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Financer la matraque plutôt que le social

On le sait, notre filet social est attaqué de toute part. Sous des prétextes aussi cheaps que mensongers, l’État se déresponsabilise au plus grand bonheur du patronat. En santé, dans les services sociaux et en éducation, ça fait dur. On nous demande de faire plus chaque année avec moins ou aussi peu. On voit les gens qu’on accompagne manger la volée au niveau économique et sociale, sinon littéralement; et par manque de ressources, on se brûle et on s’épuise. Le burn out musical, c’est la réalité pour la majorité des personnes qui travaillent dans le milieu communautaire.

Par contre, nous, travailleuses et travailleurs du communautaire, avons des « partenaires » souvent imposés qui ne vivent pas cette violence du capitalisme, ou même pire qui appliquent directement cette violence, à savoir les policiers. D’ailleurs, leur nombre, leur matériel et leurs ressources ne cessent de grossir. C’est donc dire que l’État et ses différents paliers investissent massivement dans la répression, le profilage et l’intimidation plutôt que dans l’inclusion, la prévention et les divers services sociaux (santé, éducation, communautaire, etc.). C’est un choix politique.

En travail de rue dans le Village et le Centre-ville, on a trop souvent l’occasion de voir à l’oeuvre les agents des postes de quartier 21 et 22. Un beau cocktail d’intimidation, d’harcèlement et de profilage envers les personnes en situation d’itinérance ou marginalisées. Il y a les agents qui donnent de faux quadrilatères (une interdiction d’être sur un territoire) aux personnes de la rue, se donnant illégalement le statut de juge. Il y a les flics qui interpellent systématiquement les jeunes du quartier par leur nom de famille en leur demandant s’ils sont sous mandat, question de savoir s’ils peuvent les arrêter et de leur rappeler qui sont les boss. Il y a les policiers qui embarquent les jeunes et moins jeunes, leur confisquent leur dope, les emmènent loin dans l’Est de la ville pour mieux les abandonner sans manteau ou soulier, loin de leur coin habituel. Il y a les policiers qui, en parlant du parterre en terre battue rouge au Nord du parc Émilie-Gamelin où des consommateurs s’installent, appellent cet espace la « litière ».

On jurerait (sic) que leur rôle est de faire sentir aux « indésirables » que leur présence dans cet environnement très commercial est à peine tolérée…Beaucoup d’argent investie qui serait plus que la bienvenue dans le secteur communautaire. Faut croire que les priorités des instances publiques ne sont pas les mêmes que les nôtres.

En plus, on se retrouve souvent à dealer avec les policiers dans les instances de concertation auxquelles on participe. Il est plutôt ironique de voir que les flics sont considérés comme des acteurs importants pour discuter de thèmes comme la lutte à la pauvreté ou l’amélioration du bien-être et de la sécurité des personnes vivant différentes problématiques. Les voir prendre la parole sur ces enjeux est non seulement pénible mais aussi très frustrant quand on sait très bien que nos recommandations, travailleurs et travailleuses du communautaire, ne seront pas réellement prises en compte et que l’institution pour laquelle ils travaillent fera exactement le contraire, c’est-à-dire continuer de réprimer et criminaliser les pauvres et les marginaux. Pire encore, on sait très bien que lorsqu’on fera une manifestation communautaire, pour finalement faire entendre nos revendications, nous qui travaillons quotidiennement avec les personnes les plus précaires, ils seront là pour nous surveiller, voire nous matraquer si on a le malheur d’être trop dérangeant-e-s.

Comme travailleuses et travailleurs du communautaire, nous dénonçons la brutalité policière, l’impunité quasi totale dont bénéficie la police, mais aussi nos différents paliers de gouvernement qui non seulement sanctionnent ces gestes mais les subventionnent à coups de centaines de millions chaque année. C’est pourquoi nous invitons nos camarades et allié-e-s du communautaire à participer à la manifestation contre la brutalité policière de ce vendredi 15 mars prochain. Nous y serons avec nos couleurs syndicales, solidarité!

 

Une travailleuse et un travailleur du Comité communautaire du SITT-IWW Montréal.

 

Texte initialement publié dans l’édition 2019 du journal État Policier du Collectif opposé à la brutalité policière.

Crédit Photo: L’Activiste.

Police de Montréal, milice du capital !

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Alors que la semaine contre la brutalité policière s’en vient et qu’un important mouvement social approche, il nous semble important de rappeler quelques éléments d’analyse indispensables à la compréhension du rôle de la police, tous corps confondus. Plus précisément, nous souhaitons énumérer ici différentes raisons qui nous poussent à nous opposer à la police, quelle qu’elle soit, d’où qu’elle provienne, et dans toutes situations.

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Chaque semaine, chaque jour passé dans cette société mortifère rallonge davantage la liste des injustices commises par un-e membre d’une police. Ils et elles ne se sont jamais privé-es pour nous humilier, nous blesser, nous amputer, jouer avec nos vies et celles de nos proches et de nos compagnon-nes, voire nous assassiner si tel est leur bon plaisir.

Étrangement, nous constatons que les individu-e-s touché-e-s par ces « bavures » à répétition appartiennent dans leur grande majorité à la classe ouvrière, employé-e-s ou non. Les patrons, les banquiers, les traders et autres gangrènes dominantes sont épargnés par ce fléau. Si le salariat nous dépossède chaque instant de notre temps, la police nous rappelle que même nos propres vies ne nous appartiennent plus, puisqu’ils et elles ont le droit de nous l’ôter définitivement.

Quiconque a participé un tant soit peu à un mouvement social au cours de son existence a très probablement été confronté-e, à un moment ou à un autre, aux forces de répression policières. Les forces anti-émeutes, groupes d’interventions tactiques, gendarmeries et autres groupes de répression n’ont pour seule vocation que de briser les grèves, d’empêcher la contestation de l’ordre établi, de réprimer plus ou moins violemment les opposants politiques. Cette violence, celle de l’Etat, en armant toujours plus la police, en l’équipant d’une technologie néo-militaire et d’armes « non-létales », lui confère la capacité pleine et entière de « contrôler les foules » de manière quasiment autonome. Il existe des métiers, et des corps de métier, dont l’utilité sociale ne consiste qu’à « casser du manifestant », toujours plus efficacement, toujours plus vite, avec toujours plus d’inhumanité.

Pour assurer sa reproduction et le maintien de sa propre domination, la classe dominante a recours à deux outils : l’idéologie et la violence. Si l’idéologie est diffusée à travers toute la société, et incite chacun-e à rester dans le rang qui est le sien, la violence doit ramener dans le droit chemin les déviants et les opposants. L’État, garant de cette reproduction de classe, assure le monopole de la violence par l’intermédiaire de sa police. Autrement dit, la fonction sociale de tout corps de police est d’assurer le maintien de la domination d’une classe sur une autre, soit de manière « soft » en appliquant simplement la loi, soit par la répression à proprement parler. En tant que syndicat révolutionnaire, nous souhaitons renverser la classe dominante, et nous nous opposons donc fortement à son idéologie dominante, et à sa police.

Contre la police, construisons une solidarité entre chacun-e.

Pas de justice, pas de paix.