Comment le capitalisme a tué (et tue encore) la musique ?

Il n’est pas rare d’entendre que la musique était meilleure à une certaine époque qu’elle l’est aujourd’hui. En effet, lorsqu’on regarde le grand paysage de la musique pop, il est facile de remarquer une diminution nette de la qualité et de la diversité musicale, mais aussi de son originalité (toujours les mêmes 4 accords, ça en est même devenu un running gag) et de la qualité des textes. On pourrait croire à tort qu’il s’agit d’une autre manifestation de cette vieille rengaine selon laquelle «tout était meilleur dans le temps», mais des données empiriques validant cette affirmation existes (voir cet article pour plus de détail).

Les «vieux» de l’industrie sortent alors nous dire que nous, les jeunes, ne savons plus faire de la bonne musique. On leur répondra aussitôt que ces attaques extrêmement condescendantes et vides de substance n’ont absolument pas lieu d’être et que toute personne s’intéressant un peu au milieu de la musique underground le sait d’ailleurs très bien. Dans les faits, l’originalité et le talent sont toujours présent.es, mais il faut simplement se donner la peine de chercher ailleurs que dans l’industrie et à la radio. En tant que professionnel dans le domaine, je dirais même que la précision des appareils d’aujourd’hui et les standards de qualité inatteignables auxquels la musique enregistrée nous a habitué.e.s tels l’auto-tune, les percussions réalignées sur le métronome, le sampling pour donner plus de puissance aux drummers, les voix doublées pour donner plus de texture, l’ultra-compression, etc., forcent les artistes à être probablement encore plus performant.es live qu’à l’époque! Par exemple, savoir jouer au métronome en spectacle n’était pas un standard en 1990. Aujourd’hui si. Et laissez-moi vous dire que c’est un défi de taille. Le problème n’est donc pas au niveau des artistes.

Alors qu’arrive-t-il avec la musique ? Et que faut-il pour la sauver ?

Et bien… je crois qu’un regard anticapitaliste sur la situation permet d’éclairer bien des zones obscures qui sont délaissées par les critiques habituelles, mais aussi de possiblement trouver des pistes de solution au problème. Laissez-moi vous donner mon point de vue sur la situation!

«Y a pu d’argent»

Dans le système capitaliste, le nerf de la guerre, c’est l’argent. L’argent, ça représente tout d’abord les ressources qui nous permettent de faire ce qu’on veut (ou ce qui doit être fait), mais aussi la motivation première derrière les choix des investisseurs. Il est d’ailleurs important de distinguer ces deux choses puisque la première définit pourquoi les artistes émergent.es n’arrivent plus à faire de la musique de qualité et la deuxième explique pourquoi les artistes pop n’y «arrivent» (euphémisme car cela est délibéré) pas non plus. Elles régissent toutes deux les comportements humains, mais de façon différente parce que dans des contextes différents, mais donnent sensiblement le même résultat.

Mais revenons à nos moutons : l’argent n’entre plus dans les coffres ! Pourquoi? Et bien, plusieurs raisons l’expliquent : il y a entre autres le fait que nos conditions économiques diminuent de plus en plus chaque année depuis l’arrivée et l’ascension de l’idéologie néolibérale qui a mis la hache dans le syndicalisme et dans l’état providence. Dit autrement : En 2019, tout le monde est pauvre! Il y a aussi les lois plus strictes sur l’alcool au volant qui diminuent la consommation des gens dans les bars et salles de spectacles (mesure avec laquelle je suis évidemment d’accord, mais cet effet est tout de même vérifiable). Il y a aussi l’arrivée des médias sociaux et d’internet qui fait que nous sortons moins qu’avant. Cependant, la plus évidente de ces raisons est le bon vieux piratage. C’est pourquoi l’industrie s’époumone à nous dire qu’il est la raison pour laquelle plus rien ne va et d’un point de vue strictement économique, elle a tout de même partiellement raison. Mais au final, c’est un peu de la bullshit…

Je l’avoue, je dois dire que j’ai longtemps eu ce discours moi aussi, mais l’anticapitaliste que je suis devenu dans les dernières années voit les choses autrement. Ma position d’aujourd’hui me pousse plutôt à demander aux gens de m’expliquer POURQUOI (et je désire des raisons qui vont plus loin que «parce que capitalisme») il faudrait payer pour l’art? Dites-moi pourquoi l’art, tout comme la nourriture et la connaissance, ne pourrait et ne devrait pas être gratuit et disponible pour tout le monde en tout temps et sans réserve? Dites-moi, si on admet que les brevets sont un frein au progrès, imposés pour satisfaire les intérêts financiers de son/ses possesseurs au détriment de la collectivité, en quoi le principe de droits d’auteur est différent ? Ne croyez-vous pas que les artistes devraient avoir d’autres sources de financement et de revenus que ceux qui proviennent du capitalisme sauvage? Que la valeur d’un.e artiste se résume à autre chose qu’à l’argent qu’il ou elle peut générer? Dites-moi finalement quel sens finit par avoir l’art si le motif derrière celui-ci est en partie ou totalement L’ARGENT?

Il me semble que c’est évident qu’il y a un énorme problème lorsqu’on en vient à faire entrer l’art dans une logique capitaliste. N’importe quel.le gauchiste, artiste ou amateur.trice d’art le sait évidemment très bien, mais hélas, l’industrie et les radios privées ne voudront jamais changer à ce sujet puisque cela irait à l’encontre de leurs intérêts financiers. Ce n’est pas non plus un gouvernement néolibéral comme la CAQ ou conservateur comme le PCC qui comprendra l’importance de verser des fonds publics dans l’art.

Aussi, quoiqu’en diront les artistes fermé.es d’esprit sur les sources de financement/revenus alternatives et l’industrie, il me semble aujourd’hui évident qu’arrêter de «streamer» ou pirater une large partie de la musique que nous écoutons limiterait beaucoup trop la quantité de musique que nous pourrions écouter pour qu’on ose se plier à cette idée rétrograde. Disons-le, notre appétit/amour pour la musique est en général bien trop grand pour que nous nous limitions à, disons… 200$ de musique achetée en CDs ou en ligne. Nous devrions oser affirmer haut et fort en tant qu’amateurs et amatrices d’art qu’il est absurde que des limitations économiques nous empêchent de découvrir et de partager de nouveaux talents. Nous devrions affirmer haut et fort que l’art et le savoir devraient être diffusés sans restriction et qu’ils ne devraient être la propriété de personne. Nous devrions finalement affirmer haut et fort qu’on ne vole personne en piratant et que c’est plutôt celleux qui nous vendent quelque chose qui devrait être gratuit qui nous volent. Position radicale, mais assumée.

L’Intérêt de classe de l’industrie

Bon… Toute personne qui comprend les concepts élémentaires de la gauche sait qu’elle pense beaucoup en termes de «classes sociales antagonistes» et «d’intérêts de classe». En français? Cela veut tout simplement dire que tout l’argent et le pouvoir qu’ont les classes sociales supérieures (propriétaires, patrons, gouvernements, etc.), c’est de l’argent et du pouvoir que les classes sociales inférieures (les locataires, employé.es, citoyen.nes, etc.) n’ont pas, et vice-versa. Cela fait de nous des ennemi.es naturel.les puisque si nous voulons quelque chose, on doit leur enlever et vice-versa. Nous serons donc nécessairement en conflit tant et aussi longtemps que les classes sociales existeront.

Pourquoi je parle de ça ? J’y arrive ! C’est que pour comprendre pourquoi la qualité des artistes en tant qu’êtres humains et le contenu de leurs textes semble diminuer d’année en année, on doit comprendre que les textes d’un.e artiste et ses positions politiques sont filtrés par «la machine» et ses intérêts. Tout comme un.e employé.e ne peut pas parler haut et fort contre son patron sans risquer d’être renvoyé.e ou de ne pas être engagé.e, les artistes ne peuvent pas critiquer l’industrie de la musique, les pratiques sexistes ou autre des bars dans lesquels iels se produisent ou les radios qui les jouent si cela peut avoir des répercussions financières pour elleux ou pour l’industrie. Dans le cas inverse, plus ils et elles vantent ce qui génère des revenus (spécialement les ventes d’alcool), plus ils et elles risquent d’être bien accueilli.es. Cela permet d’expliquer pourquoi il est si commun d’entendre et de voir des hymnes à la consommation de drogues et d’alcool, aux «gros chars», au luxe inutile, etc. dans la pop. C’est simplement ce que les bars et les commanditaires des radios, des spectacles, de la télévision et des tournées vendent.

La même chose se passe à beaucoup plus petite échelle et d’une façon différente dans l’underground lorsque des artistes deviennent des vitrines pour des compagnies d’instruments, de vêtements, etc. pour arriver à s’autofinancer ou lorsqu’ils ou elles acceptent de jouer en ayant comme seul salaire «la visibilité» (dommage que la même stratégie ne fonctionne pas avec Toyota quand je veux aller m’acheter une Prius neuve). On se retrouve alors avec un monde de la musique qui s’autocensure, mais aussi qui se plie aux exigences du marché pour arriver à survivre ou pour faire encore plus d’argent (je l’ai d’ailleurs moi-même fait à l’époque). Il n’est alors pas surprenant de voir que la qualité des textes ou des vedettes en tant qu’être humain est médiocre, voire épouvantable, mais surtout qu’elle est très peu revendicatrice sur le plan de la lutte des classes.

Bref, c’est pour cette raison que nous rencontrons très peu de vedettes réellement de gauche, réellement informées, réellement pertinentes, alors que les gauchistes sont pourtant sur-représenté.es chez les artistes. C’est aussi pour cette raison qu’une si petite part des artistes reçoivent une aussi grande part du gâteau et ce sera mon prochain point.

Les vedettes vs la démocratisation

L’industrie nous bombarde de ses vedettes. Elles sont riches et célèbres et il semble qu’on devrait les adorer pour cela. Mais pourquoi? Sont-elles vraiment l’élite du talent brut ? Sont-elles si intéressantes? Pourquoi a-t-on besoin d’avoir des vedettes (pour la plupart si vide de sens en plus) et surtout, qu’est-ce que la présence de vedettes implique pour les autres, les «non-vedettes» ?

Réfléchissons un instant au principe de classe évoqué plus haut : si l’industrie donne (par exemple) 75 % du temps d’antenne et de l’attention médiatique à disons… 0.1 % des artistes, que reste-t-il pour le 99,9 % restant? Vous comprenez que la réponse est «rien du tout». Loin de moi l’idée de pleurnicher sur mon sort d’artiste qui a travaillé pendant des années et qui n’a jamais été rémunéré en conséquence, ce qui m’intéresse ici n’est pas le fait que l’extrême majorité des artistes ne seront jamais connu.es, mais plutôt l’extrême disproportion de l’attention mise sur un infime nombre de personnes et les raisons derrière ce phénomène.

Tout d’abord, il est nécessaire de comprendre comment sont «créées» les vedettes, parce que oui, elles sont créées! Bon… comme dans n’importe quel aspect du capitalisme, il faut de l’argent pour faire de l’argent et le monde de la musique n’y échappe pas. Si vous croyez que les artistes qui passent sur les ondes, font les trames sonores de films et sont mis.es de l’avant le sont parce que les gens l’avaient demandé au départ, vous faites erreur! La vérité est qu’on nous les pousse plutôt dans la gorge jusqu’à ce qu’on s’y attache et qu’on leur donne notre argent. Par exemple, pour faire d’un titre un « hit », les maisons de disques versent parfois des sommes pouvant atteindre 1 million US en promotion. C’est seulement en mettant ce montant qu’elles arriveront à dépasser la promotion faite par leurs concurrents et maximiser leur investissement.

Évidemment, un million c’est une somme faramineuse! Ça fait en sorte que les compagnies de disques ne distribuent pas ces tickets d’or comme des caramels et qu’une seule clique sélecte d’artistes entrant dans le cadre spécifique qui permet de maximiser les ventes seront sélectionné.es pour monter au sommet. Ce sont ces artistes qui deviendront nos vedettes millionnaires qui auront toute l’attention médiatique et le temps d’antenne. Et tant pis pour les autres!

Disons-le… ça pourrait «peut-être» encore passer s’il s’agissait d’une question de talent et qu’on reconnaissait les meilleur.es parmi les meilleur.es, mais on parle ici de business, point final ! Ce n’est pas de «quel est le meilleur produit», mais bien «avec lequel on va faire le plus d’argent» dont il est question. C’est ce qui fait en sorte qu’on se retrouve avec toute la pop bonbon et facile d’écoute qu’on a puisque pour beaucoup de raisons psychologiques (vous pouvez écouter le premier vidéo que j’ai mis en lien qui les explique rapidement), c’est ce type de musique qui génère le plus d’argent. Voilà pourquoi les vedettes existent et comment elles sont créées.

Bon, maintenant, l’envers de la médaille? C’est que puisque toutes les ressources se retrouvent concentrées entre les mains de quelques personnes, les autres meurent de faim. C’est seulement une version de plus de «comment le capitalisme fonctionne» et cela empêche la musique de qualité de se démocratiser, de se diversifier et d’être présentée au grand public tout comme n’importe quel autre bien ou service, peu importe ce qu’en diront les apôtres du libre-marché qui croient exactement le contraire mais qui sont totalement déconnecté.es de la réalité.

Maintenant, imaginons un instant que les choses soient différentes, vous voulez? Imaginez un monde dans lequel il n’y a pas de capitalisme, donc pas d’argent à faire, donc pas de publicité, donc pas ces distorsions. Croyez-vous que les artistes les plus populaires seraient ceux et celles d’aujourd’hui et dans une mesure comparable? Assurément pas ! L’art serait bien différent : premièrement, tou.tes les artistes seraient égales et égaux et partirait du même point. Ensuite, les artistes auraient l’opportunité de créer sans penser à vendre et leur public pourrait aller les voir en spectacle et consommer leur musique sans devoir payer et se limiter à un budget. Aucune des barrières et distorsions que crée le capitalisme ne serait présente. On aurait des artistes qui font de la musique et des gens qui en écoutent, et c’est tout ! La musique deviendrait enfin ce qu’elle aurait toujours dû être : de l’art ! Et elle se démocratiserait aussi : tout le monde pourrait en faire et tout le monde pourrait en écouter, que ce soit en spectacle ou en enregistrement.

Hélas, l’industrie empêche cela et il faut le comprendre, elle ne peut pas être réformée. Le cœur du problème n’est pas que les gens qui sont à son sommet sont avares ou que la culture qui l’entoure est  mauvaise, c’est simplement que «mécaniquement», elle est prise dans l’engrenage du système capitaliste et que tant que cela durera, elle va continuer à tourner à l’intérieur de celui-ci. Bref, il s’agit d’une question de système, pas de culture.

D’accord, mais en attendant la révolution, on fait quoi?

Et bien, tout d’abord, il est important de comprendre que beaucoup d’actions que nous pouvons faire aujourd’hui amélioreraient les choses à l’intérieur du système et nous amèneraient vers la révolution en même temps. Le syndicaliste révolutionnaire que je suis pense que c’est même beaucoup plus probable qu’on arrive à faire tomber ce système pourri en passant par cette avenue qu’en disant simplement «révolution ou rien» puisque pour faire changer les choses, il faut d’abord avoir appris.es à travailler comme si on n’était plus dans le capitalisme alors qu’on est encore à l’intérieur de celui-ci. L’idée est que si on fait la révolution et qu’on essaie d’apprendre à faire fonctionner la société en socialisme-libertaire uniquement lorsqu’elle sera en cours, on réalisera qu’on aurait dû faire des expériences et roder le processus bien avant. L’autre chose, c’est que c’est en s’organisant et en luttant qu’on pourra montrer au monde que la société à laquelle nous aspirons peut exister et que c’est de cette manière que nous pourrons prouver aux gens que nous ne sommes pas de vulgaires «pelleteux de nuages». Mais bon, je m’éloigne. Revenons au sujet de départ :

Qu’est-ce qu’on peut faire aujourd’hui pour créer une tangente de gauche pour la musique? Et bien voilà quelques idées :

  1. Continuez à encourager vos artistes préféré.es autant que vous en êtes capables, surtout les indépendant.es, car ce sont celleux qui en ont le plus besoin. Assumez en même temps le fait de pirater ou d’écouter en streaming illégal celle des autres en maintenant que la solution ne passe pas par les consommateurs.trices, mais bien par l’abolition du système ou par des subventions pour lesquelles vous devriez d’ailleurs lutter si vous désirez être cohérent.es. De plus :
    1. Téléchargez la musique que vous comptez écouter régulièrement. Les artistes aiment cela et la bande passante, c’est très peu écologique.
    2. Streamez sur Bandcamp, Spotify, etc. plutôt que sur des comptes non officiels d’artistes sur YouTube. Non seulement cela est meilleur pour les artistes, mais la qualité du son est meilleure et les formats audio seulement prennent moins de bande passante que les vidéos.
    3. Achetez directement aux artistes en évitant les intermédiaires autant que possible. Les achats faits directement aux concerts sont généralement ceux qui sont le plus lucratifs pour vos artistes préféré.es. Si vous hésitez entre différentes options, demandez directement aux artistes que vous aimez de quelle façon ils ou elles préfèrent que vous les encouragiez et vous aurez la réponse.
  2. Artistes, unissez-vous! Organisez votre scène. Créez des syndicats qui vont vous permettre d’exiger des conditions minimales pour performer, mais aussi de sortir les racistes, sexistes et autres trous du cul de votre scène. Traitez les artistes qui dérogent des conventions que vous allez avoir établi.es comme les SCABS qu’iels sont. Respectez les conditions et conventions du staff des salles de spectacles aussi. La solidarité c’est pour tout le monde. Faites-le aussi en n’oubliant jamais que ce n’est pas sur vos fans que vous devez taper, mais dans les poches de l’état (demandez des subventions) et des entreprises privées qui vous engagent ou avec lesquelles vous signez des contrats.
  3. En plus du DIY (do it yourself), essayez de signer ou de travailler autant que possible avec des entreprises coopératives et/ou autogérées. C’est mieux pour vous et c’est mieux pour tout le monde à la fin. Soutenez les efforts d’expropriation/réappropriation des grandes entreprises/organisations par les travailleurs et travailleuses. Propagez cette culture à travers vos interventions dans les médias, dans vos spectacles, dans vos paroles, etc.
  4. Si vous travaillez dans l’industrie (labels, studios, bars, salles de spectacles, stations de radio, etc.), organisez vos milieux de travail et l’industrie dans son ensemble pour mettre les patrons dehors et pour racheter les entreprises et en faire des coopératives autogérées. Quand l’industrie sera de gauche, même si on est encore dans le système capitaliste, ses valeurs et son éthique vont changer.
  5. Si vous ne travaillez pas encore dans l’industrie, mais voulez commencer, faites-le évidemment en formant des coopératives autogérées.

Bref, travaillez en vous unissant contre vos ennemi.es de classe et, comme on le dit souvent chez les IWWs : bâtissez la société de demain dans la coquille de celle d’aujourd’hui.

Si vous voulez en discuter avec moi et qu’on se fasse un plan d’organisation de notre industrie, toutes les informations pour me contacter sont au bas de cet article. Vous pouvez aussi contacter votre branche IWW locale.

Bonne lutte !

Anarkitty

anarkittyband@gmail.com

https://www.facebook.com/anarkittyband

https://anarkitty.bandcamp.com/releases

Financer la matraque plutôt que le social

On le sait, notre filet social est attaqué de toute part. Sous des prétextes aussi cheaps que mensongers, l’État se déresponsabilise au plus grand bonheur du patronat. En santé, dans les services sociaux et en éducation, ça fait dur. On nous demande de faire plus chaque année avec moins ou aussi peu. On voit les gens qu’on accompagne manger la volée au niveau économique et sociale, sinon littéralement; et par manque de ressources, on se brûle et on s’épuise. Le burn out musical, c’est la réalité pour la majorité des personnes qui travaillent dans le milieu communautaire.

Par contre, nous, travailleuses et travailleurs du communautaire, avons des « partenaires » souvent imposés qui ne vivent pas cette violence du capitalisme, ou même pire qui appliquent directement cette violence, à savoir les policiers. D’ailleurs, leur nombre, leur matériel et leurs ressources ne cessent de grossir. C’est donc dire que l’État et ses différents paliers investissent massivement dans la répression, le profilage et l’intimidation plutôt que dans l’inclusion, la prévention et les divers services sociaux (santé, éducation, communautaire, etc.). C’est un choix politique.

En travail de rue dans le Village et le Centre-ville, on a trop souvent l’occasion de voir à l’oeuvre les agents des postes de quartier 21 et 22. Un beau cocktail d’intimidation, d’harcèlement et de profilage envers les personnes en situation d’itinérance ou marginalisées. Il y a les agents qui donnent de faux quadrilatères (une interdiction d’être sur un territoire) aux personnes de la rue, se donnant illégalement le statut de juge. Il y a les flics qui interpellent systématiquement les jeunes du quartier par leur nom de famille en leur demandant s’ils sont sous mandat, question de savoir s’ils peuvent les arrêter et de leur rappeler qui sont les boss. Il y a les policiers qui embarquent les jeunes et moins jeunes, leur confisquent leur dope, les emmènent loin dans l’Est de la ville pour mieux les abandonner sans manteau ou soulier, loin de leur coin habituel. Il y a les policiers qui, en parlant du parterre en terre battue rouge au Nord du parc Émilie-Gamelin où des consommateurs s’installent, appellent cet espace la « litière ».

On jurerait (sic) que leur rôle est de faire sentir aux « indésirables » que leur présence dans cet environnement très commercial est à peine tolérée…Beaucoup d’argent investie qui serait plus que la bienvenue dans le secteur communautaire. Faut croire que les priorités des instances publiques ne sont pas les mêmes que les nôtres.

En plus, on se retrouve souvent à dealer avec les policiers dans les instances de concertation auxquelles on participe. Il est plutôt ironique de voir que les flics sont considérés comme des acteurs importants pour discuter de thèmes comme la lutte à la pauvreté ou l’amélioration du bien-être et de la sécurité des personnes vivant différentes problématiques. Les voir prendre la parole sur ces enjeux est non seulement pénible mais aussi très frustrant quand on sait très bien que nos recommandations, travailleurs et travailleuses du communautaire, ne seront pas réellement prises en compte et que l’institution pour laquelle ils travaillent fera exactement le contraire, c’est-à-dire continuer de réprimer et criminaliser les pauvres et les marginaux. Pire encore, on sait très bien que lorsqu’on fera une manifestation communautaire, pour finalement faire entendre nos revendications, nous qui travaillons quotidiennement avec les personnes les plus précaires, ils seront là pour nous surveiller, voire nous matraquer si on a le malheur d’être trop dérangeant-e-s.

Comme travailleuses et travailleurs du communautaire, nous dénonçons la brutalité policière, l’impunité quasi totale dont bénéficie la police, mais aussi nos différents paliers de gouvernement qui non seulement sanctionnent ces gestes mais les subventionnent à coups de centaines de millions chaque année. C’est pourquoi nous invitons nos camarades et allié-e-s du communautaire à participer à la manifestation contre la brutalité policière de ce vendredi 15 mars prochain. Nous y serons avec nos couleurs syndicales, solidarité!

 

Une travailleuse et un travailleur du Comité communautaire du SITT-IWW Montréal.

 

Texte initialement publié dans l’édition 2019 du journal État Policier du Collectif opposé à la brutalité policière.

Crédit Photo: L’Activiste.

Aux Origines du Syndicalisme de Solidarité: Rapport Minoritaire 5

Lors des récentes formations des organisateurs d’IWW, nous avons parlé du genre d’accords que les syndicalistes de la solidarité pourraient faire avec un patron. Après tout, nous visons à garantir de meilleures conditions et à en tirer parti, ce qui signifie , d’une part, de pouvoir négocier avec la direction et commémorer les accords que nous avons conclus.

 

Les lecteurs et lectrices de mes rubriques me verront régulièrement critiquer des éléments de contrats qui, à mon avis, doivent être exclus si nous voulons être un mouvement fort. Certains de ces éléments sont souhaités par les bureaucraties syndicales enracinées, certains sont souhaitables pour la gestion, et certains servent les deux intérêts, le tout en abandonnant les travailleurs et les travailleuses. Je parle des retenues de cotisations syndicales, des prérogatives de la direction et des clauses de non-grève. Il y a d’autres caractéristiques des contrats, comme l’arbitrage exécutoire comme dernière étape d’une procédure de règlement des griefs, les délais qui favorisent la gestion, les ‘’zipper clauses’’ et ainsi de suite, dont je me plains régulièrement.

Mais quels sont les types d’accords que nous devrions conclure, alors? En règle générale, je parle des accords en termes d’utilisation de l’action directe pour prendre le pouvoir sur des situations spécifiques et négocier pour commémorer le résultat. Mais il y a des éléments dans les contrats actuels qui sont très utiles. Ce qui reste à voir, c’est si un contrat plus englobant qui protège vraiment et étend les droits des travailleurs et des travailleuses peut être négocié dans le climat actuel.

 

À mon avis, au moment de négocier, les travailleurs et les travailleuses devraient chercher à obtenir:
1) la fin du statut d’emploi « de gré à gré »;
2) une procédure de règlement des griefs;
3) toutes les améliorations économiques et de conditions de travail qu’ils elles peuvent souhaiter et;
4) les clauses de pratiques passées.

La plupart des contrats contiennent une clause de « discipline progressive » ou de « congédiement motivé », qui met effectivement fin au statut d’employé ‘’de gré à gré’’. Cela m’intéresserait d’entendre des syndicalistes chevronné-e-s sur le genre de clauses de discipline progressiste qui ont bien fonctionné dans leurs expériences. L’une d’entre elles que nous avons négociée ici reposait sur l’idée de ne pas rendre la tâche facile de discipliner les employé-e-s pour de simples actes répréhensibles. La direction était obligée pour chaque discipline de rédiger une dissertation sur les bonnes qualités de la personne disciplinée, de préciser comment améliorer la performance et de rencontrer régulièrement la personne concernée pour discuter des progrès. Parce que c’est un peu pénible de faire cela, seules les infractions les plus graves sont relevées, et les anciennes disciplines insignifiantes ont tout simplement disparues.

Les procédures de règlement des griefs sont la façon systématique dont les problèmes qui surviennent dans une usine sont traités. De nombreuses clauses limitent la définition d’un grief à des questions couvertes par le contrat, réduisant ainsi la capacité des travailleurs et des travailleuses à déposer des griefs sur des questions non prévues dans le contrat. On pourrait faire valoir que les questions qui ne sont pas couvertes par le contrat sont exemptes des limites des résolutions proscrites dans le contrat, alors ce n’est peut-être pas la pire chose qui puisse arriver. Mais avoir une procédure que la direction a accepté de suivre quand un conflit survient peut être très avantageux pour les travailleurs et les travailleuses.

Trop souvent, j’ai vu le vent sortir des voiles des campagnes d’organisation avec des promesses de la direction qui ne sont jamais livrées. Un processus clair démontre à tout le monde quand il sont en train d’être éjecté-e-s, et les travailleurs et les travailleuses peuvent ainsi décider plus rapidement comment monter la barre. Je préfère que la dernière étape d’une procédure de règlement des griefs soit effectivement une zone grise où rien n’est assuré. Oui, avoir des étapes à l’avance – des réunions pour discuter de la question, la mettre par écrit, apporter un médiateur, et tout ce qui a du sens dans la structure de votre lieu de travail. Mais de s’en remettre à un tiers – qui n’a pas à travailler en vertu de l’accord auquel il vous oblige à vous soumettre – pour prendre la décision finale n’est pas l’idéal. Les clauses de pratique passées disent effectivement: « À moins que nous parvenions à un accord, le lieu de travail reste tel qu’il est actuellement. » Ce que cela a pour effet est de mettre le fardeau de changer le lieu de travail sur les épaules de l’employeur. Ils doivent venir au syndicat pour parler des changements et le syndicat peut être ou ne pas être en accord, ou négocier. Lorsque les travailleurs et les travailleuses décident qu’une situation doit être réglée, la procédure de règlement des griefs peut être utilisée pour mettre la discussion au calendrier. Ces clauses ont largement disparues des contrats actuels, mais je pense qu’il est temps pour une renaissance.

 

La série des “Rapports minoritaires” a été écrite et publiée en 2002 sur le site web de l’IWW, par le FW Alexis Buss.

Lien vers l’article original: https://www.iww.org/about/solidarityunionism/explained/minority5

Aux Origines du Syndicalisme de Solidarité: Rapport Minoritaire 4

La plupart des campagnes syndicales s’organisent autour des problèmes vécus dans un milieu de travail ou dans une industrie spécifique. Les travailleuses et travailleurs forment des comités, une campagne est lancée, et les problèmes vécus en milieu de travail sont explicités de manière à faire croître le soutien accordé au syndicat. De manière générale, ce mode d’organisation vise l’obtention d’une reconnaissance formelle de la part du patronat dans le respect des procédures légales en place, afin qu’une convention collective soit négociée.

 

Mais qu’arrive-t-il lorsque vient le temps de négocier ladite convention? Il est faux de croire que les parties patronale et syndicale prennent part à ce processus en toute égalité, et que de ce processus émerge une entente qui soit avantageuse pour tout le monde. Dans le contexte du syndicalisme accrédité, les syndicats entrent dans le processus de négociation en position de faiblesse : leur légitimité en tant que syndicat et la satisfaction de leurs revendications dépendent avant tout de la bonne foi de la classe patronale, plutôt que de la mise en œuvre d’actions combatives.

 

Le concept de « paix du travail », appliqué au Canada notamment par la Formule Rand et par l’adoption des lois d’accréditation syndicale, faisait l’affaire tant du patronat que des gouvernements et des bureaucraties syndicales : le patronat en avait assez du syndicalisme de combat et de ses méthodes perturbatrices (occupations, manifestations, grèves, sit-ins, etc.), les gouvernements en avaient assez de devoir aider les grandes entreprises à se démerder après chaque conflit de travail, et la bureaucratie syndicale en avait assez d’avoir à « gérer » des membres qui réclament d’être respectés. Le système des conventions collectives fut donc mis en place afin de donner au patronat la responsabilité légale de négocier les conditions des travailleuses et travailleurs avec les syndicat, encadrée par des règles et des lois qui limitent essentiellement le champ d’action syndical à une joute légale et rhétorique.

 

Traditionnellement, il est présumé que tant que l’entreprise visée est profitable, les syndicats et la classe patronale profitent du renouvellement des conventions collectives ou de la renégociation des contrats d’embauche pour améliorer les conditions des travailleuses et travailleurs. Ce n’est toutefois pas le cas : il est très courant que les entreprises, syndiquées ou non, ferment des usines, des succursales ou des bureaux, abolissent des postes, réduisent les salaires et les avantages sociaux, et ne démontrent de manière générale aucune compassion pour les travailleuses et travailleurs, même quand les affaires vont bien. De plus, il est habituel – et généralement attendu – que les conventions et contrats contiennent une série de clauses et de prérogatives managériales complètement inutiles et absurdes, voire nuisibles, pour les travailleuses et travailleurs.

 

Puisque plusieurs syndicats semblent considérer que les travailleuses et travailleurs doivent être « géré-e-s » par des patrons qui font ce qu’ils veulent, la plupart des conventions collectives et contrats d’embauche négociés accordent au patronat un pouvoir total sur les milieux de travail. De plus, en récoltant les cotisations directement sur la de paie de leurs membres, les syndicats accrédités ont intérêt à les encourager à ne pas faire la grève, sous peine de perdre une partie de leur revenu et d’avoir à soutenir les perturbations des grévistes.

 

Lorsque nous réfléchissons aux moyens qui s’offrent à nous de transformer le syndicalisme, nous devons donc tenir compte de ces éléments, et ne pouvons pas nous limiter à dire « organisons mieux nos milieux de travail »; tant que nous n’aurons pas résolu le problème des syndicats complaisants qui ne font rien pour aider leurs membres à prendre le contrôle de leurs milieux, nous serons coincé-e-s dans un paradigme de négociation à perte avec une classe patronale qui décide de l’ordre du jour.

 

Comment, donc, devons-nous sortir de ce jeu dont nous n’avons pas écrit les règles? Il faut d’abord et avant tout cesser de faire de la reconnaissance légale et de la négociation contractuelle des priorités absolues. Bien que nos syndicats et nos réseaux de solidarité doivent être en mesure d’agir pour régler les enjeux aux sources de la plupart des campagnes syndicales (salaires, avantages sociaux, conditions de travail, etc.), il est absolument nécessaire de se faire respecter en tant que travailleuses et travailleurs, ainsi que d’avoir le contrôle sur nos milieux de travail et sur la manière dont notre travail nous lie à notre communauté et au monde. Il nous faut créer un contexte dans lequel ce sont les patrons et les patronnes, et non les syndicats, qui veulent la signature d’une entente; il nous faut créer un contexte dans lequel c’est le patronat qui recule sur ses positions afin d’obtenir notre collaboration. C’est là une partie importante du potentiel de lutte qu’offre le syndicalisme de solidarité.

 

L’objectif de ce syndicalisme, tel que défendu par le SITT-IWW, est d’organiser les travailleuses et travailleurs de manière à ce que notre pouvoir ne puisse être ignoré par le patronat et par les gouvernements, ou récupéré par des syndicalistes de façade. Le syndicalisme de solidarité est l’une des manières d’y parvenir, puisque l’objectif de notre lutte n’est pas simplement de signer un contrat ou d’obtenir un statut légal.

 

En fait, autant que possible, il nous faut éviter de céder notre pouvoir collectif pour le remplacer par un contrat ou par un cadre légal; si les contrats et les ententes nous aident à rendre nos patrons et patronnes redevables en les obligeant à respecter leurs engagements, c’est très bien. Mais si la négociation ne devient qu’un processus par lequel on négocie ce que nous perdrons comme droits et avantages, et par lequel nous légitimons un contrôle patronal total sur nous en tant que travailleuses et travailleurs, il y a définitivement quelque chose qui cloche.

 

Note: cet article a été traduit de l’anglais et adapté à la réalité canado-québécoise par x377545. Dans le texte original, l’auteur évoquait plus spécifiquement dans le contexte américain la procédure de Card Check recognition et la procédure électorale syndicale, encadrées par la National Labor Relations Act (NLRA).

 

La série des “Rapports minoritaires” a été écrite et publiée en 2002 sur le site web de l’IWW, par le FW Alexis Buss.

Lien vers l’article original: https://www.iww.org/about/solidarityunionism/explained/minority4

Aux origines du Syndicalisme de Solidarité: Rapport Minoritaire 3

Dans cette rubrique, ainsi qu’à d’autres occasions, j’ai écrit à propos de l’avantage majeur dont dispose le SITT-IWW par rapport aux syndicats corporatistes. Plus particulièrement en ce qui a trait à notre approche permettant à toute travailleuse ou tout travailleur de s’impliquer et de trouver un sens à son implication par l’organisation syndicale, et ce qu’une majorité de collègues ait démontré ou non son envie de négocier avec le patron. J’ai nommé le syndicalisme minoritaire.

Il y a d’autres avantages au SITT-IWW — nous croyons au principe d’un droit de vote par membre. Tout et toute responsable et représentant et représentante du syndicat est élu-e et ces postes voient un roulement fréquent. Tout changement structurel du syndicat est sujet à un vote, incluant les montants des cotisations et les amendements constitutionnels : démocratie. Nos membres sont très motivé-es à se battre pour gagner de meilleurs conditions de travail. Les Wobblies sont souvent les premiers et premières à arriver sur une ligne de piquetage et les derniers et dernières à en partir, même lorsque l’action ne les touche pas directement : Militantisme. Ces éléments ne devraient pas nous rendre uniques, mais c’est malheureusement trop souvent le cas.

Un militantisme et une démocratie croissantes ne peuvent que bénéficier à tout organisme ouvrier, en particulier aux syndicats corporatistes et il y a des gens qui travaillent très fort pour ce genre de réformes. Celles-ci restent de bien minimes réformes pour les syndicats qui restent sagement dans les limites du code du travail.

Depuis que j’ai écrit la première édition de cette rubrique, j’ai réalisé à quel point l’idée du syndicalisme minoritaire dérange le modèle des grandes centrales syndicales,  en particulier lorsqu’on parle de juridictions. Jetons un coup d’œil à un exemple hypothétique:

Alice, une employée du quai de chargement chez Best Buy, se fait dire qu’elle doit acheter ses propres chaussures de sécurité. C’est légal. Elle ne veut pas payer, ces chaussures sont coûteuses. Disons, pour les besoin de la cause, que la plupart de ses collègues sont du même avis. La directive qui leur a été transmise doit être appliqué dans deux semaines.

Alice discute avec un électricien qui est venu installer un nouveau gadget au magasin. Il est membre IBEW (The International Brotherhood of Electrical Workers) et lui dit que, si elle était syndiquée, elle n’aurait pas ce problème puisque le syndicat s’assurerait que la compagnie paie pour l’équipement de sécurité.

Alice appelle l’IBEW et affirme vouloir rejoindre le syndicat. C’est de la pure folie aux oreilles de son interlocuteur. Il faudrait qu’elle suive le programme d’apprentissage et la liste d’attente est longue. De plus, il n’y a pas suffisamment de travail dans la région pour justifier de nouveaux membres. Alice raccroche, déroutée par ce contact avec le syndicat de métier.

Elle discute avec un camionneur faisant une livraison. Le camionneur est un Teamster. Lui aussi lui dit que de former un syndicat est la bonne manière de régler leur situation. Alice appelle donc les Teamsters et demande à rejoindre le syndicat. Disons que nous avons affaire ici à une section qui expérimente un peu avec le syndicalisme minoritaire étant donné qu’ils mènent une campagne chez Overnite (compagnie de transport) et ont eut à développer une stratégie leur permettant de tenir une présence syndicale sur le lieu de travail (à noter que je dis cela aux fins de la discussion — ce n’est pas quelque chose qui s’est réellement passé). Les Teamsters lui répondent «Oui, rejoins nous.»

Cependant, un des collègues d’Alice a un frère qui travaille dans le secteur publique, lui aussi sur les quais de chargement, et est représenté par le SEIU (Service Employees International Union). Ce collègue devient membre SEIU.

Le UFCW (United Food & Commercial Workers), qui représente les travailleurs et travailleuses de l’industrie du détail, a vent de ce qui se déroule et exige le transfert de ces deux membres en son nom, ce que l’AFL-CIO (American Federation of Labor – Congress of Industrial Organizations) leur accorde. Aucun des deux syndiqué-es ne veut être affilié au UFCW vu leur incapacité à représenter adéquatement les travailleurs et travailleuses de supermarchés à travers le pays. Ils décident plutôt de s’acheter leurs propres chaussures de sécurité et d’abandonner l’idée d’un syndicat.

Bien que le scénario ci-haut soit fictif, je crois qu’il illustre bien les problèmes qui feraient surface advenant que les syndicats corporatistes adoptent une stratégie de syndicalisme minoritaire ou un programme d’affiliation directe. La raison pour laquelle je crois que la situation se déroulerait ainsi — peut-être pas à tous les coups, mais assez souvent pour que ce soit problématique — est que les syndicalistes corporatistes ont abandonné le syndicalisme minoritaire en 1935 lorsqu’ils et elles ont plaidé-es en faveur de la loi Wagner.

La loi Wagner — bien quelle offre une certaine protection aux travailleuses et travailleurs impliqués dans des campagnes de syndicalisme minoritaire par le biais de ses clauses protégeant l’action concertée — a été accueillie à bras ouverts par les dirigeants syndicaux. En effet, elle garantie les droits exclusifs de négociations aux syndicats qui remportent le pouvoir de représentation, tout en facilitant la gestion des clauses reliées aux membres, tel que la perception des cotisations. L’AFL-CIO a poussé encore plus loin avec, au sein de sa structure, un langage anti-maraudage et juridictionnel ayant protégé les pires syndicats affiliés, empêchant les travailleurs et travailleuses d’accentuer les aspects démocratiques et militants des syndicats les représentants.

En Australie, le gouvernement, les syndicats accrédités et les patrons ont découpé le paysage ouvrier du pays en juridictions industrielles. Les syndicats ont les droits exclusifs de négociation des normes industrielles telles que les congés, les salaires, le normes de sécurité, les heures and conditions de travail. Ils ont le droit de négocier peu importe la densité de membres, mais les résultats de ces négociations affectent tous et toutes les travailleuses et travailleurs de l’industrie, syndiqué-es ou non. Lorsqu’un ou une travailleur ou travailleuse devient membre, c’est généralement pour s’attaquer à un problème sur leur propre lieu de travail. Un travailleur peut devenir membre d’un syndicat et s’en servir pour agiter pour son propre intérêt ou pour le lieu de travail en entier. Vu l’historique des syndicats américains se battant pour des droits légaux, je peux m’imaginer un système basé sur celui de l’Australie, mais sans le droit de représenter une industrie entière.

Cela serait mis en place par l’AFL-CIO qui découperait les juridictions et approuverait que seuls les syndicats ayant une présence dans certaines industries puissent représenter un ou une membre y travaillant. La majorité de ce travail a déjà été fait, il a seulement été mis à l’écart au courant des dernières années plus difficiles. Le système Australien a été mis en place parce que l’activité ouvrière était en hausse. Beaucoup se déplaçaient d’un syndicat à l’autre, changeant d’organisation comme bon leur semblait à la recherche d’un niveau de militantisme maximal. Plutôt que d’encourager ce dévouement, le choix fut pris de contrôler les travailleurs et travailleuses en ne leur permettant l’adhésion que dans des circonstances précises.

Note intéressante : le système Australien n’est pas réellement un syndicalisme industriel. Par exemple, il y a un syndicats des secrétaires. Les secrétaires sont une partie indispensables de pratiquement n’importe quelle industrie, mais plutôt que d’être membres du syndicat qui représente la leur, elles et ils sont représenté-es par un syndicat de métier. Ironiquement, bien que la grande majorité des secrétaires soient des femmes, le syndicat est contrôlé par des hommes antiféministes, principalement à cause du peu de membres du syndicat ayant le droit de vote. Le syndicat en fait très peu pour organiser les gens qu’il représente et s’efforce même de contrer toute tentative de réforme par les membres. Le syndicat peut se comporter de cette façon puisqu’il peut conserver son droit de négociation malgré une très faible quantité de membres, permettant ainsi à un groupuscule d’individus très impopulaires auprès des secrétaires d’en être les uniques représentants.

Pour revenir au scénario d’Alice, que ferait le SITT-IWW dans cette situation? Nous nous occuperions immédiatement des chaussures de sécurité. Alice serait tout d’abord mise en contact soit avec un section locale intersectorielle ou un conseil industriel régional, un organisme qui sert à unifier les travailleurs et travailleuses peu importe leur industrie. Elle serait mise en contact avec d’autres membres, se ferait offrir des formations et y trouverait de la solidarité. Elle apprendrait comment s’organiser afin d’obtenir des gains ainsi que comment bâtir une présence syndicale sur son lieu de travail.

Le SITT-IWW est ouvert à tous les travailleurs et toutes les travailleuses et notre système de syndicats industriels est conçu afin d’augmenter notre rapport de force. La seule raison pour laquelle ont devrait se demander quel syndicat industriel rejoindre est pour nous donner le plus de pouvoir de négociation possible, non pas pour protéger un territoire. Le SITT-IWW s’opposait à la loi Wagner quand les penseurs qui l’ont créée en ont fait le première ébauche. C’est parce que nous avons vu le danger que représentait le fait de s’en remettre à des lois pour organiser la classe ouvrière à notre place et nous ne voulions pas de la bureaucratie encombrante, de la courte-vue et des méthodes de désolidarisation des syndicats corporatistes.

Bâtir notre mouvement de cette façon nous rend profondément unique. Nous choisissons d’expérimenter avec de nouvelles méthodes d’organisation, des méthodes qui ont le potentiel non seulement de réussir à subvenir à des revendications plus modestes, mais aussi le potentiel de créer un mouvement capable de faire une réelle différence.

 

La série des “Rapports minoritaires” a été écrite et publiée en 2002 sur le site web de l’IWW, par le FW Alexis Buss.

Lien vers l’article original: https://www.iww.org/about/solidarityunionism/explained/minority3

Aux origines du Syndicalisme de Solidarité: Rapport minoritaire 2

Lors de la plus récente Assemblée Générale de l’IWW, j’ai eu la chance de participer à un panel pour partager des idées sur la manière de reconstruire le mouvement syndical. Mon échange avait pour thème le syndicalisme minoritaire. En voici quelques extraits:

 

Si le syndicalisme doit redevenir un mouvement, nous devons sortir du modèle actuel, qui repose sur une recette de plus en plus difficile à préparer: une majorité de travailleurs et travailleuses vote un syndicat, un contrat est négocié. Nous devons revenir au type d’agitation qui nous a gagné la journée de huit heures et construit les syndicats en tant que force vitale. L’une des manières d’y parvenir est ce que l’on appelle maintenant le “syndicalisme minoritaire”. Il s agit de constituer des réseaux de solidarité organisés et significatifs capables de gagner des améliorations sur les lieux de travail individuels, dans les industries et au profit de la classe ouvrière internationale.

 

Le syndicalisme minoritaire se produit à nos propres conditions, indépendamment de la reconnaissance juridique. Il ne s’agit pas de se contenter de créer une petite clique de mécontents professionnels. Il devrait plutôt aspirer à grandir, mais à court terme, il donne un exemple des types d’organisation possibles lorsque nous décidons que nos syndicats vont exister parce que nous en avons besoin.

 

Les régimes de relations de travail entre les États-Unis et le Canada sont établis en partant du principe que la majorité des travailleurs et travailleuses doivent avoir un syndicat, généralement agréé par le gouvernement dans un contexte mondial, ce qui est relativement rare. Et même en Amérique du Nord, l’idée selon laquelle un syndicat a besoin d’une reconnaissance officielle ou d’un statut de majorité pour avoir le droit de représenter ses membres est relativement récente, principalement grâce au choix des syndicats de faire du commerce légal des garanties d’adhésion.

 

Le mouvement syndical n’a pas été construit par le syndicalisme majoritaire – il n’aurait pas pu exister. Il y a cent ans, les syndicats n’avaient aucun statut juridique (en effet, les tribunaux ont souvent statué que les syndicats constituaient une conspiration illégale et constituaient une forme d’extorsion) – ils ont été reconnus par leur pouvoir industriel brut.

 

Lorsque l’IWW s’est battue pour la journée de huit heures dans les champs de bois et de blé, ils n’ont pas décidé de prouver leur majorité au patron par le biais d’élections. Les travailleurs et travailleuses ont plutôt tenu des réunions pour décider quelles étaient leurs revendications, élu des comités d’atelier pour représenter ces revendications, et utilisé des tactiques telles que quitter le travail après un quart de huit heures pour persuader les patrons récalcitrants d’accepter leurs revendications. La reconnaissance syndicale dans les métiers de construction a été réalisée grâce à une combinaison de grêves, d’actions directes et de respect des piquets de grêve des uns et des autres (et ce qui, souvent, ne suffit pas).

 

La vague de grèves d’occupation qui ont mis en place le CIO en auto et en acier, par exemple, a été entreprise par des syndicats minoritaires qui étaient très présents sur les lieux de travail avec des antécédents d’agitation. Les syndicats ont ensuite fait appel à cette présence minoritaire pour entreprendre des actions directes qui ont galvanisé la main-d’œuvre la plus importante dans leurs usines et ont inspiré les travailleurs et travailleuses de tout le continent.

 

Le syndicalisme a été construit grâce à l’action directe et à travers l’organisation du travail. Mais dans les années 1930, les patrons ont eu de plus en plus de mal à recruter des voyous et des juges amis, et à procéder à des licenciements collectifs. Reconnaissant qu’il n’y avait aucun moyen d’écraser les syndicats et fatigués des conflits continus, ils ont proposé un accord: si les syndicats acceptaient d’abandonner leur pouvoir industriel et travaillaient plutôt par des voies appropriées – le Conseil national des relations professionnelles aux États-Unis, divers offices provinciaux au Canada – le gouvernement agirait comme un arbitre “impartial” pour déterminer si le syndicat était ou non le représentant de bonne foi des travailleurs.

 

À court terme, les syndicats ont pu court-circuiter le besoin de signer les travailleurs un par un et de percevoir les cotisations directement. Les patrons ont échangé des syndicalistes en costume pour les voyous qu’ils avaient précédemment employés. Et après une brève période d’adhésion, les syndicats (particulièrement aux États-Unis) ont entamé une spirale à long terme. Dans le cadre de ce modèle exclusif de négociation, les syndicats ne tentent pas de fonctionner sur le tas tant qu’ils n’ont pas obtenu de certification légale. Ce processus juridique offre aux patrons une possibilité presque illimitée de menacer et d’intimider les travailleurs et de traîner les procédures pendant des années. C’est un système conçu pour interférer avec le droit des travailleurs à s’organiser – et l’IWW l’a souligné lorsque la loi nationale sur les relations de travail a été adoptée.

 

Cependant, si le régime de droit du travail est conçu autour de ce syndicalisme à majorité majoritaire, il ne l’exige pas réellement. Tant que les travailleurs agissent de concert, ils jouissent des mêmes droits juridiques fondamentaux – tels que ceux-là – qu’ils soient ou non dans un syndicat officiellement certifié. En effet, dans certains cas, ils jouissent de droits plus importants, les tribunaux ayant statué que la plupart des contrats syndicaux renvoient implicitement au droit de grève. Il est illégal de licencier des membres d’un syndicat minoritaire pour leur activité syndicale, de les discriminer, de les licencier pour grève, de refuser de permettre aux représentants syndicaux de participer à des audiences disciplinaires, etc. Un groupe organisé de travailleurs et travailleuses ont des droits légaux, mais ce serait une erreur de s’attendre à ce que les commissions du travail les appliquent plus vigoureusement qu’elles ne le font pour les syndicats qui ont été certifiés. Et un groupe organisé de travailleurs, même s’il s’agit d’une petite minorité, a beaucoup plus de pouvoir que les travailleurs individuels non organisés.

 

Dans la plupart des cas, vous avez autant de droits juridiques qu’un syndicat majoritaire en tant que syndicat minoritaire – à la seule exception d’être certifié en tant qu’agent négociateur exclusif et seul habilité à négocier un contrat. Un syndicat minoritaire a le droit de présenter des griefs (même s’il n’existe peut-être pas de procédure officielle de réclamation); se livrer à une activité concertée, faire des demandes au patron; chercher des réunions, voire déclencher une grêve (même si ce n’est pas une bonne idée si vous n’avez pas le soutien de la majorité).

 

Si vous choisissez bien vos problèmes et les utilisez comme une opportunité pour parler avec vos collègues et les mobiliser, vous pouvez vous battre simultanément pour de meilleures conditions et construire un ‘syndicat’. En faisant campagne sur des questions qui comptent pour vos collègues, vous acquérerez de l’expérience en auto-organisation, vous apprendrez à qui vous pouvez vous fier, et vous établirez que le syndicat est des travailleurs et travailleuses sur le tas et qu’ils sont là pour un long moment.

 

Le mouvement syndical a été construit lorsque des groupes de travailleurs et travailleuses se sont réunis ensemble et ont commencé l’agitation pour leurs revendications: parfois, ils persuadaient leurs collègues d’approcher leur patron et demander que certains problèmes soient corrigés. Parfois, ils refusaient de travailler sous des conditions de travail ou de façon non sécuritaires, et persuadaient leurs collègues de faire de même. D’autres fois, ils agissaient individuellement, parfois ils faisaient des manifestations à l’échelle de la ville sur des questions d’intérêts communs telles que les heures de travail ou le travail dangereux.

 

Le point crucial est qu’ils ont agi. Ils ont identifié les éléments-clé de leurs problèmes; ils se sont réunis, ils ont décidé d’un plan d’action, puis ils l’ont exécuté. C’est le syndicalisme en action. Il ne nécessite pas de reconnaissance officielle, il ne nécessite pas de contract. Il requiert des travailleurs et des travailleuses qui s’unissent ensemble et agissent collectivement.

 

Si le syndicalisme doit redevenir un mouvement, nous devons sortir du modèle actuel et revenir au type d’agitation sur le terrain qui nous a gagné la journée de huit heures et a construit les syndicats comme force vitale. Le syndicalisme minoritaire consiste à former des réseaux de solidarité organisés et significatifs capables de gagner des améliorations sur les lieux de travail individuels, dans toutes les industries et au bénéfice de la classe ouvrière internationale. Il s’agit d’un processus, un processus qui offre l’espoir de transformer notre plus grande faiblesse – le fait que nos membres soient dispersés dans de nombreux lieux de travail en grande partie désorganisés – en une force.

 

La série des “Rapports minoritaires” a été écrite et publiée en 2002 sur le site web de l’IWW, par le FW Alexis Buss.

Lien vers l’article original: https://www.iww.org/about/solidarityunionism/explained/minority2

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Aux Origines du Syndicalisme de Solidarité: Rapport Minoritaire 1

Ces dernières années, j’ai contribué occasionnellement à une rubrique qui s’appelait “Wobbling the Works”, qui mettait l’accent sur l’impact des lois encadrant le monde du travail sur l’organisation syndicale. Je continuerai à écrire à ce sujet de temps à autre, mais depuis peu mon attention a été porté sur un concept que je désigne comme le “syndicalisme minoritaire”, soit une façon de décrire une méthode d’organisation qui n’attend pas après la majorité des ouvriers d’un lieu de travail pour gagner le droit légal de négocier. Ce mois-ci, je vais partager quelques aspects qui ont suscité mon intérêt et qui m’ont mené dans cette direction.

 

Récemment, j’ai dut réécrire la constitution du SITT-IWW pour nos camarades des Comités d’Organisation Régionaux, qui étaient fatigué-es des fautes d’orthographes américaines telles que “labour et “organising”. Examiner minutieusement la constitution m’a fait penser à l’idée des branches d’emplois. Une branche d’emplois est un groupe de cinq membres ou plus du SITT-IWW sur un même lieu de travail et qui  se réunisse au minimum une fois par mois. Cela implique de manière plus ou moins implicite qu’il-les discutent de leurs griefs, qu’il-les crée des stratégies pour les résoudre et établissent une présence syndicale à leur travail.

 

Je travaille présentement sur un projet qui se voulait au départ une version vidéo du pamphlet classique des IWW, “A Worker’s Guide to Direct Action”, mais qui a pris de l’ampleur après que l’on ait commencé. En faisant de la recherche pour la vidéo, j’ai vu parler Miriam Ching Yoon Louie à propos de son livre, Sweatshop Warriors, qui fournit d’excellent exemples expliquant comment les centres de travailleurs et travailleuses immigrant-es ont aidé de nombreux travailleurs et travailleuses à comprendre leurs droits et à s’organiser autour de divers problèmes au travail et dans la communauté. J’ai aussi eu la chance d’interviewer Barbara Pear, une femme de ménage à l’Université de la Caroline du Nord et présidente de la branche de l’UE numéro 150, lorsqu’elle a visité le personnel d’entretien au Collège Swarthmore, qui ont mené une campagne pour le salaire suffisant pendant plus de six ans. Le syndicat de l’Université n’a pas le droit légal de négocier, mais a pourtant eu du succès grâce à l’utilisation de moyens de pression ayant pour but d’amener les administrateurs à la table de négociation et d’obtenir des améliorations pour les travailleurs et les travailleuses les moins payé-es.

 

Je pense souvent aux façons que les travailleurs et travailleuses, qui n’ont pas le droit légal de négocier ou qui n’ont pas de convention collective, peuvent mettre de l’avant pour agir comme un syndicat, en utilisant la loi pour amplifier leur travail. Cela m’est venu à l’esprit parce que Staughton Lynd m’a demandé de rééditer notre pamphlet “Labor Law for the Rank and Filer” à un moment où j’étais devenu particulièrement cynique à l’égard de l’utilisation des lois encadrant le travail dans l’organisation syndicale. Je revenais d’une fin de semaine avec la famille Lynd, des personnes du “Youngstown Workers Solidarity Club” et leurs cohortes de perturbateurs, perturbatrices, de vétérans et vétéranes du militantisme et d’organisateurs et d’organisatrices étudiant-es, issu d’un peu partout aux États-Unis.

 

Le club s’était développé comme une centrale syndicale parallèle qui remplissait un manque quand la centrale local ne pouvait fournir un support adéquat pour une grève. Me tenir avec ces gens fut l’antidote au cynisme que je ressentais; ce n’est pas que j’ai plus de confiance en la loi, mais je me sens maintenant capable de voir les possibilités… Il y a un mois j’ai vu un documentaire, American Standoff, sur la grève de la compagnie de camionnage Overnight, que j’ai critiqué dans le dernier numéro. “Standoff” illustrait beaucoup de problèmes que la classe ouvrière n’a pas encore confronté adéquatement. Comment pouvons nous nous organiser dans des compagnies qui sont tellement anti-syndicales qu’elles sont prêtes à dépenser des millions de dollars juste pour garder les ouvrier-es loin de la table de négociation? La campagne des Teamsters chez Overnight, qui est présentement dans une situation si difficile que ce n’est même pas certain qu’elle pourra être reprise en main, n’est que le dernier exemple d’une longue liste de campagnes qui a laissé la gauche syndicale se gratter la tête en se demandant quoi faire face à un patronat autodestructeur et des lois du travail tout à fait arriérées. Évidemment, la réponse, c’est de ne pas abandonner. Mais il ne s’agit pas non plus de se contenter d’une clique d’agitateurs et d’agitatrices minoritaires sur chaque milieu de travail. Il s’agit de créer de véritables réseaux solidaires qui sont organisés et capable de gagner des améliorations dans des milieux de travail individuels, passant par les industries, et pour le bénéfice de la classe ouvrière internationale.

 

Et, enfin et surtout, plusieurs camarades de l’autre côté de l’atlantique m’ont envoyé un article sur le syndicalisme minoritaire qui a paru dans une édition récente du magazine The Nation. L’article, rédigée par Richard B. Freeman et Joel Rogers, soutient que l’AFL-CIO devrait développer un plan d’organisation qui ne dépend pas du recrutement de la majorité des travailleurs et travailleuses d’un milieu de travail. Ce qui était incroyable de recevoir de multiples copies de cet article dans mes courriels était l’étonnement des syndicalistes non-américains qui l’ont envoyé. La façon tout à fait à l’envers dont nous faisons les chaisons est absurde. Peu de pays pratiquent le syndicalisme comme nous le faisons aux États-Unis (et au Canada) avec le syndicat comme seul agent de négociation d’une majorité déclarée. Je pense que cela aiderait beaucoup si une plus grande partie des travailleurs et travailleuses avec lesquels je discute étaient au courant de comment les choses se font ailleurs, et ça serait aussi bien si les personnes d’ailleurs pouvaient voir les conséquences de notre façon d’organiser.

 

Alors, c’est le but de cette rubrique. Je veux partager ces histoires et ces expériences. Je veux connecter mes camarades avec des ressources que d’autres ont trouvés utiles dans leur travail de syndicaliste. Je ne peux pas offrir la recette du succès. Ces exemples ne seront pas toujours appropriés pour tout le monde. Mais une réflexion intelligente sur une façon d’avancer n’est pas seulement une possibilité, il s’agit de quelque chose qui est déjà en court. Et en développant des ressources pour essayer ces idées, nous allons nous donner la confiance de transformer des commentaires du genre “quelle bonne idée!” à “Je vais l’essayer!”.

 

La série des “Rapports minoritaires” a été écrite et publiée en 2002 sur le site web de l’IWW, par le FW Alexis Buss.

Lien vers l’article original: https://iww.org/about/solidarityunionism/explained/minority1

La valeur

Cet article n’est pas un de nos articles habituels. Il fait plutôt partie d’une nouvelle série d’articles provenant de notre syndicat des travailleurs et travailleuses autonomes, qui évaluera les différents enjeux vécus par ces travailleurs et travailleuses dont le domaine est, par nature, imprévisible. Et, d’une manière plus importante, elle évaluera ce que nous pouvons faire à propos de ces enjeux.

 

Est-ce que la critique de film a encore de la valeur? J’ai vu de plus en plus de grondements à cet effet ces derniers temps, mais comme pour toutes choses, cela aussi passera. C’est une passe transitoire; j’ai à peine la trentaine et le cinéma est mort et a été sauvé une douzaine de fois durant ma vie. Les critiques sont des penseurs et penseuses; ils et elles contextualisent l’art du monde. Mais je ne suis pas ici pour débattre du rôle de critique. Ce que je suis ici pour faire est de décomposer le travail qui va dans une critique de film assez standard. Parce que, naturellement, la critique est un travail.

Peu de choses sont aussi tenues pour acquises que l’écrit publié en ligne. Il y a eu une dévaluation constante de l’écriture à nature culturelle sur internet en tant que service payé, depuis plus d’une décennie maintenant. Les légendes de ce domaine ne peuvent maintenir un contrat. Les éditeurs et éditrices mènent un concours de médiocrité pour voir la quantité de contenu qu’ils et elles peuvent presser de leur écurie avec un financement presque inexistant. Tout ce que vous voyez en ligne a été écrit par quelqu’un-e et une choquante partie de ces écrits a été faite pour des peanuts.

Alors combien vaut une critique de film? Détaillons le tout.

Avant d’aller plus loin, précisons que ceci est à 100% une estimation. Les taux que je vais utiliser sont basés sur de solides intuitions et un peu de math de cinquième année. Là où j’essaie d’en venir ici est une figure approximative qui est plus grande que, bien, zéro.

Maintenant, avant même que vous preniez papier et crayon pour écrire cette vicieuse ligne ou cette notice scintillante, vous devez regarder ce maudit film. Il est donc évident que cela fasse partie du boulot, et donc vous devriez être payé-es pour cela. Considérez-le comme une formation; c’est la partie du boulot où vous apprenez ce à quoi vous avez à faire. Sans cela, vous ne pouvez pas faire le boulot. Les critiques devraient absolument être payé-es pour le temps qu’ils et elles passent à regarder le film. Maintenant, je sais que les critiques sont souvent invité-es aux diffusions,obtiennent des liens ou reçoivent d’une façon ou d’une autre une copie de film. Mais vous ne regardez pas le film pour le plaisir! Si nous allons exister dans un système capitaliste, et si quelqu’un va extraire de la valeur de notre travail (dans ce cas, une critique de film), un salaire équitable devrait être attendu. Ce temps durant lequel vous êtes coincé-es sur le siège du cinéma est une partie de cette valeur qui est extraite parce que c’est une partie inextricable du travail que vous faites. Pas de film, pas de critique, c’est aussi simple que ça.

« Mais attendez » dira sans aucun doute quelqu’un-e dans les coulisses,  « est-ce que ça veut dire qu’un-e critique de jeu vidéo devrait être payé-e pour les nombreuses heures qu’il ou elle place dans un jeu pour pouvoir écrire à son propos? » Absolument. À 100%. “Mais “Breath of the Wild” est un jeu de 45 heures?!” Vous voulez que je joue le jeu complet et que j’écrive à son propos? Payez!

Donc, si nous tenons pour acquis un taux horaire de 15$ de l’heure (et sérieusement, pourquoi ne le ferais-je pas?) et qu’un film dure en moyenne deux heures, ça devrait faire 30$ dans vos poches dès le début. Nous n’avons même pas encore commencé à mettre des mots ensemble. Encore une fois, en utilisant des maths bien élémentaires, présupposant un ratio 1:1 de temps de visionnement – temps d’écriture, un salaire à 15$ de l’heure, et un texte de 700 mots, nous en arrivons à un taux d’environ quatre cents le mot (ce qui est dans le bas de la bracket de prix des travailleur-euse-s autonomes). Donc le taux minimum pour ce texte de 700 mots serait 60$. Une courte capsule de 200 mots revient à 38$. Un texte de 1000 mots vaudrait 70$. Ce taux de quatre cents le mot en plus d’un salaire décent pour le visionnement du film est un plancher absolu de ce que votre travail vaut.

Ceci est pour un seul film. Ces chiffres ne sont pas transposables pour une semaine complète; ceux et celles qui gardent le score à la maison se rendront compte que notre texte moyen de 700 mots a coûté quatre heures de travail: deux pour le regarder, deux pour l’écrire. Il n’y a absolument aucune chance qu’une personne regarde dix films en une semaine et écrive à propos de chacun. C’est une façon assurée d’annihiler votre équilibre travail-vie. De plus, la quantité la plus élevée de sorties de films en une semaine est de quatre, avec une moyenne plus près de trois. Mais assumons que la section films d’une publication engage une personne sur les nouvelles sorties, et disons qu’il y a une grosse fin de semaine de quatre films qui s’en vient. Prenons par exemple les 6-8 avril 2018. Cette semaine a vu les sorties de :

  • A Quiet Place
  • Blockers
  • The Miracle Season
  • Chappaquiddick

Ces quatre films ont été couverts dans le New York Times donc utilisons les chiffres établis plus haut avec la longueur respective de leurs revues dans le Times comme base, décomposons ces films en termes de coûts de travail (15$ de l’heure pour le visionnement, quatre cents le mot).

  • A Quiet Place: (651 mots*$0.04) + (91’*($15/60’)) = $48.79
  • Blockers: (674 mots*$0.04) + (91’*($15/60’)) = $52.46
  • The Miracle Season: (252 mots*$0.04) + (99’*($15/60’)) = $34.83
  • Chappaquiddick: (881 mots*$0.04) + (101’*$15/60’)) = $60.49

Donc si une personne couvre toute la fin de semaine, cela revient à une paye de 196,57$. Ces films sont relativement courts et une de ces revues est grosso modo une capsule; si nous gardons notre exemple de deux heures, 700 mots, une fin de semaine à quatre films reviendrait à une paye de 232$, ce qui n’est toujours pas un salaire permettant de vivre. Mais il y a des précédents pour ce qui est d’être capable de vivre sur un salaire de critique de nouvelles sorties. Laissez-moi vous ramener aux temps lointains, pré-récession de 2008, et au taux horaire de Mike D’Angelo, présentement un des nombreux et nombreuses critiques de films qui travaillent à contrat. D’après ce tweet, il était payé 400$ par revue quand il travaillait pour le Las Vegas Weekly. C’est quatre zéro zéro. C’est un taux qu’il a négocié du 200$ la revue qu’on lui offrait parce que, selon lui, il n’avait “pas besoin du travail”. M. D’Angelo, et présumément d’autres critiques à temps plein autour de la même époque, gagnaient assez d’argent en écrivant pour avoir un salaire permettant de vivre avec deux ou trois revues, ou environ 2100 mots, par semaine, et avaient assez de poids pour négocier un taux deux fois plus élevé qui ce qui leur était offert au début. C’est ahurissant.

Plus déprimant encore: prenons le taux horaire que D’Angelo recevait en 2008 selon son tweet (400$ par revue, 600-800 mots par revue) et analysons-le. Gardons le même taux horaire de 15$ pour le temps passé à regarder le film et assumons une fin de semaine moyenne de trois sorties de films, à deux heures le film. Six heures, 90$. Cela laisse 310$ pour l’acte d’écrire, et si on présuppose une critique moyenne de 700 mots, cela nous donne un taux par mots juste au-dessus de 44 cents.

Tout ceci est une autre façon de dire quelque chose que vous saviez déjà. Le capitalisme a détruit le filet de secours que les critiques avaient il y a une décennie et depuis s’est hâté de couper le plus de coins ronds. Mais vous devriez être compensé-es équitablement pour votre travail, sans exception. En se tenant ensemble, les taux équitables peuvent devenir une réalité plutôt qu’une rareté.

Solidarité,

Yancy Richardson

In english

Worth

This article is not our usual cup of tea. Instead it is part of a new series of articles by our union local for freelancers that will examine the various issues faced by workers who’s sector is, by its very nature, unpredictable and subject to change from day-to-day. And, more importantly, what we can do about these issues.

 

Does the film critic matter anymore? I’ve seen rumblings to this effect more and more lately, but as with all things, this too shall pass. It’s a transient take; I’m barely in my 30s and cinema has died and been saved about a dozen times while I’ve been alive. Critics are thinkers; they contextualize the art of the world. But I’m not here to debate the role of the critic. What I am here to do is break down the labour that goes into a fairly standard film review. Because, naturally, criticism is work.

Little is taken more for granted than the written word as published online. There’s been a steady devaluing of internet culture writing as a paid service for over a decade now. Legends in the field can’t hold down a contract. Editors are in a race to the bottom to see how much content they can squeeze out of their stable with a next-to-nonexistent bankroll. Everything you see online has been written by someone and a shocking amount of it is done for peanuts.

So how much is a film review worth? Let’s break it down.

Now before I go any further, I’d like to point out this is 100% guesswork. The rates I’m going to be using are based on some solid hunches and a little fifth-grade math. What I’m trying to get at here is a ballpark figure that’s higher than, well, zero.

Now, before you even set pen to paper to write that vicious pan or that gushing notice, you actually have to watch the damn movie. So it stands to reason this is part of the job, and thus you should be paid for it. Consider it like a form of training; this is the part of the job where you learn what you are dealing with. Without it, you can’t do the job. Critics should absolutely have the time they spend watching movies remunerated. Now, I know that critics are often invited to screenings or get links or are otherwise provided with a copy of the film. But you’re not watching this for funsies, bud! If we are going to exist in a capitalist system, and if someone is going to extract value from your work (in this case, a piece of film criticism), a fair wage should be expected. That time when your butt is parked in the theatre seat is part of that value extraction because it’s an inextricable part of the work you are doing. No movie, no review, simple as that.

“So wait,” someone in the wings will undoubtedly say, “does that mean a video game critic should be paid for the hours and hours they sink into a game in order to write about it?” Absolutely. 100%. “But Breath of the Wild is like a 45-hour game?!” You want me to play the whole thing and write about it? Pay up, son.

So if we assume an hourly wage of $15 an hour (and really, why wouldn’t I) and an average movie length of two hours, that’s $30 that should be in your pocket right up front. We haven’t even started putting words together. Again, using some shaky math assuming a 1:1 running time-to-writing time ratio, a $15 an hour wage, and a 700-word text, we end up with a rate of about four cents a word (which is on the low end of what freelancers charge). So the minimum rate for that 700-word text would be $60. A short 200-word capsule adds up to $38. A 1,000-word longread would be worth $70. This rate of four cents a word plus a living wage for the runtime of the film is the absolute floor of what your labour is worth.

Now this is all for a single movie. These numbers absolutely do not scale for a whole week; those keeping score at home will notice that our average 700-word piece has cost four hours of labour: two to watch, and two to write. There is no way in Hell someone is going to watch ten movies in a week and write about all of them. That is a surefire way to annihilate your work-life balance. Plus, the high end number of new wide releases in a given week is four, with the average being closer to three. But let’s assume a publication’s movie section has one person on the new release beat, and let’s say there’s a big four-movie weekend coming up. Let’s take April 6-8, 2018 as an example. This weekend saw the wide release of:

  • A Quiet Place
  • Blockers
  • The Miracle Season
  • Chappaquiddick

All four of these were covered in the New York Times So using the numbers established above with the length of their respective review in the Times as a baseline, let’s break these movies down as far as the labour cost goes (i.e. 15$ an hour of runtime, four cents a word):

  • A Quiet Place: (651 words*$0.04) + (91’*($15/60’)) = $48.79
  • Blockers: (674 words*$0.04) + (91’*($15/60’)) = $52.46
  • The Miracle Season: (252 words*$0.04) + (99’*($15/60’)) = $34.83
  • Chappaquiddick: (881 words*$0.04) + (101’*$15/60’)) = $60.49

So if one person covers the whole weekend’s slate, that adds up to a payout of $196,57. Now these movies are a bit on the short side and one of those review is basically a capsule; if we maintain our two-hour, 700-word example, a four-movie weekend would add up to a $232 payout, which is still not what I would call a living wage. But there is precedent for being able to live off the new release grind. Let me take you to the far-away, pre-recession land of 2008, and the working rate of Mike D’Angelo, currently one of many film-crit lifers working as a hired gun. As per this tweet, he was paid $400 per review while working at the Las Vegas Weekly. That’s four zero zero. That’s a rate he negotiated up from $200 a review because, according to him, he didn’t “need the gig.” Mr. D’Angelo, and presumably other full-time critics around the same time, was pulling enough dosh writing to earn a living wage writing two or three reviews, or about 2100 words, per week, and held enough saw to negotiate twice the rate he was initially offered. It boggles the mind.

Let’s get depressing: let’s take the rate D’Angelo was pulling in 2008 according to his tweet (i.e. $400 per review, 600-800 words per review) and break it down. Let’s keep the same hourly rate of $15 for the time spent watching movies and assume an average weekend release of three movies, at two hours a movie. Six hours, $90. This would leave $310 for the actual act of writing, and if we assume an average review length of 700 words, that gives us a per-word rate of just north of 44 cents.

This was a roundabout way of saying something you already knew. Capitalism collapsed whatever safety net writers had a decade go and has hastened a race to cut the most corners since. But you should be compensated fairly for your work, no exceptions, and by banding together, fair rates can become a reality instead of a rarity.

Solidarity,

Yancy Richardson.

En français

Loi 25 sur l’aide sociale : une guerre aux pauvres!

Le 1er avril dernier est entrée en vigueur la loi 25 – « Loi visant à permettre une meilleure adéquation entre la formation et l’emploi ainsi qu’à favoriser l’intégration en emploi » – qui a été intégrée à la loi actuelle sur l’aide sociale. Nous pensons qu’il s’agit de la fin anticipée de l’aide sociale parce que les principes fondateurs à l’origine de cette dernière, le droit de vivre de façon décente et l’accès à un revenu quelque soit la cause du besoin, ne sont plus pris en compte. Sa mise en place mettra en péril la vie des gens en leur imposant de tenter de survivre avec des miettes, ou d’embarquer dans le grand projet Objectif emploi, dont le but est de fournir un cheap labor aux entreprises.

 

Avec la loi 25, toute personne qui est arrivée à l’aide sociale après le 1er avril 2018 doit maintenant obligatoirement entrer dans le programme Objectif emploi. C’est aussi le cas pour les personnes déjà sur l’aide sociale avant cette date mais qui font partie d’une famille dont l’un des membres du couple est maintenant primo-demandeur ou primo-demandeuse*.

 

La loi 25 implique que, lorsqu’on se retrouve dans ces catégories, si l’on manque une convocation avec notre agente ou agent d’aide sociale, elle ou il pourra retenir complètement notre chèque. De plus, en cas de manquement à l’une de nos obligations sans motif « valable » (selon le plan fixé par l’agent-e d’aide sociale correspondant à notre situation : à faire des démarches en emploi, à suivre une formation ou à « développer ses habiletés sociales »), l’agent-e aura le droit de couper notre chèque le mois suivant ou le mois d’après.

  1. 56 $ pour le 1er manquement ;
  2. 112 $ pour le 2e manquement ;
  3. 224 $  pour le 3e manquement.

En gros, si l’on refuse de se conformer au programme d’intégration en emploi, on nous force à vivre avec un chèque de 409$ par mois. Il est donc clair que l’objectif de la loi 25 est d’obliger les personnes jugées sans contrainte au travail à s’en trouver un, selon les priorités de l’entreprise privée et selon les besoins du marché du travail (et aux conditions établies par l’agent-e d’aide sociale). Mais nous savons que le travail n’est pas la seule façon de se réaliser dans la vie ! Et nous revendiquons le droit de vivre décemment peu importe la façon dont on le fait. Dans les faits, cette loi renforce la notion de « bons et de mauvais pauvres » et les préjugés envers les personnes qui n’occupent pas un emploi. Le gouvernement les amplifie volontairement. C’est tout à son avantage de le faire, en brisant la solidarité dans la population, en suscitant la grogne contre les personnes assistées sociales qui l’ont « facile », qui sont « gras dur, parasites, fraudeurs, profiteurs » et qui méritent de vivre dans la misère.

 

Le plus ironique est que même le Conseil du patronat a émis des réserves quant aux mesures punitives du programme Objectif emploi. En commission parlementaire, M. Yves-Thomas Dorval, PDG du Conseil du patronat du Québec, disait : « […] Cela dit, je vais être honnête avec vous, M. le ministre : Le montant d’aide sociale, là, ce n’est pas grand-chose non plus, […]. C’est pour ça que j’étais très heureux de voir qu’on bonifiait l’aide sociale pour ceux qui veulent participer. Et là-dessus je peux vous assurer de notre complet appui de ce côté-là. Maintenant, c’est difficile pour un gouvernement de faire des mesures sans avoir une contrepartie. Et ça, je ne le sais pas si c’est la meilleure, on n’est pas spécialistes là-dedans, mais je peux juste vous dire : C’est sûr que ce n’est déjà pas élevé, là, le niveau d’aide sociale.» (27 janvier 2016).

 

L’objectif du gouvernement est clair : il souhaite discipliner le monde pauvre afin d’en faire une main-d’œuvre servile et captive, sans autre alternative que de participer activement aux programmes imposés par le ministère pour ne pas crever de faim. Ce qui est annoncé, ce n’est pas une lutte à la pauvreté, c’est une guerre aux pauvres! En nous maintenant dans des conditions abjectes, en agitant une carotte sous la forme d’ajustements éventuels sur leur chèque et un bâton sous la forme de grosses coupures de chèque ou de fermeture de dossier, le parti libéral vise un cheap labor, cadeau pour l’entreprise, et à long terme, la fin de l’aide sociale.

 

Au SITT-IWW, nous continuerons à nous opposer à tout projet qui crée une classe de travailleurs et de travailleuses précarisé-e-s et c’est pourquoi nous sommes solidaires de cette lutte contre le projet Objectif emploi!

Membre 360341

* Un primo-demandeur ou une primo-demandeuse est une personne qui fait une demande d’aide sociale pour la première fois.