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Entrevue féministe : Le Comité pour l’Équité des genres

En janvier 2019, le SITT-Montréal s’est doté d’un nouveau comité féministe : le Comité pour l’Équité des genres. Fonctionnant en non-mixité, le comité est ouvert à toutes les personnes membres du syndicat, sauf les hommes cis. Des membres ont répondu à quelques questions pour nous présenter leur fonctionnement, leur non-mixité et leurs objectifs! Voici leurs réponses collectives.

Tout d’abord, c’est quoi le Comité pour l’Équité des genres?

C’est un comité à l’intérieur du SITT-Montréal qui s’assure que tout.e.s les membres du syndicat qui font face à des oppressions basées sur le genre ont des opportunités égales et un accès égal à la dignité. Le comité pour l’équité des genres de Montréal espère réunir des camarades autour de valeurs communes afin de travailler sur ces enjeux au sein du syndicat ainsi que dans nos milieux de travail et nos milieux de vie.

Quels sont vos objectifs au niveau local?

Le comité a pour objectif d’assurer des opportunités égales ainsi que la dignité pour tout.e.s nos camarades qui font face à des oppressions basées sur le genre. Au niveau du syndicat local, la branche montréalaise a un historique de transphobie et de misogynie que nous désirons adresser. Même si la branche n’est pas explicitement transphobe ou misogyne et que les problèmes rencontrés ont généralement été pris en charge de façon interne, nous ressentons le besoin de nous organiser, de prendre l’espace qui nous revient et de nous soutenir mutuellement dans nos luttes.

Et au niveau du syndicalisme en général ?

Dans une perspective syndicaliste plus large, le travail des personnes opprimées par le genre est bien souvent non-reconnu, comme c’est le cas avec le travail ménager et familial, la planification, le travail de soin, etc. Plusieurs milieux de travail ne sont pas ou peu encadrés, comme le travail du sexe qui est un secteur majoritairement occupé par des personnes opprimées par le genre vivant à l’intersection de nombreuses inégalités. Le sexisme et la transphobie mettent en danger les travailleuses.eurs qui ont des emplois reconnus, qu’ils soient syndiqués ou non.

Le prolétariat mondial est majoritairement constitué de femmes et un large pourcentage des personnes trans vivent dans la pauvreté totale même au sein des puissances impériales. Il y a donc un besoin de créer un environnement plus sécuritaire pour tout.e.s nos camarades qui font face à des oppressions basées sur le genre et de se battre en solidarité pour leurs droits au travail, que ce soit au niveau local ou à l’international.

Dans tous les cas, nos idées restent les mêmes. Notre but n’est pas d’argumenter en faveur de politiques identitaires libérales pour lesquelles les identités individuelles sont priorisées sans analyse de classe. Notre objectif est de montrer que les personnes faisant face à des oppressions basées sur le genre sont la majorité du prolétariat. Peu importe le fait que nous nous identifions comme femmes, personnes trans ou personnes non binaires, ensemble nous devons nous assurer non seulement que nos voix sont entendues, mais aussi que nous sommes au centre des luttes pour la classe ouvrière. Si nous ne nous reconnaissons pas dans les mouvements syndicaux et ouvriers, si notre travail n’est pas fait, alors la classe ouvrière est vouée à l’échec.

Pouvez-nous en dire un peu sur la campagne Réclame ton respect?

Réclame ton respect, comme son nom l’implique permet aux gens d’obtenir le respect qui leur est dû dans leur milieu de travail. Chaque situation est différente et chaque personne a des besoins différents. Lorsque nous serons contacté.e.s pour ces campagnes, nous collaborerons avec la personne travailleuse pour trouver la meilleure solution possible. Les problèmes de la personne travailleuse sont adressés en mettant graduellement de la pression sur le patron jusqu’à ce que ses demandes soient acceptées. Par exemple, dans les campagnes Réclame ta paye, cela peut se faire en mettant des commentaires négatifs sur les médias sociaux des compagnies, en monopolisant les lignes téléphoniques ou en faisant des lignes de piquetage. Les campagnes Réclame ton respect fonctionnent de façon similaire. Si un.e camarade fait face à du harcèlement au travail, le comité organisera des actions jusqu’à ce que les demandes soient respectées et qu’il y ait eu des changements systémiques dans le milieu de travail pour répondre aux besoins des personnes affectées. Étant donné que le comité pour l’Équité des genres de Montréal est encore jeune, nous n’avons pas encore effectué de campagne Réclame ton respect, mais plusieurs de nos membres ont participé à des campagnes Réclame ta paye.

Un petit mot sur la non-mixité choisie de votre comité?

Avoir accès à un espace en non-mixité choisie est quelque chose de très important pour nous. Nous désirons centrer le comité sur les besoins et les voix des personnes opprimées par le genre. Dans cet environnement qui se veut plus sécuritaire, nous pourrons reprendre notre autonomie et trouver des solutions à nos problèmes qui reflètent nos expériences face aux violences genrées.

Nous n’excluons pas des gens parce que nous sommes des oppresseurs, mais bien parce que nous avons tout.e.s fait face à l’oppression. Même si chaque personne sur cette planète fait face à des oppressions systémiques et qu’ultimement le patriarcat est dommageable pour tout.e.s, les hommes cis bénéficient du patriarcat d’une façon unique qui les encourage à continuer leurs comportements problématiques.

Nous comptons évidemment des hommes cis parmi nos amis, nos camarades et nos alliés. Même si nous leur faisons confiance pour se battre en solidarité avec nous et que nous apprécions leur travail en tant qu’alliés, il nous appartient, aux personnes qui font directement face aux oppressions basées sur le genre, de prendre les devants pour nettoyer nos milieux des éléments réactionnaires misogynes et transphobes.

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Le harcèlement sexuel: Pourquoi je manifeste le 1er mai

Femmes et féministes, les raisons ne nous manquent pas pour manifester le 1er mai prochain : l’épuisement et l’exploitation des travailleuses sur-représentées dans le milieu communautaire ou du soin, la privatisation en santé et en éducation, le travail gratuit qu’on fait à la maison ou le salaire minimum qui continue de nous maintenir dans la pauvreté et la précarité. Heureusement que le salaire minimum va augmenter à 12$ mardi prochain. #Not. À ce rythme-là, on va avoir le salaire minimum viable de 2018 dans 10 ans! Aujourd’hui, j’ai envie de parler du harcèlement sexuel qu’on subit quotidiennement, au travail ou ailleurs.

 

La pointe de l’iceberg

Impossible passer de sous silence la vague de dénonciations #MeToo contre les violences sexuelles et sexistes de l’automne dernier. Aux États-Unis, des femmes travaillant dans de prestigieuses industries du cinéma ou de la télévision ont fait trembler l’impunité masculine en dénonçant publiquement leurs harceleurs et agresseurs. Au Québec, l’ancien grand patron de Juste pour rire Gilbert Rozon a fini par crouler sous les révélations de violences sexuelles qu’il a perpétrées sur plusieurs femmes pendant plus de trente ans. Il faut souligner la force de ces courageuses qui ont finalement pu, par la détermination collective, sortir de l’ombre et dénoncer.

 

Il y aussi toutes ces autres femmes, toutes ces travailleuses, qui sont encore forcées d’en laisser passer avec leur patron harceleur. Toutes celles qui finissent par quitter leur emploi quand elles subissent du harcèlement sexuel parce que cette forme de violence au travail n’est pas encore prise au sérieux! Parce qu’on se dit que ça va passer. Parce qu’on se dit qu’il y a rien qu’on peut faire. Parce que les canaux officiels de plaintes sont longs et sinueux. C’est la majorité, voire la totalité, des personnes qui portent plainte pour ce type de harcèlement qui lâchent leur job entre temps.

 

De Weinstein au boss du resto d’à côté

Les harceleurs sont là, ils sont “ordinaires” ou populaires : de Weinstein au boss du resto d’à côté. Il y a le patron qui te “frôle” les seins en passant, le collègue qui trouve que le viol c’est drôle, le client qui veut dont que tu lui souries après qu’il t’aie claqué le cul. Malgré tout, les femmes sont là à résister. Par leurs actions directes, elles font tranquillement changer la peur de camp. Les machistes sont sur la défensive quand on leur parle des violences sexistes qu’on vit. Le jupon de leur misogynie dépasse et on continue de tirer.

 

Ce mardi, je manifeste pour toutes ces femmes, celles qui ont pu dénoncer publiquement, celles qui souffrent en silence, celles qui résistent au quotidien, celles qui réussissent à s’organiser contre ce fléau au travail et ailleurs!

 

Nous ne sommes pas seules! À mardi!