Red Bee Media, anti-syndicalisme et la résistance

Comme vous l’avez peut-être déjà entendu, le 11 avril 2018 Red Bee Media (une partie d’Ericsson) a soudainement fermé la division Services d’Accès de la succursale de Montréal. Une explication plus complète de l’incident est à venir, mais le moins que l’on puisse dire est que l’opération a été rapide et vicieuse. Plutôt que de négocier de bonne foi avec les représentants et représentantes du Syndicat des Sous-titreurs/Sous-titreuses de Montréal, les dirigeants de Red Bee Media ont décidé qu’il serait plus facile d’attaquer d’un seul coup toute leur division canadienne. Ce n’est pas une exagération : les travailleurs et travailleuses, qui vaquaient à leurs occupations habituelles, ont été invité-es à une réunion surprise, puis ont été viré-es du campus Ericsson par la sécurité, tout ça en 20 minutes.

 

Mais tout espoir n’est pas perdu. Bien que notre campagne ait été vaincue par les fléaux de la cupidité des capitalistes et de l’anti-syndicalisme, le Syndicat des Sous-titreurs/Sous-titreuses de Montréal continue à vivre. Nous invitons les autres sous-titreurs et sous-titreuses travaillant à Montréal, qu’ils et elles soient pigistes ou à temps plein, à se regrouper sous notre bannière afin de lutter pour un salaire décent, des conditions de travail équitables et un soutien adéquat pour le travail que nous faisons. Vos collègues méritent mieux. La communauté sourde et malentendante mérite mieux. Et les employeurs méritent de savoir que nous ne serons pas exploité-es. Le combat continue. Solidarité pour toujours.

 

Contact média: Selena, 438-345-5046

 

Entrez en contact avec le Syndicat des Sous-titreurs/Sous-titreuses de Montréal par le biais de notre page facebook, ou envoyez-nous un courriel à [email protected]

 

Le Syndicat Industriel des Travailleurs et Travailleuses (SITT-IWW) a plusieurs branches partout dans le monde, incluant la section locale de Montréal. Ses membres luttent pour un modèle syndical fondé sur une forte solidarité entre la classe ouvrière, appelé le syndicalisme de solidarité. Ce modèle encourage l’action directe sur les milieux de travail comme peuvent en témoigner nos campagnes au Ellen’s Stardust Diner à New-York et au Frite-Alors! à Montréal.

 

English version here.

Travailleur du communautaire : Pourquoi je manifeste le 1er mai

Je travaille comme intervenant dans le milieu communautaire depuis quelques années. Avant ça, j’ai eu un tas de jobs différentes dans plusieurs industries. Plongeur, sondeur téléphonique, caissier, aide-cuisinier, manutentionnaire, peintre en bâtiment, concierge, commis, préposé au service à la clientèle, name it.

Le mal a peut-être changé de place, mais la situation change pas tant : j’ai toujours un employeur qui profite de moi. Sauf que cette fois-ci, l’employeur, il a une mission « humaniste » derrière laquelle se cacher. Et si ce n’est pas l’employeur directement qui en veut plus de moi pour le moins possible, ce sont les bailleurs de fonds, privés ou étatiques.

Je ne suis pas seul. Les travailleuses (et travailleurs) du communautaire ne l’ont pas facile. Des raisons de manifester et d’être écoeuré-es, il ne nous en manque pas.

Nos conditions ne s’améliorent pas. Nos salaires stagnent. Beaucoup sont en mode survie d’une paie à l’autre. Et pourtant, on nous en demande de plus en plus. L’État se déresponsabilise : les services publics et le filet social mangent la volée, les personnes avec qui l’on travaille aussi par le fait même, nous devons donc compenser avec les moyens du bord.

Le mode de financement des organismes nous garde systématiquement en précarité. Nos postes sont subventionnés au « projet », souvent pour un an, sans aucune garantie d’être renouvelés. On bosse donc à tisser des liens avec des personnes qu’on aide et accompagne (parce qu’on travaille avec des êtres humains, souvent maganés), sans trop savoir si dans six mois, un an, nous pourrons continuer. C’est aussi inquiétant pour nous que malsain pour les relations que nous tentons de maintenir avec les gens qui fréquentent nos ressources.

On se brûle. Comme dans le système de santé, les cas de burn out sont monnaie courante. Dans quasiment tous les organismes avec lesquels je collabore dans le cadre de mon travail, il y a au moins une personne ayant été en arrêt de travail maladie dans la dernière année. Et quand une personne quitte, avec nos charges de travail qui augmentent, ce sont d’autres travailleuses ou travailleurs qui se magasinent un épuisement professionnel. C’est le burn out musical…

Heureusement, nous ne sommes pas seul-e-s. Il y a de quoi s’inspirer du mouvement des infirmières et des employé-e-s de la santé. Des voix s’élèvent. On s’organise petit à petit. Il n’en tient qu’à nous à se mobiliser. Notre meilleure arme demeure notre solidarité, qu’importe où nous travaillons. Organisation communautaire, intervention, animation, on travaille toutes et tous en collaboration et nous sommes dans le même bateau (qui fuit…). C’est pourquoi, que vous travaillez dans le communautaire, en santé, en restauration, en construction, etc., le 1er mai, je marche avec vous.

 

Solidarité,

Un membre du comité communautaire du Syndicat Industriel des Travailleurs et Travailleuses (SITT-IWW Montréal)

À la défense des territoires

Au début de l’automne 2017, un grand rassemblement fut organisé au Camp de la Rivière, le campement de soutien à la barricade érigée au pied du puits Galt 4 de la compagnie pétrolière Junex. Lors de ce moment de conspiration et de festivités regroupant des personnes autochtones et allochtones venant de partout à travers les territoires de la Mik’ma’gi et du Québec, un appel fut lancé à la formation de Comités de défense et de décolonisation des territoires (CDDT).

 

Cette idée de défense de territoire ne s’apparente pas à une protection patrimoniale d’une zone sensible. Elle ne relève pas non plus d’un fantasme de construction d’une communauté alternative qui serait isolée de la métropole. Défendre un territoire c’est plutôt faire le choix radical de l’habiter. Assumer la singularité de sa situation, les couches de vérité et de souveraineté qui s’y superposent, les formes de vies qui le parsèment et, à partir de là, entrer en relation de camaraderie ou de conflit. Habiter un monde, c’est décider de défendre la vie contre les institutions de la modernité qui veulent la transformer en marchandise, c’est défendre sa force de vie contre tous ceux qui veulent la réduire à une force de travail.

 

On ne peut parler de défense territoriale en Amérique du Nord sans évoquer la colonisation. En effet, vivre au Canada ou au Québec c’est être sur des territoires volés dont la richesse repose depuis cinq siècles sur l’expropriation et l’appropriation de fragments des mondes colonisés (vie humaine, animale et végétale), dans le but de construire une puissance économique et étatique. La réalité coloniale de ces États est donc double : d’un côté leur légitimité revendiquée sur un territoire non-cédé et les bénéfices qu’ils en tirent, et de l’autre leur position dans l’économie-monde. Le processus de dépossession puis d’extraction, toile de fond de la colonialité du pouvoir, n’est rendu possible que par l’entrelacement de pratiques militaires et économiques assurant la mainmise sur les territoires périphériques du Québec, du Canada, comme sur ceux du Sud Global.

 

Contre ce mode spécifique d’organisation, les CDDT ont pour double objectif de faire réfléchir aux questions liées à la colonisation, à l’extractivisme, à la territorialité des luttes, etc. et de mettre en action des réseaux dans le but de s’opposer concrètement à des projets dévastateurs. Ce travail double exprime la volonté de construire une force populaire qui puisse réellement mettre un frein aux ravages sociaux, écologiques et culturels de cette économie. Il s’agit donc à la fois de construire des luttes qui affirment l’inséparabilité du social et du territorial, de l’écologisme et de la décolonisation et de créer de nouveaux modes relationnels, de penser une repossession commune non dépossédante qui brise les modalités coloniales.

 

Ainsi, depuis les derniers mois, le mot a commencé à circuler à travers les villes, les villages et les réserves que des comités commençaient à se fomenter, partageant les impératifs de la défense de l’eau, de la terre et de tout ce qui y vit, avec comme prémisse la reconnaissance des souverainetés traditionnelles autochtones. À divers endroits des groupes ont commencé à se former, de multiples actions ont été menées, des conversations ont été poursuivies, des perceptions communes et de nouvelles amitiés se sont créées. Ces comités sont avant tout un prétexte au foisonnement d’initiatives. Un outil de rencontre pour aiguiser nos sens, affûter nos sensibilités. Ils s’apparentent à un spectre, hantant jusque dans leur demeure les possédants et les gouvernants qui veulent aménager nos vies avec leurs projets de développement.

 

Cette volonté de défense et de décolonisation des territoires se répand actuellement dans une pluralité de luttes. Pour rendre ces résistances possibles et victorieuses, là où des forces supplémentaires sont nécessaires et désirées, il importe de poser sérieusement la question de la liaison. Ce qui lie, c’est l’affirmation de ce à quoi on tient, ce à quoi on rêve, les façons de vivre et d’être ensemble, les actes concrets de résistance qui en découlent – les grèves, les blocages, les occupations, les émeutes, les sabotages. C’est pourquoi les Comités de défense et de décolonisation participent, comme le SITT-IWW, à ce mouvement beaucoup plus vaste qui est celui de faire liaison. La simple possibilité de construire une force qui puisse arrêter de manière définitive la catastrophe de la modernité coloniale en dépend.

Solidarité,

Membre du CDDT,

X377647.

La qualité chez Ericsson?

Coupes dans le contrôle de qualité

Tout au long de mon parcours au sein du département des Services accès de Red Bee Media / Ericsson, j’ai développé une certaine ardeur à produire des sous-titres de grande qualité pour tous les publics, quel que soit le contenu du programme ou la chaîne qui le diffuse. La même chose peut être dite de mes collègues. On pourrait croire que ce genre de fierté à offrir des services de grande qualité aux téléspectateur.rice.s malentendant.e.s serait partagée et même encouragée par la direction des opérations. À la place, j’ai pu observer des coupures récurrentes dans les programmes de contrôle de qualité, sacrifiés en faveur d’une hausse des bénéfices. La logique qui sous-tend ces pratiques veut que tout le travail investi dans la révision, la relecture et l’amélioration de nos activités pourrait être plus “productivement” employé dans la production d’une plus grande quantité de sous-titres. Inévitablement, les sous-titres en ressortent de moindre qualité. Les coupures sont particulièrement prononcées dans les bureaux d’Amérique du Nord, à Montréal (QC) et Duluth (GA), qui sont nouveaux dans le paysage et qui ont été ciblés par les objectifs de réduction des coûts d’opération globale mis en place par la direction.

Dans le cadre de leurs activités de sous-titrage et des tâches administratives qui leur sont associées, les sous-titreur.euse.s sont régulièrement confronté.e.s aux derniers restes d’une infrastructure de contrôle de la qualité aujourd’hui moribonde. Avant d’aborder la question de l’infrastructure-même, il est important de comprendre qu’en termes de précision, le sous-titrage en direct est un processus particulièrement imparfait. Les sous-titreur.euse.s doivent prendre des décisions éditoriales à la volée et un logiciel de reconnaissance vocal peut s’avérer un ami inconstant. Les sous-titres en direct peuvent être soit créés à partir de rien par les sous-titreur.euse.s (i.e. “répétition en direct”), soit produits à partir de textes préparés et fournis par le diffuseur, ou (dans le cas de contenu répété) ils peuvent être des retransmissions de texte créé à l’avance. À l’origine, chez Red Bee Media / Ericsson, lorsque le texte devait être retransmis de cette manière, il devait être relu après la première transmission afin de s’assurer que toutes les transmissions suivantes auraient une précision presque parfaite. Aujourd’hui, ce processus n’a plus lieu. Le résultat est que les mêmes erreurs se répètent d’une transmission à l’autre. Les tentatives de corriger les erreurs à la volée sont souvent empêchées par des problèmes techniques. Au fil des ans, une réduction similaire des processus de relecture s’est mise en place en ce qui concerne le sous-titrage des programmes préenregistrés.

Ignorer les demandes des employé-es

Lorsqu’on se prépare à sous-titrer un programme en direct, chaque minute est précieuse. Néanmoins, les sous-titreur.euse.s disposent souvent d’une copie remplie de fautes de frappe et d’orthographe. Parfois, il se retrouvent aussi avec une mise en page étrange qui doit être méticuleusement modifiée afin de créer des sous-titres conformes aux lignes directrices et au style du client. Au courant de la dernière année, le temps de préparation alloué aux programmes sous-titrés en direct a été presque unilatéralement coupé de moitié. La direction a à plusieurs reprises ignoré les demandes du personnel de sous-titrage et de formation d’augmenter ce temps de préparation pour certains programmes en direct. Celle-ci soutient que les travailleur.euse.s vont “s’adapter” aux nouvelles exigences, alors que même les sous-titreur.euse.s expérimenté.e.s peinent à accomplir le strict minimum en termes de travail de préparation.

Chez Red Bee Media / Ericsson, la principale mesure de contrôle qualité mise en place pour garantir l’exactitude des sous-titres en direct est l’examen détaillé du travail des sous-titreur.euse.s. Dans l’aile britannique des opérations, établie depuis longtemps, les sous-titreur.euse.s sont examiné.e.s trois fois par mois: une fois par eux.elles-mêmes, une fois par un.e pair.e, et une fois par le personnel de soutien. Au cours de la dernière année, la direction des opérations nord-américaines a éliminé les examens par les pair.e.s et les autos-examens, et a éliminé le système qui assurait qu’une grande variété du travail était révisée. Les sous-titreur.euse.s ne disposent par conséquent que de très peu d’informations sur les améliorations à apporter à leur travail.

Un problème de contrôle de qualité me semble particulièrement flagrant. Il s’agit du cas d’un.e employé.e daltonien.ne qui avait de la difficulté à coloriser du texte pour les émissions britanniques. Cet.te employé.e s’est fait dire à plusieurs reprises que des accommodements d’accessibilité ne seraient pas fournis aux travailleur.se.s parce que la coloration du texte n’est pas une haute priorité pour les diffuseurs. Il convient de noter que les téléspectateur.rice.s, et non les diffuseurs, sont les utilisateur.rice.s de sous-titres. Dans de nombreuses régions, les changements de couleur sont la seule méthode utilisée pour indiquer un changement de locuteur. Le.a téléspectateur.rice a le droit de s’attendre à ce que les sous-titreur.euse.s essaient au moins d’utiliser les couleurs avec précision. Dans ce cas, la direction de Red Bee Media / Ericsson échoue doublement: elle échoue face à ses téléspectateur.rice.s ainsi que face à ses employé.e.s. L’attitude blasée de la direction des Services d’accès envers ses responsabilités en matière d’accessibilité à l’égard de ses propres employé.e.s donne une idée troublante de son attitude à l’égard des services d’accessibilité en général.

Désintérêt pour de possibles améliorations

Ces coupures, de même que la suppression d’un bulletin informant les travailleur.euse.s sur le secteur des services d’accès en général, soulignent le désintérêt de la direction à fournir des services d’accès de haute qualité à ses clients. La direction de Red Bee Media  et des services d’accès d’Ericsson a clairement indiqué que beaucoup des diffuseurs pour lesquels nous produisons des sous-titres ne se soucient pas de la qualité des sous-titres, et ont souvent utilisé ce raisonnement pour justifier les décisions visant à réduire ou éliminer les mesures de contrôle de qualité mentionnées plus haut. Le mépris de la direction de Red Bee Media / Ericsson pour les téléspectateur.rice.s qui utilisent son produit est clair.

Lorsque les travailleur.euse.s sont informé.e.s que l’amélioration de leur travail est une perte de temps, il y a quelque chose qui cloche – lorsque les téléspectateur.rice.s dans les communautés sourdes et malentendantes sont lésé.e.s par une priorité placée sur les profits aux dépens des individus, la blessure est doublement honteuse.

 

Le syndicat des sous-titreuses et des sous-titreurs de Montréal cherche actuellement à négocier sa première convention collective avec Red Bee Media / Ericsson, une entreprise qui a refusé de négocier à compter du 21 mars 2018. Les travailleur.euse.s demandent des salaires équitables et des pauses fondées sur les opérations globales, et la fin du modèle des quarts de travail exténuants présentement en place.

 

Solidarité,

Le syndicat des sous-titreuses et des sous-titreurs de Montréal.

In english

Quality in the house of Ericsson?

Cutbacks in quality control

In my time as a subtitler with Red Bee Media / Ericsson’s Access Services department, I have come to develop an eagerness to produce high-quality captions for all audiences, regardless of the content or the network it broadcasts on. The same is true for my colleagues. One might expect that this kind of pride in providing a high-quality service to hearing-impaired viewers would be shared and even encouraged by the operation’s management, but instead, I have observed the repeated slashing of quality control measures in the interest of increasing profitability. The logic goes that any labour spent reviewing, proofreading, and improving our work could be more “productively” deployed in the production of a greater quantity of subtitles. This necessarily results in a poorer quality of subtitles. The cutbacks are especially pronounced in the North American offices in Montréal, QC and Duluth, GA, which are new to the operation and which management has established will be the main target for cost-saving in the global operation.

In the course of creating subtitles and performing associated administrative duties, subtitlers are regularly confronted by the skeletal remains of now-defunct quality control infrastructure. Before I discuss this infrastructure, it’s important to understand that with respect to accuracy, live subtitling is an especially imperfect process. Subtitlers must make editorial decision on the fly, and voice recognition software can be a fickle friend. Live subtitles may be created from scratch by subtitlers (i.e. “live respeaking”), they may be produced based on prepared text provided by the broadcaster, or (in the case of repeated content) they might be re-transmissions of text which has already been created. In previous years at Red Bee Media / Ericsson, when text was to be re-transmitted in this way, it would be proofread after the first transmission, ensuring that all subsequent transmissions would have near-perfect accuracy. Today, there is no such process. The result is that the same errors transmit over and over again. Attempts to correct errors on the fly are often thwarted by technical issues. When it comes to subtitling pre-recorded programmes, there has been a similar scaling back of proofreading over the years.

Ignoring the workers’ requests

In the process of preparing to caption a programme live, every minute is precious. Subtitlers are often provided with copy that is rife with typos and spelling mistakes, or which contains bizarre formatting that must be meticulously stripped out in order to create captions that conform to regulator guidelines and client house styles. In the past year, the preparation time allotted for live-subtitled programmes has been almost unilaterally cut in half. Management has repeatedly ignored requests from captioning and training staff to increase allotted prep time on certain live programmes. They contend that workers will “adapt” to the new requirements, never mind that even experienced subtitlers often struggle to complete the barest minimum of prep work.

At Red Bee Media / Ericsson, the main established quality-control measure for ensuring accuracy of live subtitles is detailed reviews of subtitlers’ work. In the long-established UK wing of the operation, subtitlers are reviewed three times a month: once by themselves, once by a peer, and once by support staff. In the past year, the managers of the North American operation have eliminated both peer reviews and self-reviews, and have eliminated the system which ensured that a wide variety of work is reviewed. The result is that subtitlers are left with very little insight into where improvements must be made.

One quality control issue stands out to me as particularly egregious. In this case, a colourblind employee who had difficulty colourizing text for UK broadcasts was repeatedly told that accessibility accommodations will not be provided to workers because accurately colourizing the text isn’t a high priority for broadcasters. It’s worth noting that television viewers, not broadcasters, are the users of subtitles. In many regions, colour changes are the only method used to indicate a change of speaker. The viewer has the right to expect that subtitlers would at least try to use colours accurately. In this case, Red Bee Media / Ericsson management is failing doubly: it is failing its viewers as well as its employees. The blasé attitude of Access Services managers towards its accessibility responsibilities to its own workers provides a disturbing insight into its attitudes about accessibility services generally.

Disdain for improvements

These cutbacks – as well as the discontinuation of a newsletter which used to inform workers about the access services industry generally – underscore management’s disinterest in providing high-quality access services to its clients’ viewership. Red Bee Media / Ericsson Access Services management have made it clear that many of the broadcasters for whom we produce subtitles don’t care about the quality of the subtitles, and have frequently used this reasoning to support decisions to scale back or eliminate the above-mentioned quality control measures.  Red Bee Media / Ericsson management’s disregard for the viewers that use its product is clear.

When workers are told improving their work is a waste of time something is amiss – when viewers in the deaf and hard of hearing communities are harmed by putting profits over people, the injury is doubly shameful.

 

The Montreal Subtitlers Union is currently seeking to negotiate its first Collective Agreement with Red Bee Media / Ericsson, a company that refused to negotiate as of March 21, 2018. The workers are asking for fair wages and break based on the global operation, and an end to gruelling shift-patterns.

 

Solidarity,

The Montreal Subtitlers Union.

En français

Montreal-Based Subtitlers Serving Canada’s Deaf and Hard of Hearing Community Form Union

Today March 15, 2018 another community of skilled workers in Montreal have chosen to join the Industrial Workers of the World in the fight against exploitation.

 

Subtitlers working for the telecommunications giant Ericsson, who produce subtitles (captions) for broadcast television in Canada and the United Kingdom, have seen the quality of their work degrade as their working conditions continue to worsen.

 

These Ericsson Canada employees are directly managed by Red Bee Media, a British subsidiary owned by Ericsson. Red Bee Media is responsible for delivering captions to homes across Canada for Corus Entertainment (Global News). The service they provide is essential to the deaf and hard of hearing community in Canada, and deserves to be of the highest quality.

 

However, while subtitlers working for Ericsson / Red Bee Media, in France, Australia, Spain, and the United Kingdom are unionized, the company has been shifting production to North America where workers can be exploited without pesky labour rights. As a result of unsustainable poverty wages, long hours, inadequate breaks, and a complete lack of respect for the people that caption here in Montreal, Canadian news consumers are left with a lower quality service.

 

The differently abled community of Canada deserves better than subtitles delivered by hungry, tired, and disrespected workers.

 

We call on Ericsson Canada to live up to the standards they set for themselves in their code of business ethics, and respect the fact that “all persons should be free to peacefully and lawfully form and join… workers’ associations of their own choosing, and should have the right to bargain collectively” by voluntarily recognizing the union, and beginning good-faith negotiations.

 

The Industrial Workers of the World has many branches around the world, including in Montreal. Its members strive for a union model based on robust working class solidarity called Solidarity Unionism. This model emphasizes direct action at the workplace as exemplified in our campaigns at Ellen’s Stardust Diner in New York City or at Frite-Alors! in Montreal.

 

The IWW is excited to welcome the fellow workers at Ericsson / Red Bee Media into the struggle for just and sustainable working conditions.

 

Media contact: Selena 438-345-5046

En français.

Des sous-titreurs et sous-titreuses montréalais.e.s au service de la communauté sourde et malentendante du Canada forment un syndicat

Aujourd’hui, le 15 mars 2018, une nouvelle communauté de travailleurs et travailleuses qualifié.e.s de Montréal ont choisi de se joindre au Syndicat Industriel des Travailleurs et Travailleuses dans leur combat contre l’exploitation.

 

Les sous-titreurs et sous-titreuses travaillant pour le géant des télécommunications Ericsson, qui produit des sous-titres destinés à la télédiffusion au Canada et au Royaume-Uni, ont vu la qualité de leur travail se dégrader tout comme leurs conditions de travail.

 

Les employé.e.s d’Ericsson Canada sont sous la direction de Red Bee Media, une filiale anglaise détenu par Ericsson. Red Bee Media est en charge de produire et acheminer les sous-titres au Canada pour Corus Entertainment (Global News). Ce service est essentiel pour la communauté des personnes sourdes ou malentendantes du Canada et mérite qu’il soit de la plus grande qualité.

 

Toutefois, alors que les sous-titreurs et sous-titreuses d’Ericsson et de Red Bee Media en France, en Australie, en Espagne et au Royaume-Uni sont syndiqué.e.s, la compagnie a choisi de délocaliser sa production en Amérique Du Nord, laissant la porte grande ouverte à l’exploitation. En raison des salaires insoutenables, des longues heures de travail, des pauses inadéquates et d’un manque de respect pour les travailleurs et travailleuses, les consommateurs reçoivent un service de moins grande qualité.

 

Les différentes communautés sourdes et malentendantes du Canada méritent mieux que des sous-titres créés par des travailleurs et travailleuses fatigué.e.s, affamé.e.s et lésé.e.s.

 

Nous exigeons que Ericsson Canada respecte les normes et standards qu’ils se sont eux-même fixés dans leur code d’éthique professionnel et respecte le fait que « toutes les personnes devraient être libres de former et de rejoindre pacifiquement et légalement les associations de travailleurs et travailleuses de leur choix et devraient avoir le droit de négocier collectivement » en reconnaissant volontairement le Syndicat et en entamant des négociations de bonne foi.

 

Le Syndicat Industriel des Travailleurs et Travailleuses (SITT-IWW) a plusieurs branches partout dans le monde, incluant la section locale de Montréal. Ces membres luttent pour un modèle syndical fondé sur une forte solidarité entre la classe ouvrière, appelé le syndicalisme de solidarité. Ce modèle encourage l’action directe sur les milieux de travail comme peuvent en témoigner nos campagnes au Ellen’s Stardust Diner à New-York et au Frite-Alors! à Montréal.

 

Le SITT-IWW est heureux d’accueillir nos camarades de Ericsson et Red Bee Media au sein de la lutte pour l’amélioration des conditions de travail.

 

Contact média: Selena 438-345-5046

In english

En visite chez nos frères et nos sœurs Atikamekw

Les Atikamekw forment un peuple multimillénaire, dont la communauté de quelque 12 000 habitants est répartie en trois villages (Wemotaci, Manawan et Opitciwan), situés au nord de La Tuque.

Depuis le début de l’été, des membres des trois communautés ont parcouru le pays en canot afin de mieux se l’approprier et de renouer avec leurs racines. L’objectif de cette activité est de créer des liens de confiance entre les membres, entre les femmes et les hommes de différents âges.

Sur différentes plages, pendant tout l’été, les voyageurs ont chaleureusement été accueillis par des supporteurs venus leur donner courage. Le 9 septembre 2017 ils fêtaient ensemble à Trois-Rivières l’arrivée des Atikamekws par Tapiskwan Sipi (la rivière Saint-Maurice). J’y étais. Et je peux vous dire que je me considère très chanceux d’avoir été témoin de cette cérémonie.

Le feu sacré

L’événement avait lieu sur ce site ancestral que les Anciens nommaient le « Feu sacré ». Pourtant, ce lieu a été rebaptisé la « Fontaine du diable » par le Parc national de la Mauricie. L’aménagement est simple : il s’agit en fait de quelques pierres posées sur le sol de manière à pointer le nord, les Atikamekw étaient considérés comme les « gardiens du nord » au sein de leurs alliances. Les pierres accumulent de l’eau qui sort d’un petit ruisseau. De l’eau dans un feu? Eh oui : car de l’eau sort du gaz naturel. On allume donc la petite flaque d’eau et on s’en sert pour allumer un calumet.

La cérémonie, quoiqu’on puisse la qualifier de « religieuse », se passe avec une simplicité remarquable. Le chaman, ou medecine man, dit quelques prières, allume le calumet. En prend quelques « puff » et le passe à qui veut bien fumer. Le tout se fait alors que les gens ne cessent pas réellement de discuter entre eux. Ils font des blagues, bougent, tout ça le plus naturellement du monde.

Cette cérémonie, très jolie, m’a rappelé mes lectures en anthropologie politique.

Religion?

Le religieux chez les Autochtones n’est pas tout à fait « religion ». Il n’est pas autonome du reste de la société et n’est pas l’affaire de spécialistes organisés. Ils croient au Cercle sacré de la vie. Cette vision du monde ne dicte pratiquement rien. Elle est sujette à interprétation. Aucune doctrine ne vient la soutenir. Ce Cercle représente la totalité de la réalité : les êtres et les esprits, les humains et les animaux. La vie tourne autour de ce cercle d’interdépendance, que les Autochtones doivent respecter.

Il n’y a pas chez les Atikamekws de séparation radicale entre sacré et profane. De la même manière qu’ils refusent de se séparer de leur pouvoir politique en créant un État, ils refusent aussi de séparer l’aspect spirituel de leur vie en créant des Églises.

Anciennement, le chaman vivait en retrait du village, histoire de vivre en proximité avec les animaux et d’avoir la tranquillité nécessaire à la méditation. Il n’exerçait pas son emploi à temps plein et devait sans cesse renouveler la confiance de ses patients en renouvelant ses exploits. Comme les autres, il chassait, pêche, fait l’amour et la guerre. Les peuples autochtones gardaient donc leur autonomie en ce qui a trait à l’interprétation des lois divines.

L’autorité spirituelle n’est donc pas structurée de manière hiérarchique. Contrairement aux religions monothéistes, elle ne commande rien. Ce n’est pas pour rien que les jésuites répétaient à satiété que les « sauvages sont sans croyances et sans religion ». De leur point de vue, ce n’était pas tout à fait faux : les peuples autochtones n’ont aucun porte-parole officiel interprétant les signes des esprits, les dogmes ou les saintes Écritures. Le religieux n’est pas religion. Les Autochtones gardent ainsi leur autonomie quant à l’interprétation des messages envoyés par les esprits.

C’était donc une cérémonie en toute simplicité, mais oh combien chargée de sens à laquelle j’ai assisté.

Déclaration de souveraineté

Cette cérémonie avait lieu dans un contexte particulier. Les Atikamekw, comme on le sait, avancent dans un processus d’autodétermination. Ils ont fait une déclaration de souveraineté en 2014 et ne cessent depuis d’être dans une logique d’affirmation.

La déclaration de souveraineté parle beaucoup de rapport au territoire.
En voici un extrait : « Nitaskinan est notre patrimoine et notre héritage des plus sacrés. Notre Créateur a voulu que nous puissions vivre en harmonie avec Nikawinan Aski, notre Terre Mère, en nous accordant le droit de l’occuper et le devoir de la protéger. Nitaskinan a façonné notre mode de vie et notre langue; c’est ce qui nous distingue des autres Nations. »

Il est facile de comprendre pourquoi un peuple autrefois nomade entretient un rapport particulier au territoire. Le nom « Atikamekw », qui se dit Nehirowisiw en la langue, signifie littéralement « un être autonome » sur son territoire.

Ils veulent d’une instance nationale leur permettant d’exercer cette indépendance:

« La protection de Nitaskinan, la défense de son mode de vie et de ses aspirations animeront en tout temps les actions d’Atikamekw Nehirowisiw et de ses institutions actuelles et futures. À cet égard, Atikamekw Nehirowisiw utilisera tous les moyens qu’il jugera appropriés pour la défense de ses droits et de ses intérêts.

Nous ne sommes pas Canadiens, nous ne sommes pas Québécois, nous sommes Atikamekw Nehirowisiw. Atikamekw Nehirowisiw appartient à Nitaskinan.

Nisitomokw, prenez acte »

 

Les Atikamekw forment un peuple combatif. En 2013, ils bloquaient le territoire aux compagnies forestières afin d’affirmer leur souveraineté sur le pays. Cet été, ils mettaient en demeure la compagnie forestière Rémadec pour son non-respect de leurs droits. Les Atikamekw sont réellement en processus de reconquête de leur territoire et de leur pays, et on a vu que c’est aussi le cas des Cris, des Haudenausonee et des Mi’kmaq, c’est donc une histoire à suivre.

 

Marc-André Cyr, pour l’émission Action en Direct.

 

Crédit photo: https://commons.wikimedia.org

Do treeplanters suffer from Stockholm syndrome?

A portrait of the industry of treeplanting

While it used to be a dignified and respectable way to earn your life, treeplanting is now nothing but a way to live counter-culture for wanderers and students who seek an alternative to the minimum wage. Nowadays, the possibility of escaping the threshold of poverty is only attainable for the best of us, who endure a very long season from west to east of the country. There is no mistaken it, wages have not risen for a long time. When we ask why, we are always met with the same answer: there is not enough money, or we are told to shut up.

The ultra-competitive practices of the industry are to blame. For all these years, companies have ferociously maintained their market share, at the expense of our wages. They often leave thousands of dollars to win their submission. This represents the amount of money that separates the lowest submission of their closest competitor. And if the other companies that pay up to the standard of the industry find themselves incapable of offering lower costs, then where did they cut? In our safety? In our kitchen budget? In our wages?

In all of this, we don’t have a word to say. Of course we musn’t voice our opinions on the practices of the industry or on those of our company. Production must continue, but production for whom? “If you’re not happy, find yourself another job”… A reality that manifests itself through the figure of the foreman, who systematically demands job candidates with a “good attitude”.

The bosses really don’t want to hear us complaining about our extraordinarily low wages for an extraordinarily difficult job. They don’t want to hear our complaints, but they do nothing for us. And will do nothing! And yet, who will pay the price of their irresponsibility and their endless greed? It’s us, because our wages are their biggest exploitation cost. Lower wages mean more contracts and more money for them. Although, more insecurity for us; more injuries because we always feel the pressure to out-perform if we want to be able to pay our rent, our food, our tuition, our leisure… Whose prices keep climbing year after year! But it doesn’t stop there. They sometimes “forget” to include our transportation hours in our total working time, intimidate us when we want to get our WCB (CSST), make us work for free when it’s time to dismantle and reassemble the camp, abandon the maintenance of the showers, provide insufficient funds for food… On top of all this, we also have to pay 25$ to shit in the shitters that we dug ourselves.

Stockholm syndrome

But we are also to blame. Because, with each passing day, we continue to dance without ever setting our foot down. We prefer to stay silent as we watch our comrades plant trees with tendinitis in their wrist. Sometimes, at the point where it’s in both wrists. We don’t want to see them as our reflection, but rather as competitors. When someone is forced to work with an injury, because they are intimidated or because they are denied any form of compensation, it’s all of us who pay the price. Have you ever gotten through a season without at least one case of tendinitis in your camp? It will be your turn soon and you most likely won’t have access to any aid or compensation. If it hasn’t already been the case. It is the most frequent injury, but there are also infections due to the showers not being functional. There’s the lumbar sprains and the sprained ankle. Finally, when it is time to take a bow and retire, there’s the chronic tendinitis and the damaged knee. Sometimes even, it’s a case of pneumonia that spreads, or who knows what kind of viruses and food poisoning. That’s without mentioning the harassment and the assaults, done by the bosses as well as amongst ourselves, of which we never talk about but that nevertheless happen every summer.

In spite of all that, we are not even content with merely observing our collective agony with indifference. We have completely assimilated our bosses’ line of thought, convincing us to always work harder. We compete with each other. We put pressure on each other. No more need for policing on the camp, we are our own police. This reality finds itself best represented through the emblematic figure of the highballer. The one who attains the highest degree of accomplishment in social scale of treeplanting. Sometimes, legends even form around these figures. And yet, the value of these people is only measured through their production, never through their individuality. Antagonistically towards ourselves, we only perceive ourselves through the prism of productivity. Such a reality can only favor our bosses.

All this, and we have nor problem drinking with our bosses. We assure them they are our friends. That the experience of treeplanting would not be the same without them. Indeed, it would be far better! I cannot help but feel the bitterness of it all… friends? How can we reconcile friendship and abuse, unless we have no respect for ourselves? We who share the same conditions, the same problems. Our bosses are hypocrites. The love-hate relationship that we develop towards our job, it isn’t hard to understand. We love the camp life, the unforgettable evenings, the friendships we nurture, the stars in the sky, the afternoons by the beach… We hate the unpaid labor, the insults, the injuries, the psychological problems, the pressure, the days and the weeks without ends… It is not them that make the seasons unforgettable, but us. How many of you have already daydreamed, for hours, a thousand and one ways to torture your foreman? They do nothing but force us to experience pain and indignity. Experiences that help us workers bond, but that aren’t a pleasure by any measure.

Foremen are not our allies. They are agents at the service of the companies. The wage system based on the treeplanters’ production and the necessity of meeting production quotas only act as an incentive for our exploitation. The widespread myth that the foremen take better care of us when they are paid more is one that is constantly repeated to us. But, is it really how that works? The unfair distribution of lands, the abusive warnings when production is too low, the pressure to go beyond our mental and physical limits, all seem to indicate the contrary. If it isn’t a downright botched job, while we work to pay their salaries. Let’s not forget that the foremen don’t work for us, but it is us who work them.

Now what?

We must stop complaining all on our own. That only serves to comfort each other as we constantly descend further into hell.

The two solutions most often mentioned will lead us nowhere. The first would have the companies meet at a negotiation table to agree to a minimal price for the industry, under which they would not compete with each other. In that case, we might as well do nothing and wait for money to grow on our trees. The other solution would be to form a cooperative. With this model, we would effectively have control over our working conditions, but we would still have to submit to the law of the market. The cost of the tree would have to remain competitive in order to have contracts. These cooperatives would remain very small since they could not carve a bigger spot in the market. What would become then of the vast majority of the workers, still trapped in the rookie mills?

Organization is key

There is only one solution: solidarity unionism. The only way to improve our working conditions is to shape the balance of power in our favor. To do this, we have to stand in solidarity in the face of exploitation. The major objection to signing on with a union is that they do not understand the reality of our work and our needs. We would only be paying dues to a union that doesn’t really represent us. Our relationship with unionism has been corrupted by the trade unions that today seem to be more of a weapon for the owning class than a weapon for the working class. And yet, unionism is a way of struggling for better. A struggle that can be horizontal and with no other representation than ourselves. We can lead this fight and make gains that we will collectively choose: the IWW is the union for that. Workers that have chosen to join forces, no matter their trade, to organize their workplace with union model that would not escape their control. We will be the union, and no one else.

Our insecurity grows each year, we have to act now! This text will not invoke unanimous approval, like all the posts on the group King Kong Re-forestation that denounce our working conditions. Some would like to regurgitate their cult of the highballer. But isn’t that the sign of a deep discomfort and uneasiness? Let’s join forces now to organize our fight back! Those of you who wish to organize, contact us!

 

In solidarity,

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En français.

 

Cover photo credit: http://www.macleans.ca/news/canada/into-the-wild/

Source image 1 : http://www.replant.ca/phpBB3/viewtopic.phpf=27&t=66036&p=86600&hilit=graphic#p86600

Source image 2 : http://www.replant.ca/phpBB3/viewtopic.php?f=27&t=66856

Est-ce que les planteurs et planteuses d’arbres ont le syndrome de Stockholm?

Portrait de l’industrie du treeplanting

Autrefois un moyen de vivre une vie respectable et digne, le treeplanting n’est plus qu’un lieu pour vivre un lifestyle contre-culturel entre vagabondes et vagabonds et entre étudiantes et étudiants cherchant une alternative au salaire minimum. Aujourd’hui, la possibilité de dépasser le seuil de la pauvreté n’est réservée qu’aux meilleur-es d’entre nous qui feront une très longue saison d’ouest en est du pays. Il n’y a pas de confusion possible. Les salaires n’ont pas augmenté depuis belle lurette. Lorsqu’on demande pourquoi, la réponse est toujours la même : il n’y a pas suffisamment d’argent, ou bien on se fait simplement dire de la fermer.

Les pratiques ultras compétitives de l’industrie sont à blâmer. Toutes ces années, les compagnies ont férocement maintenu leur part du marché au détriment de nos salaires. Elles laissent souvent sur la table plusieurs milliers de dollars pour gagner leur soumission. C’est-à-dire le montant d’argent qui sépare la soumission la plus basse de son plus proche compétiteur. Et si les autres compagnies qui paient au standard de l’industrie n’ont pas jugé possible de soumissionner aussi bas, alors où ont-ils coupé? Dans notre sécurité? Dans le budget de la cuisine? Dans nos salaires?

Dans tout cela, nous n’avons pas notre mot à dire. Il ne faut surtout pas donner notre opinion sur les pratiques de l’industrie ou celle de notre compagnie. La production doit continuer, mais la production pour qui? « Si t’es pas content, si t’es pas contente, trouve une autre job »… Une réalité qui se cristallise dans la figure du contremaître qui systématiquement demande des candidatures ayant « bonne attitude ».

Ils et elles ne veulent surtout plus nous entendre nous plaindre des salaires démesurément trop bas pour un travail démesurément trop difficile. Ils et elles ne veulent plus écouter nos plaintes, alors qu’ils et elles ne font rien pour nous. Et ne feront rien! Pourtant, qui paie le prix de leur irresponsabilité et de leur avarice sans fin? C’est nous, car nos salaires constituent les plus grands frais d’exploitation. Des salaires plus bas ça se traduit par plus de contrats et plus d’argent pour eux et elles. Mais, aussi par plus de précarité pour nous; plus de blessures parce que nous ressentons toujours plus de pression à performer pour nous assurer de payer notre loyer, notre nourriture, notre scolarité, nos loisirs… Dont les prix ne cessent d’augmenter chaque année! Mais le bal ne s’arrête pas là. Ils et elles « oublient » parfois d’inscrire nos heures de transport dans nos heures totales travaillées, nous intimident lorsqu’on veut prendre notre CSST (WCB), nous font travailler gratuitement lorsqu’il faut démonter et remonter le campement, laissent les douches à l’abandon, ne fournissent pas un budget suffisant à la cuisine… Et le comble, nous devons payer 25$ par jour pour chier dans les toilettes que nous avons, nous-mêmes, creusées.

Le syndrome de Stockholm

Mais, nous sommes aussi à blâmer. Car, pour chaque jour qui passe, nous continuons de danser sans jamais oser mettre notre pied à terr. Nous préférons regarder toute la journée nos camarades planter des arbres lorsqu’ils et elles ont une tendinite. Parfois même au point d’en avoir aux deux poignets. Nous ne voulons pas voir notre reflet en eux et elles, mais plutôt des compétiteurs et compétitrices. Lorsqu’une personne est forcée de travailler blessée, parce qu’intimidée ou parce qu’on lui refuse une forme de compensation, c’est nous tous et toutes qui payons le prix. Avez-vous déjà survécu une saison sans qu’il y ait de tendinites sur votre campement? Ça sera votre tour bientôt et vous n’aurez vraisemblablement aucune aide ou compensation. Si ça n’a pas déjà été le cas. C’est la blessure la plus fréquente, mais il y a aussi les infections par manque d’hygiène puisque les douches ne fonctionnent pas. Il y a les entorses lombaires et les chevilles foulées. Puis finalement, quand vient le temps de tirer notre révérence, il y a les tendinites chroniques et le genou défoncés. Parfois, c’est aussi les pneumonies qui se propagent ou on ne sait quel virus et les empoisonnements alimentaires. Sans compter le harcèlement et les agressions, entre nous et par le patronat, dont on ne parle jamais et qui pourtant sévissent chaque été.

Malgré tout cela, nous ne nous contentons pas d’observer avec indifférence notre agonie collective. Nous avons complètement adopté le discours de nos boss qui nous disent de toujours travailler plus fort. On se fait la compétition entre nous. On se met la pression entre nous. Plus besoins de police sur le campement, nous sommes notre propre police. Cette réalité, elle se retrouve dans la figure emblématique du highballer. Celui ou celle qui représente le plus haut degré de l’accomplissement de l’échelle sociale au treeplanting. Parfois, même des légendes se forment autour de ces figures. Et pourtant, la valeur de ces personnes ne se mesure que dans leur production et jamais dans leur individualité. Par effet antagonique, nous ne nous percevons qu’au travers du prisme de la production. Une réalité dont se réjouit le patronat.

Tout cela et nous trinquons sans problème avec nos boss. Nous leur assurons qu’ils et elles sont nos ami-es. Que l’expérience du treeplanting ne pourrait pas être la même sans eux et elles. Effectivement, elle serait bien mieux! Mais, je ne peux m’empêcher de ressentir un goût amer… ami-es? Comment pouvons-nous réconcilier amitié et maltraitance, si ce n’est que nous n’avons aucun respect pour nous même? Nous qui partageons les mêmes conditions, les mêmes problèmes. Nos boss ce sont des hypocrites. Cette relation d’amour-haine que nous développons avec notre emploi, elle n’est pas bien difficile à comprendre. Nous aimons la vie de camp, les soirées inoubliables, les amitiés tissées, les étoiles dans le ciel, les après-midis sur la plage… Nous détestons le travail gratuit, les insultes, les blessures, les crises psychologiques, la pression, les journées et les semaines qui ne terminent plus… Ce n’est pas eux et elles qui rendent nos saisons inoubliables, mais vous. Combien parmi vous avez déjà fantasmé, plusieurs heures durant, mille et une façons de torturer votre contremaître? Ils et elles ne font rien d’autre que nous contraindre à l’expérience de la souffrance et de l’indignité. Des choses qui contribuent à nous souder davantage, mais qui n’est pas notre plaisir en soi.

Les contremaîtres ne sont pas nos allié-es. Ils et elles sont des agents à la solde des compagnies. Le système de rémunération basé sur la production des planteurs et le respect des objectifs de production ne fait qu’agir en tant qu’incitatif à notre exploitation. Le mythe très répandu que les contremaîtres prennent davantage soin de nous lorsqu’ils et elles sont rémunéré-es ainsi est une chose qu’on ne cesse de se répéter. Mais, est-ce vraiment la réalité? La distribution inéquitable des terrains, les avertissements abusifs lorsque la production est trop basse, la pression à dépasser nos limites physiques et mentales semblent démontrer le contraire. Si ce n’est tout simplement pas un travail bâclé pendant que nous payons leurs salaires. N’oublions pas que les contremaîtres ne travaillent pas pour nous, mais c’est nous qui travaillons pour eux et elles.

Et maintenant quoi?

Nous devons cesser de nous plaindre chacun et chacune de notre côté. Cela ne nous permet que de nous réconforter alors que nous chutons toujours vers l’enfer.

Les deux solutions les plus souvent apporter ne nous mèneront nulle part. La première voudrait que les compagnies se rejoignent à une table de discussion pour s’accorder sur prix minimum pour l’industrie en deçà duquel elles ne se feraient pas la compétition. Aussi bien rester dans la passivité et prier que l’argent pousse de nos arbres. L’autre solution serait de former une coopérative. Dans ce modèle, nous aurions effectivement le contrôle de nos conditions de travail, mais nous serions toujours soumis à la dynamique du marché. Le prix de l’arbre devra rester compétitif pour nous permettre d’obtenir les contrats. Ces coopératives demeureront très petites puisqu’elles ne pourront pas se tailler une place dans le marché. Alors qu’en est-il de l’immense majorité de la main d’œuvre qui demeure prisonnière des rookie mills?

L’organisation est la clé

Il nous reste encore une solution : le syndicalisme de solidarité. La seule façon d’améliorer nos conditions de travail, c’est en bâtissant un rapport de force en notre faveur. Pour cela, il faut être solidaire face aux abus patronaux. La plus grande objection faite à l’arrivée d’un syndicat est qu’il ne comprendrait pas la réalité de notre travail et nos besoins. Nous ne ferions que payer des cotisations pour un syndicat qui ne nous représenterait pas. Notre rapport au syndicalisme a été perverti par des centrales syndicales qui aujourd’hui semblent agir plus en tant qu’arme du patronat que comme l’arme de la classe ouvrière. Et pourtant, le syndicalisme est une forme de lutte. Une pratique qui peut être horizontale et sans représentation autre que nous même. Nous pouvons mener cette lutte et faire les gains que nous choisirons collectivement: l’IWW, c’est ce syndicat-là. Des travailleurs et travailleuses qui ont choisi de se réunir, peu importe l’industrie pour organiser leur milieu de travail avec un modèle de syndicalisme qui n’échapperait pas à leur contrôle. Nous serons notre syndicat et personne d’autre.

Notre précarité est plus grande de saison en saison, il faut agir maintenant! Ce texte ne fera pas l’unanimité dans la communauté, comme toutes les publications sur le groupe King Kong Re-forestation dénonçant nos conditions. Certains et certaines voudront nous régurgiter leur culte du highballer. Pourtant cela n’est-il pas le signe d’un malaise profond? Réunissons-nous dès maintenant pour organiser la riposte. Ceux et celles qui souhaitent s’organiser, prenez contact avec nous!

 

Solidairement,

X377547

 

In english.

 

Crédit photo de couverture: http://www.macleans.ca/news/canada/into-the-wild/

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