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Peur et dégout dans une centrale près de chez vous

J’ai eu plein de jobs à petits salaires. Manutentionnaire, employé en centres d’appel ou au service à la clientèle, concierge, plongeur, commis, aide-cuisinier, vendeur de sapins, peintre en bâtiment, intervenant, name it. Dans tous les cas, j’ai toujours eu des boss à divers degrés de marde.

Un qui nous traitait de moumounes quand on refusait de travailler à 10 mètres de hauteur sans harnais; un autre qui disait toujours qu’on prenait trop de temps entre deux sondages; un qui nous espionnait à distance via caméras; d’autres qui faisaient ou toléraient du harcèlement.

Ma première expérience syndicale a été avec les Teamsters, à la Gare d’autocars de Montréal comme préposé à l’information. On était une nouvelle équipe d’environ 10 personnes embauchées par une compagnie sous-traitante. Une job d’été qui a finalement duré six ans, à 40 heures/semaine au salaire minimum avec des cadres aussi hypocrites que méprisants.

Tant qu’à avoir un boss, autant se défendre, c’est ce qui explique pourquoi je suis devenu plus tard membre des IWW, un Wobblie. Mais initialement, je n’étais pas un syndicaliste convaincu. Cette première expérience avec les Teamsters m’a même plutôt dégoûté des syndicats.

En entrant, je connaissais mon taux horaire, mais pas bien plus.  Personne ne nous disait rien. C’est notre boss, un jour, qui nous a dit que nous serions syndiqués avec les Teamsters. C’est drôle, parce que je ne me souviens pas d’avoir jamais signé de carte de membre. À l’époque, j’ai trouvé ça étrange, voire suspicieux que ce soit notre boss qui nous trouve un syndicat; maintenant je comprends qu’on se faisait avoir, big time.

Un an (ou deux) plus tard, une collègue, plus allumée au niveau de ses droits, et moi avons commencé à se jaser . Parfois avec d’autres collègues. Nos conditions de travail faisaient vraiment dures. On voulait plus que le salaire minimum, au moins 3-4$ de plus. Surtout que la moitié du staff était là depuis plus de 10 ans. Plusieurs avaient des enfants. On le savait que si on se structurait, on pouvait aller chercher de l’argent. Et du respect.

Cette collègue m’a demandé si on avait une copie de notre convention collective. Je n’étais même pas certain de ce que c’était. On a fait le tour, personne ne l’avait. À mon souvenir, c’est notre boss qui nous en a donné une copie.

Après avoir feuilleté notre convention, on a compris qu’on devait s’élire des délégué-e-s et que nombre de nos conditions de travail n’étaient pas respectées. On a contacté les bureaux des Teamsters, pour qu’on nous explique un peu comment tout ça fonctionne. On nous a donné le numéro de notre conseiller syndical, celui qui devait répondre à nos questions, nous aider à nous organiser et défendre nos droits. Le rejoindre a été laborieux. Il était très occupé disait-il. Nous n’étions visiblement pas dans sa liste de priorités. 

Ça avait l’air d’un syndicat tout croche. Pas trop intéressé par nous. À nous envoyer un gars payé 3-4 fois notre salaire, ça nous l’a rendu bien antipathique.

On a contacté la CSN, voir si on pourrait pas embarquer avec eux. Ça ne pouvait pas être pire et peut-être que l’idée de perdre nos cotisations réveillerait les Teamsters. C’était bien compliqué pour je ne sais quoi d’avoir une réponse franche de la CSN. On était pourtant dans les temps pour le changement d’accréditation. Après quelques échanges, c’est tombé à l’eau. Un jeune conseiller sympathique nous dit que la centrale n’était pas très intéressée, entre autres parce qu’on rapporterait pas beaucoup en cotisations.

Après cet épisode, nos négociations arrivant, même si on ne sentait pas supportés, on a essayé d’organiser des meetings par nous-mêmes. Il fallait bien s’organiser et visiblement personne ne le ferait pour nous. On devait parler à nos collègues et se poser des questions : Qui se tient avec qui? Qui veut quoi? Qui est potentiellement de confiance, qui voterait pour des moyens de pression, pour une grève? Ça fonctionnait de manière brouillonne. Ce que maintenant chez les IWW j’appelle de l’ « agitation, de l’éducation, de l’inoculation, du social mapping, etc. » Du syndicalisme.

On a posé des affiches pour annoncer une assemblée. On passait des petits tracts. Je me trouvais ben drôle à mettre des affiches avec des citations de Karl Marx. Mon boss, lui, riait moins. Nous n’avions pas le droit de parler de syndicat au travail. De leur bord par contre, nos boss prétextaient des rencontres individuelles à propos de l’horaire pour menacer les collègues, savoir qui disait quoi…

Ils utilisaient les plus anciennes employées pour obtenir des informations, pour répandre des rumeurs comme quoi la compagnie fermerait et qu’on perdrait nos jobs si on déclenchait une grève.

Notre conseiller syndical retournait sans presse nos appels et était rarement, voire jamais là. Lors de notre première assemblée, durant laquelle nous avons refusé l’offre du boss, notre conseiller parlait agressivement, répétait les mêmes rumeurs que les cadres faisaient circuler, disait qu’on devrait accepter le 50 cennes d’augmentation proposé ou sortir avec les piquets drette-là.

On a arrêté de lui faire confiance le jour où on l’a aperçu par hasard dans un restaurant pas loin en train de manger avec notre boss, l’air de deux bons chums. J’étais en tabarnak.

Lors de la deuxième assemblée, l’offre du boss nous faisait grimper de 1,50$ (environ) de l’heure. Le petit groupe plus combattif mais inexpérimenté qu’on était a essayé de pousser pour plus, mais l’assemblée a voté en faveur. Notre conseiller nous a dit que dans 3 ans, on aurait peut-être mieux…ce même gars qui avait plus en commun avec notre boss nous traitait comme des enfants, des imbéciles. Ça m’a fait détester les syndicats.

Gang de vendus je me disais. Les centrales pis leurs gérants d’estrades de salariés, des compagnies d’assurances plus préoccupées par la paix industrielle que les conditions de travail et de vie de ma classe.

J’ai redécouvert sous un meilleur jour le syndicalisme en rencontrant des Wobblies. Quand on m’a expliqué qu’un vrai syndicat, ce sont les travailleuses et travailleurs qui le forment et qui lui donnent ses couleurs. Que le modèle légal de la compagnie d’assurances, c’est un échec retentissant. Que c’est certainement pas en acceptant le statu quo qu’on va éviter le mur vers lequel le capitalisme nous fait foncer.

De ma première expérience avec un syndicat corporatiste, j’en retiens ceci : faut parler à nos collègues; leur demander ce qu’ils et elles vivent et comment obtenir plus, savoir ce qui les fait chier, leur rappeler qu’un boss c’est un boss, même s’il a un sourire; comprendre que ça sera pas simple, que nos collègues (et nous-mêmes), on a des vies complexes.

Toujours syndiqué avec les IWW, mais aussi par un syndicat « légal », je garde en tête qu’il faut se protéger du boss, mais souvent aussi de l’appareil syndical grassement payé, qui a peur de perdre le contrôle. Surtout si on ne veut pas se contenter de signer une convention, mais de remettre le pouvoir sur le plancher de travail.

Solidarité,

Un memre du SITT-IWW.

Retour des grèves en enseignement aux États-Unis

Retour sur les événements de l’an dernier

Lancé le 22 février 2018 par les enseignants et enseignantes du niveau secondaire de West Virginia, le mouvement de grève de 2018 s’est étendu au corps professoral des États d’Oklahoma, d’Arizona, du Kentucky, de North Carolina, du Colorado, de Washington, New-York et d’Illinois. Bien que les vagues de grèves aient été plus petites dans ces 4 derniers États, elles ont néanmoins permis au mouvement de sortir des limites du métier pour aller chercher les professeur.es associé.es de la Virginia Commowealth University et les chauffeur.es d’autobus scolaires de Georgie.

Alors que la Maison Blanche se bornait à répéter ne pas avoir d’argent dû aux coûts des pensions de vieillesses (un discours qui nous rappelle quelque chose?), les demandes des enseignants et enseignantes étaient claires: de meilleures conditions de travail et un plus grand financement en éducation. Or, comme à chaque fois que le patronat ou l’État refuse de délier les cordons de la bourse (qui se remplie à même le travail que nous faisons et les impôts que nous payons), il ne suffit que de brasser un peu la cage pour finalement réaliser que de l’argent s’y trouvait effectivement. Les gains furent massifs: réinvestissement en éducation via la taxe sur le tabac, augmentation des salaires de 5% à 25% et augmentation du salaire des employé.es de soutien ne sont que quelques-uns des gains effectués en 2018.

 

Los Angeles, Denver et Oakland relancent le bal!

Or le mouvement qui semblait s’être essoufflé depuis le mois de mai vient de réapparaitre sur le radar, cette fois via le Los Angeles Teacher Union, la Oakland Education Association (Californie) et le Denver Teacher Union (Colorado). Que demandent-ils et elles? La même chose que tout le monde! Une augmentation dans le financement des institutions afin d’offrir un environnement d’apprentissage sans moisissure et où chaque élève pourra se vanter d’avoir une chaise et un pupitre où travailler et les livres nécessaires à son apprentissage. Des conditions de travail décentes pour un métier qui peine à garder ses travailleurs et travailleuses et où la stabilité des employé.es est plus que nécessaire pour le bien-être des principaux intéressé.es: les enfants et les adolescent.es. Alors qu’au Québec c’est un.e enseignant.e sur 5 qui abandonne avant sa 5e année de carrière, aux États-Unis on parle d’un taux d’abandon définitif de 8% chaque année, toutes anciennetés confondues.

Comme dans de trop nombreux syndicats américains et canadiens, l’un des principaux obstacles auquel ont fait face les enseignants et enseignantes du sud de la frontière était la tiédeur du leadership syndical qui, on le sait, bien qu’élu pour représenter leurs membres, développe assez vite le complexe de ceux et celles qui savent mieux que les autres. Ces exécutant.es ne croient pas en la combativité de leurs membres et quand bien même qu’ils y croiraient, ils et elles ne croient pas non plus que combattre puisse amener quoi que ce soit, vaut mieux éviter le pire et demander le minimum. La grève des enseignant.es de Los Angeles, coït interrompu après 6 jours, en est un bon exemple. Ainsi, si la centrale et le corps enseignant qu’elle représente peuvent se réjouir d’avoir obtenu une augmentation de salaire de 6%, une diminution de la taille des classes et l’embauche de bibliothécaire et d’infirmer.es supplémentaire, la section commentaires de la page facebook de l’UTLA présente un goût amer. On reproche principalement à la centrale son mode de scrutin en ligne qui, n’ayant été ouvert que quelques heures, a empêché des milliers d’enseignants de participer au vote sur la ratification de l’entente. Rappelons que si le 6% d’augmentation n’est pas anodin, l’Arizona et la Virginie ont vu leur salaire augmenté de 20 et 25% suite aux moyens de pression effectués en 2018. Pourquoi le leadership de l’UTLA s’est-il borné à un maigre 6%? Mystère et boule de gomme.

 

Inutile de le souligner, le problème avec ce manque de vision de la part du leadership syndical est que cela crée un nouveau standard qui dépasse les limites de la convention ou du lieu de travail. Chaque fois qu’un syndicat accepte une entente à rabais, voir le statu quo ou pire encore ‘’un moindre recul’’ comme nous commençons à en avoir l’habitude au Québec, c’est un pas de plus vers la normalisation des défaites. Une accentuation de la pente à grimper pour ceux et celles qui voudraient plus. D’autant plus que pendant que nous émoussons nos armes, l’État continue d’affuter les siennes. Alors que le Québec commence à découvrir que les lois spéciales sont de moins en moins spéciales, les salarié.es de l’État d’Oklahoma doivent déjà préparer leur prochaine bataille alors que vient d’être déposé un projet de loi visant à criminaliser les enseignant.es qui voudrait en découdre avec leur sénateur. An injury to one is an injury to all, a manque de combativité to one is a manque de combativité to all.

En dépit de la lâcheté de certains leaders syndicaux et de la répression des leaders politiques, ce que les enseignants et enseignantes des États-Unis ont réussi à prouver est qu’il est encore possible de s’organiser avec ses collègues. Qu’il est possible de le faire localement s’en se soucier d’une centrale inerte en organisant un walk-out totalement illégal, mais parfaitement légitime, comme il est possible de reprendre le contrôle de ses assemblés et d’amener son syndicat à reprendre le rôle qui lui revient historiquement: Celui de s’assurer non seulement de notre bien-être en tant que salarié.es, mais aussi celui de porter un projet de société plus grand pour tous et toutes.

 

Solidarité,

Mathieu Stakh.

Crédit photo: thenation.com

 

La fragilité masculine et l’orgueil à l’usage des boss

L’odeur infecte du WD-40 qui brûle en irritant nos voies respiratoires et en nous faisant crever à petit feu

plane dans l’usine ce soir. C’est que mes patrons préfèrent utiliser ça pour éviter les projections pendant la

découpe de l’acier au laser plutôt que le fluide sécuritaire spécialement (ou moins nocif, du moins) conçu

pour ça. Probablement une question de prix pour sauver quelques dizaines ou centaines de dollars par

année. Pis pendant ce temps-là, notre santé, il s’en sacre. Bein oui, on est de la marde, nous autres, on est

juste des ouvriers et des ouvrières.

On en parle entre collègues au break. C’est clair qu’on va faire quelque chose avec ça, ça restera pas là !

Tout s’enligne pour une petite action directe simple, c’est-à-dire de fermer la découpeuse, qui est l’une des

trois machines d’ou toute la job part, jusqu’à ce qu’on aie de l’huile de coupe non-toxique. Presque tout le

monde est d’accord et se tient. Ouais, tout va bien excepté un détail : L’opérateur de la machine veut pas

l’arrêter…

Le champion en question s’appelle Jean (nom modifié). Jean n’est pas un plaignard ! Les plaignards, selon

lui, c’est des chochottes, et être une chochotte est quelque chose de terrible parce que Jean, vous l’aurez

deviné, souffre de masculinité toxique. Lui, les vapeurs de WD-40 toxiques, il dit que ça le dérange pas et

qu’il est capable de les endurer. Il en tire même une fierté raconter des choses comme ça dans les partys

ou au bar. Il a une job d’homme, lui ! De vrai mâle, là !

Malheureusement, Jean scrap sa santé et souffre autant que nous. Lui aussi, il va le chopper, le cancer,

inquiétez-vous pas ! Et probablement aussi qu’à quarante ou cinquante ans, il va avoir le dos fini et être

trois mois par année en arrêt de travail pis trouver sa vie plate en ****, donc il est pas vraiment plus

«toff» que nous autres. Il est juste manipulé par les boss par rapport à sa fragilité masculine.

Jean est aussi contre ça, les syndicats. Selon lui, ça protège les lâches et empêche les travaillants comme

lui de progresser. Ça nivelle par le bas. Il a plein d’histoires de travailleurs lâches qui lui ont été racontées

par «le gars qui a vu le gars qui a vu l’ours», sans contexte, qui l’empêchent de comprendre que les

employées slackaient sur la job parce qu’ils étaient en moyens de pression et que le petit nouveau zélé

scrappait leur job, ou bien que l’impossibilité de progresser dans une entreprise syndiquée est dans la

plupart des cas une riposte des Boss et le résultat d’une «pas assez bonne» convention collective.

Le Jean d’Amérique

On connaît tous et toutes des tonnes de Jean. Ça peut être des Jeanne aussi, mais typiquement, c’est des

Jean, évidemment. Les Jean sont travaillants et aiment nous le faire savoir, pis maudit que les boss

apprécient les gens pas de colonne comme eux parce qu’ils peuvent profiter d’eux et qu’ils vont presque

les remercier de le faire. C’est que les boss sont brillants : Ils ont réussi à profiter de la fragilité masculine

et/ou de l’orgueil des Jean de ce monde et à leur faire voir tout à l’envers. Ainsi, plutôt que de voir l’acte

de rébellion comme étant l’acte héroïque, ils ont plutôt réussi à leur faire entrer dans la tête que c’est, au

contraire, l’acte de soumission qui l’est ! Et les Jean endurent n’importe quoi, voir s’auto-exploitent, sans

broncher ni se plaindre pour nous démontrer qu’ils sont des vrais «toffs» et pas des lâches. Quelle ironie,

hein ?

C’est triste, au fond. Parce que des gens travaillants comme Jean, quand on y pense, c’est ça qu’on veut,

car pour être honnête, c’est vrai que des lâches qui rendent notre job plus difficile à faire, au même titre

que des colocs qui font jamais la vaisselle ou le ménage, ça craint ! Et malheureusement, les gens qui

pensent comme Jean propagent le mythe que les syndicalistes et autres gauchistes sont des paresseux et

des paresseuses de ce genre alors que ce contre quoi on est, en réalité, c’est pas le travail, c’est

l’exploitation et les injustices. Et les paresseux et paresseuses, on les laisse pas faire non plus. On a

seulement une autre approche : Nous, plutôt que de les caler, on les forme, on les écoute, on essaie de

comprendre pourquoi ils et elles ont pas envie de rentrer travailler et on fait en sorte qu’ils et elles arrivent

à être heureux et heureuses dans leur job et dans leur vie et à s’épanouir. En fin de compte, on est

beaucoup plus utiles pour enrayer la paresse que les Jean qui pensent qu’une claque derrière la tête ou un

congédiement (mais pas de BS) c’est la solution contre la fainéantise.

Quand on regarde ça comme ça, c’est nous, les héros, et les Jeans sont les lâches parce qu’en plus de

même pas avoir de colonne pour eux et elles-mêmes, ils et elles se désolidarisent aussi de leurs collègues

et font en sorte qu’ils et elles souffrent encore. Bref, avec du monde comme Jean, personne n’y gagne,

sauf les patrons. Et c’est pourquoi il faut en finir avec cette mentalité-là !

On fait quoi ?

Je n’ai pas toutes les réponses, mais je sais par contre que notre job, quand on croise un Jean ou une

Jeanne, c’est surtout pas de l’envoyer promener ! C’est de comprendre ce qui le ou la fait chier à la job,

pareil comme avec tout le monde, et l’amener recadrer ses conceptions avec des angles différents pour

réorienter ses «combats» et frustrations.

Ça peut être, par exemple, de comprendre que c’est pas contre le fait de travailler qu’on se bat, c’est contre

celui de se faire exploiter. Se laissera-t-il ou elle exploiter comme un.e pas de colonne ? Il ou elle a plus

de courage que ça, voyons ! Ça peut aussi être de l’amener à réaliser que c’est pas contre «l’équipe de

l’entrepôt qui se pogne le cul» qu’on doit chialer, mais plutôt contre leur cynisme face à des années de

demandes non-retenues à leur superviseur qui les fait chier et qui les empêche d’organiser le travail

comme ils et elles voudraient, d’une part, et d’avoir le droit de se réunir avec les gens qui travaillent dans

les autres départements sur les heures de travail pour communiquer et prendre des décisions ensemble qui

vont faciliter la job d’une étape à l’autre de l’usine. Etc.

Parce qu’au fond, le Jean ou la Jeanne est un.e bon.ne candidat.e au syndicalisme. Il ou elle a de la drive, est

souvent allumé.e, veut accomplir des choses dont il ou elle va pouvoir être fier.e, est travaillant.e, etc. Il faut

juste lui parler et lui démêler l’esprit. Aller à la source des problèmes, comme on dit.

Allez tout le monde, on se prend tous et toutes un Jean ou une Jeanne et on s’en va prendre un café avec.

Notre classe sociale en a besoin.

Solidarité !

 

Max K

 

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Montréal: Blocage du Dépôt Marseille de Postes Canada

Après avoir bloqué le plan Léo Blanchet et le dépôt de facteurs Bridge les 10 et 12 décembre derniers, la section locale intersectorielle du SITT-IWW Montréal reprend de plus belle en se rendant cette fois au dépôt Marseille en plein cœur d’Hochelaga-Maisonneuve.

 

Cette initiative de l’IWW Montréal s’inscrit dans un mouvement plus large touchant l’ensemble du Canada où rappelons que depuis l’adoption d’une loi spéciale, charcutant les négociations et forçant le retour au travail des facteurs et factrices de Postes Canada, des actions de blocages et de perturbations ont lieu aux quatre coins du pays. Vancouver, Edmonton, Toronto, Hamilton, Windsor, Ottawa, Mississauga, Montréal, Halifax et Sydney ne sont que quelques unes des villes où des membres de l’IWW ou d’autres groupes syndicaux ou citoyens ont décidé de se lever en solidarité avec les facteurs et factrices, donnant ainsi raison à Mike Palecek, président national du Syndicat des Travailleuses et Travailleurs des Postes (STTP/CUPW) qui annonçait à Radio-Canada:

 

« 50 000 syndiqué.es se sont fait interdire de tenir une ligne de piquetage devant des bureaux de postes, mais 3 millions ont encore ce droit. Nous ne sommes pas les seul.es prêts et prêtes à défendre notre droit à la libre négociation collective! »

 

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Crédit photo: SITT-IWW Montréal

Mission Accomplie au show des précaires du communautaire

Le Show des précaires du communautaire, quelle belle soirée de solidarité ce fut pour nous, membres du Syndicat des travailleuses et travailleurs du communautaire!

 

Comme syndicat « par et pour », nous n’avons pas les moyens financiers d’un groupe patronal, conséquemment, les tribunes pour s’exprimer ne sont pas monnaie courante. En fait, pour avoir la parole, nous ne pouvons attendre qu’on nous la tende, nous devons la prendre. C’est dans cette optique que l’on voulait que se déroule ce spectacle et c’est pourquoi nous voulions prêter le micro à des personnes, des organismes et des artistes qui nous ressemblent.

 

Pouvoir exprimer notre écœurement, notre fatigue, notre rage et notre solidarité devant et avec des camarades, c’est un privilège. Dénoncer le sous-financement qui nous affecte, nous brûle, les conditions qui minent notre travail, les menaces que des bailleurs de fonds comme Centraide font peser sur des groupes de défense de droits comme l’Organisation Public des Droits Sociaux  du Grand Montréal (OPDS-RM), le sexisme du filet social, tout en riant et écoutant des camarades et collègues jouer sur scène, voilà pourquoi nous avons organisé ce spectacle.

 

Et nous n’aurions pas pu espérer une meilleure réception, autant de monde. Ce fut pour nous un succès!


Un peu d’humour


Le show des précaires du communautaire a débuté avec la solide prestation de Colin, le fils de Christian Vanasse, qui semblait avoir 20 ans d’expérience à donner des shows devant publics. Les précaires du communautaire ont donc pu découvrir le prochain prodige de l’humour québécois. Ensuite c’est le père qui a fait son entrée en enchaînant les blagues contre les gens qui nous exploitent et les contradictions que le capitalisme fait peser sur nos conditions de vie. Par la suite sont arrivés les deux gauchistes par excellence de l’humour québécois : Colin Boudrias et Fred Dubé. Colin nous a fait plusieurs blagues de son répertoire politique, dont celle sur le faux-véganisme. Tandis qu’Anarcho-taquin (Fred) nous ait arrivé avec ses blagues anticapitalistes et militantes d’extrême-gauche. Enfin, Catherine Ethier nous a ébloui.e.s encore une fois de sa verve incroyable remettant en question plusieurs problématiques de notre société.

 

 

Après les humoristes, place à la musique!

Le duo Assonance Acoustique,  accompagnée de leur fille, nous a offert une prestation à couper le souffle! Le choix des chansons, douces et mélancoliques, chantées par la voix enlevante de Izabelle a su conquérir la salle et après avoir ri un brin, nous ramener dans la mélancolie de ce travail et cette lutte qu’est la nôtre. Assonance Acoustique a ensuite fait place aux Union Thugs, qui ont lancé leur partie avec un discours bien senti sur les injustices qui sévissent dans le milieu depuis trop longtemps.

 

 

En guise d’approbation, les spectateurs et spectatrices ont rapidement abandonné leur siège pour chanter en cœur Héros et Martyrs, une reprise du groupe parisien Brigada Flores Magon qui fait honneur à tous ceux et toutes celles mort.es au combat. Si la fin du concert fut éprouvante pour leur guitariste qui fêtait ses 25 ans et vu donc chaque chanson être entrecoupée d’une nouvelle ronde de shooters amenés par ses ami.es, pour nombreux et nombreuses dans la salle la reprise de Je Suis Fils de Corrigan Fest finissait de mettre la table pour le punk de The Awkwerz. Personne à son arrivée en milieu d’après-midi n’aurait pu s’imaginer que le petit bar des Sans-Tavernes allait se transformer en piste de danse pour un trash endiablé à peine quelques heures plus tard! Geneviève a, comme toujours, été une frontwoman de premier ordre. Crachant ses paroles et occupant le devant de la scène avec une présence inégalée ce soir-là au Bâtiment 7, la recette parfaite pour un parfait show des précaires du communautaire était officiellement complétée et on peut se dire : Mission Accomplie!

 

Tous les fonds récoltés au cours de la soirée ont été versés à L’OPDS-RM.

Solidarité pour toujours!

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Aux Origines du Syndicalisme de Solidarité: Rapport Minoritaire 1

Ces dernières années, j’ai contribué occasionnellement à une rubrique qui s’appelait “Wobbling the Works”, qui mettait l’accent sur l’impact des lois encadrant le monde du travail sur l’organisation syndicale. Je continuerai à écrire à ce sujet de temps à autre, mais depuis peu mon attention a été porté sur un concept que je désigne comme le “syndicalisme minoritaire”, soit une façon de décrire une méthode d’organisation qui n’attend pas après la majorité des ouvriers d’un lieu de travail pour gagner le droit légal de négocier. Ce mois-ci, je vais partager quelques aspects qui ont suscité mon intérêt et qui m’ont mené dans cette direction.

 

Récemment, j’ai dut réécrire la constitution du SITT-IWW pour nos camarades des Comités d’Organisation Régionaux, qui étaient fatigué-es des fautes d’orthographes américaines telles que “labour et “organising”. Examiner minutieusement la constitution m’a fait penser à l’idée des branches d’emplois. Une branche d’emplois est un groupe de cinq membres ou plus du SITT-IWW sur un même lieu de travail et qui  se réunisse au minimum une fois par mois. Cela implique de manière plus ou moins implicite qu’il-les discutent de leurs griefs, qu’il-les crée des stratégies pour les résoudre et établissent une présence syndicale à leur travail.

 

Je travaille présentement sur un projet qui se voulait au départ une version vidéo du pamphlet classique des IWW, “A Worker’s Guide to Direct Action”, mais qui a pris de l’ampleur après que l’on ait commencé. En faisant de la recherche pour la vidéo, j’ai vu parler Miriam Ching Yoon Louie à propos de son livre, Sweatshop Warriors, qui fournit d’excellent exemples expliquant comment les centres de travailleurs et travailleuses immigrant-es ont aidé de nombreux travailleurs et travailleuses à comprendre leurs droits et à s’organiser autour de divers problèmes au travail et dans la communauté. J’ai aussi eu la chance d’interviewer Barbara Pear, une femme de ménage à l’Université de la Caroline du Nord et présidente de la branche de l’UE numéro 150, lorsqu’elle a visité le personnel d’entretien au Collège Swarthmore, qui ont mené une campagne pour le salaire suffisant pendant plus de six ans. Le syndicat de l’Université n’a pas le droit légal de négocier, mais a pourtant eu du succès grâce à l’utilisation de moyens de pression ayant pour but d’amener les administrateurs à la table de négociation et d’obtenir des améliorations pour les travailleurs et les travailleuses les moins payé-es.

 

Je pense souvent aux façons que les travailleurs et travailleuses, qui n’ont pas le droit légal de négocier ou qui n’ont pas de convention collective, peuvent mettre de l’avant pour agir comme un syndicat, en utilisant la loi pour amplifier leur travail. Cela m’est venu à l’esprit parce que Staughton Lynd m’a demandé de rééditer notre pamphlet “Labor Law for the Rank and Filer” à un moment où j’étais devenu particulièrement cynique à l’égard de l’utilisation des lois encadrant le travail dans l’organisation syndicale. Je revenais d’une fin de semaine avec la famille Lynd, des personnes du “Youngstown Workers Solidarity Club” et leurs cohortes de perturbateurs, perturbatrices, de vétérans et vétéranes du militantisme et d’organisateurs et d’organisatrices étudiant-es, issu d’un peu partout aux États-Unis.

 

Le club s’était développé comme une centrale syndicale parallèle qui remplissait un manque quand la centrale local ne pouvait fournir un support adéquat pour une grève. Me tenir avec ces gens fut l’antidote au cynisme que je ressentais; ce n’est pas que j’ai plus de confiance en la loi, mais je me sens maintenant capable de voir les possibilités… Il y a un mois j’ai vu un documentaire, American Standoff, sur la grève de la compagnie de camionnage Overnight, que j’ai critiqué dans le dernier numéro. “Standoff” illustrait beaucoup de problèmes que la classe ouvrière n’a pas encore confronté adéquatement. Comment pouvons nous nous organiser dans des compagnies qui sont tellement anti-syndicales qu’elles sont prêtes à dépenser des millions de dollars juste pour garder les ouvrier-es loin de la table de négociation? La campagne des Teamsters chez Overnight, qui est présentement dans une situation si difficile que ce n’est même pas certain qu’elle pourra être reprise en main, n’est que le dernier exemple d’une longue liste de campagnes qui a laissé la gauche syndicale se gratter la tête en se demandant quoi faire face à un patronat autodestructeur et des lois du travail tout à fait arriérées. Évidemment, la réponse, c’est de ne pas abandonner. Mais il ne s’agit pas non plus de se contenter d’une clique d’agitateurs et d’agitatrices minoritaires sur chaque milieu de travail. Il s’agit de créer de véritables réseaux solidaires qui sont organisés et capable de gagner des améliorations dans des milieux de travail individuels, passant par les industries, et pour le bénéfice de la classe ouvrière internationale.

 

Et, enfin et surtout, plusieurs camarades de l’autre côté de l’atlantique m’ont envoyé un article sur le syndicalisme minoritaire qui a paru dans une édition récente du magazine The Nation. L’article, rédigée par Richard B. Freeman et Joel Rogers, soutient que l’AFL-CIO devrait développer un plan d’organisation qui ne dépend pas du recrutement de la majorité des travailleurs et travailleuses d’un milieu de travail. Ce qui était incroyable de recevoir de multiples copies de cet article dans mes courriels était l’étonnement des syndicalistes non-américains qui l’ont envoyé. La façon tout à fait à l’envers dont nous faisons les chaisons est absurde. Peu de pays pratiquent le syndicalisme comme nous le faisons aux États-Unis (et au Canada) avec le syndicat comme seul agent de négociation d’une majorité déclarée. Je pense que cela aiderait beaucoup si une plus grande partie des travailleurs et travailleuses avec lesquels je discute étaient au courant de comment les choses se font ailleurs, et ça serait aussi bien si les personnes d’ailleurs pouvaient voir les conséquences de notre façon d’organiser.

 

Alors, c’est le but de cette rubrique. Je veux partager ces histoires et ces expériences. Je veux connecter mes camarades avec des ressources que d’autres ont trouvés utiles dans leur travail de syndicaliste. Je ne peux pas offrir la recette du succès. Ces exemples ne seront pas toujours appropriés pour tout le monde. Mais une réflexion intelligente sur une façon d’avancer n’est pas seulement une possibilité, il s’agit de quelque chose qui est déjà en court. Et en développant des ressources pour essayer ces idées, nous allons nous donner la confiance de transformer des commentaires du genre “quelle bonne idée!” à “Je vais l’essayer!”.

 

La série des “Rapports minoritaires” a été écrite et publiée en 2002 sur le site web de l’IWW, par le FW Alexis Buss.

Lien vers l’article original: https://iww.org/about/solidarityunionism/explained/minority1

Syndicat sous le radar

Les réussites visibles

Quand on parle de syndicats, qu’ils soient à l’IWW ou ailleurs, on pense généralement à de grosses bannières bien visibles. Chez nous, les noms qui frappent le plus comme des exemples de réussites sont sans doute le Starbuck’s Workers Union qui a mis l’IWW sur la map au début des années 2000 ou encore les récentes campagnes menées par le Syndicat des travailleurs et travailleuses du Frite Alors et celui des travailleurs et travailleuses du milieu associatif en éducation, tous deux affiliés à la section locale de Montréal.

 

La pointe de l’iceberg syndical

Mais si ce n’était là que la pointe de l’iceberg? Dans la formation d’organisation 101, on nous amène à discuter et débattre de la définition la plus englobante qu’il serait possible de donner d’un syndicat. Après y avoir assisté trois fois en tant que participant et 5 fois en tant que formateur, je peux vous garantir qu’à presque tout coup nous arrivons à la même réponse : un syndicat c’est quand deux travailleurs ou travailleuses ou plus s’unissent pour améliorer leurs conditions de travail et celles de leurs collègues.

Si on regarde du côté du Syndicat des travailleurs et travailleuses du Frite Alors de la rue Rachel, par exemple, on remarque que l’action syndicale commença longtemps avant que le S-Word ne soit prononcé. Dès le printemps ils et elles mettaient de l’avant des actions collectives pour avoir droit à de la climatisation dans le restaurant, une demande qui fut suivie de quelques actions, puis par de nouvelles revendications.

Dernièrement, le Combat Syndical publiait un article parlant de salarié-es de l’industrie de l’animation 3D qui ont réussi à substantiellement améliorer leurs conditions de travail, mais l’équipe de la rédaction aurait aussi pu se pencher sur de nombreux autres exemples locaux. Des salarié-es de l’industrie de la livraison qui ont réussi à obtenir de meilleurs outils pour travailler et une augmentation de salaire de 20 %, des salarié-es de la santé qui ont réussi à limiter les dommages du modèle Lean dans leur établissement, des salarié-es de la restauration qui ont obtenu des augmentations de salaire et la réparation de plusieurs de leurs instruments de travail, des salarié-es d’un centre d’appels qui ont obtenu eux et elles aussi une augmentation de salaire.. Ce sont là des exemples d’une solidarité victorieuse et qui la plupart du temps resta néanmoins dans l’ombre. Ils sont le résultat de l’union des travailleurs et travailleuses concerné-es, de nombreuses heures de réunion nécessitant la participation de tous et chacune, et souvent de plusieurs actions, bref de l’action syndicale en bonne et due forme!

 

Sur le terrain

Un autre exemple vers lequel il est possible de se tourner est celui du Stardust Family United (SFU) à New-York. Bien que leur syndicat, dont l’existence fut rendue publique en août dernier eu à faire face à une répression monstre, on peut constater deux choses. La première est qu’en dépit des dizaines de congédiements qui suivirent la sortie publique du SFU, ce n’est que la partie émergée du syndicat qui fut congédiée. Si cette dernière a maintenu la pression en organisant des lignes de piquetage jour après jour, d’autres travailleurs et travailleuses de chez Stardust, de leur côté, ont continué à travailler sous le radar et à aller chercher de nombreux gains. D’ailleurs, nous apprenions dernièrement que deux des vétérans et vétérantes de la campagne d’organisation new-yorkaise poursuivaient leurs activités ailleurs. Forcé-es de déserter les lignes de piquetage pour se trouver un autre travail, l’une d’entre elles participa à un refus collectif de signer une nouvelle politique de discipline qui était littéralement draconienne, tandis que l’autre coordonna une sorte de marche tournante sur le patron, au sujet des pourboires laissés par carte de crédit et volés des serveurs et serveuses. La victoire fut immédiate. À l’IWW, nous disons souvent que ce ne sont pas les lieux de travail que nous organisons, mais plus tôt les travailleurs et les travailleuses directement. Qu’un des objectifs principaux derrière nos campagnes d’organisation est de créer plus d’organisateurs et plus d’organisatrices qui pourront mener la lutte sur leur actuel lieu de travail comme dans tous les autres qu’ils et elles croiseront au fil de leur vie.

 

Sortie publique ou pas sortie publique?

Il y a quelque chose de très médiatique, de très glamour à faire une sortie publique, mais ce n’est pas la seule manière de s’organiser en tant que syndicat et de gagner en tant que syndicat. Aider ses collègues à prendre pleinement conscience du pouvoir que notre patron exerce sur notre vie, puis les amener à réaliser toute la force qu’il est possible d’avoir lorsque nous nous unissons, pour ensuite prendre les actions qui s’imposent, c’est une victoire en soit! Ce sont là des exemples de travailleurs et de travailleuses qui se sont empoweré-es, ont vu leurs conditions de travail s’améliorer et se sont outillé-es pour pouvoir recommencer à se battre ou qu’ils et elles soient! En un mot : Du Syndicalisme.

 

Mathieu Stakh

 

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Retour sur Capital et travail: la collaboration de classe dans le mouvement ouvrier

Les salaires, pour les travailleurs et les travailleuses d’une société dominée par l’économie libérale ou néolibérale, n’ont représenté et ne représenteront jamais rien de plus qu’une fraction de la valeur de notre travail une fois que le capital aura pris sa part de la production sociale(1). Le capital se réserve cette part avant de redistribuer le reste aux employé-es sous forme de rémunérations qui varieront selon les critères du «marché du travail» qui cherche à imposer une valeur marchande aux emplois et au travail autonome (et de ce fait aux employé-es et travailleur et travailleuses autonomes) comme s’il s’agissait d’une marchandise. Bien sûre le capitalisme, qui ne fonctionne que s’il est en croissance perpétuelle, utilisera cette part pour croître et accroître les moyens de s’approprier une part toujours plus grande de cette production sociale, ce qui en fait un système de concentration des richesses qui mène aux résultats que l’on connaît : un nombre ridicule d’individus se partageant une part immense des richesses, des moyens de production privés et qui décideront donc des orientations que prendra cette production (pouvoir). Les possédants, dans cette doctrine économique, obtiennent donc la part du travail non obtenu par les travailleurs et travailleuses. Depuis longtemps, le syndicalisme se présente comme moyen pour remédier à cette situation. Aujourd’hui, par exemple au Québec et au Canada, les centrales syndicales ont acquis des moyens et un nombre de membres qui dépassent de loin ce à quoi auraient pu rêver les organisations ouvrières du passé. Pourtant, il semble être plus que jamais improbable qu’une transformation d’envergure de l’organisation sociale (révolution) proviennent de ces entités. Pourquoi donc? Voilà , je vous laisse avec une parti d’un texte qui offre une réponse à cette question et je vous reviens avec mon point de vue sur la question.

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Capital et travail : la collaboration de classe dans le mouvement ouvrier
par : Victor Levant (doctorant en science politique à l’université McGill), édition l’étincelle, 1977

chapitre V11 : le caractère de classe du syndicat «bona fide»
l’organisation du travail était illégale à ses débuts mais on fut finalement obligé d’accorder un «droit
d’association» à cause de la révolte de la classe ouvrière. La notion sous-jacente à la définition
d’activité syndicale légale dérivait cependant de la vision du monde capitaliste et reflétait les intérêts de
la classe du capital. Ce «droit» fut accordé de mauvais gré, sous condition et seulement après avoir
édulcoré l’essence du mouvement ouvrier : d’un mouvement de lutte politique pour l’émancipation du
travail en un mouvement de lutte économique pour des salaires plus élevés et de meilleures conditions
de travail. Ce «droit» ne fut finalement accordé qu’une fois le contenu de cette activité légale (le but,
les principes, la stratégie et les tactiques du syndicalisme) réduit à l’état inoffensif. On y réussit à coup
de force brutale, de répression judiciaire, de corruption et de mystification idéologique.
Notre analyse montrera que le «droit» d’association n’est que le droit de s’organiser d’une certaine
façon, dans l’intérêt du capital, i.e. dans le but d’assurer la permanence de l’actuel mode de production,
en conséquence, l’exploitation du travail.

La définition juridique de l’activité du syndicat bona fide se révéla n’être rien de plus que la
collaboration de classe sous la forme du «respect de la loi et de l’autorité». Cela signifiait que le travail
reconnaissait la légitimité de l’appareil d’État. Celui-ci maintenait sa domination – une domination
inscrite dans le code criminel du Canada, le code civil de la province de Québec et le code du travail
du Québec, domination aussi assurée par la nature de classe des gouvernements, de la bureaucratie, des
tribunaux, de la police et de l’armée qui, tour à tour, légifèrent, exécutent, jugent et font respecter les
lois. L’essence de cette appareil, c’est l’hégémonie, la domination politique du capital sur le travail.
Le code criminel du Canada et le code civil du Québec assurent l’exploitation du travail par la
légalisation de l’appropriation privée de la production sociale, maintiennent l’actuel mode de production
par la légitimation du contrat de travail et défendent la structure sociale existante en prescrivant toute
transformation de l’appareil d’état qui protège cette structure.

Le code du travail du Québec assure la domination du capital sur le travail en proscrivant la lutte de
masse militante, en régularisant, «routinisant» et individualisant le conflit des classes; il assure
l’intégration partielle du syndicat à l’appareil d’état en le rendant légalement responsable de
l’application de la convention collective et, enfin, il assure la dissémination de la mythologie libérale
capitaliste implicite dans le code : égalité de l’employeur et de l’employé («les droits égaux»), société
sans classe («le publique») et état au-dessus des classes («égalité devant la loi»).
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Ceci dit, en observant la situation actuelle, il est évident que cette description du syndicalisme correspond à celle des grandes centrales syndicales du Québec qui s’inscrivent dans cette catégorie de version édulcorée et édentée de ce que l’on ne peut même plus appeler un mouvement ouvrier. Le dépôt d’une simple loi spéciale du Gouvernement Libéral suffit à faire retourner au travail des milliers de travailleurs et travailleuses de la construction ayant voté-es pour la grève et ce, dans la quasi absence de contestation. Les Syndicats actuels se sont si bien intégrés à l’appareil d’état, que l’état n’a même plus besoin de faire appelle ses forces répressives pour faire respecter des règles que le Gouvernement invente au fur et à mesure au détriment de la classe laborieuse. Les élites syndicales ont assez de pouvoir sur leurs membres pour faire appliquer les lois, les plus nocives soient-elles, pour les travailleurs et travailleuses.

Le syndicalisme révolutionnaire doit reprendre sa place dans le paysage syndicales car le syndicalisme «bona fide» (de bonne foi) actuel n’est pas adapté pour combattre le néo-libéralisme ayant accepté ou ayant été forcé à être réglementé pour acquérir un statut légale comme le suggère l’auteur de capital et travail. Il a aussi été développé dans un contexte politique durant lequel il était populaire de vouloir construire, tout et tousse ensemble, main dans la main, «la social-démocratie» qui profitera à tous et à toutes sans avoir à remettre en question la structure sociale et l’appareil d’état qui la protège (mystification idéologique?). Ce syndicalisme révolutionnaire doit exercer une pression qui s’accentuera au fils des années en émettant une critique crédible du syndicalisme actuel par des textes, des actions et la mobilisation des employé-es dans des secteurs d’emplois oubliés par le syndicalisme actuel (restauration, commerce au détail, dépanneur, travailleurs et travailleuses autonomes, communautaire etc). Il doit aussi comme dans le cas e Mapei et de Poste Canada appuyer les employé-es syndiqué-es victimes de pratiques syndicales allant dans le sens de la collaboration de classe. Bref, il doit pousser le syndicalisme à retrouver son essence : produire un mouvement conduisant à l’émancipation du Travail pour éliminer la domination des détenteurs de capitaux et de moyens de productions et éliminer aussi la domination de l’état qui défend les structures légales qui permettent l’appropriation privée de la production sociale. Ce, plutôt que de mener une lutte strictement économique visant à faire en sorte que ces possédants veulent bien accepter d’être plus «généreux» dans la redistribution de la production sociale via les salaires. Voilà pourquoi je considère que le syndicalisme révolutionnaire est plus que jamais pertinent et que ses positions, ses principes et à ses actions, puisse apporter des pistes de solution en vue de la réappropriation du travail (pouvoir) par les travailleurs et travailleuses du monde.

 

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(1) J’entends par production sociale, l’ensemble du travail effectuer par une société considérant que chaque secteur économique, fonctions et activités
sont interdépendants incluant par exemple : le travail étudiant(partage, acquisition et amélioration de la connaissance), stages étudiants, travaux ménager, éducation des enfants, travail autonome, participation citoyenne etc.

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Panorama des luttes passées et à venir en Gaspésie

1909- Partout en Gaspésie, la pêche est menée par des compagnies étrangères de l’île de Jersey, avec en tête la Charles Robin, Collas and Co. Charles Robin est de loin, le pire des employeurs ; il met en effet sur pied le «système Robin» : celui-ci assure une loyauté obligée du pêcheur envers le commerçant. Pour ce faire , s’il veut acquitter sa dette accumulée durant l’hiver dans le magasin général tenu par le même commerçant, le pêcheur ne peut voir qu’une solution : accroître la quantité de morues pêchées la saison suivante. Cependant, comme c’est Robin qui décide le prix des produits et des prises, le remboursement est, à chaque saison, loin d’être complet.

Septembre 1909, les pêcheurs apprennent que les marchands fixent le prix du quintal de morue à 3,50$ alors qu’ils s’attendaient à 5 piastres. La situation est claire : on doit agir collectivement dans l’intérêt de tous et toutes. C’est donc avec la peur au ventre, mais le poing levé, que les pêcheurs entament leurs revendications le quatrième jour de septembre. Partant de petits villages près de Rivière-au-Renard, la population entame une marche qui la mène jusqu’au lieu où se trouve les commerçants ,avec la ferme intention de mettre fin à plus d’un siècle d’exploitation.

La suite de l’histoire est prévisible, les marchands font appel aux forces armées pour assurer leur sécurité, la répression est mise en place, il y aura mort, blessés, emprisonnement chez les pêcheurs et les revendications seront refusées. Cependant, quelques années plus tard, les pêcheurs s’organiseront en coopératives pour battre le monopole en place et se libéreront ainsi de l’emprise directe des commerçants. La révolte des pêcheurs fut le premier pas vers leur émancipation face à des employeurs sans scrupules. À travers ce mouvement collectif, les pêcheurs n’apprirent non pas qu’à revendiquer de meilleurs conditions de la part de leurs patrons, mais surtout, ils comprirent qu’ils devaient s’organiser de manière à pouvoir se passer d’eux.

1957- Plus connue et récemment soulignée dû à son 60ème anniversaire : la grève des mineurs de Murdochville en Gaspésie . La principale cause de cette grève fut le refus patronal de l’affiliation des ouvriers et ourières à un syndicat plus combatif versus le syndicat de boutique et catholique auquel il-les était affilié-es. Cette grève fut aussi fortement réprimée et aucun gain direct ne fut obtenu par les grévistes. Deux d’entre eux moururent durant le conflit, environ 500 furent congédiés pour être remplacés par les scabs. Cependant, on reconnaît aujourd’hui que ce soulèvement, en plein règne Duplessiste, fut le déclenchement de nombreux autres mouvements sociaux. Il força la mise en place de quelques réformes allant vers l’amélioration partielle des conditions de travail et surtout, vers le droit pour les travailleurs et travailleuses de choisir le syndicat de leur choix au lieu d’un système de représentation des ouvriers et ouvrières. Ce système de représentation, souvent mis en place par le patronat, favorisait en effet une paix permanente entre les deux parties. Malgré cette victoire, cette culture syndicale héritée des syndicats catholique perdure toujours.

Ainsi, derrière une image de destination vacances, la Gaspésie, à travers son histoire depuis la colonisation, est le théâtre d’importantes batailles entre forces productives vs les détenteurs de capitaux et leurs moyens de productions. Bien entendu, ce rapport de domination des seconds sur les premiers est toujours d’actualité.

Parlant de destination vacances, le travail saisonnier lié à l’industrie du tourisme est ici un secteur économique de premier ordre. Les petits commerçants, dans le domaine de la restauration par exemple, doivent profiter de de la manne estivale pour accumuler le capital nécessaire pour maintenir à flots leur entreprise et leur rythme de consommation à l’année, tandis que l’employé-e espère accumuler suffisamment d’heures pour pouvoir collecter son chômage en vue de sa mise à pied une fois la saison terminée ou, s’il ou elle est étudiant-e, pour tenter d’accumuler le nécessaire pour survivre à une année scolaire. Donc, les employé-es saisonnier-ères doivent produire de manière intensive durant la saison estivale et ce, malgré la faiblesse du salaire reçu. Le petit commerçant dira alors devoir offrir des petits salaires durant l’été pour engranger des économies suffisantes et des petits salaires le reste l’année, pour tenir jusqu’à la saison suivante.

Voilà ce qui m’amène à parler d’une première difficulté dans le domaine de l’organisation et de la revendication. C’est qu’il semble difficile, dans ce contexte, de revendiquer de meilleures conditions de travail sans se faire reprocher de s’en prendre «aux petits commerces qui font vivre l’économie locale». Le prétexte de la «précarité économique» des petits commerces gaspésiens semble justifier, aux yeux de plusieurs, la précarité des travailleurs, travailleuses et étudiant-es gaspésien-nes. Ainsi, les personnes travaillant d’arrache-pied dans les cuisines, les salles à manger, les cafés, les boutiques diverses pour que les touristes se sentent reçu-es comme roi et reine, jouent éternellement le rôle de support économique jetable et bon marché au service des patrons et des touristes.

Une autre difficulté d’ici dans le même domaine semble provenir du fait que dans ce milieu où tout le monde se connaît, les situations conflictuelles semblent devoir être évitées à tout prix, de peur qu’elles n’affectent les relations sociales hors travail et que les noms des personnes concernées ne deviennent synonymes de «trouble maker» et ainsi entraîner pour elles une certaine exclusion du marché du travail, problème moins présent dans l’anonymat des grands centres urbains.

Une troisième difficulté est le caractère de courte durée de la saison durant laquelle ce type d’emplois abondent. Un changement de culture est long à effectuer et demande une implication constante de nombreuses personnes. Bon nombre de ces travailleurs et travailleuses n’étant que de passage, ils et elles laissent derrière eux et elles les même conditions de travail qu’à leur arrivée, se disant que de toute façon ce n’est que temporaire. La saison hivernale serait donc le bon moment pour s’organiser avec celles et ceux qui héritent de cette situation de précarité à l’année.

Outre cela, on nous chante ici souvent la promesse de jours meilleur grâce à l’arrivée de la grande industrie : pâte et papier (la Gaspésia), ciment (ciment McInnis à Port-Daniel), pétrole (Pétrolia), industrie de l’éolienne (LM windpower)etc. Ces géants industriels, en collaboration avec l’État qui les finance, se présentent comme les sauveurs de la région. «Ils apporteraient emplois et prospérité», alors qu’à de nombreuses reprises, ce type de modèle économique n’engendre que chômage et dévitalisation. En effet, sauf dans le cas de LmWindpower qui engage plusieurs centaines de travailleurs et de travailleuses, ces industries préconisent l’achat d’équipement automatisé et n’apporte ainsi que quelques emplois qui disparaîtront aussitôt que l’entreprise subira les soubresauts d’une quelconque crise économique à Wall Street ou d’une décisions administrative prise très loin d’ici. Ainsi, elles laisseront derrière des personnes sans revenu et des ruines polluantes. Bref, il me semble qu’une organisation du travail fait par et pour les travailleurs et travailleuses dans l’optique d’une amélioration de la qualité de vie de tous et toutes serait sans doute supérieure à une distribution du travail par des dirigeants d’entreprises et d’état, décidant de produire tout et n’importe quoi, pourvu qu’il y ait un profit à en tirer pour les uns et pour les autres que leurs promesses électorales de création d’emplois semblent être tenues, au risque d’ajouter d’autres cicatrices sociales et environnementales dans la région.

Pour conclure, tout au long de leur histoire, les gens d’ici ont supporté d’intolérables traitements de la part d’élites économiques et politiques, autant sur la mer qu’au fond de la mine en passant par l’usine. Par contre, l’histoire populaire nous montre aussi que quand il est temps de se serrer les coudes entre camarades pour améliorer nos conditions, la passion, l’organisation et l’action sont au rendez-vous. Un long travail reste à faire pour déconstruire les préjugés qui divisent la population ouvrière, surtout ceux visant les personnes sans emplois, ou entre travailleurs et travailleuses permanent-es et saisonniers (chômeurs et chômeuseuses saisonnier-es). Aussi, avec un nouveau «chapitre» du groupe d’extrême droite La Meute en Gaspésie, la question du racisme et du fascisme devient prioritaire, sans oublier les luttes contre le sexisme, l’homophobie, luttes autochtone etc. Le SITT-IWW compte ici très peu de membres actuellement, mais son développement dans la région me semble fort pertinent et même urgent. Sur ce, s’il y a des personnes intéressées à venir «salter» dans le coin, gênez-vous pas!

 

Crédit Photo: Camping Québec.
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Les origines du Syndicalisme de solidarité. Première Partie: Une Bibliographie

 

Le syndicalisme de solidarité est un terme qui fut principalement amené par Alice et Staughon Lynd, inspiré par le modèle d’organisation des premières campagnes de l’IWW qui arriva à obtenir des gains sans unité de négociation légale ou même sans être reconnu par la partie patronale (les conventions collectives ne sont juridiquement contraignantes aux États-Unis que depuis la signature du National Labor Relation Act en 1935, l’équivalent canadien pourrait être l’application de la formule Rand datant de 1946). Si le principe fut aussi inspiré par les travaux de Martin Glaberman, C.L.R. James et Stan Weird, l’usage du Syndicalisme de solidarité tel qu’il est compris aujourd’hui au SITT-IWW apparaît pour la première fois en juin 2002 dans un article du magazine The Nation intitulé Open Source Unionism: A proposal to American Labor, par Joel Rogers et Richard B. Freeman.

L’idée fut ensuite développée en grande partie par les efforts d’Alexis Buss, qui servit comme Secrétaire-trésorier général du Syndicat industriel des travailleurs et travailleuses (SITT-IWW) de 2000 à 2005. C’est en lui donnant le nom de Syndicalisme de minorité, qu’il expliqua le concept dans une colonne publiée par l’Industrial Worker intitulée Rapport Minoritaire.

La littérature francophone est encore mince sur le sujet, mais pour ceux et celles d’entre vous ayant la chance de comprendre l’anglais, différents livres publiés, entre autre, par la Charles H. Kerr Company et Labor Notes sont aujourd’hui encore considérés comme des ouvrages clés. Le Quartier Général du SITT-IWW en a répertorié 9 parmis les plus importants:

  1. Punching Out & Other Writings – Martin Glaberman; édité par Staughton Lynd; Charles Kerr, 2002. 250 pages. 
  2. The New Rank & File -Édité par Staughton Lynd and Alice Lynd, ILR Press, © 2000. 288 pages. 
  3. Solidarity Unionism: Rebuilding the Labor Movement from Below – Staughton Lynd; Charles Kerr, 1993. 128 pages. 
  4. Democracy is Power: Rebuilding Unions from the Bottom Up – Mike Parker et Martha Gruelle, Labor Notes, © 1999. 262 pages.
  5. Class War Lessons; From Direct Action on the Job to the ’46 Oakland General Strike (Unions With Leaders Who Stay on the Job) – Stan Weir; Insane Dialectical Editions, 2006. 48 pages. 
  6. Singlejack Solidarity – Stan Weir; Université du Minnesota, © 2004. 408 pages. 
  7. A Troublemaker’s Handbook, How to Fight Back Where You Work–And Win! – Edité par Dan LaBotz, Labor Notes, 1991. 262 pages. 
  8. A Troublemaker’s Handbook 2, How To Fight Back Where You Work and Win! — Edité par Jane Slaughter, Labor Notes, 2004. 372 pages. 
  9. The Politics of Nonviolent Action – Gene Sharp, par Gene Sharp, Porter Sarg. © 1973. 913 pages.