COVID-19 : sauver les meubles, lutter et préparer l’après

Si pendant deux-trois brèves semaines, les gouvernements fédéral et provincial ont annoncé et mis en place certaines mesures pour venir en aide (partiellement) aux travailleuses-eurs, chômeuses-eurs, de manière à favoriser le confinement, les dernières conférences de presse de Legault laissent présager la fin de la lune de miel. 

Il fallait s’y attendre, business as usual, l’État va privilégier les intérêts économiques de leurs amis les boss, les gros investisseurs, les riches, et ce au détriment des travailleuses-eurs, comme d’habitude. La CAQ parle de retour à l’école aussi tôt qu’au début mai, alors qu’on est loin d’avoir « vaincu » la pandémie ou même d’avoir un vaccin, parce qu’il faut bien faire quelque chose avec les enfants des travailleuses-eurs si on les force à retourner au travail…

Pourquoi en serait-il autrement anyway? Ça a toujours été comme ça. La crise aura simplement eu un effet de loupe : nos conditions étaient déjà de la marde, elles ne deviendront pas meilleures magiquement. 

Limiter les dégâts et revendiquer…

C’est donc pour ça qu’actuellement, le milieu syndical (et une partie de la gauche) devrait être en mode « limiter les dégâts et pousser des revendications ». Sauver les meubles dans l’optique où il faut le savoir, la crise n’empêchera certainement pas les boss de s’enrichir sur le dos de leurs employé-e-s. On a qu’à regarder certaines entreprises et industries où on continue de presser le rendement comme si de rien était, encore plus si on a une main d’oeuvre qui a moins de ressources pour se défendre (les travailleuses-eurs à statut précaire notamment). 

Il nous faut demander des augmentations salariales et des améliorations dans nos conditions de travail plus largement, comme dans certains commerces ça s’est vu, et surtout, s’arranger pour que ce ne soit pas temporaire. Parce que ce n’est pas vrai qu’on va donner 2$ de plus aux caissières de supermarchés pour mieux leur retirer dans six mois, un an. Ce n’est pas le moment de se sentir coupable de demander de meilleures conditions ou de tomber dans le romantisme nationaliste de « l’effort de guerre » de Legault Inc. 

Limiter les dégâts et revendiquer, ça veut aussi dire faire des refus de travail. Pas question de retourner travailler parce que nos boss s’inquiètent. Ils ne nous donnent pas plus de bonus en temps normal quand ça va bien, pourquoi alors irait-on se mettre en danger alors qu’on est en pleine pandémie? J’espère, ou je fantasme, des syndicats de profs qui vont bloquer ces retours en classe potentiels qui sonnent surtout comme un plan de marde…Et pas juste dans le milieu de l’éducation, mais dans le communautaire, dans la santé, en construction, dans le commerce de détail, etc. 

…passer des messages…

C’est aussi le moment pour se former et s’organiser. Le Québec n’a pas une culture ouvrière ou syndical qui se transmet fort fort. À l’école, on fait peu ou pas d’éducation politique et encore moins sur les luttes sociales. Eh ben, c’est le temps d’y mettre des efforts. Et il faudra que ça vienne de la base, parce que de toute manière, on le sait, les à-plat-ventristes à la tête des centrales syndicales  tiennent trop au statu quo et à leurs privilèges pour véhiculer des idées plus radicales. 

C’est le temps de passer des messages, de faire de l’éducation populaire, d’agiter nos collègues et de se donner les moyens de le faire. Écrire des textes, donner des formations et des ateliers, accompagner des plus jeunes dans un apprentissage militant. Préparer le monde à défier les lois spéciales et injonctions qui vont continuer de pleuvoir dès qu’on mettra de la pression au bon endroit. 

…et préparer l’après…

Et il faut penser à l’après, parce que le cauchemar ne va pas prendre fin avec un éventuel déconfinement (qui lui-même risque d’être long et progressif, au gré des besoins des boss…). Si déjà nous sommes capables d’être assez alertes pour éviter de faire se faire passer par la bande des lois autoritaires ou anti-syndicales draconiennes (comme la plupart des États le font en temps de crise), on va tout de même se faire remettre une facture salée en sacrament. 

Rien de nouveau à ce qui suit, mais juste à regarder notre filet social : si la panique est pogné dans nos hôpitaux, nos CHSLD (la plupart privés en plus), nos CLSC ou nos organismes communautaires, c’est que ça fait des décennies que les gouvernements se succèdent pour y mettre la hache. Ce n’est pas une triste coïncidence si on est pas capable de tester suffisamment, qu’on laisse du monde à la rue en plein pandémie, qu’on a pas assez d’équipement. Et ce n’est pas une crise sanitaire qui va changer cela, capitalisme oblige. 

Legault et Cie le font déjà planer : ça va coûter cher. Pas vrai que les gouvernements vont (ré)instaurer une taxe sur le capital ou des impôts plus élevés pour les plus riches. Non, après les mesures de distanciation sociale, ça va être celles d’austérité qui vont être violentes, pas qu’un peu. On va nous demander de se serrer la ceinture sur un méchant temps. 

Et notre système de santé qui aura déjà de peine et de misère passé au travers de la crise, va manger une autre claque. En éducation ça sera pareil. Les programmes de prestations auxquels nous contribuons n’y échapperont pas. Les acquis en matière de santé et sécurité, de conditions de travail, name it, tous vont y goûter. 

Il faut donc qu’on se prépare à rebâtir et renforcer nos mouvements syndicaux, sociaux et de gauche. Ça ne se fait pas en claquant des doigts et il y aura des obstacles. Déjà comme je le mentionnais plus haut, il y aura « les élites » de gauche pour tenter de contrôler le bordel et la frustration que ça va générer. Quelle forme ça prendra, je ne le sais pas. Mais on est mieux de commencer à y penser. 

COVID-19 : L’IWW-Montréal demande la suspension des paiements de loyers et d’hypothèques

MONTRÉAL, le 30 mars 2020 – La crise du coronavirus nous a frappé de plein fouet et comme à l’habitude dans ces moments difficiles, les premiers à en payer le prix furent les travailleurs et travailleuses. Une semaine seulement après le début des mesures d’isolement social, on dénombrait plus d’un million de nouvelles chômeuses et de nouveaux chômeurs à travers le pays.

Malgré les programmes d’aide annoncés par les différents de paliers de gouvernement, il semble que les fonds ne seront pas distribués à temps pour le début du mois d’avril. C’est ainsi que plusieurs centaine de milliers de personnes devront choisir entre manger ou payer son loyer ou son hypothèque. Si les mesures de confinement prises le sont pour la santé de tous et toutes, nous croyons important de rappeler que le logement et l’alimentation constituent également des besoins vitaux et devraient être considérés comme des droits humains.

En ce sens, l’IWW-Montréal demande la suspension des paiements de loyers et d’hypothèques pour tous et toutes. La porte-parole du syndicat, Coline Gaucher explique : « Si, à la base, nous avons déjà un certain malaise avec le fait de monnayer un besoin humain de base comme celui de se loger, cette situation exceptionnelle nous force à exiger que les gouvernements prennent des mesures extraordinaires. C’est aussi ça, la santé publique ! »

Solidarité avec les grévistes du loyer

Comme l’État tarde à mettre en place des mesures concernant le droit au logement pour tous et toutes durant cette crise, un mouvement de grève des loyers est en train de se mettre en place d’un océan à l’autre. L’IWW-Montréal tient à annoncer publiquement qu’elle se place en solidarité avec les locataires grévistes, et que ceux et celles qui devront subir des conséquences négatives de la part de leur propriétaire pourront contacter notre Comité de solidarité pour les aider à se défendre.

« Nous soutiendrons nos membres, ainsi que toute personne qui subira les conséquences d’une participation à cette grève des loyers, par nécessité ou par solidarité. Soyez assuré.e.s que notre syndicat répondra présent si des mesures de répression sont exercées par les propriétaires ! » indique madame Gaucher.

L’IWW-Montréal enjoint également ses organisations alliées à prendre des positions de principe sur la suspension des hypothèques et des loyers pendant la crise, à faire pression sur les différents paliers de gouvernement, ainsi qu’à préparer la solidarité avec les personnes qui devront se résoudre à faire la grève des loyers. Il n’y a pas de recette secrète, c’est en unissant que nous réussiront à défendre les droits au logement et à l’alimentation pour l’ensemble de la classe ouvrière, avec ou sans emploi.

Toujours du côté de celles et ceux qui luttent

Le Syndicat Industriel des Travailleurs et des Travailleuses – Industrial Workers of the World (SITT-IWW) est une organisation syndicale ouverte à tous les membres de la classe ouvrière, qu’ils ou elles soient salarié.e.s, sans-emploi, étudiant.e.s ou retraité.e.s.

La mission du SITT-IWW est d’organiser les lieux de travail, les industries et les communautés. Nous voulons à la fois améliorer nos conditions de vie dans l’immédiat, mais aussi construire un monde sans patrons. Un monde dans lequel la production et la distribution seront gérées et organisées par les travailleurs et les travailleuses, afin que les besoins de la population entière soient satisfaits plutôt que seulement ceux d’une puissante minorité d’exploiteurs et de propriétaires.

Crédit Photo: Cédric Martin

20e édition du salon du livre anarchiste de Montréal

Cette fin de semaine avait lieu la 20e édition du Salon du livre anarchiste de Montréal. Vente de livres, pamphlets, journaux, mais aussi de bidules en tout genre, le salon du livre anarchiste c’est en quelque sorte un grand rendez-vous de famille pour les radicaux de tout acabit.

Avec la participation de 76 collectifs montréalais et près d’une cinquantaine issus d’un peu partout en Amérique du Nord, mais aussi d’Angleterre, de France, de Suède et des Philippines. Le salon attira cette année encore plusieurs centaines de participant.es qui défilèrent entre les tables et les ateliers tout au long de la fin de semaine.

Pour les membres du Syndicat Industriel des Travailleurs et Travailleuses (SITT-IWW), ce fut l’occasion de renouer avec les fellow workers des sections locales de Hamilton, Ottawa et Halifax, en plus de participer à la présentation 6 Months of Anarcho-syndicalism in Iceland: Industrial Workers of the World Inside Efling Trade Union’s Historic Mobilization, présentée par l’un de nos camarades ayant quitté le Canada à l’automne spécialement pour aider à l’effort d’organisation en Islande.

De leur côté, les membres de l’IWW militant au sein du comité événements-marchandises profitèrent de l’occasion pour relancer leur traditionnel BBQ en plus de présenter la sortie d’un nouveau t-shirt reprenant le travail artistique d’un.e membre qui avait été utilisé à l’occasion du 1er mai.

Ce fut cette année encore un honneur de participer au Salon du livre anarchiste de Montréal.

Pour la One Big Union et la Démocratie Industrielle,

Mathieu Stakh, X374166

Le SITT-IWW Montréal endosse l’appel de la CLAC: 150 ans de colonialisme. Pas de quoi fêter !

Comme vous le savez, cette année c’est le 150e anniversaire du Canada. Le gouvernement prévoit dépenser 500 millions de dollars en 2017 pour organiser des cérémonies, des parades et des fêtes pour célébrer fièrement le colonialisme, l’impérialisme et le racisme qui marquent l’histoire de ce pays. Nous ne devons jamais oublier que le territoire que l’on appelle Canada a été volé par les colons européens aux autochtones qui vivaient ici depuis des millénaires, dans un désir avide de richesses naturelles pour enrichir les couronnes de France et d’Angleterre. Pourquoi devrions-nous fêter cela ?

Le colonialisme canadien n’est pas une chose du passé, l’oppression et le racisme envers les peuples autochtones existent toujours. Il suffit que l’on pense aux incarcérations massives, aux abus qu’ils et elles subissent de la part des policiers ou aux interventions militaires (Restigouche, 1981, Oka, 1990, Gustafsen Lake 1995, Elsipogtog 2013) pour les « discipliner » lorsqu’ils et elles revendiquent les droits que le Canada leur a garantis dans ses propres traités (qui ont été signés après l’invasion du territoire et la déstabilisation des écosystèmes desquels dépendaient leurs communautés). Encore une fois, comment pouvons-nous vouloir célébrer ?

Même si la grande majorité de la population canadienne est issue de l’immigration, avec la colonisation débutée au 16e siècle, notre gouvernement garde toujours une vision raciste face aux nouveaux et nouvelles immigrantEs. Les nouveaux et nouvelles arrivantEs sont marginaliséEs, privéEs des services essentiels de base pour vivre dans la dignité et trop souvent traitéEs comme des criminelLEs ou même des terroristes. Doit-on être fièrEs de l’accueil que nous réservons aux gens qui doivent immigrer ici parce que la vie dans leur pays est devenue insoutenable, souvent à cause des politiques impérialistes du Canada et des autres pays riches qui n’ont jamais assez de pouvoir et d’argent ?

C’est pourquoi nous dérangerons le plus possible la fête du Canada le 1er juillet, parce qu’il n’y a aucune fierté à habiter un pays construit sur des terres volées et qui accumule depuis tout ce temps des richesses grâce à l’exploitation sauvage des ressources d’ici et de partout dans le monde, ni d’un pays raciste qui marginalise les autochtones et les immigrantEs.

Appel à l’action :

Vous pouvez venir à notre manifestation et vous pouvez en plus faire d’autres actions. Partout autour de nous il y a des symboles du colonialisme canadien : les bâtiments de l’armée canadienne, les canons et autres symboles et des musées militaires, les bureaux du gouvernement, les magasins de la Compagnie de la Baie d’Hudson, les prisons, les tribunaux, les parlements, les hôtels de villes, les bureaux du SCRS et de la GRC, etc. Faisons preuve de créativité !

Activité amusante à faire avec vos amiEs pour le 1er juillet : arrachez tous les drapeaux du Canada et du Québec. Il y a plein de choses que vous pouvez faire avec après, comme un feu de camp. Défi supplémentaire : remplacez les drapeaux arrachés par des drapeaux noirs. Des heures de plaisir !

Pour plus d’informations: https://www.clac-montreal.net/fr/node/685

Un chalet 100% wobblies: Troisième édition du camps d’été du SITT-IWW

Pour une troisième année de suite, le Comité marchandise-événements de la section montréalaise du Syndicat Industriel des Travailleurs et Travailleuses nous a organisé un solide camp d’été! L’invitation était alléchante, au menu, nous avions droit à : un chalet sur le bord du lac, plusieurs discussions et de solides ateliers, un cours d’autodéfense, un méchoui d’agneau et son homologue végan, un spectacle du groupe Union Thugs, des chansons autour du feu et dix millions de moustiques aussi sociables qu’affamés.

Le vendredi soir a commencé tranquille. Tandis que les voitures arrivaient petit à petit et que wobblies et camarades s’installaient dans leur dortoir respectif ou plantaient leur campement, un petit groupe préparait une soupe maison pour accueillir les survivants du trafic du vendredi. Vingt et une heure sonnée, les cinq membres d’Union Thugs entamaient des reprises de chansons ouvrières ou de succès populaires rafistolés à la sauce syndicale. Rigolades et chants en cœur ont mis une sacrée ambiance!

Samedi matin, tasses de café chaud et toasts au beurre de peanut en main, on y allait d’un atelier-discussion sur les assises du syndicat. Notre mandat, le bilan de l’année, ce qu’on fait bien, ce qu’on peut améliorer, comment intégrer les nouvelles et nouveaux, nos projets à venir, etc. Il y en aurait eu long à dire, et la participation fut au rendez-vous!

Pour le dîner, fidèles à nos traditions, ce fut des hot-dogs sur le barbecue (gracieuseté d’une camarade qui nous a légué le sien!). Ensuite, nous avions l’après-midi de libre. Tandis qu’un groupe apprivoisait les rudiments de l’autodéfense avec les personnes du Black Flag Combat Club (tout en repoussant une armée de moustiques), d’autres se promenaient dans les sentiers avoisinants ou renversaient leur kayak dans l’eau du lac.

Pour le repas du soir, une dizaine d’enthousiastes de la marmite s’armèrent d’épices, d’épluche-patates et d’une broche pour le méchoui. On s’activait solide en cuisine! À noter : la fumée du méchoui éloigne les moustiques-vampires.

En fin d’après-midi, un ancien membre du syndicat donnait un atelier sur les Normes du travail, leurs limites, leurs utilités et les grandes lignes à retenir. Précarité, injustices en tout genre et patrons merdiques sont assurément des sources d’inspirations, car les questions et interventions des membres fusaient de partout!

Trois longues tables en ligne et une vingtaine de chaises installées, nous avions un banquet populaire pour satisfaire les goûts de toutes et tous! Une fois le soleil couché (et les moustiques se reposant en attendant le festin du lendemain), les estomacs remplies à ras-bord, canettes de bière ou de boissons gazeuses en main, nous étions une bonne quinzaine à veiller autour du feu. Union Thugs nous ayant muni-e-s de cahiers avec les paroles de leurs chansons, c’est d’une seule et solidaire voix que nous écorchâmes les oreilles des maisons voisines jusque bien après minuit.

Dimanche matin, un membre du syndicat en pleine campagne d’organisation donnait un atelier sur les grandes lignes de notre formation OT101 avec exemples à l’appui. Stratégies, tissages de liens avec des collègues, « social mapping », agitation, éducation, syndicalisation, cce pour quoi nous vivons en somme. C’était inspirant de voir les esprits s’échauffer, s’enthousiasmer à l’idée d’en découdre avec le patronat et par le fait même, de s’organiser et de distiller de la solidarité de classe de job en job.

Puis après le dîner, entre deux escadrons de moustiques, deux membres du comité solidarité donnaient la formation sur le comment d’une campagne Réclame ta paye. Campagne que le syndicat fait depuis plusieurs années, et à laquelle nous voulons davantage nous consacrer. Boss qui ne payez pas vos salarié-e-s : vous n’avez qu’à bien vous tenir!

Une heure de ménage et quelques piqûres plus tard, c’est ainsi que se concluait la troisième édition des wobblies dans le bois. Je n’en emporte que de bons souvenirs. Nous parlons souvent d’autogestion comme d’un idéal, et je lève mon chapeau aux membres qui ont mis la main à la pâte durant le weekend, et un gros bravo aux membres du comité qui nous ont offert ce précieux espace de discussions et formations.

À l’an prochain!

Manu, Comité Solidarité

Pourquoi je manifeste le 1er mai?

Alain, travailleur de Postes Canada à la retraite, ancien dirigeant du Syndicat des Travailleurs et Travailleuses des Postes (STTP) et membres du SITT-IWW Montréal explique les raisons qui l’amèneront à manifester lundi prochain pour la journée internationale des travailleurs et travailleuses.


Chaque journée il sort des choses, des dossiers, qui sont une insulte pour la classe ouvrière. Des affaires de corruption ou ce qui se passe avec Bombardier en ce moment. La classe ouvrière a raison d’être en tabarnak, c’est eux et elles qui en arrache le plus.

Le 1er mai c’est important pour moi parce que c’est la vraie fête des travailleurs et des travailleuses. D’ailleurs ça devrait être une journée férié!

Malgré les promesses d’un renouveau syndical, depuis des années et des années, ça tourne en rond. La seule avenue possible, celle qui nous donnerait le rapport de force, c’est de reprendre le contrôle des plancher de travail. C’est la force du SITT-IWW, l’esprit de solidarité des wobblies.

Parce que la stratégie des employeurs c’est de diviser pour mieux régner. La solidarité c’est dans notre ADN mais elle doit s’exprimer à la base, au quotidien sur nos lieux de travail.

Les centrales syndicales sont plus capables de faire cette job là, de revenir sur les plancher de travail et d’en reprendre le contrôle. C’est devenu des grosses machines, trop lourdes. C’est rendus des professionnels du syndicalisme alors ça leur coûterait trop cher de mobiliser la base véritablement.

Les syndiqué-es considèrent leurs organisations comme une compagnie d’assurance, et de fait celles ci ne s’occupent presque plus que du volet légal. Souvent c’est long et décourageant un grief, alors la base perd confiance dans le syndicalisme. Après il faut nuancer, ça a aussi du bon : les employé-es syndiqué-es ont quand même des meilleures conditions de travail. Je pense qu’abolir le milieu syndical serait dangereux. Il faut trouver une manière de conscientiser les travailleurs et travailleuses.

C’est pour toutes ces raisons que j’aime bien le slogan que j’ai vu sur notre banderole : «travailleurs et travailleuses en tabarnak!», ça résume bien ce que je pense. Il y a un ras le bol. La coupe est pleine!

Alain Duguay

Crédit photo: L’occupation du Frite Alors! Rachel par C.Martin

Manif-action à l’hôtel Bonaventure: On a peut-être pas eu le 15$/h, mais on a la piscine!

Samedi le 22 avril à 17h, des wobblies ont décidé que c’était leur tour de profiter des bonnes choses de la vie, ne serait-ce que pour un instant!  Une occupation festive de la piscine chauffée située sur le toit de l’Hotel Hilton Bonaventure fut organisée par 25 membres du SITT-IWW Montréal. «Nous sommes venus profiter des bonnes choses de la vie et rappeler à la bourgeoisie que son luxe et ses largesses sont possibles grâce à notre travail.» lance d’emblée une militante présente sur place. «À 10 jours du 1er mai, nous voulions aussi exprimer à la classe des travailleuses et des travailleurs qu’il est temps de reprendre le pouvoir sur nos vies.», ajoute-t’elle.

La Coupe est pleine! Le coût de la vie augmente sans arrêt. Les services publics se font tronçonner. Les personnes assistées sociales subissent des attaques sauvages. Il y a la menace d’une réforme des Normes du travail à la sauce patronale qui nous guette. Et pour ajouter l’insulte à l’injure, tandis que syndicats et groupes communautaires réclament un salaire minimum à 15$ de l’heure, les boss et l’État répondent : vous ne valez guère plus de 11,25$. Comme si ce n’était pas suffisant, le climat social se dégrade. Les discours racistes ont de vastes tribunes. On maltraite la différence. Les crimes haineux visant les femmes, les musulman.es et la communauté LGBTQIA* se multiplient. Nous ne tolérons pas ces discours de haine qui se propagent autant dans les médias, les milieux de travail et nos communautés.

Nous appelons donc les travailleurs et les travailleuses ainsi que nos groupes alliés à participer à notre ras-le-bol. Et c’est dans cette optique que nous vous invitons officiellement à vous joindre à nous. Le lundi 1er mai, de 14h30 à 16h30, nous offrirons une bouffe communautaire avec musique et prises de parole dans le quartier Centre-Sud au parc Médéric-Martin, puis nous nous rassemblerons au métro Frontenac à 17h00 pour manifester vers le centre-ville! Si aujourd’hui nous rendons visite à la bourgeoisie là où elle se trouve ce n’est pas par envie ou par jalousie. C’est parce que nous voulons lui rappeler que nous nous trouverons toujours sur son chemin. Jusqu’à ce que les bonnes choses de la vie soient partagées équitablement. Jusqu’à ce que les classes sociales soient abolies. Jusqu’à ce que les travailleuses et les travailleurs profitent pleinement du fruit de leur travail Jusqu’à ce que tout le monde ait accès à une piscine chauffé au milieu d’un parc enchanteur ! Nous voulons une vie riche, pas une vie DE riche. On se voit le 1er mai

Mettons-nous au travail !

Ce texte est une traduction partielle du texte «Let’s get to work» publié sur Jacobin par lefellow worker de l’IWW New-York, Erik Forman. Bien qu’il se concentre sur le mouvement ouvrier aux États-Unis, il contient de nombreuses leçons d’organisation pour la gauche d’ici.

Le «Salting» a créé les premiers mouvements ouvriers des États-Unis; il pourrait les ressusciter aujourd’hui. -Érik Forman

La gauche a cette longue tradition consistant à continuellement se demander « Que faire?». Depuis le jour où Lénine a posé cette question rhétorique, elle est au centre de toutes les sortes de développement théorique et des appels à l’action des mouvements sociaux. 

« Que faire ? » voyage ainsi de mouvement à mouvement, de crise en crise, et fait occasionnellement la lumière sur les problèmes existentiels fondamentaux de la gauche. Suivant cette tradition, le récent numéro de Jacobin, «Rank and File», s’est penché sur l’une des plus urgentes questions de la gauche contemporaine: que faire pour ressusciter le mouvement ouvrier ?

Des contributeurs et contributrices ont offert nombre de diagnostics et de prescriptions. Charlie Post a mis de l’avant le rôle crucial que la minorité militante a joué dans le succès des mouvements ouvriers du XXe siècle ; Jane McAlevey a appelé à ce que tous les travailleurs et toutes les travailleuses s’organisent; Joe McCartin a urgé les syndicats de ne pas manquer l’opportunité offerte par la brève fenêtre entre la décision Friedrichs et la prochaine attaque sur le droit à la convention collective; et Sam Gindin à une «gauche de classe» en tant qu’alternative au syndicalisme de mouvement social.


Cependant, depuis la publication de ces articles, la crise de la classe
ouvrière ne s’est qu’accentuée; la droite contrôle maintenant les trois branches du gouvernement fédéral des États-Unis ainsi que la majorité des États. La suite de Friedrichs, « Janus v. AFSCME », est maintenant en cour suprême, menaçant de décimer les syndicats du secteur public à travers tous les États-Unis. La rumeur d’une loi nationale antisyndicale se répand.

Ainsi, déterminer « Que faire ?» ne fait que devenir de plus en plus urgent. Mais voilà, il y a un problème par rapport à cette question, évident même au premier niveau de grammaire : «Que faire ? » commet le péché capital de chaque enseignant-e en écriture : La voix passive ! Qui est le sujet dans cette question ? Qui fera ce qui doit être fait ?

L’absence d’un sujet actif est bien plus importante qu’un simple problème grammatical; elle représente LE problème de la gauche ouvrière. La minorité militante est petite, voire non existante, et il n’est pas très clair de savoir qui est supposé la reconstruire. Un large fossé existe entre la gauche intellectuelle et la classe ouvrière de qui elle discute.

Malheureusement, les voix provenant de la classe ouvrière se font rares au travers des personnalités qui dominent actuellement le discours de la gauche. La plupart des théoricien-ne-s issu-e-s de la gauche écrivent en effet selon une perspective intellectuelle qui se tient au-delà de la classe ouvrière plutôt que par des travailleurs et des travailleuses qui en sont le cœur même.

Les décideurs, en ce qui a trait au travail, sont bien souvent à des kilomètres d’être sur le plancher des vaches. Le résultat en est que nous entendons beaucoup plus fréquemment parler de syndicats qui organisent des milieux de travail que de milieux de travail qui s’organisent en syndicat. Les travailleurs et travailleuses se retrouvent donc dans une position d’objet plutôt qu’à celle du sujet dans leurs propres organisations.

Cette aliénation se manifeste d’une multitude de façons : Les travailleurs et les travailleuses ne participent pas/plus aux réunions, ne sont pas prêt-e-s ou motivé-e-s à faire la grève, acceptent des conventions concessives, et, comme les dernières élections aux États-Unis l’ont démontré, expriment un support d’un niveau alarmant envers les candidat-e-s de la droite.

Les travaillistes libérales croient que ces problèmes peuvent être réglés par de petits ajustements : Les médias sociaux, des coalitions médiatiques avec des groupes communautaires, des campagnes ciblées sur telle ou telle mesure du gouvernement, et d’autres petites actions qui ont toutes comme point en commun de ne pas fondamentalement changer la structure des syndicats. La situation présente démontre cependant que cette approche «band-aid» a lamentablement échoué à inverser le déclin du mouvement ouvrier.

De plus, même si elle pouvait le faire, elle n’irait pas assez loin. La gauche ouvrière ne doit pas chercher qu’à sauver les institutions ouvrières existantes, mais les transformer et en bâtir de nouvelles. Notre but devrait faire en sorte que les travailleurs et les travailleuses soient le sujet plutôt que l’objet de leurs propres organisations – et de l’histoire.

Notre prescription pour le renouveau du mouvement ouvrier nécessite une nouvelle grammaire. À la place de demander « Que faire ? », nous deorganise1vroins plutôt nous demander « Que DEVRAIS-JE faire ? »

Il s’avère que la droite a au moins à moitié raison :
nous devons nous lever et trouver un boulot. Ensuite, nous devrions faire ce que nous disons aux travailleurs et travailleuses de faire sans arrêt : Syndiquer nos milieux de travail.

Cette tactique porte historiquement un nom. Nous l’appelons le «Salting», et elle a été fondamentale à
l’établissement du mouvement ouvrier aux États-Unis.

Le sel de la terre

Le « Salting » a de profondes racines à l’intérieur du mouvement ouvrier et de la gauche. Cette technique a porté plusieurs noms : L’industrialisation, la colonisation industrielle, la concentration industrielle, ou l’établi, en France. Chacun de ces termes désigne une application plus ou moins différente de la même idée : se faire employer par une entreprise dans l’unique but de l’organiser.

Le Salting a bâti et a soutenu toutes les recrudescences majeures du mouvement ouvrier du vingtième siècle. En fait, il fut un temps où cette façon de faire était si fondamentalement implantée dans le syndicalisme qu’elle n’avait même pas de nom ; les travailleurs et les travailleuses guidées par une idéologie radicale organisaient simplement leur milieu de travail, bâtissant le mouvement ouvrier partout où ils et elles allaient.

Les Knights of Labor ainsi que l’IWW devaient leur succès au fait d’avoir attiré des membres immigrant-e-s et itinérant-e-s vers la politique radicale pour ensuite l’apporter avec eux dans les usines. Toutes ces personnes faisaient partie du processus de salting et étaient organisées, et pas seulement les professionnelles !

L’IWW est ainsi devenu une école pour une génération d’organisateurs et d’organisatrices, dont beaucoup se sont joints à d’autres organisations radicales et ont formé le CIO (Congress of Industrial Organizations) . Sentant le marasme économique des années 1920, ces groupes militants ont gardé vivant le germe du syndicalisme radical, prêt à s’éclore lorsque le climat politique le permettrait.

Toutes les grèves générales célèbres de 1934 – celle des teamsters de Minneapolis, celle du Waterfront de San Francisco, et celle de Toledo Auto-Lite – ont pu avoir lieu grâce à des années de travail acharné d’organisation de la base des milieux de travail faite par des cellules radicales de travailleurs et de travailleuses provenant d’une panoplie d’organisations socialistes.

Ces grèves massives catalysées par la minorité militante ont mené à l’institutionnalisation des mouvements ouvriers par le passage du National Labor Relation Act en 1935. Ironiquement, cette institutionnalisation créa les contradictions qui permirent une nouvelle vague d’organisation par la base plusieurs décennies plus tard.

Lorsque la minorité militante a réapparu vers la fin des années 1960 et au début des années 1970, ils et elles ont eu à faire face non plus juste aux employeurs, mais aussi aux syndicats qui s’étaient habitués à agir en partenariat avec les entreprises plutôt qu’à les combattre.

Comme les actions de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle, la vague de grèves sauvages de la fin des années 1960 et du début des années 1970 a débuté lorsque les travailleurs et travailleuses ont apporté leurs croyances politiques radicales au travail. Cette fois, il ne s’agissait pas d’immigrant-e-s anarchistes ou socialistes, mais de militant-e-s pour les droits des noir-e-s, d’étudiant-e-s révolutionnaires et de vétérans fraîchement revenus de la guerre du Vietnam.

Surtout à Détroit, l’organisation délibérée est ce qui a permis une radicalisation spontanée massive. Débutée par des étudiant-e-s et des travailleurs et travailleuses radicaux bien enracinées dans la classe ouvrière noire de la ville, la League of Revolutionary Black Workers (LRBW), s’est organisé contre la hiérarchisation raciste au travail, dans les hautes instances du United Automobile Workers (UAW) mais aussi dans la société dans son ensemble.

Alors que la ville était encore fumante de la grande rébellion de 1967 – Une révolte de travailleurs et travailleuses qui a nécessité 17 000 soldats et 155,576 cartouches de munition de M1 à réprimer – la LRBW a adopté comme stratégie révolutionnaire d’activer le pouvoir de la classe ouvrière noire au cœur du capitalisme industriel américain. Le Saltingdevint vite une arme clé de son arsenal.

General Baker, l’un des militants principaux de l’organisation, s’est ainsi trouvé un emploi dans l’usine principale de Dodge et sest mis à l’organiser. Le 2 mai 1968, son travail a porté fruit : Une grève sauvage de quatre mille employé-e-s a fait fermer l’usine en réponse àdes licenciements racistes. La compagnie a répliqué avec encore plus de racisme ; Baker et douze autres travailleurs ont perdu leurs emplois pour avoir organisé cette grève.

L’industrie de l’automobile a tenté de mettre Baker sur la liste noire et le UAW a refusé de le défendre, lui comme ses collègues. Il a utilisé alors un pseudonyme pour pouvoir être employé à l’usine de Ford Rouge (la plus grosse usine du monde à cette époque) et a rapidement devenu président de la section locale de l’UAW.

La League est allée de l’avant pour organiser les travailleurs et les travailleuses dans les usines, les hôpitaux, un centre de distribution de UPS, le Detroit News, et partout à travers la ville. Elle a planifié des grèves sauvages, a défié la UAW pour ses pratiques antidémocratiques et racistes, a protesté contre la brutalité policière, ont obtenu une disculpation pour un travailleur qui avait tué deux contremaîtres, a arrivé à faire dissoudre une unité antigang raciste de la police, a construit un pont avec la classe moyenne et ouvrière blanche locale grâce à un club de livre qui était très populaire, a créé une maison d’édition, une librairie, une imprimerie et a produit un documentaire sur son travail.

Toute cette série de succès a été possible grâce à la relation complémentaire entre les radicales et les radicaux qui s’étaient trouvé-e-s un travail dans le but de l’organiser et les personnes qui organisaient leur milieu de travail après se faire radicaliser – que ce soit dans la rue ou au travail. Les accomplissements de la LRBW, suivis par une vague de grèves sauvages au début des années 70 et la perception que les mouvements sociaux des années 60 avaient atteint leurs limites, a inspiré une génération de radicaux et radicales à se tourner vers la classe ouvrière.

**Une section imposante de texte a été retirée ici. Vous pouvez cependant le consulter en entier dans sa version originale anglaise ici, à partir du sous-titre The Turn to the Working Class.

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A Working class hero is something to be..

Depuis l’élection de Donald Trump, des milliers de personnes aux États-Unis se sont ruées vers les organisations de gauche en réaction à la réalité dystopienne dans laquelle ce pays s’enfonce. Ces personnes accourent en demandant « que dois-je faire ? »

Le mouvement anti Trump s’est rapidement mis à l’action directe de perturbation économique : Une marche des femmes, une grève des taxis, une grève des bodegas (épiceries newyorkaises), une grève-surprise du secteur de la haute technologie, et appelle maintenant à la grève générale. Cela ne peut cependant se produire sans une organisation massive du secteur de la production. Pour gravir les échelons jusqu’à la victoire, il faut apporter nos politiques au travail.

Se retourner vers leur milieu de travail est l’étape logique pour toutes les personnes qui se sont tournées vers le socialisme au cours de la dernière année. Le salting offre une porte d’entrée significative et accessible au militantisme, car la plupart d’entre nous doivent vendre notre force de travail pour vivre. Ce sont surtout les millénaux qui font face à une baisse historique de la mobilité sociale. Bien que nous n’ayons pas cherché à faire la lutte des classes, la lutte des classes est venue nous chercher.

Le Salting peut faire en sorte d’éliminer le fossé entre la gauche intellectuelle et la classe ouvrière en allant directement rencontrer les travailleurs et les travailleuses où ils et elles sont : au travail. Contrairement au fait d’adhérer à un syndicat traditionnel, à se trouver un emploi dans un organisme non gouvernemental, à prendre du temps à l’extérieur de notre travail pour militer, ou à entreprendre de hautes études, l’organisation des milieux de travail est immédiatement accessible pour toutes les personnes de la classe ouvrière et ne nécessite pas l’argent d’une bureaucratie qui pourrait d’ailleurs être récupérée contre nous ou dissoute dans quelques années.

Bien qu’encourager le salting devrait être la moindre des choses pour n’importe quel syndicat, la génération actuelle de leaders syndicaux pourrait ne pas être enthousiaste à opter pour cette stratégie, surtout parce que le congrès républicain essaie déjà de faire en sorte que cette pratique devienne illégale.

La gauche ouvrière devra mener la lutte. Nous devrions coordonner nos actions pour se concentrer sur des employeurs et des secteurs clés pour y acquérir les emplois qui permettraient de bâtir notre mouvement, idéalement à des postes qui minimisent la distance  entre les organisateurs et organisatrices et les gens qui se font organiser. Ou bien soyons des héros de la classe ouvrière et trouvons-nous des emplois dans les secteurs nos actions pourront avoir un impact démesuré comme celui de la logistique.

Si cela se produit, un virage à grande échelle vers la pratique du Salting pourrait transformer le mouvement ouvrier et la gauche en y mettant la classe ouvrière au centre. Le salting est la stratégie par laquelle la classe ouvrière radicale a pris forme et pourrait bien être celle par laquelle elle renaîtra.

Nous disons aux travailleurs et aux travailleuses de s’organiser depuis des décennies. Il est maintenant temps que la gauche ouvrière mette en pratique ses propres conseils. Nous savons ce qui doit être fait : trouvez-vous un emploi et mettons-nous au travail.

Erik Forman

La solidarité mène à la victoire dans un studio d’animation 3D de Montréal!

Avertissement, ceci ne sera pas un récit d’héroïque camaraderie, de courage ou de combat ardu, mais d’une campagne d’organisation qui s’est avérée efficace.

Emploi: Je travaille en animation 3D pour un gros studio français possédant un département de 16 employé.es à Montréal.

Conditions : L’atmosphère de travail était de plus en plus horrible. En comparaison des autres studios du domaine à Montréal, nous avions tout à demander. Lors d’une des pires réunions, où notre accès à de la musique fut mentionné comme un privilège, déjà que nous avions pas accès à internet. Une collègue mentionna la possibilité de former un comité, doucement dans le vacarme de tout le monde qui chialaient comme d’habitude. Il fallait sauter sur l’occasion, montrer à mes collègues que leur simple critique ne changerats rien.

Demandes: ajustement des salaires, déplacements payés à 50%, matériel ergonomique pour tous et toutes, meilleure machine à café avec café bio, panier de fruits bio disponible gratuitement pour tous les travailleurs et toutes les travailleuses , ajout d’un moment de socialisation de type « 5 à 7 » les vendredis avec de la bière fournie, événements sociaux sur le lieu de travail dont les coûts sont assumés par les patrons, accès à des conférences pour se perfectionner, cours de dessin, fontaine d’eau, assurances au même coût pour tous et toutes, peu importe la situation familiale, accès au Wi-Fi et instauration d’une station de travail avec internet, et finalement, favoriser l’achat de produits locaux et bios.

Méthode: simplement en le demandant ensemble! Suite à des discussions et à une réunion pour mettre en commun les suggestions des employés.es, nous avons envoyé un email à nos patrons en France posant la liste complète de nos revendications pour améliorer l’environnement de travail. Auparavant, nos demandes étaient toujours formulées individuellement et ne cessaient d’être refusées systématiquement. Une demande au nom du Comité des Travailleurs et Travailleuses aura permis de démontrer le désir collectif de changement et les patrons acceptèrent tout. Cela nous a tous et toutes surpris.es, d’autant plus que la campagne d’organisation n’a duré qu’un mois!

La solidarité nous rend plus fort.es!

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Les agences de placement, le cheap labour et la misère.

Dans le cadre de la manifestation organisée par lAssociation des travailleurs et travailleuses dagences de placement (ATTAP), un membre du IWW Montréal a pris la parole, voici ce quil avait à dire.

Bonjour à tous et toutes, je suis membre du Syndicat Industriel des Travailleurs et Travailleuses, le IWW Montréal. Nous sommes ici aujourdhui en solidarité avec les travailleurs et travailleuses dagence de placement. Nous sommes ici pour les soutenir, en tant que travailleurs, et pour faire écho à leurs revendications!

Avant de vous parler de leurs revendications, jaimerais vous faire part dune réflexion sur les agences de placement. Le tract de lATTAP, qui nous invite aujourdhui, dit la chose suivante : « Les agences de placement ne créent pas de lemploi, elles précarisent des emplois qui existent déjà. » Cest vrai, pour avoir déjà travaillé dans une agence de placement quand je suis arrivé au Québec, jai pu constater à quel point on pouvait profiter de nous. Car on ne va pas se lecacher, dans lagence de placement où j’étais, Bédard Ressource pour ne pas les nommer, quand je my rendais le matin, j’étais le seul blanc. Les agences de placement, cest le derniers recours pour les nouveaux arrivants, souvent les plus précaires et les plus démunis. Moi jai eu de la chance, ça na pas duré longtemps avant que je trouve un emploi permanent, payé au salaire minimum bien entendu.

Je vais vous raconter une petite anecdote qui mest arrivée une journée dans une agence de placement. Je me lève le matin à 5h15 pour arriver làbas à 6h15, parce que cest à lautre bout de la ville évidement. Jattends quon mappelle. 7h00. 8H00. 8H15 et finalement on monte dans une van. Départ avec 5 autres gars, tous des immigrants, pour une usine dans le fin fond de lOuest de l’île.


On arrive vers 9h
00, on entre dans la salle de repos de lusine et le contremaître vient nous voir. Il dit à notre dispatcher : « Désolé, javais demandé des femmes. » On rentre dans le van, retour vers

 

lagence, on ne dit rien. De retour à lagence, il ny a rien dautre pour moi aujourdhui. Cest ma première journée de travail avec Bédard, alors comme le veut la règle, je ne suis pas payé pour le déplacement. Une journée de perdue!

Ce qui me frappe chez les agences de placement, cest ce quelles vendent : de la main d’œuvre. Elles ne produisent rien. Leur marchandise, leur matière première cest nous. Et moi le commerce de la main d’œuvre bon-marché, corvéable à merci, ça me rappelle lesclavage. De lesclavage moderne bien sûr, encadré par la loi. Cest pour ça quon se joint à lATTAP aujourdhui pour demander, de nouveau, labolition de cet esclavage déguisé et que nous exigeons, dès maintenant :

1) Un salaire minimum à 15$ de lheure, et ce, MAINTENANT, pas en 2022. Ceux qui nous disent dattendre ou d’être patients peuvent peut-être se le permettre, pas nous!

2) La co-responsabilité des employeurs-clients et des agences de placement dans le respect des droits des travailleurs et des travailleuses.

3) L’embauche après trois mois de travail pour le même employeur.

4) Un salaire égal pour un travail égal, peu importe que la personne soit employée d’agence ou directement de lemployeur.

Ces revendications doivent être appliquées maintenant!

Une dernière chose qui sadresse à certaines organisations syndicales. Si lesclavage moderne existe toujours, arrêtez de négocier avec nos maîtres. Arrêtez de négocier quelle doit être la longueur de nos chaînes. Descendez dans la rue. Fini les parades. Venez nous aider à brasser la cage le 1er Mai!