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Explosion de solidarité pour l’ancienne employée d’Antidote

Après deux ans à m’impliquer bénévolement au Comité communication des IWW, je n’avais jamais vu cela. La petite histoire de Sarah, congédiée du comptoir végane Antidote à quelques jours de Noël, et ce après avoir vécu de l’intimidation et des abus de pouvoir, est devenue virale.

En moins de 24 heures, les mots d’espoir et les gestes de solidarité ont afflué de toute part. Une dizaine de milliers de views sur notre blog, j’avais presque l’impression de travailler pour Vice ou Ton Petit Look, à la différence près que dans la section commentaire, c’était un amour à couper le souffle que Sarah recevait au lieu des traditionnels hate mails.

On assiste à une version moderne du Drôle de  Noël de Scrooge. En 2017, à quelques jours du réveillon, une jeune entrepreneure aussi dynamique que imbue d’elle-même, propriétaire d’un restaurant branché dans un quartier en plein processus de gentrification, congédie son employée.

Mentionnons-le avant d’aller plus loin : congédier un-e employé-e de restauration en plein mois de décembre, outre que de lui souhaiter un Noël sans cadeau à offrir ou petit plats à apporter au réveillon, c’est lui souhaiter un joyeux trois ou quatre mois de chômage, pas de chômage, le temps que les bassins de l’industrie rouvrent à l’arrivée du printemps.

Par le biais d’une amie, Sarah est entrée en contact avec le fantôme du Syndicalisme de Combat qui a accepté de partager son histoire. Vous connaissez la suite, l’histoire est devenu virale et les médias sociaux se sont enflammés. Si nous étions dans un conte de Noël, au bout du troisième acte, la patronne se serait repentie, mais la réalité des relations patrons-employé-e-s étant ce qu’elle est, elle publia plus tôt un texte larmoyant pour expliquer que du fin fond de sa réussite professionnelle, c’est un peu elle la victime en fait.

Tout y était, elle est jeune et a tellement à apprendre, elle ne savait pas qu’on ne pouvait pas  moralement congédier quelqu’un-e par texto. Elle était obligée de la congédier maintenant, en cheap shot par texto, parce que l’avertir deux semaines d’avance et laisser le temps à l’employée de se préparer (comme les boss nous le demandent), ça fitait pas dans ses priorités. On aurait dit une caricature  tout droit sortie du Module sur les réactions patronales dans le Formation d’Organisation 101 de l’IWW.

En parallèle des larmes de crocodile de la patronne qui, à en croire ce qu’on peut voir sur Facebook, n’ont pas ému personne d’autres que deux ou trois propriétaires dans des situations similaires ou des amis proches, ce sont d’ancien-nes employé-es qui nous ont contacté pour nous faire part d’expériences similaires, l’histoire d’un petit producteur de la Gaspésie qui avait de la difficulté à se faire payer est remonté, et de nombreux et nombreuses autres travailleurs et travailleuses de la restauration expliquant se reconnaître dans cette situation tellement trop fréquente. Mais peut-être plus important encore, des gens de partout à Montréal nous ont écrit pour faire part de leur sympathie et offrir leur solidarité à Sarah.

Entre les mots d’encouragement, une telle a une chambre de libre, celui-là a un divan disponible si nécessaire, celle-là a de la nourriture pour le chien, un autre a entendu parler d’une offre d’emploi et ceux-là ont des contrats temporaires, voir des offre d’emplois permanents à offrir. Conscience de classe, ras-le-bol des conditions de travail infernales de l’industrie de la restauration ou tout simplement l’esprit de Noël? Peu importe pour le moment, la solidarité dépasse toute nos attentes et pour cela, de la part de Sarah, mais aussi de tous et toutes les membres de l’IWW, nous vous offrons nos plus sincères remerciements et vous souhaitons un excellent temps des fêtes.

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Crédit Photo: Katerine-Lune Rollet, février 2015.
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Les hippies ont raison sur un point

Un cri d’agonie.

Les pleurs de l’enfant.

Le silence lourd.

Les camarades de la guérilla se regardent successivement, sept autres personnes avec qui combattre dans le paroxysme d’un conflit armé, ce génocide contre les Mayas au Guatemala. Après le colonialisme espagnol, l’acculturation et l’ethnocide contre les populations indigènes, une culture qui est déjà enseignée comme éteinte, respire fièrement. Les droits humains ne s’applique pas pour les rebelles ; le gouvernement militaire placé au pouvoir par les États-Unis lors de la Guerre froide ne considère même pas les Mayas comme des êtres humains, de toute façon. En 1981, c’est la 27e année de guerre entre le front du peuple, composé de 15% de gens éduqués et de 85% de rebelles des campagnes, majoritairement des indigènes, contre l’autoritarisme raciste et capitaliste.

Un autre cillement assourdissant, acouphène.

Le tank militaire ayant tiré se profile derrière le nuage de poussière en suspension.

La bataille continue.

Elle est réelle.

Partout, la peur, le sang, les corps, le feu, les bombes, les balles, les cris, la douleur, la souffrance, les camarades qui tombent, les proches qui s’affaissent, la famille, l’amour de leur vie, un regard qui perd sa lumière d’existence, le viol, la torture, les enveloppes charnelles dépouillées de leurs membres, de leur dignité, tout orifice violé, massacré, des ventres ouverts dont la tête d’un parent vivant était plongée dans les viscères encore chaudes, le béton qui éclate. « Les gargouillis du sang résonnent au rythme de mes propres battements de cœur. Je suis dans la guérilla. Je m’appelle Maria. Mon mari est porté disparu depuis quelques mois déjà, mais mon inconscient sait que jamais je ne le reverrai. Mes yeux brûlent, à cause de la poussière, des larmes, du sang, un éclat d’obus, pas le temps de savoir, je dois combattre et dans ma tête, une seule phrase, une seule idée ; la lutte pour le peuple, la lutte pour la liberté, pour l’égalité. Une idée plus forte que toute l’horreur de la guerre, qui m’oblige à avancer encore et encore, des valeurs passées et comprises à travers l’enseignement et l’entraînement que j’ai reçu dans les montagnes, je souffre, avec les autres camarades parce que je crois en l’humanisme, j’aime l’humanité. »

Maria est une femme ayant participé à la guerre contre le génocide maya. Étant elle-même Maya, sa mission est de conscientiser les gens aux horreurs cachées au Guatemala. Malgré son âge avancé, elle milite encore dans un groupe de conscientisation contre la violence sexuelle, cultive une terre de café avec son second mari et agit en tant que porte-parole avec d’autres personnes de sa communauté pour dénoncer les crimes contre l’humanité perpétrés entre 1960 et 1996.

Quand on fait partie d’un milieu militant, on se retrouve face à des idées, des valeurs, des méthodes que l’on doit comprendre, puis assimiler, faire progresser ou rejeter. Ce qui nous  pousse à joindre, c’est en majorité, je crois, parce que l’on se reconnait dans les fondements de base d’un groupe et que nous avons un désir d’avoir un impact sur notre monde, ou encore sur le monde. Par contre, qu’est-ce qui nous pousse à rester ? Au niveau de la gauche active, l’un des premiers chocs auxquels on fait face, c’est la violence à notre égard, tant au niveau des jugements que dans les attitudes ou la façon de nous aborder. Second choc, c’est la violence à l’égard des personnes qui ne possèdent pas nos privilèges qui frappe. En ce qui me concerne, même ayant fait intervention dans des plusieurs situations de harcèlement contre des personnes opprimées, jamais je n’aurais pu conceptualiser la violence dans son entièreté, même quand la police me frappait par plaisir de me faire souffrir, si ce n’avait été de par les témoignages que j’ai entendus au Guatemala, tous plus horrifiants les uns que les autres, peignant un portrait glauque tout droit sorti des caves de Sade… Malgré tout cela, mon moment de choc le plus fort fut lorsque me promenant dans la capitale avec des camarades, l’une des personnes me pointa un vieil édifice en briques de béton et me dit : « Regarde, ce sont des impacts qui datent de la guerre », puis, de voir les dizaines de trous de balles, qui avaient visé et ou tué il y a 20 ans, imaginant toutes ces histoires en un flash.

Tout cela ramène aux raisons de devenir et rester dans le militantisme actif : le point commun de tous les récits entendus portait sur la façon d’aborder la violence, qui se basait sur l’acceptation de la situation et sur un désir, dès lors, de la changer, au prix de sa sécurité et de sa vie. L’amour de l’humanité, la solidarité du peuple et une empathie des souffrances étaient ce à quoi se raccrochaient les camarades pour continuer à lutter, pour passer par-dessus la peur, le froid, la faim, l’agonie. Gavino, un rebelle de la communauté, me dit d’ailleurs, vers la fin de mon séjour, que ce qui a fait perdre l’organisation militaire, c’est que leur combat était basé sur la haine, ce qui nuisait grandement à la solidarité entre les unités, donc les rendait vulnérables. Au final, Gavino m’a sommé de combattre, pas par la haine, mais par philanthropie, communautarisme, désir d’égalité et compréhension, et c’est là que les hippies ont raison, mais aussi de ne jamais cesser au profit d’une émancipation personnelle, parce que le danger réel et le point fondamental de notre lutte est d’éduquer et de prendre action avant que la situation ne dégénère au point de nous rendre à un point critique, donc de faire la révolution et non pas l’insurrection.

Emma Parsons

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Tu rêvais d’un monde meilleur. Lettre à un ami devenu petit patron.

Tu rêvais d’un monde meilleur. Je le sais, je te connais, t’es une personne bien intentionnée et tu y croyais réellement! C’est pour ça que t’as décidé-e de partir une petite entreprise qui aurait des valeurs différentes de celles des grandes multinationales ou de l’ancienne usine dans laquelle tu travaillais : Toi, tu ne délocaliserait pas les jobs comme la tienne l’a été ! T’allais acheter local, produire local et t’assurer que nos jobs restent ici parce que t’as vu trop d’entreprises partir dans les dernières années dans ta région et trop de gens se retrouver au chômage, dont toi-même. Ça a déchiré des familles, causé beaucoup de misère, pis c’est des actionnaires que t’as jamais vu de ta vie qui ont ramassé-e-s tout le cash au détriment des travailleurs et travailleuses dont tu faisais partie. T’étais en criss et prêt-e à faire changer les choses. T’avais compris-e que la mondialisation et le néolibéralisme, c’est de la merde, et on était d’accord là-dessus. Donc t’as parti-e ton entreprise pour t’assurer d’y résister et de sauver ta région malgré mes avertissements.

Ouais… T’as décidé-e un bon matin que t’allais faire partie de la nouvelle génération d’entrepreneur-e-s dynamiques, ces «personnes créatives et innovantes qui, par leurs idées, redonnent le souffle à l’économie», et que t’allais, en plus de faire de l’argent et de créer des jobs, être écolo-e, bien traiter tes employé-e-s pis être éthique sur toute la ligne.

 

Moi bein… de mon côté, je t’ai averti que tu te trompais royalement pis qu’on pouvait pas changer le système de l’intérieur et que t’étais mieux de devenir un-e wobblie et de t’approprier ton lieu de travail pour ensuite t’impliquer dans son autogestion et/ou de partir (ou te joindre à) une COOP autogérée si l’entreprenariat t’intéressait. C’était juste mon opinion. Je pense pas détenir la vérité non plus, mais moi, le système, je disais qu’y fallait se l’approprier collectivement, par et pour les travailleurs et les travailleuses, morceau par morceau, pour que la misère cesse. Mais t’était pas d’accord…

 

Dommage, en y repensant, j’aurais pu t’offrir une bière de plus pis en jaser plus longtemps et peut-être que j’aurais pu te faire comprendre pourquoi je disais ça. Mais en tout cas… là il est trop tard.

 

Ouais… Aujourd’hui, tu m’en parle à chaque fois qu’on se voit et t’es plus la même personne. Je pense par contre que tu commence à comprendre : Tu t’es fait naïvement avoir ! Toi comme tou-te-s les autre, vous vous êtes retrouvé-e-s exactement dans la situation opposée à celle que vous vouliez créer au départ, pis maintenant… ça me rend mal-à-l’aise parce que t’es rendu un-e boss de marde pareil comme tou-te-s les autres même si au départ, au fond de toi, je le sais que t’es toujours une bonne personne ! T’as juste des intérêts de classe de boss, pis c’est le système qui fait que t’es rendu-e de même. Si on t’enlevait ton entreprise et que tu recommençais à zéro demain matin, tu te joindrais à nous cette fois. Non ?

 

Alors pourquoi t’es devenu-e comme ça ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Tu veux que je te le dise ? Ok ! Voilà comment moi, le wobblie, l’anticapitaliste que t’as pas voulu écouter à l’époque, je vois ton histoire :

 

Tout d’abord, t’as démarré-e ton entreprise. Ça a été beaucoup de temps, d’argent, d’énergie, pis toi et les premiers et premières employé-e-s que t’avais, vous avez travaillé-e-s tou-te-s également, avec un salaire de misère et à faire des heures de malades (comme moi j’en fais avec le syndicat en plus de ma job), parce que vous y croyiez, au projet ! Malgré tout ça, tu t’es rapidement rendu-e compte que réussir dans un milieu éthique… c’est pas facile. Ça a pas pris beaucoup de temps pour que tu comprennes que t’aurais besoin de garder les salaires bas, y compris le tiens, si tu voulais que l’entreprise passe le cap des cinq ans. Mais en faisant ça, t’as créé de la pauvreté; la tienne et celle de tes employé-e-s ! Parce que travailler 55-60 heures semaines, ça coûte cher de resto, de gardienne, de psy, pis pour un-e ou deux que je soupçonne, dont probablement toi, d’alcool et de dope pour s’auto-médicamenter. Je me souviens de la première fois où tu m’as sorti (et je savais que t’allais le faire un jour) que ça te mettait en criss quand tes employé-e-s venaient te voir pour gagner plus ou avoir des congés ou des vacances alors que toi-même, tu te fendais le cul pour elles et eux et que t’en avais même pas autant, et qu’en plus, tu «prenait tout le risque» étant donné que t’étais enregistré et que pour toi, une faillite d’entreprise, c’était une faillite personnelle aussi.

 

Je comprenais ton point de vue et je te l’ai dit que c’est pour cette raison-là que l’entreprise privée était pas une solution à l’exploitation puisque plutôt que de se faire exploiter, on finissait par s’auto-exploiter. T’étais pas d’accord, tu disais qu’un jour, ça irait mieux et que ni toi ni tes employé-e-s ne se feraient exploiter par ton entreprise. Mais c’est pas ce qui s’est passé, hein ?

 

Te souviens-tu quand t’es arrivé-e en me disant que les subventions aux jeunes entreprises et les congés de taxes et d’impôts, finalement, c’était vraiment nécessaire ? On va s’entendre là… t’étais pas descendu-e bas au point de faire un don au PLQ encore (et j’espère que tu l’a jamais fait), mais c’était rendu clair pour toi que de demander aux jeunes entreprises de payer des impôts les empêcherait d’exister et que c’est aux citoyen-ne-s ou bien aux entreprises plus grandes, qui elles, en ont de l’argent, à payer ça. Je le savais que t’allais me le dire un jour. Et je te l’ai dit qu’en pensant comme ça, une fois de plus, tu créais de la pauvreté parce que t’appuyais maintenant l’agenda néolibéral, mais toi tu vivais dans le déni et me disait que non. Tu te disait encore «de gauche» parce que féministe et que tu voulais qu’on réinvestisse dans les écoles, le système de santé et l’économie durable et verte, et que tu donnerais toujours un salaire juste à tes employé-e-s par rapport au tien. Mais avec quel argent on réinvestirait, hein ? Les grosses entreprises en paient pas d’impôts et le système est incapable de faire quelque chose contre ça, pis tu le sais ! Et les travailleurs et travailleuses que tu payais 12$/h avaient pas les moyens d’en payer non plus. Je te disais que la seule solution, c’était de s’organiser pour se les réapproprier, les grandes entreprises; que c’était la seule façon de ravoir l’argent de notre travail, mais hélas, en tant qu’entrepreneur, c’était pas dans tes intérêts, donc tu l’as jamais fait ni soutenu. T’as toujours été assez anti-syndicaliste avec tes employé-e-s en fait. Non ?

 

Tu te souviens aussi de la fois où tu m’as dit que le salaire minimum à 15$/h, ça ferait en sorte de tuer toutes les petites entreprises «éthiques et qui créent des jobs» [sic] en région comme la tienne ? Bon sang que t’étais rendu un Boss ! Je me suis pogné solide avec toi cette fois-là, tu t’en souviens ? Je te l’ai expliqué pourquoi si tout le monde gagnait 15 $/h minimum, ça te ferait faire au final plus d’argent que présentement parce que tes revenus augmenteraient plus que tes dépenses en salaires, mais tu me disais que tu pouvais pas te le permettre «sauf si le salaire minimum montait pour tout le monde en même temps et que ça affectait finalement également toi et tes concurent-e-s». Mais c’est drôle, malgré que t’étais d’accord cette fois-là, je t’ai jamais vu dans la rue à appuyer une hausse substantielle du salaire minimum non plus, ni encourager les gens à y aller. Tu comprend pas c’est quoi, on dirait, les luttes de classes.

 

Anyway…

 

Ton entreprise s’est mise à croître depuis ce temps-là, et maintenant elle va bien. Tant mieux pour toi d’ailleurs ! T’as travaillé dure, je dois te l’accorder ! L’ennui par contre… c’est que tes employé-e-s aussi, y ont travaillé-e-s dure, et que maintenant que toi tu gagnes 50 000 $ par année (plus ton char à 70 000 $ au nom de la compagnie et tes huit ou dix voyages d’affaire dans des hôtels cinq étoiles annuels tout autour du monde et tes dîners d’affaires dans des restos à 25 $ du couvert deux ou trois fois semaine que t’entre pas dans ce 50 000 $ là pour faire croire à tes employé-e-s et à toi-même que tu gagne juste 50 000 $), elles et eux gagnent encore entre 25 000 $ et 45 000 $ par année.

 

Je t’ai demandé pourquoi, pour te challenger, tu t’en souviens ? Tu m’a répondu-e que c’était parce que avait assumé-e tout le risque avant de t’incorporer et que c’est toi qui avait monté toute l’entreprise, et donc que tu le méritais. C’est là que j’ai su que t’étais rendu un ***** de bourgeois, c’est-à-dire une personne qui s’approprie le fruit du travail des autres (parce que tout le monde a travaillé, pas juste toi ! Je travaille 70 heures semaines moi, c’est plus que toi, et je gagne 15$/h encore…) et qui fait travailler ses avoir et acquis (acquis par l’exploitation des autres, ne l’oublions pas) pour elle et qui peut maintenant continuer à recevoir certains revenus sans avoir à lever le petit doigt. Ouais… t’es rendu-e un-e parasite de la société, mais contrairement au assisté-e-s sociaux qu’on traite souvent à tort de parasites, toi tu PEUX travailler au lieu de te faire vivre par le travail des autres, et toi tu gagne beaucoup plus cher que les gens qui paient pour te faire vivre !

 

Ah ! Et laisse-moi t’expliquer une autre affaire et l’expliquer à tes employé-e-s en même temps, parce que je suis syndicaliste et que je pense qu’ils et elles devraient comprendre ça : Ton entreprise achète depuis un certain temps d’autres entreprises pour augmenter sa valeur et, comme t’en es l’unique propriétaire, bien un jour tu pourra tout vendre ce que t’as acquis (sans créer de job parce que t’achètes maintenant des entreprises déjà existantes) grâce au travail de tes employé-e-s qui elles et eux en retireront rien. On est d’accord ? Donc, c’est ça : Au final, si on calcule ça plus tout ce que j’ai mentionné plus haut, tu gagnes pas 50 000 $ par année; t’en gagne bien au-dessus de 100 000 ! Et t’as pas travaillé plus fort que beaucoup de gens qui en gagnent pas 30 000 $. T’es riche uniquement parce que t’es devenu-e le Boss à qui ses employé-e-s doivent tout parce que sans toi, «la compagnie qui les paie existerait pas». Le système t’as mangé ! T’es devenu comme tou-te-s les autres… Tu t’en rend juste pas compte.

 

Et le summum, c’est que maintenant que t’es rendu-e Boss d’une compagnie qui fait assez d’argent pour payer des impôts selon TES standards d’avant, et bien t’as changé-e d’idée sur ça aussi parce que «tes concurrent-e-s font de l’évasion fiscale et si ton entreprise en fait pas, tes concurrent-e-s vont gagner sur toi». Et une fois de plus, je te vois pas en train de militer pour que toutes les entreprises paient leurs impôts grâce à des lois internationales qui feraient en sorte que tu serais pas désavantagé par rapport à tes concurrent-e-s et que tu ne fermerais pas tes portes, hein ? C’est dommage, parce qu’avec le pouvoir que t’as maintenant, t’aurais beaucoup de moyens pour contribuer à la lutte. Mais non, j’imagine que toi, t’as pas le temps, tu fais du business ! Plein d’employé-e-s ont besoin de toi pour que la compagnie aille bien qu’ils et elles aient une job. C’est les autres, ceux et celles qui travaillent pas autant que toi (mais qui, en fait, par leur militantisme en plus de leur job, travaillent et risquent plus que toi), qui doivent faire ça, je suppose.

 

En tout cas ! Je me souviens qu’après que tu m’aie dit ça et que j’ai eu envie de t’envoyer promener, j’ai essayé une dernière fois de te faire comprendre ce que t’étais devenu et je t’ai demandé qu’est-ce qui restait d’éthique de ton entreprise. Ta réponse a été de te mettre à me vanter tes produits (qui sont excellents et que j’achètes, c’est pas ça le problème) fabriqués ici avec des matériaux écologiques et qui sous-traite ici plutôt qu’en Chine. Je t’ai alors demandé si tu croyais pas que, dans le fond, ton entreprise en était juste une dont le «branding» (sa marque de commerce) est «d’être éthique» et que tu le faisais pour attirer tes client-e-s mais qu’en réalité, tout ce qui se passait AU-DELÀ du produit lui-même l’était pas ? Et ça t’a contrarié-e. On s’est pogné une fois de plus là-dessus. Heureusement, on a réussi à se calmer parce que les deux, on est des adultes intelligent-e-s et capable de discuter et qu’on se connaît depuis longtemps. Je t’ai tout de même demandé si tu croyais encore qu’on pouvait changer le système capitaliste de l’intérieur par l’entreprise privée, et, tu m’a dis que «oui, mais…» et t’as déballé les arguments typiques d’une personne privilégiée qui croit vraiment que le fruit de son travail, elle l’a méritée seule, et ça se tenait pas vraiment debout ton affaire, désolé. Au fond… je le savais que t’avais compris, ça paraissait dans ta face. T’étais en train de réaliser que j’avais raison depuis le début; l’entreprise éthique et responsable, c’est un piège ! Ça prend de bonnes personnes et ça en fait des monstres. En voulant faire le bien autour de toi… t’as juste créé plus de pauvres, et pour paraphraser Robert Fusil : Y sont pauvres parce que t’es riche, pis t’es riche parce qu’y sont pauvres.

 

That’s it !

 

T’aurais pu partir une COOP autogérée ou bien te joindre à la lutte (et tu peux toujours, si t’accepte de tout vendre), mais tu l’as pas fait parce que… peut-être… à quelque part, t’avais pas vraiment d’intérêts révolutionnaires et que c’est peut-être pas la justice et le bien des gens que tu voulais plus que la renommée d’être un-e jeune entrepreneur-e éthique ainsi que le statut (et la BMW) qui va avec. Peut-être aussi, et je pense que c’est plutôt ça, qu’il te manquait plutôt seulement de connaissances pour comprendre vraiment comment le système fonctionne et que t’as simplement fait une grosse gaffe, comme plein d’autres personnes. La vérité c’est que je pourrai jamais le savoir. Mais maintenant, t’es pu de mon bord, et j’aimerais ça que tout le monde lise ce texte-là avant de partir une entreprise ou avant d’entreprendre une voie carriériste, que ce soit en politique ou en business, en espérant pouvoir faire changer les choses comme ça.

 

À vous tous et toutes : Vous vous trompez ! C’est pas comme ça qu’on change les choses ! L’entreprise éthique, c’est un piège !

 

Faut qu’on le comprenne enfin…

 

 

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Crédit Photo: Alexandre Shields, pour Le Devoir.

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Vie de Wobblies: De Toronto à Montréal

Statistiquement, les femmes adoptent les intérêts et passe-temps de leur partenaire masculin. Lorsque j’ai commencé à fréquenter une personne s’identifiant comme homme,  j’étais déterminée à ne pas laisser ses intérêts devenir les miens. Évidemment, c’était mignon de voir à quel point il était heureux d’avoir signé sa première Carte Rouge, et j’appréciais le voir revenir des réunions remplit d’énergie et de nouvelles idées. J’étais tout de même déterminée à ne pas joindre l’IWW, simplement parce que notre relation était encore à ses débuts. D’autre part, c’était sain pour nous d’avoir notre autonomie et de garder nos intérêts séparés.

 

Ma façade, impénétrable à ses manières anarchistes, a été détruite lorsque j’ai été invité à une soirée, et que j’ai rencontré une jeune organisatrice passionnée (pour ne pas dire incroyablement cool!). Elle était pleine d’enthousiasme et parlait de la façon dont la branche était venue en aide à un travailleur immigrant pour gagner une campagne de vol de salaire. Le travailleur avait été congédié sans motif, et son employeur refusait de lui payer ses deux semaines de salaire. Plusieurs membres du Comité Solidarité ont accompagné le travailleur à son (maintenant ancien) lieu de travail pour soutenir sa demande, soit que l’employeur paie le salaire perdu. Quand l’employeur a appelé la police pour qu’ils viennent tasser les wobblies, les policiers lui ont demandé “Pourquoi sont-ils ici? Qu’est-ce qu’ils vous demandent de faire?” L’employeur a expliqué la situation aux policiers, et ils lui ont simplement répondu qu’il devrait payer le travailleur. Peu de temps après, le travailleur ainsi que les membres du Comité Solidarité ont quitté les lieux avec le salaire dût.

 

Alors, ça, c’était incroyable. En fait, c’était complètement fucking incroyable. Et je ne pouvais plus me nier à moi-même que l’IWW était un groupe radical qui accomplissait (et accomplit encore!) des changements concrets dans la vie des travailleurs et travailleuses du monde. J’admet que ça m’a tout de même pris quelques mois après cette soirée pour dire à mon partenaire qu’il avait raison. Puis, quelques semaines plus tard, nous étions d’accord de partager ce lieu d’organisation. C’est donc en août 2014 que j’ai officiellement signé ma carte. Depuis, j’ai participé à l’organisation de plusieurs comités y compris avec la section de Toronto sous le Comité de levées de fonds et d’éducation, ainsi que le Comité Femmes, puis en tant que Secrétaire de la section de Toronto, et à Montréal sous le Comité d’Organisation, le Comité Événements-Marchandises et le Comité Femmes. Je suis présentement une déléguée, et je m’organise avec le Comité Organisation et le Comité Solidarité. Pour moi, s’organiser avec l’IWW, c’est être dans un endroit épanouissant qui rend les changements tangibles au sein de nos communautés, soutenir les travailleurs et les travailleuses dans leur lutte de classe contre leurs employeurs, et travailler à la réalisation d’un monde plus radical et plus juste. Ensemble, nous pouvons faire changer les choses!

 

 

For the One Big Union,

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