Ne sois pas un-e imbécile face aux mauvaises idées

Par John O’Reilly – Réflexions sur la Lutte, publié le 20 juillet 2011 (remerciements spéciaux pour les idées et suggestions de A.Vargas, Nate Hawthorne et le groupe d’écriture des Wobs)

Dans un monde idéal, toutes les idées au sujet de l’organisation seraient appropriées, mais ce n’est pas le cas. Parfois des personnes avec de très bonnes intentions, font des choses qui leur font perdre leur temps ou pire encore, qui nuisent carrément à l’organisation qu’ils et elles tentent de construire. Nous avons tous et toutes déjà fait un bilan et déclaré: « Wow j’peux pas croire que j’ai mis tout ce temps dans un projet qui était clairement destiné à échouer ». Souvent, cette réflexion s’accompagne d’un « Wow, ce ou cette camarade d’expérience aurait tellement du m’en avertir ». Malheureusement, il arrive que les camarades Wobblies d’expérience permettent ces échecs de deux façons aussi répandues que dysfonctionnelles,  en effet agir comme un-e connard et hésiter sont deux erreurs que nous commettons à tort!

Souvent, les organisateurs et organisatrices d’expérience ne veulent pas s’imposer auprès des nouveaux  ou nouvelles membres en leur disant quoi faire de leur temps. Le résultat est souvent que ces organisateurs et organisatrices se retrouvent à observer passivement des camarades s’engager dans des initiatives qui ne font aucun sens et qui sont condamnées à échouer. Cette hésitation à s’en mêler entraîne des heures de travail perdues pour des individus et des groupes alors que d’autres options beaucoup plus efficaces s’offraient aux camarades. Cette hésitation constitue une réponse spontanée pour plusieurs d’entre nous. Nous préférons voir la personne ou le groupe se désengager par lui-même d’une direction inefficace et souvent négative plutôt que de s’investir dans une démarche exigeante de réflexions critiques. Dépasser cette hésitation est une tâche importante à laquelle il nous faut nous habituer.

Ceci étant dit, nous tombons parfois dans la tendance inverse où les organisateurs et organisatrices critiquent avec condescendance. Certes, l’expérience et nos connaissances nous permettent parfois d’anticiper un échec retentissant ce qui augmente la tentation d’agir avec condescendance, mais malheureusement ce n’est pas une stratégie adéquate pour régler les problèmes. Face à cette attitude, certain-es vont s’entêter (« Untel dit que c’est une mauvaise idée, j’m’en fout on le fait! ») et d’autres vont simplement perdre confiance en eux (« Unetel dit que c’est une mauvaise idée, je ne dois pas être un-e bon-ne syndicaliste.»). La condescendance et le paternalisme permettent parfois d’évacuer rapidement les mauvais plans, mais les conséquences fâcheuses de ces comportements ne contribuent en rien à la construction du syndicat. Il nous faut plutôt imaginer de nouvelles façons de venir à bout des mauvais plans.

Parfois, nous devons laisser les gens essayer des choses et les laisser échouer afin de favoriser l’apprentissage. Cependant, il demeure possible d’assurer une présence critique, mais tout de même encourageante. Si les membres veulent organiser un débat sur les idées de Daniel DeLeon’s sur le recrutement des travailleuses et travailleurs, nous pouvons offrir notre aide pour le tractage. Ça gaspille un peu de notre temps, mais à long terme ça nous permet de construire des liens avec ces membres, nous évite des discussions remettant en question notre implication et nous permet d’introduire de nouveaux projets plus prometteurs.  Il est aussi parfois nécessaire d’attirer l’attention des camarades vers de meilleurs projets. Par exemple, si une partie des membres pousse le syndicat à débattre longuement de la nécessité pour la lutte des classes de faire soi-même ses vêtements et de la récupération de bouffe dans les poubelles (qui ne sont pas forcément de mauvaises choses, mais celles-ci n’ont pas un lien direct avec la lutte de classe). Il serait possible d’intervenir en demandant aux membres en question : pourquoi veulent-ils en discuter lors de la rencontre générale? Il serait approprié de suggérer de discuter de ces sujets à l’extérieur de la rencontre générale et d’en profiter pour parler d’idées plus pertinentes. Lorsque des camarades poussent de mauvaises idées, il est préférable de se rapprocher de ce groupe et critiquer de l’intérieur plutôt que de l’extérieur.

Quand les organisateurs et les organisatrices agissent comme des imbéciles face à de mauvaises idées, ils découragent les gens à s’impliquer dans des aspects importants de notre syndicat. Maintenant, imaginons un autre scénario. Pensons à des membres enthousiastes dont l’idée est de tracter près d’une usine de 500 travailleuses et travailleurs avec un drapeau rouge et noir. Leur répondre sèchement que ce n’est pas une bonne idée et qu’elle ne fait qu’éloigner ces personnes du SITT-IWW risque davantage de faire en sorte que ces camarades persistent et s’enlisent dans cette mauvaise idée et ne changent pas leur perspective lors de nouvelles occasions. Les mauvaises idées ne disparaîtront pas par enchantement, ainsi nous devons construire une culture d’organisation qui reconnaît les mauvais plans réalisés dans le passé et nous apprend surtout à les anticiper. Rappelons-nous qu’agir imbécilement face aux mauvaises idées est souvent plus néfaste pour l’organisation que d’essayer de mettre en œuvre ces idées.

Notre approche avec les mauvais projets doit permettre de construire notre rôle d’organisateur et d’organisatrice. En tant que tel, nous sommes habitué-es à identifier des leaders de campagne et à tenter d’utiliser cette direction pour développer les habiletés des travailleurs et travailleuses dans leur milieu. À l’intérieur du syndicat, nous devons utiliser ces mêmes dynamiques. Par exemple, déterminer qui inspire un membre et mettre à profit cette relation pour faire jaillir des idées constructives, renforcer les liens entre les membres plutôt que de les braquer les un-es contre les autres. Au cœur de cet enjeu, la capacité pour les organisateurs et organisatrices d’être conscient-es que si leurs critiques ne sont pas prises au sérieux, ils n’aident en rien. Avoir raison n’est pas suffisant, les gens doivent avoir raison et aller dans la bonne direction.

 

John O’Reilly

AVIS: Les opinions exprimées ici ne sont pas des positions officielles du SITT-IWW et n’engagent que l’auteur.

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