même organisateur a été renvoyé tout juste avant le temps des fêtes suite à une décision arbitraire par des haut-placés du syndicat, forçant sa famille à gratter les fonds de tiroirs pour mettre à manger sur la table pour leur jeune enfant. C’est sans surprise que, dans au moins une ville, des organisateurs ont formé leur propre syndicat pour combattre le modèle de gestion à haut roulement du SEIU.
Le traitement minable subi par ces organisateurs et organisatrices acharné-e-s démontre tout à fait le déficit démocratique au sein du SEIU. Des travailleuses et travailleurs anonymes au sein de la campagne disent être contraint-e-s de soutenir la stratégie déterminée par les dirigeants du syndicat, sans possibilité de discuter d’alternatives plus durables et transformatrices. Une source proche du SEIU m’a informé que des haut-placés de la campagne refusent d’organiser dans le but d’obtenir des gains immédiats par crainte qu’une trop grande victoire enlève aux travailleurs et travailleuses la volonté de se syndiquer. Alors que quelques villes ont adopté une approche plus orientée vers la base, la stratégie globale demeure hors de portée de cette dernière. Le SEIU a tenu un sacro-saint rassemblement national à Detroit avec des travailleuses et travailleurs qu’on avait convaincu de voter «Oui» pour la journée d’action nationale du 29 août, peu importe si celle-ci servirait à bâtir une organisation à long terme dans leurs communautés et lieux de travail. Le risque encouru par la syndicalisation rapide de première page demandée par le SEIU international est que les travailleurs-ses sont poussé-e-s à risquer leur emploi pour atteindre les quotas déterminés par les bureaucrates au sommet, sans se soucier de bâtir une base pouvant mener à un réel mouvement social réussi. Ryan Watt, travailleur à Potbelly’s de Chicago, était récemment en grève. Selon lui : «je crois qu’à cause de ça, mon gérant commence à riposter. Récemment, après la dernière grève, ils m’ont dit de rentrer chez moi et de ne pas revenir avant cinq jours parce que je suis revenu cinq minutes en retard de mon dîner.» Le gérant de Ryan ne l’a pas rappelé après cinq jours, ce qui signifie un renvoi de fait.

Le comité organisateur des travailleuses et travailleurs de Chicago combat ces représailles, mais de telles histoires sont susceptibles de se reproduire sans une stratégie impliquant plus de travailleurs et travailleuses dans le processus de syndicalisation avant de faire parader devant les caméras des individus isolés de différents restaurants. Étant donné la récente éviscération de Our Walmart, lors du renvoi de plus de 60 travailleurs et travailleuses militant-e-s, on aurait cru que le SEIU prendrait plus de précautions en créant une base forte avant de se dévoiler au grand public. Les dirigeant-e-s d’entreprises n’ont pas besoin d’entraînement pour ordonner aux gérant-e-s de démanteler les syndicats et d’ajouter des employé-e-s aux listes noires. Tous et toutes les gérant-e-s savent comment resserrer et appliquer sélectivement les règles afin de se débarrasser de travailleurs et travailleuses «fauteur-ses de troubles». Sans un redressement stratégique permettant de changer le rapport de forceavec les compagnies de fast-food, de telles représailles subtiles finiront par avoir un effet important sur la syndicalisation.
Il se pourrait que le SEIU n’en ait tout simplement rien à faire. Après tout, le syndicat a déjà obtenu ses 15 minutes de gloire devant les caméras pendant la campagne. Un porte-parole du SEIU a exprimé l’attitude déconcertante du syndicat face au prix que les travailleurs et travailleuses vont payer pour cette stratégie, me disant qu’ils et elles pourront facilement traverser la rue et obtenir un emploi dans un autre restaurant après s’être fait montrer la porte.
Avec toutes les décisions majeures entre les mains du SEIU international, le caractère bureaucratique de la campagne a engendré une dynamique raciale troublante. J’ai discuté avec plusieurs participants et participantes qui étaient consterné-e-s par le spectacle récurrent d’employé-e-s du syndicat principalement blancs criants des ordres à travers un mégaphone lors des grèves à des travailleurs et travailleuses de fast-food principalement noir-e-s ou hispaniques. À New York, un membre blanc du service d’ordre du SEIU a même poussé plusieurs travailleurs et travailleuses s racialisé-e-s pour les empêcher d’occuper un McDonald. Aux États-Unis, les hiérarchies sont trop souvent sujettes à un code de couleurs. Le SEIU et ses substituts n’y font pas exception.
Et que fait dire le SEIU au travailleuses et travailleurs? Si «15$ et un syndicat» est un bon slogan, les problèmes accablants la nation du fast-food ne se régleront pas par une augmentation salariale d’un dollar. Autre concession faite au nom des besoins médiatiques de la campagne, le Fight for Fifteen a recréé l’étroite focalisation économique du syndicalisme corporatiste de l’Après-guerre. D’autant plus malheureux, puisque l’industrie du fast-food constitue le nerf de la guerre du consumérisme capitaliste. Les travailleurs et travailleuses du fast-food peuvent parler et agir directement contre les horreurs de l’agriculture industrielle, la déshumanisation de la production Taylorisée et des hiérarchies absurdes des lieux de travail, la monoculture corporatiste, le fléau de la faim de la classe ouvrière, entre autres plaies qui découlent de leurs lieux de travail. Imaginez si un syndicat de travailleuses et travailleurs du fast-food soutenait une vision non-seulement de meilleurs conditions de travail dans une économie fondamentalement inhumaine, mais aussi d’une industrie de la nourriture contrôlée par les travailleurs et travailleuses dans le meilleur intérêt de toute l’humanité et de la planète. Une telle tournure est peu probable tant que les campagnes sont dirigées par des bureaucrates syndicaux qui ne se voient pas comme fossoyeurs du capitalisme, mais plutôt comme ses médecins.
Une évaluation honnête de la campagne jusqu’à maintenant nous pousse vers une conclusion inévitable – la logique corporatiste de l’industrie du fast-food est bien vivante à l’intérieur même des efforts de syndicalisation du SEIU. De la décision de prioriser la quantité de grévistes plutôt que la qualité de l’autonomisation des travailleurs et travailleuses et de la démocratisation, de privilégier des événements médiatiques accrocheurs et soutenir des changements législatifs plutôt qu’une organisation substantielle afin de bâtir un réel pouvoir. Tout cela en passant par un simulacre de communications méthodiques pensé par des consultants, par le mode opératoire centralisé du SEIU international, par l’horrible réalité du racisme institutionnalisé au sein de la campagne, par la réduction pécuniaire de l’objectif de la campagne tout en acceptant les fondement d’une société de classe. C’est cela le véritable syndicalisme de fast-food.

Syndicalisme néo-corporatiste
Y a-t-il un espoir pour les travailleurs et travailleurs, employé-e-s et sympathisant-e-s de transformer la syndicalisation des fast-food du SEIU en un mouvement plus large et à plus long terme pour engendrer des changements substantiels, comme le prédisent plusieurs personnalités de gauche?

Le SEIU n’est pas monolithique. Plusieurs perspectives s’y affrontent concernant la direction de la campagne du 15$ et concernant le niveau d’autonomie dans certaines sections (quoique constamment sous menace de tutelle). On voit toutefois un plus haut niveau de participation et de démocratie dans certaines villes que d’autres. Il y a des centaines de travailleurs et travailleuses courageux et courageuses et des dizaines d’employés-e-s acharné-e-s avec des principes, qui font tout en leur pouvoir pour passer d’un modèle transactionnel à un modèle transformatif à l’intérieur même des confins du SEIU.
Il est possible pour des membres de la base et des employé-e-s radicaux d’élaborer une stratégie qui se défait de la logique du syndicalisme fast-food, mais cette initiative ne viendra jamais du SEIU international ni sans combattre la bureaucratie. L’histoire du syndicat, ses tendances inhérentes au neo-corporatisme et les témoignages d’employé-e-s du syndicat nous en disent long sur ce que peuvent attendre les membres de la base et leurs allié-e-s. Un article de 2010 dans The Nation résumait le mode opératoire du SEIU sous la direction du président Andy Stern, «alors que la croissance devenait son unique passion, Stern s’en est remis à des ententes à huis clos avec les employeurs et d’autres raccourcis, perpétuant une illusion de croissance robuste ayant obscurci l’échec du SEIU à établir une stratégie viable pour contrer le déclin du mouvement ouvrier. Ce faisant, le leadership unilatéral de Stern a aliéné des membres de la base et a isolé le syndicat de plusieurs de ses ancien-ne-s allié-e-s.»
Alors que les factures de dispendieux services de relations publiques et de l’armée de personnel travaillant sur la campagne du 15$ s’accumulent, la pression augmente sur les patrons du SEIU pour conclure un marché qui pourra être présenté comme une victoire. Comme pour toute transaction commerciale, ce marché inclura un quiproquo. Les recherches de Steve Early sur les machinations du SEIU, parues dans son livre The Civil Wars in U.S. Labor, offrent un aperçu de ce que cela représente. À travers ses 339 pages, Early expose ce qui semble être une parade sans fin de cadavres sortant des placards du SEIU, plusieurs comportant non seulement les empreintes digitales d’Andy Stern, mais également de Mary Kay Henry et de la brochette de patrons actuels du SEIU.
Entraîné par la cupidité de la croissance à tout prix, identique à celle des entreprises qui lui font face en négociation, le SEIU s’est tourné vers une stratégie de «partenariat» avec les employeurs, ainsi qu’à du maraudage, afin d’augmenter ses revenus avec des cotisations supplémentaires. Au diable la démocratie ouvrière. Dans la plupart des cas, l’organisation syndicale récente se limite à faire signer par l’employeur une entente préétablie qui limite les droits des travailleurs et travailleuses à décrier ou agiter contre leurs problèmes au travail, délaisse le contrôle du lieu de travail à la gérance en ne permettant qu’un-e ou aucun-e délégué-e syndical-e sur place et limite les paramètres de négociation collective – le tout sans avoir préalablement consulté les travailleuses et travailleurs. Pire encore, dans le but de convaincre les employeurs de signer ces «partenariats», le SEIU va jusqu’à soutenir la mise en place de lois avantageant les patrons aux dépens de toute la classe ouvrière. Par exemple, en Californie et à Washington, le SEIU a fait pression pour limiter les droits de patients à poursuivre les hôpitaux et services de soins à domicile pour mauvais traitements, en échange d’une reconnaissance syndicale facilitée pour les travailleuses et travailleurs de la santé.
Une fois les termes de l’entente négociés par les professionnels syndicaux et patronaux, les organisateurs et organisatrices sont chargé-es de faire signer les cartes aux travailleuses et travailleurs, autorisant les prélèvements de cotisations sur le bulletin de salaire. C’est souvent la dernière fois qu’ils et elles verront un organisateur. Une fois syndiqué, le SEIU fait profil bas, entreposant ses membres dans de mégas locaux à des kilomètres des lieux de travail. Il devient donc impossible pour des travailleurs et travailleuses à petits salaires d’assister aux réunions où ils et elles pourraient avoir une voix, ni même de se présenter comme représentant-e syndical-e ou comme délégué-e. Ce travail est remis aux professionnels diplômés. Qu’est-ce qui leur reste? Un numéro 1-800 à appeler si elles et ils ont des questions ou des préoccupations.

L’auteur Early conclue que le SEIU est «une institution de plus en plus autocratique et profondément défectueuse qui n’est pas à la hauteur de ce qu’elle prétend, peu importe qui est responsable.» Il semble avoir raison. Alors que plusieurs espèrent que le SEIU ait pris un nouveau départ sous la direction de sa nouvelle présidente Mary Kay Henry et que la tactique de grève dans la campagne pour le 15$/h représente un distanciement du syndicalisme corporatiste habituel, un simple regard sous le tapage médiatique révèle les même vieilles dynamiques et tendances comportementales en action. Une source interne raconte que le SEIU a déjà ouvert la porte à la National Restaurant Association, offrant de la soutenir pour des réductions d’impôts sur les chaînes de fast-food en échange d’une quelconque entente de neutralité. Voilà ce que semble nous réserver l’avenir.
Au delà des grèves dans le fast-food

Au delà des critiques du modèle syndicale néo-corporatiste du SEIU, il y a aussi le fait que ça ne fonctionnera probablement pas. Cela fait maintenant plus de 30 ans que nous sommes dans une guerre d’annihilation du mouvement ouvrier par les employeurs américains. Tout comme dans les années 30, les employeurs vont tenir la ligne dure contre toute incursion syndicale à moins de faire face à une véritable menace existentielle. Le seul bras de levier assez long pour faire bouger la montagne d’opposition face au pouvoir ouvrier dans l’industrie du fast-food, c’est l’action directe massive par les principaux concerné-es sur une échelle jamais vue depuis la période tumulteuse de l’entre-deux-guerres. Les syndicats corporatistes ne sont pas près d’actionner ce levier. Comme l’écrivait l’ex-stratégiste du SEIU Stephen Lerner, «les syndicats ayant des centaines de millions d’actifs et des conventions collectives concernant des millions de salarié-es ne risqueront jamais leurs trésoreries et leurs contrats en s’engageant dans des actions à grandes échelle telles des sit-ins, des occupations et autres formes non-violentes de désobéissance civile défiants injonctions et pressions politiques.» On pourrait rajouter que même s’ils le voulaient, les syndicats corporatistes ont depuis longtemps ravagé leur base militante, aliénant les travailleurs et travailleuses par leur processus décisionnel de haut en bas et par les années de porte-à-porte étouffantes en soutien des Démocrates. Réticent et incapable de suivre la voie pouvant mener à une réelle victoire, le SEIU commencera à diluer son slogan de «justice pour tous», amenant des propositions pour moins de justice et pour moins de travailleuses et travailleuses (rétrécissant sa vision à de moins en moins de villes, de moins en moins d’entreprises et demandant de plus petites augmentations salariales) à la table de négociation et aux bureaux de vote. Si cela échoue, le SEIU tentera probablement de trouver un moyen de se retirer et se sauver la face. Ironiquement, cela pourrait donner plus d’espace aux travailleuses et travailleurs de s’organiser eux et elles mêmes. De façon plus tragique, cela pourrait également isoler des personnes ayant pris des risques face aux éventuelles représailles engendrées.
Heureusement, le syndicalisme fast-food du SEIU n’est ni le premier, ni le dernier mot de la lutte de classe dans cette industrie. Les travailleuses et travailleurs du fast-food ont combattu des patrons les exploitant depuis le début de cette industrie. Pour nommer quelques exemples, vers le milieu des années 60, McDonald était tellement préoccupé par la syndicalisation de ses employé-e-s de la baie de San Francisco, qu’ils ont rendu nécessaire la prise d’un test de détecteur de mensonges aux potentiels employé-es pour éliminer les sympathisant-e-s du syndicat. Le spécialiste anti-syndicat à temps plein de la chaîne a affirmé avoir écrasé des «centaines» de tentatives de syndicalisation au début des années 70. Au début des années 80, ACORN a lancé un syndicat des salarié-es du fast-food à Détroit qui a brièvement gagné une des seules conventions collectives dans les fast-food franchisés aux États-Unis. Au Royaume Unis, l’énigmatique McDonald’s Workers Resistance a mené une résistance anonyme de type guérilla contre les patrons entre 1998 et le début des années 2000. Malgré qu’aucun de ces efforts n’ait mené à une organisation à long terme, ils ont joué un rôle important dans la longue évolution d’une conscience de classe au sein de l’industrie du fast-food.
Alors que j’étais organisateur avec les IWW chez Jimmy John’s et Starbucks, nous avons appris des expériences de ceux qui nous ont précédé et nous avons créé un modèle d’organisation associatif fonctionnant dans l’industrie du fast-food. Notr modèle fut bâti sur notre propre force de travailleurs et travailleuses : la dépendance de notre patron à notre travail. Au lieu de dépenser des millions (que nous n’avions pas) pour payer des firmes de relations publiques et des employé-e-s à temps plein, nous avons misé sur une approche à long terme en entraînant nos collègues à devenir organisateurs ou organisatrices, leur donnant les armes nécessaires afin de mener leurs propres batailles, peu importe où ils et elles se retrouvent, et en prenant toutes les décisions ensemble de façon démocratique. Et nous avons gagné. Nous avons fait renvoyer notre patron qui volait nos salaires et harcelait sexuellement nos collègues, nous avons mis fin aux renvois injustes, nous avons fait installer l’air climatisé et fait réparer l’équipement brisé. Nous avons gagné un renforcement d’effectifs, nous avons obtenu ma réintégration après que j’ai été renvoyé par Starbucks pour avoir organiser mon lieu de travail et, à l’aide d’une courte grève, nous avons même forcé notre gérant de district à émettre un chèque pour un collègue n’ayant pas été payé. Lors d’une autre campagne des IWW, nous avons rédigé un «Programme en dix points pour la justice chez Jimmy John’s», rassemblant les dix demandes les plus importantes telles qu’identifiées par nos collègues, allant au delà des enjeux élémentaires afin d’aborder les questions fondamentales du contrôle du lieu de travail. Usant d’une escalade des moyens de pression à travers l’action directe, nous avons gagné la paye par dépôt direct, des augmentations, des congés payés, le droit d’absence pour cause de maladie, une politique disciplinaire cohérente ainsi que plusieurs autres demandes, expliquées plus en détail dans le New Forms of Worker Organization à paraître. Aucune de ces campagnes n’était parfaite et le mouvement ouvrier a encore beaucoup à apprendre à propos de l’organisation des travailleuses et travailleurs à faible revenu dans le service, mais notre expérience a mis une chose au clair : les travailleuses et travailleurs peuvent se déclarer indépendant-e-s de la bureaucratie des syndicats corporatistes, mener leurs propres batailles et les gagner.
Dans plusieurs villes, les bases militantes de la campagne pour le salaire minimum de 15$ ont déjà commencé à bâtir leurs propres organisations autonomes de bureaucratie, tissant des liens avec des sympathisant-e-s qui sont libres de toutes les entraves qu’implique recevoir un chèque signé par les patrons syndicaux. La lutte de classe n’a pas commencé avec le SEIU et ne prendra pas fin une fois qu’un contrat sera signé, qu’une loi sera passée, que le salaire minimum aura augmenté ou que les patrons des syndicats arrêterons de payer la facture de la campagne. La lutte continue; les emplois dans le fast-food sont les emplois du futur – pas seulement parce que 58% des emplois créés lors de la période de récupération post-2007 sont des emplois à faible revenu, mais aussi métaphoriquement – comme le notait George Ritzler, la logique corporatiste du fast-food a imbibé notre société de façon plus large. Qu’on travaille dans un McDonald, un bureau, un hôpital, une école, un organisme à but non-lucratif, le gouvernement ou n’importe aillers, nous avons tous vu un collègue subir des abus ou se faire renvoyer de façon arbitraire, être forcé de faire plus avec moins, se faire dire de lésiner aux dépens du public et se faire refuser une voix au travail et dans la société en général. Des millions de salarié-es vivent leur vie dans un désespoir discret, voyant leur labeur disparaître dans les rouages du système capitaliste. Un système qui se retourne contre eux et perpétue les maux auxquels ils et elles s’opposent: Les travailleuses et travailleurs du fast-food voient les produits qu’ils servent empoisonner leurs communautés, les travailleurs et travailleuses des banques voient leurs employeurs octroyer des prêts avec condition abusives à leurs voisins, les travailleuses et travailleurs des hôpitaux sont témoins de la façon dont le profit est mis aux devants du bien-être des patients et les professeurs croulent à voir la déshumanisation que les tests standardisés produisent sur leurs étudiant-e-s. Collectivement, les travailleurs et travailleuses produisent tous les maux de notre société, ce qui veut dire que collectivement nous pouvons arrêter de les produire. Et nous en avons la volonté, de plus en plus.
Ryan Wyatt, un gréviste chez Potbelly’s à Chicago, le décrit bien, «Nous ne demandons pas seulement de meilleures conditions de travail pour nous, nous voulons vivre dans une Amérique meilleure.»
Le syndicalisme fast-food ne peut pas changer la nation du fast-food, mais il peut être une première étape vers un mouvement qui le pourra.
Erik Forman est un organisateur et écrivain ouvrier. Vous pouvez le rejoindre à erikforman (at) gmail.com. Il est sur Twitter au @_erikforman.
Première parution le 5 novembre 2013 comme contenu exclusif de CounterPunch, republié le 17 novembre 2013 sur Recomposition, puis en décembre 2013 dans l’Industrial Workers. Syndicalisme fast-food: la syndicalisation de McDonald et la McDonaldisation des syndicats est publié pour la première fois en français sur le blog de la Section Locale des IWW de Montréal, traduit par Alexis Kelly et Tristan W.

, , , , , , ,

En route vers les 15-5-7!

Comme à chaque année, le 1er mai, ironiquement à loccasion de la Fête internationale des travailleurs et des travailleuses, le gouvernement provincial augmentera le salaire minimum de quelques maigres cennes. Ô joie, salarié-e-s précaires, dans quelques mois, nous baignerons désormais dans la luxure avec un taux horaire de 10,75$

Le hic, cest que même en bossant quarante heures par semaine, et ce, à longueur dannée, ce salaire de misère nous condamne tout de même à vivre sous le seuil de pauvreté. Cest dans cet ordre didée que la Loi sur les normes du travail, cet outil juridique au service des patrons, ne donne droit qu’à un maigre deux semaines de répit, rien qui ne permette de souffler un peu. Et le comble, toujours selon cette législation, si on a le malheur davoir une grippe, un rhume, de devoir sabsenter du travail, eh bien, cest à nos frais.

Y en a marre! Cest donc dans cet état desprit que le Syndicat Industriel des Travailleuses et Travailleurs (SITT-IWW) lance sa campagne 15-5-7. Notre revendication est simple : que toute personne salariée ait droit à 15$ de lheure, 5 semaines de vacances et 7 journées de maladie (utilisées ou non) payées par année, quimporte son sexe, sa nationalité, son statut légal, son âge. Cest un minimum pour vivre décemment.

Nous, les salarié-e-s, navons pas à prouver que nous bossons assez pour des miettes, que nous faisons notre part. Non. Pouvoir se loger, se nourrir, se reposer, aspirer à un peu de confort, prendre du temps de qualité avec les gens que lon aime, ne pas être stressé en fin de mois, ne pas aller bosser lorsque malade, cest un minimum auquel toutes et tous ont droit. Incontestablement. Et de plus, cest une mesure qui redonnerait du pouvoir aux femmes, qui constituent la majorité des personnes vivant au salaire minimum.

Cest donc une campagne à long terme que nous entamons, que nous ne mènerons pas seul-e-s, et qui ne se gagnera pas en claquant des doigts. Mais lexercice en vaut la peine, parce que cest avec notre solidarité que nous obtiendrons gain de cause. Cest par la lutte que nous gagnerons de meilleures conditions de vie. Cest en luttant, en créant un rapport de force, solidaires, dans nos espaces de travail, dans nos communautés, que nous extirperons ce qui nous revient de droit. Et cest par la base, par nous-mêmes, par nos efforts concertés et lorganisation de nos milieux de travail que nous irons prendre des mains du patronat notre dû, soit 15$ de lheure, 5 semaines de vacances et 7 journées de maladie payées!

En route vers les 15-5-7 avec le SITT-IWW!

, , , , , , , , ,

Appel au Forum 15-5-7

Le Syndicat industriel des travailleurs et des travailleuses – IWW Montréal vous invite à participer à un forum public abordant la lutte pour un salaire minimum de 15$ de l’heure, 5 semaines de vacances et de 7 jours de maladie payés par année.

Celui-ci aura lieu le 12 février 2016 au Centre d’éducation populaire de la Petite-Bourgogne et de St-Henri, au 2515 rue Delisle, à 18h00.

Ce forum proposera un panel où plusieurs personnes présenteront des facettes différentes de cette lutte, soit l’aspect économique, le vécu d’une travailleuse au salaire minimum, une analyse féministe ainsi que l’expérience de cette lutte aux États-Unis. Sur le panel seront présent-e-s :

Minh Nguyen, chercheur à l’IRIS
Morgane M.-Parsons des IWW Montréal
Daniel Kroop de 15NOW (États-Unis)
Jean-Pierre du Centre des travailleurs et travailleuses immigrant-e-s (CTI)
Jacques Fontaine du Syndicat des employé-e-s de la Société du Vieux-Port de Montréal
Kim Bouchard du Mouvement Action-Chômage

Suite au panel, il y aura une période de questions et d’interventions de trente minutes. Après une courte pause, des groupes de discussions se tiendront autour des thèmes suivants :

Travailleurs et travailleuses immigrant-e-s
Femmes et conditions de travail
Travailleurs et travailleuses précaires
Logement et travail précaire
Communautaire et conditions de travail

Ce moment sera l’occasion pour tous et toutes de proposer des actions à mener lors des prochains mois.

Nous lançons cette campagne parce que les conditions minimales de travail ne nous permettent pas de vivre, à peine de survivre. Ces revendications sont essentielles pour n’importe quel-le travailleur ou travailleuse voulant mener une vie décente, payer son loyer, être capable d’élever des enfants et ne pas être pris-e à la gorge dès qu’un imprévu survient.

Si cela ne réglera pas la question de l’oppression du capitalisme sur nos vies, ces revendications vont nous permettre, collectivement, de nous mobiliser et d’aller chercher le minimum que l’on nous doit!

Nous tenons à mentionner que ce forum sera ouvert à tous et toutes.

“Parce que nous valons plus que le minimum!”

Le Syndicat industriel des travailleuses et des travailleurs.

1557

, , ,

De l’autre côté du téléphone

Vendredi, je terminais une formation de quatre semaines afin de pouvoir commencer à travailler dans un centre d’appels. Une longue formation, de seize heures à minuit, payée au salaire minimum bien sûr. Formation dans laquelle on nous a appris à dire non aux client.e.s sans leur dire non, sans utiliser de négatif, parce que tsé, les client.e.s payent pour leurs services, donc ça pourrait les froisser de recevoir un non. On nous a appris à donner des remboursements aux client.e.s qui se plaignent assez fort et à rien offrir aux client.e.s trop gentil.le.s pour le demander (genre de mesure qui fait décupler la quantité de trous du cul qui vont se sentir légitimes de nous envoyer chier au téléphone). On nous a aussi martelé à quel point les mesures que l’employeur a prises afin de pouvoir crisser une grande partie de leur travailleurs.euses dehors étaient nécessaires et étaient une idée vraiment géniale qui n’aurait aucune répercussion sur l’accès aux services (un ramassis de conneries quoi).

On s’est claqué.e.s tout ça afin de pouvoir commencer à prendre des appels. On va rentrer à douze piastres de l’heure, augmentation par rapport à la formation j’en conviens, mais toujours un salaire de merde. Pendant quarante heures par semaine, on va s’asseoir devant un ordinateur et on va prendre des appels, les uns après les autres, sans vraiment avoir le droit de prendre de pauses entre les appels (les seuls breaks possibles, aux quatre heures, étant calculés à la seconde), et on ne devra pas parler plus de cinq minutes avec chaque client.e. par soucis de productivité. Pendant ces quarante heures, on va se faire engueuler, on va se faire envoyer chier, parce que les gens paient et que donc ils et elles ont le droit de tout faire, de tout dire. On n’est plus des humain.e.s on est la compagnie et c’est ok d’envoyer chier une compagnie.

Mais je m’éloigne de la raison principale qui m’a poussé à écrire ces lignes. On a tous et toutes des jobs de merde de toute façon. Donc, vendredi je finissais ma formation. Seize autres de mes collègues la finissaient avec moi. Quatre semaines, quatre tests pour vérifier notre capacité à allez chercher l’information dans nos quarante douze programmes, tout ça assez rapidement parce que productivité et satisfactions des client.e.s. obligent. Oh et il faut passer les tests à 85% parce les erreurs ne sont pas vraiment acceptables. Durant ces quatre semaines, veut veut pas, des liens se sont créés entre les différent-e-s participant-e-s car après tout, les collègues, ce sont les gens qu’on voit le plus dans la semaine, plus que la blonde ou le chum, plus que les ami.e.s, plus que papa ou maman. On avait donc décidé de se faire un potluck cette journée-là, question de célébrer la fin de la formation. Chaque personne avait cuisiné un petit quelque chose et plusieurs de mes collègues avaient décidé de préparer un plat de leur pays d’origine. Le dernier des tests a eut lieu peu avant le début du potluck. Deux de mes collègues n’ont pas eues les meilleures notes (tout en étant très acceptables), les boss ont donc décidé de les renvoyer sur le champ après quatre semaine de formation, et à deux jour de commencer à prendre des appels…

La salle de formation est au sixième étage et la salle de dîner au septième : Une des deux est montée dans la salle de dîner pour ramasser les plats qu’elle avait préparés et repartir chez elle. Elle nous a expliqué la situation, a fondu en larmes et est partie, ayant trop honte pour rester avec nous. La seconde n’est jamais montée, ayant trop honte de se présenter devant des personnes qu’elle avait côtoyée durant un mois à raison de quarante heures par semaine. La pression qui nous était mise sur les épaules durant la formation était telle que deux personnes ont eues honte d’elles-mêmes après avoir coulé un test avec des attentes ridicules et franchement avec des questions beaucoup trop ambiguës.

Voilà. Ce n’est pas clair pourquoi j’écris ce matin, avant de commencer ma première journée sur le plancher. Probablement pour ventiler. Peut-être aussi pour qu’on se rappelle que des patrons gentil.le.s qui viennent nous parler et qui nous montrent des petits tours de magies pour nous faire rire, ben ça reste des osties de patrons qui vont nous sacrer dehors pour un oui ou pour un non, qui vont nous traiter comme un ordinateur ou comme une machine à café. On reste de la fucking fourniture de bureau…

On va par contre s’en rappeler de tout ça. On va s’en rappeler et un jour, le rapport de force va changer et ce sont les patrons qu’on va traiter en chaises brisées et qu’on va crisser aux vidanges…

Solidarité,

x377508