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Grève des loyers

Alors que le mouvement de grève des loyers semble une certitude dans plusieurs grandes villes Nord-Américaines comme Toronto, Montréal, d’habitude si à gauche, semble avoir de la difficulté à ajuster ses violons. Ce n’est pas parce que la nécessité s’y fait moins sentir. Bien au contraire. Ce matin le journal le Devoir révélait que la moitié des travailleurs et travailleuses dispose de moins d’un mois de coussin financier et que pour la moitié d’entre eux et elles il ne s’agit que d’une petite semaine avant d’être complètement à sec. C’est dans ce contexte que diverses voies se font entendre afin de régler la pressante question du loyer du 1er avril.

L’équipe de communication du SITT-IWW Montréal offre ici la parole à Tim, Chloé et Alex et Sarah. La première est de Tim dont la réflexion a été partagé sur le groupe RentStrike\Grève des loyers Montreal, qui comptent près de 3500 membres. Un récent sondage partagé sur le groupe montre que près de 20% d’entre eux et elles feront la grève coûte que coûte et qu’un 55% supplémentaires se posent des questions, mais aimerait beaucoup y participer. Suite à l’annonce à l’interne que nous allions faire paraître cet article, deux membres ont voulu ajouter leur grain de sel. Chloé, anciennement au Comité Bails Hochelaga-Maisoneuve, travaillant actuellement dans l’événementiel et en faveur d’une ligne plus combative et Alex et Sarah sont salarié.es dans des Comités logement et militant.es de longue date pour le droit au logement. Il.les partagent avec nous comment les choses se vivent à l’interne pour les organismes de leurs réseaux.

Réflexion sur RentStrike/ Grève des loyer – Montréal
Tim, voix active au sein du mouvement pour la grève des loyers aux États-Unis

Je vois passer de nombreux appels à la grève des loyers de la part de gens qui n’ont jamais organisé de mouvements de locataires et qui ne sont pas impliqués dans les efforts locaux et nationaux pour mettre en place de telles organisations.

D’un côté, c’est une forme de dangereux amateurisme; les adeptes de la spontanéité aiment à croire que « si nous formulons des revendications et que les gens les soutiennent, tout finira par se mettre en place ». C’est du suicide, et c’est le fruit d’une certaine tendance de gauche trop paresseuse pour mettre sur pied les organisations nécessaires à la lutte dans les périodes de ressac entre les moments de crise.

Voici ce qui fait qu’une lutte est victorieuse : un large soutien de nos communautés, des relations de confiance prééxistantes entre les grévistes, des fonds pour soutenir la grève, et une stratégie. Pour le moment, rien de cela n’est en place dans la « grève des loyers 2020 ».

D’un autre côté, les locataires ne pourront pas payer des sommes qu’illes ne possèdent pas. La plupart des locataires ne paieront pas leurs proprios le mois prochain non pas du fait de croyances idéologiques mais parce qu’illes n’ont pas de cash. En ce sens, nous sommes en présence d’un mouvement spontané, créé par des besoins matériels de dernière nécessité plutôt que par du militantisme d’extrême-gauche.

Les revendications de la grève des loyers touchent également à une question politique centrale : pourquoi devrions nous donner la moitié de nos revenus à une classe de parasites qui ne nous offre rien en retour? Le loyer n’est rien d’autre qu’une forme de racket : « paye, où je t’envoie la police pour te sortir de chez vous avec des guns et des matraques ».

Le fait que de nombreuses villes aient mis en place des moratoires sur les évictions nous montre que nous bénéficions d’un momentum politique pour imposer de grosses concessions à la classe dirigeante. Un moratoire sur les loyers et l’organisation des locataires contre leurs propriétaires pour lutter en faveur d’une amnistie immédiate des loyers (ou au moins d’une réduction significative des loyers) sont des combats que l’on peut gagner, et les militant·e·s ne devraient pas réduire leurs efforts au moment même où de nouvelles opportunités sont rendues possibles.

Donc ne payez pas votre loyer si vous n’en avez pas les moyens! Mais, et c’est plus important encore, organisez-vous! Le fait de s’organiser sera mille fois plus efficace politiquement que si nous agissons individuellement de manière isolée, je peux vous le garantir! Actuellement, le mouvement n’a pas la capacité de mettre en œuvre ses revendications de grève de loyers. Malheureusement – et c’est ce dont les communistes se plaignaient souvent – trop de travailleur·euse·s voient les syndicats comme des casernes de pompiers : illes n’y ont recourt que lorsqu’illes sont dans le trouble. Contactez vos voisin·e·s, et impliquez-vous dans votre syndicat de locataires le plus proche, au plus vite.

Pour aller de l’avant – et ce qui est sans doute encore plus important que de savoir s’il faut soutenir ou non les revendications de la grève, les moratoires, etc. – il nous faut préparer notre mouvement pour le moment où la classe dirigeante et son gouvernement vont essayer de faire rentrer les choses dans l’ordre et imposer un retour à la normale.

Une grève des loyers est discutable dans le contexte où les tribunaux sont fermés et que les évictions ne sont pas mises en place. Mais dans tous les cas, même si la roue de la justice tourne lentement elle finit toujours par écraser sa cible. Sans intervention politique soutenue de la base, nous serons témoins d’une vague d’évictions une fois que le danger immédiat du coronavirus aura disparu. La réelle question pour nos mouvements est de savoir si nous sommes prêt·e·s pour le retour à la normale.

Le truc, avec la rhétorique radicale, est qu’il faut l’accompagner d’actions à un moment donné. C’est très joli de jaser de grève des loyers du confort de sa maison derrière nos écrans, mais avons-nous la volonté de mettre l’épaule à la roue pour défendre nos ami·e·s et voisin·e·s face aux évictions qui se préparent?

Deuxième réflexion sur la grève des loyers
Chloé, membre du SITT-IWW et ancienne salariée du Comité Bails Hochelaga-Maisonneuve

Disclaimer ; J’ai travaillée au sein d’un comité logement de 2011 à 2014, donc je ne suis pas une personne «n’ayant jamais organisée de mouvement de locataires». Par contre, je dois avouer que je suis un peu désillusionnée du mouvement communautaire. Et aussi, je ne suis pas activement impliquée pour le moment dans le mouvement de grève de loyers.

Moi aussi j’ai vu passer les appels à la grève du loyer. J’ai aussi lu quelques commentaires venant de personnes militantes qui émettent des réserves face à ce mouvement. Si je me pose encore des questions sur comment tout cela pourrait prendre forme hors des réseaux sociaux, je suis déçue de la réponse de ceux et celles qui sont critiques face à l’initiative.

Comme près d’un million de personne au Canada, j’ai perdu mon emploi dans les derniers jours suite à la pandémie. Je me demande comment je vais pouvoir payer mon loyer du mois d’avril et du mois de mai, car on nous a dit que les chèques d’assurance-emploi prendrait minimalement 1 mois à arriver. En vérité, je sais que je ne le payerai pas. Quand j’ai vu l’appel de la grève, je me suis sentie moins seule et j’ai bien vue que beaucoup d’autres personnes étaient dans la même situation que moi. Cela m’a rappelé une des premières choses que j’ai apprise quand j’ai commencé à m’impliquer dans le mouvement pour le droit au logement ; avoir des problèmes de logement, ce n’est pas de ma faute, c’est une question collective et politique. J’ai aussi appris que la réponse à ces problèmes devait également être collective et politique.

On reproche à l’initiative de la grève des loyers de ne pas avoir suivie la logique d’organisation qui a fait ses preuves ; être issue d’un mouvement déjà institué, avoir fait de la mobilisation un-e à un-e dans nos communautés, une stratégie de défense légale, etc. Mais la situation que nous vivons est sans précédent pour notre «époque». Nous sommes confiné-e-s chez soi, on ne peut pas se rassembler, nos comités logements sont fermés, etc. On n’a donc pas le choix de modifier nos stratégies dans l’immédiat. Je pense qu’on ne peut pas juste se dire que, une fois la crise derrière nous, on se remettra en marche plus fermement. On peut profiter du momentum.

Les comités logement ont déjà fait un premier gain dans cette lutte ; la suspension des audiences et des jugements menant à l’éviction de locataires. Je trouve que ça mets la table pour la suite ; un mouvement de grève qui a comme revendications le gel des loyers et des hypothèques. Sinon c’est quoi la suite ? Certain-e-s parlent de demander des suppléments d’urgence ? Cette mesure fait souvent débat dans le milieu du droit au logement car elle ne remet pas en question le système du marché locatif privé, la cause même de notre insécurité de logement.

Bref, je ne comprends pas pourquoi des personnes sont si réticentes à ce que l’on accole le mot grève à notre incapacité de payer notre loyer. Je ne vois pas en quoi ne pas payer en silence serait plus favorable. Je ne vois pas comment ne pas s’inscrire dans un mouvement, bien qu’il ne soit pas parfaitement organisé, va nous aider.

Je pense que plusieurs questions sont légitimes ; que ferons-nous quand la régie du logement sera ré-ouverte et que des milliers de locataires recevront un avis d’expulsion ? Comment la solidarité va s’articuler hors de Facebook après coup ? … bah qu’on fasse la grève ou pas, on devra faire face à ces situations … donc aussi bien en prendre en compte dès maintenant et s’organiser en conséquence, ensemble.

Troisième réflexion sur la grève des loyers
Alex, membre du SITT-IWW, et Sarah, sympathisante, travaillent dans des comités logement et militent depuis longtemps pour le droit au logement.

Nous sommes travailleur.euse.s de Comités logement ou impliquéEs depuis plusieurs années dans des groupes pour le droit au logement. Nos opinions n’engagent que nous et ne représentent pas les positions des organismes pour lesquels nous travaillons, ni de leurs regroupements. 

La mise au chômage massive d’une grande partie de la population amène son lot d’inquiétudes. Au fur et à mesure que les magasins, dépanneurs et autres restaurants ferment, le sentiment d’insécurité augmente. Plusieurs travailleurs et travailleuses salarié.e.s ont soumis leur demande d’assurance emploi et attendent encore un quelconque signe de l’État canadien que leur demande a bien été déposée et bien acheminée. D’autres ont fait leur demande pour les aides financières du gouvernement du Québec et attendent de savoir s’ils seront admissibles ou pas. Il y a aussi celles et ceux qui étaient déjà sur des programmes d’aide de dernier recours et dont les revenus sont grandement limités, dont la santé est à risque ou encore qui ne sont éligibles à aucun programme parce que sur l’aide sociale et/ou vivotant en travaillant au noir.

On se demande comment on fera pour survivre si on se fait bouffer le reste de nos économies le 1er du mois. Plusieurs locataires, en plus du stress lié au paiement (ou non) de leur loyer, vivent un paquet de problèmes de logement qui s’accumulent depuis un certain temps.

Suite aux pressions exercées par le FRAPRU et le RCLALQ, plusieurs gains ont été obtenus, mais c’est encore insuffisant. Les audiences jugées non-essentielles ont été suspendues. Pour la durée de la crise sanitaire, les locataires ne se verront pas expulsé.e.s ou évincé.e.s de leur logement. On s’attend quand même à ce qu’il y ait des évictions massives une fois la crise sanitaire levée, que ce soit pour non-paiement, retards fréquents, ou en lien avec un bail résilié suite à entente ou jugement. Le gouvernement du Québec recommande maintenant de ne pas faire de visite physique du logement pour la durée de la crise. Les services d’inspecteurs.trices municipaux et les services d’extermination sont maintenus, mais tout est au ralenti, et il y a intervention uniquement dans les cas urgents. Il est aussi demandé de prévoir des suppléments au loyer d’urgence, de faciliter et accélérer l’accès aux aides financières des différents paliers de gouvernement, et enfin que toute éviction imputable au non-paiement du mois d’avril soit interdite.

Pendant ce temps, des individu.e.s et des collectifs autonomes plus ou moins organisés ont lancé des appels à la grève des loyers. Quelques pages facebook ont été créées ainsi que des groupes de discussion. Plusieurs informations contradictoires et parfois fausses ont alors circulé : les proprios auraient un congé de taxes et de paiement d’hypothèques, les personnes qui ne paient pas leur loyer ne seraient pas poursuivies, etc. Nous ne commenterons pas sur les faussetés qui circulent, mais vous invitons plutôt à consulter votre comité logement local ainsi que cette page : : https://grevedesloyers.info/legal/. Si une interdiction des expulsions des locataires qui n’auront pas payé leur loyer le 1er avril était décrétée, rien n’indique que les grévistes politiques, ceux qui ont écrit publiquement et informé leur proprio qu’ils ou elles ne paieraient pas, en support aux locataires incapables de payer, seraient épargnés. 

Il est demandé aux comités logement et à nos regroupements, le FRAPRU et le RCLALQ, d’appuyer ces initiatives. Les regroupements nationaux n’ont présentement pas de mandat pour supporter une grève générale des loyers. Même entre travailleurs et travailleuses, entre membres de conseils d’administration (CA) des regroupements nationaux et militantes actives avec qui on a un lien plus fréquent, on est très loin d’avoir un consensus, et ce n’est pas encore le cas ni au sein des équipes de travail, ni au sein des CA locaux.  Dans les discussions internes que nous avons eues entre travailleurs et travailleuses, plusieurs considèrent que la participation à une grève des loyers comporte des risques pour les ménages locataires vulnérables qui sont plus grands que les perspectives de gains d’un mouvement ne mobilise pas une masse critique. Bref plusieurs réticences sont exprimées.

Il faut savoir qu’au niveau des groupes locaux, comme plusieurs autres travailleurs et travailleuses, nous sommes depuis lundi soit au chômage, soit en voie de transférer nos services d’information juridique de nos locaux vers le télétravail. Les demandes d’aide de locataires sont encore constantes, nous avons nos membres à rassurer et à informer de la situation. Comme tout groupe avec une certaine structure, nos processus décisionnels prennent parfois un certain temps. On fonctionne démocratiquement. On se dote annuellement de plans d’action, adoptés par nos membres, qui participent ensuite à sa réalisation dans des comités de travail ou des comités de mobilisation. Nos locaux étant fermés, il nous est présentement impossible de se consulter, d’évaluer collectivement les pour et les contre des actions proposées, et encore moins d’amener des propositions à nos regroupements, chose qui doit aussi être faite en assemblée générale. En bref, pour le moment, les comités logement se concentrent afin d’assurer le service d’information juridique et sont donc disponibles pour répondre aux questions d’ordre légales. Il ne leur sera probablement pas possible de se positionner d’ici l’essor ou l’échec du mouvement.

Les permanences de nos regroupements travaillent présentement sur un paquet d’enjeux, qui vont des revendications historiques (logement social, gel des loyers, registre des baux), à des revendications en lien avec la crise sanitaire : mesures d’urgence pour les locataires, moratoire sur les expulsions, droit de visite du proprio, et ce alors que les comités logement sont fermés ou en réorganisation, et que plusieurs locataires se tournent vers les regroupements pour être informés sur leurs droits. Les regroupements semblent donc présenter des demandes concrètes qu’ils savent pouvoir gagner à court-moyen terme et dont les mesures à prendre seraient applicables rapidement sans faire objet de contestations longues et coûteuses qu’un gouvernement essaie généralement d’éviter. Ça ne signifie pas que ces regroupements ne puissent pas concrètement appuyer les revendications des grévistes, mais ils font des choix en fonction des capacités présentes et de l’état de la mobilisation, tant à l’interne, que dans nos groupes et dans la société civile.

Le FRAPRU et le RCLALQ cumulent à eux deux plus de 80 années d’expériences militantes, de mobilisation et de représentation. Les salarié.e.s et les militant.e.s qui en font partie en ont vu passer des grèves de loyer, des occupations, des mobilisations, des crises économiques ou sanitaires, des catastrophes. Cette longue expérience leur permet d’avoir une perspective éclairée sur là où des gains sont à faire, là où des risques sont pris, et ce qu’il faut pour construire un mouvement social fort. À défaut d’être nécessairement d’accord avec leur positionnement présent, on se doit de prendre en considération leurs réticences et leurs opinions sur le sujet.

Une grève généralisée des loyers est un projet ambitieux qui nécessitera beaucoup d’organisation. De ce que j’en sais, cette idée est sortie publiquement il y a moins de deux semaines et reste présentement très marginale. Il est vrai tout de même qu’une crise sociale est un facteur accélérant au développement d’un mouvement social. Plusieurs moyens d’action et de diffusion sont proposés mais n’ont pas été débattus. Mettre un drap blanc pour signifier notre solidarité, écrire à son propriétaire, contacter nos éluEs locaux, faire des campagnes d’affichage, discuter avec nos voisins, ça prend du temps. 

Est-on prêt à mener une grève des loyers? Est-ce que l’objectif de tenir une grève des loyers pour le 1er avril est réaliste? Est-ce que le risque pris présentement en vaut l’effort? On est présentement dans l’incertitude. Il manque plusieurs conditions pour que les différents collectifs et individu.e.s présentement à l’oeuvre puissent développer un mouvement social fort et combatif. D’ici le mois prochain, on aura tout le temps de réfléchir à des façons de se rencontrer, de débattre, de développer nos revendications, notre organisation et les moyens d’action à privilégier.

Solidairement vôtres,
Alex (x377511) et Sarah (sympathisante)

Crédit Photo: https://www.facebook.com/grevedesloyers2020/

À quand la grève?

Avec la Journée internationale des travailleurs et travailleuses qui est toute proche, je me suis mis à réfléchir à ma job, à la société en général, à un peu tout. Pis ça va mal à shop, comme dirait l’autre.

 

Les inégalités sociales explosent depuis des années. Nos salaires stagnent tandis que nos loyers augmentent sans arrêt. Aller faire une épicerie ou payer le bill d’hydro est de plus en plus un exercice comptable. Patrons et PDG, eux, se donnent des gros bonus et souvent à même l’argent que l’État prend de nos poches pour leur sauver le cul. L’environnement, lui, pendant ce temps-là,  continue de se prendre des claques pour satisfaire de riches actionnaires d’industries en voie de (nous faire) disparaître. Faire valoir nos droits en tant que travailleurs et travailleuses, ça relève du bon vouloir des tribunaux, quasi toujours là pour faire la belle vie à nos boss. Et pour s’assurer d’avoir une belle ambiance sociale, ajoutons à cela les politiques racistes qui ne font que nous diviser tandis qu’on nous appauvrit.

 

À échelle moins macro, ça fait quelques années que je suis intervenant et je dois dire que je trouve ça difficile. Pas tant la job, parce que j’aime profondément les gens que j’accompagne et avec qui je travaille. Mais c’est difficile de voir ces personnes, mes collègues comme les participant-e-s de notre organisme, devoir se débattre contre un système de plus en plus violent pour essayer d’obtenir des services ou faire respecter des droits qui sont censés nous être acquis. C’est tough de voir de plus en plus de monde dans la misère pendant qu’on nous demande de remplir des statistiques et de répondre à des attentes bureaucratiques épaisses. Et rough de voir mes collègues (et moi-même) se brûler par les deux bouts à essayer de compenser avec des miettes pour un État qui n’a plus rien de providentiel.

 

Mais on est pas aussi isolé-e-s qu’on le pense. Si mes collègues et moi-même on le sent qu’on fonce droit vers un mur, ça veut dire qu’on est pas les seul-e-s à en avoir ras-le-bol. Pis ça me force à réfléchir. Ça me force à penser que je peux plus attendre après mes coordos et ma direction collabo qui me disent de me taire, qu’il y a rien à faire, pendant qu’eux y gèrent ça, le communautaire. Comme dit un camarade, on peut pas se permettre d’avoir la classe floue. Plus, ça me force à faire un portrait de la situation et à me demander où on s’en va en général, comme société.

 

Donc, collectivement, on fait quoi pour stopper ces attaques? On fait quoi pour non seulement arrêter de manger la volée, mais pour aller chercher ce qui nous revient de droit, soit des meilleures conditions de vie pis le dernier mot sur comment on la fait rouler, cette société? Comment mettre à profit notre meilleure arme, soit la solidarité?

 

Ma réponse est celle-ci : un arrêt complet de la machine (et de toutes les plus petites), pour faire plier l’État et nos boss, tentons la grève générale.

 

Et je fabule pas trop (j’espère). En 2014, plusieurs groupes, notamment les IWW et des regroupements communautaires, dont la Coalition Main Rouge, ont appelé à une grève générale le 1er mai 2015. Pendant un an, des militant-e-s des IWW et de différents groupes communautaires ont organisé des assemblées, ont multiplié les moments où se réunir pour se concerter et se préparer pour une journée de grève générale. Bon nombre d’associations étudiantes et quelques syndicats, notamment de l’éducation, ont emboîté le pas. Le contexte s’y prêtait bien : le secteur public tombait en négociation et les compressions étaient l’ennemi commun. Le mot « austérité » a été mis sur la map.

 

Le contexte actuel a des différences et des similitudes. On subit toujours les mêmes politiques qui favorisent la classe des boss. Il y a un nouveau gouvernement provincial en place, qui ne cesse de se mettre les pieds dans les plats et qui a vite fait de montrer son mépris pour les travailleuses et travailleurs (on a qu’à penser aux paroles de Legault à propos du lock-out d’ABI, un boss ça reste un boss).

 

L’an prochain, le secteur public sera à nouveau en négociation. Les infirmières ont démontré depuis plus d’un an leur écoeurement généralisé. La CAQ s’attaque aux enseignant-e-s, que ce soit par son projet de loi sur les symboles religieux ou par leur obsession pour la création de maternelles 4 ans, alors qu’il y a un manque flagrant de personnel pour combler ces futurs postes, aussi peu désirée soit cette promesse électorale. Les associations étudiantes ont bien changé, mais le mouvement pour la rémunération des stages a fait parler de lui.

 

Mais bon, pour une grève générale, il faut du monde pour lancer le bal. Pis surtout, avoir un discours plus combatif et plus rassembleur que les centrales syndicales, toujours prêtes à se pencher pour garder la paix sociale.

 

Sans qu’on se pète les bretelles, je crois qu’on peut convenir que les travailleuses et les militantes du communautaire ont prouvé plus d’une fois leur capacité à brasser de la marde et à (se) mobiliser. Malgré l’éléphant qu’est le secteur public et l’attention qu’il occupera durant les négociations, le communautaire pourrait très bien lancer un appel à la mobilisation en vue d’une grève dans le communautaire et par le fait même inviter ses alliés dans les mouvements syndicaux et étudiants à faire de même. Surtout que les infirmières et les enseignantes semblent aussi écoeurées de leurs conditions, il y aurait de belles alliances sur des bases autonomes à faire.

 

La Coalition Main Rouge et la Coalition du 1er mai 2015 avaient démontré leur capacité à rejoindre différents groupes et à créer des liens en 2014-2015. Ces mêmes groupes une fois mobilisés avaient opté pour des actions selon leurs moyens. Des grèves illégales dans plus de dix cégeps, une interruption des activités économiques dans certaines régions, des grèves étudiantes, des voies de transports bloquées; des occupations de bureaux ministériels par-ci, des manifestations par-là, une grève générale quoi.

 

Il n’y a pas de formule magique pour faire une mobilisation ou obtenir des gains. Je n’ai pas la prétention d’avoir un plan de match parfait, d’autres ont de meilleures analyses et savent sûrement mieux que moi comment on pourrait fesser le plus fort. Mais je suis un intervenant communautaire et militant syndical écoeuré, pis quand je regarde l’épuisement de mes collègues, les burn outs qui s’accumulent pis le monde en général en arracher de plus en plus, je ne peux pas m’empêcher de me demander, en 2020, dans le communautaire, on la déclenche quand la grève?

 

Solidarité,

Un membre du comité communautaire des IWW Montréal.

En grève pour la planète

Nous sommes en 2019. La situation sur la Terre est catastrophique. La couche d’ozone est en voie d’être complètement détruite par les gazs carboniques des voitures, l’industrie chimique, et le push-push en cacane. Résultat : la Terre se meurt sous les rayons du soleil. Il faudrait éventuellement trouver une nouvelle planète où déménager 8 milliards de tatas, mais une providentielle série pour enfant ayant bercé une génération complète de ces tatas nous ayant prévenu que les gouvernements et le grand Capital n’apprendront jamais de leurs erreurs, la population terrienne décide de se mettre en grève pour sauver ce qu’il reste à sauver.

 

Alors qu’en juillet 2017, le journal britannique The Guardian publiait les résultats d’une étude démontrant que seules 100 compagnies sont responsables de plus de 70% des émissions globales, il devient de plus en plus dérangeant de parler de choix personnels et de jouer le jeux de la culpabilisation ou de la morale pour traiter d’écologie. Si des espèces animales disparaissent, que le nombre de morts humaines dues aux vagues de chaleur augmentent été après été et que nos années sur Terre sont comptées, ce n’est pas parce que le bac de recyclage du voisin n’est pas assez plein ou que notre collègue a oublié de mettre son trognon de pomme au compost.

 

Juste à Montréal, ce sont plus de 150 000 de personnes qui se sont rejointes au pied du Mont-Royal le 15 mars 2019 pour manifester leurs craintes face à l’avenir et exiger du gouvernement et des compagnies des actions immédiates. En matinée, la Commission Scolaire de Montréal annonçait devoir fermer les portes de plusieurs de ses établissement d’enseignement secondaire suite aux pressions de nombreux étudiants et nombreuses étudiantes qui ont formé des chaînes humaines afin d’empêcher les cours d’avoir lieu. Dans plusieurs quartiers, le voisinage des écoles primaires a pu assister durant les récréations ou après l’école à des manifestations d’enfants accompagné-e-s de leurs enseignant-e-s. Loin d’être confinées à Montréal, on recensait une dizaine d’actions prévues à travers la province, dont à Québec où plusieurs milliers de manifestant-e-s prirent d’assaut les rues. Rappelons que les membres de 120 associations étudiantes issues de 35 établissements différents étaient en grève ce vendredi. Ces dernières ont d’ailleurs pu compter sur le support de nombreux groupes citoyens, organismes communautaires et syndicats comme le SITT-IWW, la Fédération Autonome de l’Enseignement, la CSN et le Syndicat des Employé-e-s du Vieux Port pour n’en nommer que quelques-uns.

 

À travers le monde, la vague écologiste s’est étendue à plus de 125 pays, pour un total de 2083 actions enregistrées et mais ce n’est qu’un début! L’organisation Earth Strike, annonce d’emblée de nouvelles manifestations pour le 27 avril, afin de profiter du momentum du 1er mai pour resserrer les liens avec les organisations syndicales, et le 1er août, comme répétition générale, afin que le mouvement culmine vers une Grande Grève Générale Mondiale visant à sauver la planète, le 27 septembre.

 

« A revolutionary ecology movement must also organize among poor and working people. With the exception of the toxics movement and the native land rights movement most U.S. environmentalists are white and privileged. This group is too invested in the system to pose it much of a threat. A revolutionary ideology in the hands of privileged people can indeed bring about some disruption and change in the system. But a revolutionary ideology in the hands of working people can bring that system to a halt. For it is the working people who have their hands on the machinery. And only by stopping the machinery of destruction can we ever hope to stop this madness. »  ― Judi Bari (1947-1997), IWW et Earth First!

 

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Crédit Photo: Patrick Sicotte

Communiqué de presse – 1er mai 2015 du SITT-IWW

Des milliers de travailleurs et travailleuses venant de la base ont manifesté, bloqué et perturbé l’économie pendant toute la journée du 1er mai 2015. Nous avons été très nombreux-ses à nous opposer au projet libéral du gouvernement et à contester les mesures d’austérité que celui-ci espère nous imposer. La journée internationale de luttes des travailleurs et travailleuses du 1er mai 2015 a été un grand succès.

De nombreuses autoroutes ont été bloquées, des dizaines d’actions de perturbation et blocage ont été menées tel que des occupations de banques et de chantiers de construction. Plusieurs actions directes ont aussi été faites dans la nuit précédant le 1er mai. Le Syndicat Industriel des Travailleurs et Travailleuses/Industrial workers of the world, de Montréal (SITT/ IWW) a participé à cette journée de combat en multipliant les actions et perturbations. Dès le matin, le SITT-IWW Montréal a bloqué les services municipaux de la ville de Montréal en soutien aux cols bleus en lutte, un blocage économique a également été fait en bloquant le service de contrôle du stationnement. Le SITT-IWW a ensuite manifesté aux côtés de dizaines de groupes sociaux et syndicats lors de la manifestation au centre-ville de la Coalition opposée à la tarification et la privatisation des services sociaux (« Coalition Main Rouge »).

Pendant l’après-midi, le SITT-IWW a organisé une zone de grève avec un BBQ syndical, en plus de bloquer Brébeuf, la rue où se situent nos bureaux. Ensuite, nous nous sommes joints à la manifestation familiale des quartiers qui a redescendu la ville en provenance de Villeray et marché aux côtés de groupes sociaux en grève ainsi qu’avec les profs contre la hausse (PCLH) , avant de nous joindre finalement à la manifestation anticapitaliste du 1er mai organisé par la CLAC.

LA LUTTE CONTINUE ! . Cette journée n’était qu’une prémisse. Il ne s’agissait pas d’un moment isolé, mais bien d’une étape s’inscrivant dans une perspective plus grande ; celle de la lutte de la classe ouvrière face au patronat et au capitalisme. Cette journée démontre la force et la capacité d’auto-organisation des travailleurs et travailleuses. Si ce qui a été fait pour une journée était multiplié à l’échelle d’une semaine, voire d’un mois, aucun gouvernement, aucune répression ne pourrait résister à notre lutte pour notre émancipation. La volonté de mettre fin à notre exploitation ne s’arrêtera pas en ce 2 mai ! Bien au contraire, la lutte se prolongera et s’intensifiera. La classe politique et l’élite économique peuvent s’inquiéter. Nous changerons les règles du jeu et entendons détruire leurs privilèges de classe, mettre à bas le capitalisme et la société polluante, patriarcale, coloniale et raciste qui le caractérise.

Leurs politiques répressives ne pourront tuer nos rêves d’une société plus juste et plus égalitaire. Au slogan conservateur « A travail égal, salaire égal! », nos bannières doivent opposer le mot d’ordre révolutionnaire « A bas le salariat! ». La lutte continue ! À bientôt, dans la rue.

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Vers la grève du 1er mai 2015!

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La lutte est déjà amorcée. Les syndicats, les étudiant-e-s et les différents groupes sociaux sont sur un pied d’alerte. Ce printemps, nous aurons besoin d’être unis. La grève générale du 1er mai 2015 ne sera possible que si nous sommes solidaires les uns envers les autres.

Rappelons-nous que le code du travail limite le droit de grève et l’action syndicale dans le but de restreindre les effets des luttes de la classe ouvrière. Il oblige les patrons et les travailleurs et travailleuses à négocier «avec diligence et bonne foi», jusqu’à adoption d’une convention collective. Mais le patronat et l’État utilisent en tout temps les lois spéciales et les lock-out pour nous bâillonner. Mais bien sûr, cela n’est pas considéré comme des négociations de mauvaise foi…

Ce même code du travail qui fait en sorte, qu’entre deux ententes, c’est la paix sociale. Pas de possibilité de grève, pas de possibilité de revendiquer. Les grèves politiques, les grèves dans les milieux de travail, ou même encore, les grèves de solidarité, sont interdites et lourdement sanctionnées. Et si le patronat consent à offrir quelques maigres concessions, c’est au prix du silence et de la soumission des salarié-e-s pour toute la durée de l’entente.

Il faut donc se réapproprier nos moyens de luttes afin de créer un rapport de force solide et ainsi obtenir ce qui nous revient. Ces lois, ces droits, qu’on semble vouloir nous donner, sont dûment réfléchis. C’est pour nous berner, c’est pour nous empêcher de nous solidariser, c’est pour nous empêcher de nous unir, c’est pour nous empêcher de lutter et de gagner!

Ne nous laissons pas dicter nos moyens de lutter par nos exploiteurs.

Soyons tous et toutes solidaires.

Le congrès contre l’austérité et vers la grève générale du 1er mai 2015 a eu lieu les 15 et 16 novembre derniers. L’objectif de ce congrès était de créer une coalition large regroupant différents groupes et syndicats de divers horizons politiques afin qu’ils s’unissent pour une journée de perturbation et/ou de grève générale le 1er mai 2015.16418_478768425597432_605857773974586701_n

Le Syndicat industriel des Travailleurs et des Travailleuses (SITT-IWW) souhaite réaffirmer son appui à la Coalition du 1er mai 2015 et rappeler qu’il n’est pas au centre du processus décisionnel. Tel que statué lors du congrès de fondation de la Coalition, les membres gardent leur autonomie de base, ce qui veut dire qu’ils et elles sont libres d’agir dans leurs champs respectifs lors de la grande mobilisation qui aura lieu le 1er mai 2015.

Le SITT-IWW est membre de cette coalition afin de faire valoir ses luttes particulières tel que l’abolition du salariat et du patronat dans une perspective autogestionnaire, voire révolutionnaire. Le SITT-IWW est d’avis qu’il faut s’unir et être tous et toutes solidaires afin de résister contre l’État pilleur, mais surtout pour faire des gains afin d’améliorer nos conditions de vie en tant que travailleurs et travailleuses. La solidarité est d’autant plus importante par temps d’austérité. Il faut mettre nos efforts en commun et passer de la parole à la pratique. Les coups se font sur tous les fronts, ripostons sur tous les fronts!

En tant que SITT-IWW, nous pensons qu’il est grand temps de mettre en causele patronat, l’État et ses subordonnés! Le droit de grève au Québec et au Canada ont été écrit par cette même classe dirigeante et possédante à notre détriment. Comme si c’était à eux de déterminer la façon qu’on les abolira. Le SITT-IWW est d’avis que tant qu’il y aura des classes et des patrons, la grève sera toujours légitime! Reprenons-nous en main, le 1er mai 2015, bloquons nos milieux de travail, ralentissons nos moyens de production, prenons la rue, grevons! Dans la solidarité, on ne pourra nous réprimer. La classe ouvrière et la classe dirigeante n’ont rien en commun!

Le 1er mai 2015, je ne travaille pas, je n’achète pas, je ne chôme pas, je combats par la grève générale!