Renvois déguisés au Collège Lionel-Groulx

Sainte-Thérèse, le 18 avril 2018 – Hier matin, un employé de l’Association Générale des Étudiantes et des Étudiants du Collège Lionel-Groulx (AGEECLG) a appris que son poste était aboli, que son collègue était suspendu et sous enquête, et qu’ils n’étaient plus les bienvenus sur le terrain de l’établissement d’enseignement. Le Syndicat des travailleuses et travailleurs des milieux associatifs en éducation (STTMAE) accueille très froidement cette nouvelle qui a toutes les apparences d’un renvoi déguisé, orchestré par l’administration du Collège en collaboration avec une poignée d’étudiants et d’étudiantes.

 

C’est en effet en arrivant sur son lieu de travail, le 17 avril dernier, que l’un des employés a constaté que le code d’accès du local de l’Association avait été changé. C’est ensuite en allant demander à la sécurité du Collège d’ouvrir la porte de l’association que l’employé s’est plutôt vu remettre une lettre lui soulignant que la décision avait été prise de mettre un terme à son emploi. La missive, signée par le Directeur général du Collège, stipulait également qu’il lui était désormais interdit de mettre les pieds sur le terrain et dans l’établissement. Aucune raison ou explication subséquente n’accompagnait la lettre. «Cette façon de faire rappelle celle des multinationales privées n’ayant aucun respect pour la vie de leurs employé.e.s, pas celle d’une organisation de type syndical comme prétend l’être l’AGEECLG» s’insurge Jasmine Léger, porte-parole du STTMAE, qui soutient l’employé licencié.

 

Ce renvoi serait le fruit d’une décision prise par le Conseil de représentation des étudiantes et étudiants (CREE), l’instance décisionnelle de l’AGEECLG. Par contre, il semble que la réunion comme telle ne respectait même pas les Statuts et règlements de l’association étudiante puisque les délais pour la convocation n’étaient pas respectés et que l’ensemble des représentant.e.s n’ont pas été averti.e.s de la tenue de celle-ci. «En plus d’être abjecte comme façon de faire, c’est antidémocratique. Comment l’administration du Collège fait-elle pour appuyer et même faciliter cette décision qui ne respecte ni la loi ni les règlements de l’association», indique Félix Lefrançois-Sabourin, lui aussi porte-parole du STTMAE.

 

Depuis l’application de ces nouvelles mesures, les employés n’ont toujours pas pu accéder au local de l’association pour récupérer leurs effets personnels. Les représentant.e.s de l’AGEECLG refusent de répondre aux questions du STTMAE sur les raisons qui ont menées à ces congédiements. L’association étudiante semble plutôt faire équipe avec l’administration du Collège et son service de sécurité pour faire taire toute personne qui essaie d’en savoir plus, y compris des membres de l’AGEECLG. Jasmine Léger affirme: «Il est intolérable que des employés, dont l’un a plus de 20 ans d’ancienneté, soient jetés à la porte sans explication et sans même pouvoir récupérer leurs effets personnels, le tout avec la bénédiction du Collège Lionel-Groulx.» L’association étudiante aurait, depuis, fait appel aux services d’un avocat.

 

Le Syndicat des travailleuses et travailleurs des milieux associatifs en éducation (STTMAE) regroupe des employé-e-s d’associations étudiantes, de cafés étudiants, de coopératives d’établissements scolaires et de syndicats du milieu de l’éducation. Le STTMAE est affilié au Syndicat industriel des travailleuses et travailleurs (SITT-IWW).

 

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Jasmine Léger Syndicat des Travailleuses et Travailleurs des Milieux Associatifs en Éducation (STTMAE) Contact : 1-450-821-2195
Félix Lefrançois-Sabourin Syndicat des Travailleuses et Travailleurs des Milieux Associatifs en Éducation (STTMAE) 438-888-9807

 

Syndicat sous le radar

Les réussites visibles

Quand on parle de syndicats, qu’ils soient à l’IWW ou ailleurs, on pense généralement à de grosses bannières bien visibles. Chez nous, les noms qui frappent le plus comme des exemples de réussites sont sans doute le Starbuck’s Workers Union qui a mis l’IWW sur la map au début des années 2000 ou encore les récentes campagnes menées par le Syndicat des travailleurs et travailleuses du Frite Alors et celui des travailleurs et travailleuses du milieu associatif en éducation, tous deux affiliés à la section locale de Montréal.

 

La pointe de l’iceberg syndical

Mais si ce n’était là que la pointe de l’iceberg? Dans la formation d’organisation 101, on nous amène à discuter et débattre de la définition la plus englobante qu’il serait possible de donner d’un syndicat. Après y avoir assisté trois fois en tant que participant et 5 fois en tant que formateur, je peux vous garantir qu’à presque tout coup nous arrivons à la même réponse : un syndicat c’est quand deux travailleurs ou travailleuses ou plus s’unissent pour améliorer leurs conditions de travail et celles de leurs collègues.

Si on regarde du côté du Syndicat des travailleurs et travailleuses du Frite Alors de la rue Rachel, par exemple, on remarque que l’action syndicale commença longtemps avant que le S-Word ne soit prononcé. Dès le printemps ils et elles mettaient de l’avant des actions collectives pour avoir droit à de la climatisation dans le restaurant, une demande qui fut suivie de quelques actions, puis par de nouvelles revendications.

Dernièrement, le Combat Syndical publiait un article parlant de salarié-es de l’industrie de l’animation 3D qui ont réussi à substantiellement améliorer leurs conditions de travail, mais l’équipe de la rédaction aurait aussi pu se pencher sur de nombreux autres exemples locaux. Des salarié-es de l’industrie de la livraison qui ont réussi à obtenir de meilleurs outils pour travailler et une augmentation de salaire de 20 %, des salarié-es de la santé qui ont réussi à limiter les dommages du modèle Lean dans leur établissement, des salarié-es de la restauration qui ont obtenu des augmentations de salaire et la réparation de plusieurs de leurs instruments de travail, des salarié-es d’un centre d’appels qui ont obtenu eux et elles aussi une augmentation de salaire.. Ce sont là des exemples d’une solidarité victorieuse et qui la plupart du temps resta néanmoins dans l’ombre. Ils sont le résultat de l’union des travailleurs et travailleuses concerné-es, de nombreuses heures de réunion nécessitant la participation de tous et chacune, et souvent de plusieurs actions, bref de l’action syndicale en bonne et due forme!

 

Sur le terrain

Un autre exemple vers lequel il est possible de se tourner est celui du Stardust Family United (SFU) à New-York. Bien que leur syndicat, dont l’existence fut rendue publique en août dernier eu à faire face à une répression monstre, on peut constater deux choses. La première est qu’en dépit des dizaines de congédiements qui suivirent la sortie publique du SFU, ce n’est que la partie émergée du syndicat qui fut congédiée. Si cette dernière a maintenu la pression en organisant des lignes de piquetage jour après jour, d’autres travailleurs et travailleuses de chez Stardust, de leur côté, ont continué à travailler sous le radar et à aller chercher de nombreux gains. D’ailleurs, nous apprenions dernièrement que deux des vétérans et vétérantes de la campagne d’organisation new-yorkaise poursuivaient leurs activités ailleurs. Forcé-es de déserter les lignes de piquetage pour se trouver un autre travail, l’une d’entre elles participa à un refus collectif de signer une nouvelle politique de discipline qui était littéralement draconienne, tandis que l’autre coordonna une sorte de marche tournante sur le patron, au sujet des pourboires laissés par carte de crédit et volés des serveurs et serveuses. La victoire fut immédiate. À l’IWW, nous disons souvent que ce ne sont pas les lieux de travail que nous organisons, mais plus tôt les travailleurs et les travailleuses directement. Qu’un des objectifs principaux derrière nos campagnes d’organisation est de créer plus d’organisateurs et plus d’organisatrices qui pourront mener la lutte sur leur actuel lieu de travail comme dans tous les autres qu’ils et elles croiseront au fil de leur vie.

 

Sortie publique ou pas sortie publique?

Il y a quelque chose de très médiatique, de très glamour à faire une sortie publique, mais ce n’est pas la seule manière de s’organiser en tant que syndicat et de gagner en tant que syndicat. Aider ses collègues à prendre pleinement conscience du pouvoir que notre patron exerce sur notre vie, puis les amener à réaliser toute la force qu’il est possible d’avoir lorsque nous nous unissons, pour ensuite prendre les actions qui s’imposent, c’est une victoire en soit! Ce sont là des exemples de travailleurs et de travailleuses qui se sont empoweré-es, ont vu leurs conditions de travail s’améliorer et se sont outillé-es pour pouvoir recommencer à se battre ou qu’ils et elles soient! En un mot : Du Syndicalisme.

 

Mathieu Stakh

 

Et si le syndicat ne bouge pas?

Bien qu’un syndicat soit en théorie un outil de lutte pour l’amélioration des conditions de travail des travailleurs et travailleuses, il n’est pas rare de voir ceux-ci se transformer en appareils de démobilisation. Que ce soit pour préserver « l’appareil » syndical en évitant de prendre les risques impliqués dans une grande lutte, collaborer ouvertement avec le patron qui accorde des faveurs à la centrale (ex : syndicalisation automatique des nouvelles succursales en échange d’un syndicalisme pacifié) ou encore vouloir préserver un parti politique d’une mauvaise image causée par une grève en période électorale, tout syndicat peut se déconnecter des intérêts de sa base pour se préserver comme institution. C’est pourtant dans ces moments qu’il importe le plus d’être syndicaliste.

Il faut alors se rappeler que le syndicat c’est avant tout nous et nos collègues et repartir sur cette base. Dès lors, un large éventail de tactiques s’ouvre à nous : il est possible de former des comités de base, qui œuvreront et lutterons en dehors du syndicat établit (ex : voir les CoBas en Italie), de tenter de s’organiser pour reprendre et réformer notre syndicat pour le recentrer vers la base (voir le CORE, the Caucus of Rank-and-file Educators à Chicago) ou encore de changer d’affiliation syndicale. Autant voir l’arrivée d’un syndicat patronal (aussi appelé syndicat « jaune ») comme une occasion de parler conditions de travail et ainsi retourner cette offensive des patrons contre ceux-ci. N’hésitez alors pas à contacter la branche de l’IWW la plus proche pour du support et de la formation pour (re) lancer le combat pour l’amélioration de vos conditions de travail et de vie.

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Crédit bande-dessinée: Val-bleu

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Retour sur Capital et travail: la collaboration de classe dans le mouvement ouvrier

Les salaires, pour les travailleurs et les travailleuses d’une société dominée par l’économie libérale ou néolibérale, n’ont représenté et ne représenteront jamais rien de plus qu’une fraction de la valeur de notre travail une fois que le capital aura pris sa part de la production sociale(1). Le capital se réserve cette part avant de redistribuer le reste aux employé-es sous forme de rémunérations qui varieront selon les critères du «marché du travail» qui cherche à imposer une valeur marchande aux emplois et au travail autonome (et de ce fait aux employé-es et travailleur et travailleuses autonomes) comme s’il s’agissait d’une marchandise. Bien sûre le capitalisme, qui ne fonctionne que s’il est en croissance perpétuelle, utilisera cette part pour croître et accroître les moyens de s’approprier une part toujours plus grande de cette production sociale, ce qui en fait un système de concentration des richesses qui mène aux résultats que l’on connaît : un nombre ridicule d’individus se partageant une part immense des richesses, des moyens de production privés et qui décideront donc des orientations que prendra cette production (pouvoir). Les possédants, dans cette doctrine économique, obtiennent donc la part du travail non obtenu par les travailleurs et travailleuses. Depuis longtemps, le syndicalisme se présente comme moyen pour remédier à cette situation. Aujourd’hui, par exemple au Québec et au Canada, les centrales syndicales ont acquis des moyens et un nombre de membres qui dépassent de loin ce à quoi auraient pu rêver les organisations ouvrières du passé. Pourtant, il semble être plus que jamais improbable qu’une transformation d’envergure de l’organisation sociale (révolution) proviennent de ces entités. Pourquoi donc? Voilà , je vous laisse avec une parti d’un texte qui offre une réponse à cette question et je vous reviens avec mon point de vue sur la question.

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Capital et travail : la collaboration de classe dans le mouvement ouvrier
par : Victor Levant (doctorant en science politique à l’université McGill), édition l’étincelle, 1977

chapitre V11 : le caractère de classe du syndicat «bona fide»
l’organisation du travail était illégale à ses débuts mais on fut finalement obligé d’accorder un «droit
d’association» à cause de la révolte de la classe ouvrière. La notion sous-jacente à la définition
d’activité syndicale légale dérivait cependant de la vision du monde capitaliste et reflétait les intérêts de
la classe du capital. Ce «droit» fut accordé de mauvais gré, sous condition et seulement après avoir
édulcoré l’essence du mouvement ouvrier : d’un mouvement de lutte politique pour l’émancipation du
travail en un mouvement de lutte économique pour des salaires plus élevés et de meilleures conditions
de travail. Ce «droit» ne fut finalement accordé qu’une fois le contenu de cette activité légale (le but,
les principes, la stratégie et les tactiques du syndicalisme) réduit à l’état inoffensif. On y réussit à coup
de force brutale, de répression judiciaire, de corruption et de mystification idéologique.
Notre analyse montrera que le «droit» d’association n’est que le droit de s’organiser d’une certaine
façon, dans l’intérêt du capital, i.e. dans le but d’assurer la permanence de l’actuel mode de production,
en conséquence, l’exploitation du travail.

La définition juridique de l’activité du syndicat bona fide se révéla n’être rien de plus que la
collaboration de classe sous la forme du «respect de la loi et de l’autorité». Cela signifiait que le travail
reconnaissait la légitimité de l’appareil d’État. Celui-ci maintenait sa domination – une domination
inscrite dans le code criminel du Canada, le code civil de la province de Québec et le code du travail
du Québec, domination aussi assurée par la nature de classe des gouvernements, de la bureaucratie, des
tribunaux, de la police et de l’armée qui, tour à tour, légifèrent, exécutent, jugent et font respecter les
lois. L’essence de cette appareil, c’est l’hégémonie, la domination politique du capital sur le travail.
Le code criminel du Canada et le code civil du Québec assurent l’exploitation du travail par la
légalisation de l’appropriation privée de la production sociale, maintiennent l’actuel mode de production
par la légitimation du contrat de travail et défendent la structure sociale existante en prescrivant toute
transformation de l’appareil d’état qui protège cette structure.

Le code du travail du Québec assure la domination du capital sur le travail en proscrivant la lutte de
masse militante, en régularisant, «routinisant» et individualisant le conflit des classes; il assure
l’intégration partielle du syndicat à l’appareil d’état en le rendant légalement responsable de
l’application de la convention collective et, enfin, il assure la dissémination de la mythologie libérale
capitaliste implicite dans le code : égalité de l’employeur et de l’employé («les droits égaux»), société
sans classe («le publique») et état au-dessus des classes («égalité devant la loi»).
…………….

Ceci dit, en observant la situation actuelle, il est évident que cette description du syndicalisme correspond à celle des grandes centrales syndicales du Québec qui s’inscrivent dans cette catégorie de version édulcorée et édentée de ce que l’on ne peut même plus appeler un mouvement ouvrier. Le dépôt d’une simple loi spéciale du Gouvernement Libéral suffit à faire retourner au travail des milliers de travailleurs et travailleuses de la construction ayant voté-es pour la grève et ce, dans la quasi absence de contestation. Les Syndicats actuels se sont si bien intégrés à l’appareil d’état, que l’état n’a même plus besoin de faire appelle ses forces répressives pour faire respecter des règles que le Gouvernement invente au fur et à mesure au détriment de la classe laborieuse. Les élites syndicales ont assez de pouvoir sur leurs membres pour faire appliquer les lois, les plus nocives soient-elles, pour les travailleurs et travailleuses.

Le syndicalisme révolutionnaire doit reprendre sa place dans le paysage syndicales car le syndicalisme «bona fide» (de bonne foi) actuel n’est pas adapté pour combattre le néo-libéralisme ayant accepté ou ayant été forcé à être réglementé pour acquérir un statut légale comme le suggère l’auteur de capital et travail. Il a aussi été développé dans un contexte politique durant lequel il était populaire de vouloir construire, tout et tousse ensemble, main dans la main, «la social-démocratie» qui profitera à tous et à toutes sans avoir à remettre en question la structure sociale et l’appareil d’état qui la protège (mystification idéologique?). Ce syndicalisme révolutionnaire doit exercer une pression qui s’accentuera au fils des années en émettant une critique crédible du syndicalisme actuel par des textes, des actions et la mobilisation des employé-es dans des secteurs d’emplois oubliés par le syndicalisme actuel (restauration, commerce au détail, dépanneur, travailleurs et travailleuses autonomes, communautaire etc). Il doit aussi comme dans le cas e Mapei et de Poste Canada appuyer les employé-es syndiqué-es victimes de pratiques syndicales allant dans le sens de la collaboration de classe. Bref, il doit pousser le syndicalisme à retrouver son essence : produire un mouvement conduisant à l’émancipation du Travail pour éliminer la domination des détenteurs de capitaux et de moyens de productions et éliminer aussi la domination de l’état qui défend les structures légales qui permettent l’appropriation privée de la production sociale. Ce, plutôt que de mener une lutte strictement économique visant à faire en sorte que ces possédants veulent bien accepter d’être plus «généreux» dans la redistribution de la production sociale via les salaires. Voilà pourquoi je considère que le syndicalisme révolutionnaire est plus que jamais pertinent et que ses positions, ses principes et à ses actions, puisse apporter des pistes de solution en vue de la réappropriation du travail (pouvoir) par les travailleurs et travailleuses du monde.

 

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(1) J’entends par production sociale, l’ensemble du travail effectuer par une société considérant que chaque secteur économique, fonctions et activités
sont interdépendants incluant par exemple : le travail étudiant(partage, acquisition et amélioration de la connaissance), stages étudiants, travaux ménager, éducation des enfants, travail autonome, participation citoyenne etc.

L’absurdité du monde: Le maraudage

Le Comité Communication est fier de vous présenter la première transcription des chroniques d’Action en Direct. Pour lancer le bal, la première chronique d’Éric, soit le maraudage dans le secteur de la santé, sujet dépassé? Rien n’est moins sûr. La triste vérité est qu’on a eu droit a une campagne de maraudage des plus typique. Changeons le nom des syndicats et retrouvons nous dans le secteur de la construction, de la fonction publique ou sur la chaîne de montage la plus près de chez vous.

J’ai décidé de faire cette chronique, l’absurdité du monde, présenté à l’émission de radio Action en Directe, pour montrer à quel point on vit dans un monde rempli de contradictions et comment l’establishment, avec les médias, l’éducation et la maîtrise du discours officiel réussit souvent à nous faire gober n’importe quoi. C’est aussi un peu un pied de nez aux différents médias officiels ou indépendants de droite qui disent n’importe quoi sur un ton colérique. J’ai décidé de faire sensiblement la même chose, mais d’un point de vue progressiste.

Aujourd’hui je vais vous parler du maraudage syndical en santé. En gros, le maraudage, c’est quand deux centrales syndicales se battent pour avoir la représentation d’une unité d’accréditation syndicale. Grosso modo, si tu es dans le syndicat des infirmières du CHUM, par exemple, il y a un moment prévu dans la loi où tu peux changer de syndicat, par exemple, si le syndicat était à la CSN, il peut décider d’aller vers la FTQ. Celui-là est particulier, car il a été forcé par l’État. Il n’y a pas si longtemps, nos centrales syndicales étaient toutes unies sur un même plancher, en front commun, tout le monde ensemble contre le gouvernement et contre les coupures en santé. Puis le gouvernement a fait passé la loi 10, en forçant un regroupement, passant des CSSS au CIUSSS, ce qui a modifié les unités d’accréditation syndicales. Donc à la place de combattre cette loi là, les centrales ont décidé de se clasher pour gagner des nouvelles accréditation. Oh surprise, on n’entend plus parler de la loi 10, maintenant tout ce qu’on entend, c’est “notre syndicat est meilleur, le votre est moins bon, on a de meilleures assurances” etc. On peut donc voir que le grand gagnant de ce maraudage forcé là, c’est l’État, c’est l’employeur et ça ne fait que montrer à quel point c’est néfaste pour le syndicalisme. Ça me conforte aussi dans nos positions, aux IWW, de ne pas essayer d’aller grabber des membres à d’autres syndicats et de ne pas décider de s’accréditer, car le gouvernement peut facilement décider de jouer avec ces accréditations pour mettre la merde dans les syndicats.

Avant de commencer à rentrer dans le vif du sujet, je voulais vous faire entendre cette publicité de la FIQ (Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec) :



Pour décrire un peu, on voit une infirmière qui semble être dans un établissement de santé qui attend l’ascenceur. Une première porte s’ouvre avec pleins de gens qui n’ont rien à voir avec une infirmière : un gars de la construction, une travailleuse de shop, une fille qui joue du violoncelle, même un fakir. Et là, l’infirmière fait une moue qu’on peut interpréter comme “maudit! ça me représente pas”. Et là, l’autre porte s’ouvre avec Régine Laurent, la présidente de la FIQ, pis une gang d’infirmières en sarraus bleus poudre qui dit “embarquez avec nous”, on se ressemble, contrairement aux autres!

Ce que ça nous dit cette publicité-là, et pourquoi c’est aussi un peu de la bouette, c’est qu’on ne devrait pas s’unir en tant que classe ouvrière pour faire face, ensemble, au même patron. Par exemple, en santé, il y a, oui, les professionel-le-s de la santé que la FIQ syndique, mais aussi, toutes sortes de quarts de métier, comme des cuisiniers, des concierges, des préposés aux bénéficiaires. Le message qu’envoie la FIQ, c’est qu’il ne faut pas s’unir avec les autres quarts de métier, qui ont le même patron que nous et lutter en solidarité. Non, la FIQ préfère plutôt profiter de leur statut de professionnel-le-s de la santé pour aller chercher des miettes de plus que les autres quarts de métier, considérés comme moins importants. Bref, ne nous unissons pas sur une base industrielle, ayant tous le même patron, mais faisons un espèce de syndicalisme de métier qui permet à une élite ouvrière d’aller se chercher de meilleurs conditions que leurs collègues.

 

N’écoutant que mon courage, et suite à plusieurs discussions avec des camarades qui travaillent dans le secteur de la santé, je suis allé voir sur le site web des différents syndicats corporatistes pour voir les arguments qu’ils donnent pour voter pour eux :

La première chose qui frappe, c’est l’emphase mise sur les régimes d’assurances et les cotisations syndicales.


Premiers arguments.
Chaque syndicat nous explique comment son régime d’assurance est le meilleur.
On a l’impression de se magasiner une police d’assurance.
Question : Avez-vous confiance en vos compagnies d’assurance? Imaginez maintenant quel est le degré de confiance des gens envers les syndicats…

Deuxième argument : Nos cotisations sont plus basses.
Sans trop d’explication du pourquoi, tous les syndicats ont les cotisations les plus basses et les mieux gérées. C’est simple comme « Payer moins pour en avoir plus dans vos poches » C’est d’ailleurs le pitch de vente du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) pour vendre ses votes. Avec le SCFP, plus d’argent dans vos poches.
Y’a même des calculateurs de combien tu sauves sur leur site web. By the way j’ai vérifié, les cotisations des wobblies battent toute la concurrence, mais bon.

 

Troisième argument : On est les plus nombreux
Poussons cet argument au plus loin. Saviez-vous que le Journal de Montréal est le journal le plus lu au Québec ? Que Radio X est la radio la plus écoutée à Québec ? Ça vous donne une idée… Donc la FIQ est celle qui regroupe le plus de professionnelles, le SCFP est dans la FTQ, qui regroupe le plus grand nombre d’adhérents au Québec, la CSN est celle qui a le plus syndiqué-e-s en santé. Ça vous donne une idée… On est les plus nombreux, donc vous êtes caves si vous n’êtes pas avec nous.

 

Quatrième argument : Nos employé-e-s sont les meilleurs.
Autre tendance lourde, les employé-e-s de tous ces syndicats sont les meilleurs, les plus compétents, les plus serviables, les mieux organisés. Vous voyez le portrait.

On en vient presque à se demander pourquoi les IWW ont fait le choix de ne pas avoir d’employé-e-s. C’est un peu comme si ces syndicats se vantaient d’être les meilleurs patrons. Ou encore d’être la meilleure machine de service, on en revient encore au bon vieux vendeur d’assurances.

Cinquième argument : Les goodies

Ils ne s’en vantent pas sur leur site web, mais un peu partout sur les lieux de travail, les centrales se promènent en distribuant différents goodies pour acheter le vote. C’en est tellement ridicule que plusieurs travailleuses et travailleurs de la santé se sont mis à les collectionner. T-shirts, tuques, agendas, crayons, bloc-notes, tabliers et même coupes de champagne. Y’a pas à dire, les syndicats sont vraiment là pour nos besoins dans les périodes de maraudage. C’est encore pire que des politiciens en campagne électorale.

 

Bref, que devons-nous retenir de ça?
En aucun cas, les syndicats ne parlent de combativité, de démocratie directe, de défense collective, bref de tout ce qui est à la base du syndicalisme.
Le syndicalisme d’affaires est pathétique, on le voit sous sa forme la plus crasse, celle du vendeur d’assurance, celle du petit peddler qui essaie de t’acheter pour avoir tes cotisations, celle de la multinationale qui essaie de nous acheter à grands coups de publicité et de slogans creux.

 

Le gouvernement est celui qui a gagné sur toute la ligne et les syndicats sont entrés dans son jeu à grande vitesse à la place de faire front commun et de lutter.

N’attendons rien des centrales.

 

Éric.

 

Crédit Photo: http://www.familyfuncanada.com/saskatoon
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Soutien à la grève générale : non à la répression politique en Catalogne

Les IWW Montréal est en solidarité aujourd’hui avec la population de la Catalogne, nos camarades de la CNT, mais aussi avec les syndicalistes catalans qui se mobilisent et appellent à la grève générale pour faire valoir le droit à l’autodétermination de la population catalane et dénoncer la violence de l’État espagnol.

Depuis l’annonce d’un référendum pour l’indépendance de la Catalogne, l’État espagnol a utilisé autant les tribunaux que la force pour empêcher la tenue du scrutin. Que ce soit les menaces d’emprisonnement, l’annonce du blocage des bureaux de scrutin, la mobilisation de milliers de policiers, l’arrestation de poseurs d’affiches, les perquisitions, une présence armée dans les rues, l’État espagnol a usé de la force pour  nier un droit fondamental : le droit à l’autodétermination.

Nous sommes donc devant le consulat espagnol aujourd’hui pour dénoncer la violence et le mépris de l’État espagnol à l’égard de la Catalogne. Nous sommes également ici pour apporter notre soutien et notre solidarité au peuple catalan et témoigner du courage de nos camarades de la CNT et des syndicats alliés, qui se mobilisent, appellent à la grève générale et font des actions pour faire respecter le droit en Catalogne et dénoncer la répression de l’État.

Nous demandons donc à l’État espagnol de cesser cette campagne violente, ce bris des droits collectifs, la répression politique et l’usage de la force à l’endroit de la population catalane.

Toute notre solidarité avec les travailleuses et les travailleurs, les syndicalistes catalans ainsi que la population de la Catalogne, votre voix sera entendue!

Les IWW Montréal


La secció de Montreal de l’IWW (Industrial Workers of the World, Treballadors Industrials del Món) es solidaritza avui amb el poble de Catalunya, amb les nostres camarades de la CNT, així com amb els i les sindicalistes catalanes que es mobilitzen per fer valer el dret a l’autodeterminació del poble català i per denunciar la violència de l’Estat espanyol.

Des de l’anunci d’un referèndum sobre la independència a Catalunya, l’Estat espanyol ha utilitzat els tribunals i la força per impedir la celebració del vot. Les amenaces d’empresonament, l’anunci de la clausura dels col·legis electorals, la mobilització de milers de policies, l’arrest de les persones que han penjat cartells relatius al referèndum, la confiscació de material, la presència armada als carrers, han estat algunes de les maneres com l’Estat espanyol ha utilitzat la força per negar un dret fonamental: el dret a l’autodeterminació.

Avui ens hem concentrat davant del consolat espanyol a Montreal per a denunciar la violència i el menyspreu de l’Estat espanyol envers Catalunya. Estem aquí concentrades i concentrats per a manifestar el nostre recolzament i la nostra solidaritat al poble català i testimoniar de la valentia de les nostres camarades de la CNT i les seves aliades sindicalistes, que es mobilitzen i fan accions per a fer respectar el dret a l’autodeterminació a Catalunya i denunciar la repressió de l’Estat.

Demanem a l’Estat espanyol que aturi la campanya violenta, la vulneració dels drets col·lectius, la repressió política i l’ús de la força contra el poble català.

Tota la nostra solidaritat amb les treballadores i els treballadors, els i les sindicalistes catalanes, així que amb el poble de Catalunya. La vostra veu s’escoltarà!


Apoyo a la Huelga General : Ya basta la represión política en Cataluña

El IWW-SITT Montreal está, hoy, en solidaridad con el pueblo de Cataluña, nuestro’as compañero’as de la Confederación Nacional del Trabajo y tambien con lo’as syndicalisto’as cataluño’as mobilisado’as y llamando la huelga general por defender el derecho de autodeterminación del pueblo catalán y para denunciar la violencia del Estado español.

El gobierno español usa de su sistema de justicia y violencia para bloquear el pueblo catalán desde que sabemos la fecha del referéndum por la independencia. Amenazar de aprisionar, bloquear los centros de votación, movilizar más de mil policías, detener lo’as militantes, perseguirlo’as y más, el Estado Español usa fuerza para negar un derecho básico – el derecho de autodeterminarse!

Entonces, hoy estamos en el consulado español para denunciar la violencia y el desprecio del Estado español con la Cataluña. También, estamos aquí por apoyar el pueblo catalán y testimonar del valor y de la fuerza de nuestro’as compañero´as de la CNT y de los sindicatos aliados, que están movilizando, llaman a la huelga general y hacen acciones por defender el derecho de autodeterminación de la Cataluña y denunciar la represión del gobierno español.

Decimos al Estado español – Tu violencia, tu desprecio de la democracia y tu represión política sobre el pueblo catalán « ¡YA BASTA! »

¡Solidaridad con lo’as trabajadore’as, sindicalistas catalane’as y el pueblo de Cataluña!

¡Vuestra voz llevara la libertad!

 

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Grève Générale: 175 000 travailleurs et travailleuses en grève dans l’industrie de la construction!

Ce matin les 175 000 travailleurs et travailleuses de tous les secteurs de la construction déclenchent une grève générale pour forcer l’avancement des négociations en cours. Sans convention collective depuis le 30 avril dernier, l’Alliance Syndicale regroupant les cinq syndicats de la construction veut défendre les conditions de travail de ses membres assaillis par les associations patronales.

C’est dans ce contexte que le Syndicat Industriel des Travailleurs et des Travailleuses (SITT-IWW) souhaite exprimer sa solidarité et se joint aux 175 000 ouvriers et ouvrières dans la défense de leur droit de faire grève et appuie l’ensemble de leurs revendications.

Solidairement,
Le SITT-IWW Montréal

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Près d’un millier de manifestant-es pour la journée internationale des travailleurs et travailleuses

 

Dans le cadre du 1er mai 2017, alors que les centrales syndicales envoyaient leurs permanent-es et salarié-es distribuer des tracts, le IWW ainsi que de nombreux groupes se mobilisèrent pour une journée de lutte, de solidarité ouvrière et de combat. Au programme; occupation des bureaux d’agences de placement, repas populaire et manifestation du quartier Centre-Sud jusqu’au Centre-Ville où la police nous attendait de pied ferme!

Occupation des bureaux des bureaux de Thompson Tremblay et de ManPower Solutions de Recrutement

Cette année le coup d’envoi de la journée internationale des travailleurs et travailleuses à été donné dès midi pour les membres du Syndicat Industriel des Travailleurs et Travailleuses (SITT-IWW) de Montréal et de l’Association des Travailleurs et Travailleuses Temporaires d’Agences de Placement (ATTAP) qui sont allés occuper les bureaux de Thompson Tremblay et de ManPower Solutions de Recrutement, deux agences de placement.

Les agences de travail temporaire se spécialisent pour offrir de la main-d’œuvre flexible aux entreprises. Essentiellement, cela transforme la relation patron-employé en une relation triangulaire de patron-agence-employé. Les agences permettent aux entreprises de réduire leurs coûts de production par une réduction du personnel comptable ainsi que l’évasion du paiement des avantages sociaux et des protections garanties par les normes minimales du travail telles que les cotisations à l’assurance-emploi, l’assurance en cas d’accidents de travail, les congés parentaux, ainsi que celle pour les aidants naturels, les régimes de retraite, les vacances, etc. Elles limitent aussi le droit à la syndicalisation, le droit à la négociation directe avec le patron pour avoir une convention collective de travail et le droit de faire la grève comme mécanisme de défense. Les travailleurs et les travailleuses victimes de ce procédé n’accumulent aucune ancienneté, n’ont pas de minimum d’heures de travail garanti ni de sécurité d’emploi et ne bénéficient d’aucune augmentation de salaire annuelle. Depuis la perturbation de la conférence de l’ACSESS le 5 avril 2017, nos conditions de travail ne se sont pas améliorées. Nos revendications restent donc les mêmes:

L’augmentation immédiate du salaire minimum à 15$/heure, l’embauche obligatoire des travailleurs-euses d’agence par l’entreprise cliente après trois mois de service, la co-responsabilité des agences de placement et des entreprises clientes en ce qui concerne les normes du travail et de santé-sécurité, le même salaire pour les travailleurs-euses d’agences que pour ceux et celles qui sont embauché-e-s directement par l’entreprise cliente.

Repas populaire dans le quartier Centre-Sud
Malgré la pluie, ce sont près de 200 personnes qui se sont regroupées au Parc Médéric Martin en début d’après-midi.  Abrité-e-s par les tentes de SOS Itinérance et réchauffé-e-s par la nourriture fournie par le Café Coop Touski, les membres de notre dévoué syndicat, mais aussi ceux du Mouvement Action Chômage, du Comité Logement du Plateau Mont-Royal, du Collectif Opposé à la Brutalité Policière, de l’Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante (ASSÉ), du Syndicat des Étudiant-es Travailleurs et Travailleuses de l’UQÀM, de Solidarité Sans Frontière, de l’Association Facultaire des Étudiant-es en Sciences-Humaines de l’UQÀM, ainsi que de divers collectifs Antifascistes présents dans le quartier comme le RASH, le Montreal SisterHood et la Jeune Garde ont profité de ce rassemblement communautaire.

Le thème de la journée? La coupe est pleine! Alors que le coût de la vie augmente sans arrêt, les services publics se font tronçonner. Les personnes assistées sociales subissent des attaques sauvages. Il y a la menace d’une réforme des Normes du travail à la sauce patronale qui nous guette, et pour ajouter l’insulte à l’injure, tandis que syndicats et groupes communautaires réclament un salaire minimum à 15$ de l’heure, les boss et l’État répondent : vous ne valez guère plus de 11,25$/h.

Comme si ce n’était pas suffisant, le climat social se dégrade. Les discours racistes ont de vastes tribunes. On maltraite la différence. Les crimes haineux visant les femmes, les musulman.es et la communauté LGBTQIA* se multiplient. Nous ne tolérons pas ces discours de haine qui se propagent autant dans les médias, les milieux de travail et nos communautés.

Manifestation du Métro Frontenac au Centre-Ville

Finalement rejoint par le Pink Bloc et des groupes anti-gentrification du quartier Hochelaga-Maisonneuve, c’est sous le thème de l’antifascisme et de l’ouverture des frontières plutôt que du repli sur sois que la manifestation se mit finalement en branle à 17h40. Fanfare, drapeaux, fumigènes et feux d’artifices animèrent la rue Ontario du métro-Frontenac jusqu’à la Grande Bibliothèque au métro Berri-UQÀM ou les manifestant-es prirent les rues du Centre-Ville afin d’aller rejoindre la grande manifestation organisée par la Convergence des Luttes AntiCapitaliste (CLAC). Si les participant-es de cette dernière avaient déjà eu à se défendre d’une première charge policière à la place Ville-Marie, l’arrivée du contingent antifasciste et syndicaliste révolutionnaire donna un second souffle à la manifestation qui continua jusqu’à passé 20h le soir dans les rues du Centre-Ville.

Au moment de publication, on ne comptait qu’une seule arrestation. Tous nos remerciement aux équipes d’avocat-es de Desmarais & Desvignes et Ouellet Nadon et AssociéEs qui s’unirent pour faire la veille légale de nos membres.

 

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La double adhésion. Questions et Réponses

Vous trouverez ci-bas quelques notes m’ayant servies de brouillon pour un éventuel atelier sur la double-adhésion (Ndtr : le dual carding, soit l’adhésion à l’IWW et à un autre syndicat). Vous trouverez des questions et mes réponses juste en dessous. J’espère qu’il s’agira là de la première publication d’une série sur  »Le SITT-IWW et les autres syndicats”’ ayant pour but de souligner quelques perspectives sur le sujet.

Là où il sera écrit  »nous » je ferai une affirmation référant aux positions classiques du SITT-IWW, tandis que là où j’utiliserai le  »je », il s’agira de mon opinion. J’ai fait de mon mieux pour garder les deux points de vue séparés, mais comme bon nombre de personnes, j’ai énormément de difficulté à le faire.

*Quel est notre rapport à la décertification ou la désafiliation? Il semblerait qu’au Work People College de 2012 plusieurs personnes ont amené l’idée que nous devrions mettre notre focus sur la décertification de syndicats d’affaires afin de les remplacer par une nouvelle accréditation, celle du SITT-IWW. Je ne suis pas certain qu’il s’agisse d’une stratégie qui ait déjà été utilisée, si quelqu’un a eu vent d’une telle expérience je serais curieux d’en apprendre plus.

Je peux seulement parler de notre expérience à Edmonton où nous avons été approché.es à quelques occasion par des travailleurs et des travailleuses, désireux et désireuses de décertifier leur syndicat. De manière générale, nous l’avons toujours déconseillé. Le problème est que le SITT-IWW n’occupe pas le même espace que les autres syndicat, il est donc illogique de remplacer l’un par l’autre. D’autre part, d’habitude, lorsque des travailleurs ou des travailleuses cherchent à faire retirer l’accréditation de leur syndicat sur leur lieu de travail, c’est parce qu’ils et elles ne sont pas satisfait.es des services qu’ils et elles reçoivent de ce dernier. Avec un budget squelettique, des cotisations minimales et aucun.es employé.es, nous ne feront pas beaucoup mieux en terme de services. Ce n’est pas ce que nous faisons.

Dans le local du Syndicat des Travailleurs et Travailleuses des Postes (STTP) où je me trouve, le grief moyen, après avoir franchi toutes les étapes aura coûté au delà de 10 000$. Il s’agit de plusieurs centaines de dollars seulement pour les premières étapes. Avec nos cotisations volontaires et à faibles coûts, financer un tel niveau de bureaucratie grâce à des levées de fond, n’est pas une option non plus.

 

* Quel est le rôle des caucus de gauche? Tout au long de la conversation au Work People College, le sentiment général était que les caucus de gauche sont inévitables et peuvent même être utiles. Or, il faut constater que tou.tes les fellow workers présent.es étaient impliqué.es dans des endroits qui, grosso-modo, servaient des caucus de gauche. Les premiers dans un réseaux de solidarité naissant chez OPSEU (Syndicat des Employé.es du Service Public de l’Ontario) et les autres dans un local de l’Alliance de la Fonction Publique du Canada (AFPC), qui sert en quelques sortent de quartier général pourmilitant.es.

Je suis d’accord que les caucus de gauches sont inévitable et j’ai participé à titre personnel à l’un d’eux au sein du STTP, mais je n’ai jamais fais pas de rapport de mes activités au SITT-IWW, pas plus que le SITT-IWW ne semble s’en être préoccupé. Tout ce qui est politiquement significatif en ce bas monde n’a pas besoin de se faire sous la bannière du SITT-IWW. Je suis tout aussi intéressé par une réforme des syndicats et par une bonne représentation des membres que n’importe qui d’autre. Or, il ne s’agit pas d’un engagement révolutionnaire et pour être franc, je ne pense pas que cela ait quoi que ce soit avoir avec le SITT-IWW.

En ce qui concerne les sanctuaires de militants et principalement de militant.es syndicaux, notons simplement que les militant.es ne forment pas toujours les meilleurs bassins de recrutement pour trouver de bons wobblies. Bon nombre d’entre eux ont des ambitions carriériste à l’intérieur même de leur syndicat et si cela n’est pas un problème en soit, cela ne fera pas avancer le SITT-IWW non plus. Des travailleurs et des travailleuses en colère et respecté par leurs pairs sont bien plus important, et si par hasard, ce sont aussi des militant.es, c’est tant mieux, mais ce n’est pas le plus important.

 

*Qu’en est-il des élections? Ici encore, le sentiment partagé était qu’à certains moments cela pouvait être utile.

Pour commencer, il faut se rappeler que dans les règlements du SITT-IWW beaucoup de choses sont mentionnées à propos de la position d’officier ou officière pour un autre syndicat, il ne s’agit pas de dire que vous ne pouvez pas l’être, mais nous plaçons des limites assez sévères sur le sujet. Bien sur, il est toujours possible d’amener les règlements en appel pour se dérober à certaines restrictions, mais il est important de comprendre pourquoi nous avons ces règles en premier lieu. C’est parce que notre compréhension du syndicalisme révolutionnaire ne se limite pas à être un  »syndicat très progressiste ». Tout comme nous recommandons l’établissement de comités d’organisation sur le plancher et dépassant le système de délégué; une position révolutionnaire dépassant l’électoralisme et évitant le contractualisme, notre structure et notre fonction s’incarne dans un engagement envers un autre type de politique. Dans le SITT-IWW, les syndicats ne sont pas des organismes politiquement neutres, au contraire, leurs structures et leurs engagements reflètent les perspectives politiques de leurs architectes.

Tout cela était plus clair à une époque où le mouvement ouvrier était marqué par une plus grande diversité idéologique, mais depuis les années 60 on assiste à une hégémonie de la social-démocratie et c’est ce que la structure standard reflète. S’emparer de ces structures sans les remettre sérieusement en question ne peut que conduire à une cooptation, à un redressement judiciaire ou aux deux.

 

*Toujours sur la question d’être un.e délégué.e syndicale, la question suivante vint sur le plancher : Si personne d’autre n’est pour se présenter, n’est-il pas souhaitable qu’un de nos militants le fasse afin, qu’au moins, le travail soit fait? Est-ce que cela ne permet pas en plus d’avoir une raison légitime de parler du travail avec ses collègues sans que cela n’ait l’air bizarre?

Je ne suis pas contre les gens qui décident de devenir délégué syndical, mais ces gens devraient le faire en gardant les yeux grands ouverts. Qu’est-ce que ce travail implique? Si la priorité est de construire un comité qui traite les demandes depuis le plancher et aide les gens à développer une stratégie pour mettre collectivement de la pression sur le patron, je suis tout à fait pour. Si le travail consiste simplement à faire ce que n’importe quel autre délégué va faire, il ne s’agit pas non plus d’une erreur, mais cela devrait être clair pour les personnes concernée qu’ils et elles le font pour des raisons personnelles et non en tant que membre du SITT-IWW. Cela dit, notons que le SITT-IWW n’a pas de position claire sur le sujet.

 

*Comment est-ce que la double adhésion fonctionne dans un environnement multi-syndicales? Comment pouvons nous réellement amener le Syndicat pour Tous et pour Toutes à aider l’organisation au jours le jours?

Nous avons une certaines expérience sur le sujet à Edmonton et le plus important est de commencer par communiquer avec les gens travaillant ensemble. Pas seulement entre syndicats, mais aussi entre travailleurs et travailleuses syndiqué.es et travailleurs et travailleuses non-syndiqué.es. L’avantages que l’action directe a sur les canaux officiels c’est qu’en attaquant une structure managériale unifiée, il est possible de mettre plus de pression. Prioriser des demandes qui affectent tout le monde (comme les questions relatives aux Droits Humains, aux places de stationnement, à la santé et à la sécurité) permet un élargissement du champs d’actions, tandis que les disputes de types contractuelles sont évidemment plus étroites et moins utiles. Les assemblées conjointes (dans notre cas les réunions durant les pauses café) permettent de rassembler tout le monde sur le plancher.

 

*Si des wobblies peuvent faire des choses comme prendre le contrôle de la newsletter ou du bulletin du syndicat, mettre la main sur des listes de contacts, etc. Comment devrions nous, et devons nous, mettre ses possibilités à usage?

Bien sur que vous devriez. Vous devriez tout faire comme dans la Formation d’Organisation 101 (FO101 ou OT101 en anglais), faire des rencontres individuelles, identifier les meneurs et meneuses, les amener à faire des actions sur le lieux de travail, puis les inclure dans votre comité. Les newsletters et bulletins peuvent être un bon moyen de faire connaître les gains qui ont été gagné sur le plancher.

 

*Comment pouvons nous éviter d’être co-opter par le syndicat? C’est à dire de voir le syndicat légaliste en place clamer que les victoires du comité sont les siennes?

Le plus important c’est que les travailleurs et travailleuses eux-mêmes et elles-mêmes s’approprient la victoire, pas plus le syndicat d’affaire en place que le SITT-IWW. Si le rôle du SITT-IWW a été décisif, alors il faut souligner ce que l’organisation a fait, mais on ne peut pas simplement prendre tout le crédit. Par exemple, nous avons déjà mis en place un programme d’éducation, fait la promotion des tactiques de March on the Boss et travailler sur un blog indépendant. Or il ne s’agit pas ici d’être cette gauche si typique qui répète encore et encore les mêmes slogans en s’autoproclamant d’une avant-garde éclairée, mais plus tôt de l’utilisation par les travailleurs et travailleuses de méthodes qui font du gros bon sens.

 

*À quelle sorte de backlash pouvons nous nous attendre lorsque la double adhésion sera découverte par les plus hauts échelons de la hiérarchie? Quel type d’inoculation est requise avant que la campagne ne devienne public? Plus d’histoires et d’anecdotes pourraient être utile ici…

Au STTP nous avons simplement mis les choses au clair. Nous n’avions aucun intérêt à devenir l’unité de négociation certifiée pour les bureaux de postes et nous nous considérions comme de fidèles membres du STTP . Nous avons pourtant insisté qu’aucun travailleur, ni aucune travailleuse n’ait de permission à demander pour mener des actions sur le plancher, et que les officiers et officières devaient répondre de leurs membres et non le contraire. Cela étant dit, je pense qu’il y a trop de différences d’un syndicat à l’autre pour pouvoir donner une sorte de prescription passe-partout plus précise que d’être clair sur le fait que ce que nous voulons dire par syndicat est très différent de ce que l’AFPC, par exemple, entend par syndicat.

 

*En quoi est-ce que le AEIOU diffère t-il dans le contexte d’un environnement déjà syndiqué?

Il ne diffère pas.

 

*Quel est l’objectif ultime de l’organisation en double-adhésion? Dans la FO101 plusieurs sections commencent en demandant aux participant.es ,  »Pourquoi est-ce qu’on fait ça? », comme dans  »Pourquoi est-ce qu’on agite? »,  »Pourquoi est-ce qu’on demande à nos collègues de joindre le syndicat? »,  »Pourquoi faire un suivi sur les tâches? », etc. Je me demande si, peut-être, garder ce format pourrait être une bonne manière d’introduire ce module. Puis, tout comme dans la FO101, cela pourrait inclure une série de réponses. Pourtant je me sens un peu ridicule en disant cela, mais après m’être assis pour réfléchir à la question, je n’arrivais pas à articuler de réponse claire à  »pourquoi » nous faisons cela.

Je pense que l’objectif ultime de l’organisation en double-adhésion est le même que dans la FO101, construire un comité d’organisation fonctionnel qui peut mobiliser les travailleurs et les travailleuses sur le plancher pour faire des actions directe afin de faire valoir leurs intérêts propres.

Je vais essayer et travailler avec Rhiannon pour répondre à vos questions pratiques au sujet de l’atelier, je pense que plusieurs d’entre elles sont valides et le manque de précision ou de clarté de nos réponses ne relève non pas d’un problème avec vos questions, mais plus tôt du niveau de réflexion où nous sommes rendu. Néanmoins, un des points auquel je peux d’ores et déjà répondre au sujet de ce module est qu’il s’agit délibérément d’un supplément à la FO101 parce que nous pensons que cette formation couvre la base du travail d’organisation. Ce à quoi j’ajouterais qu’à mon avis, non seulement, le travail d’organisation en double-adhésion n’est pas si différent du travail d’organisation en milieu non-syndiqué, notamment en ce qui à trait aux compétences nécessaire, mais aussi que le gros du matériel est en fait orienté vers une compréhension de ce qu’est le SITT-IWW. Cela étant dit, je pense aussi que nous avons besoin de travailler la question plus en détails étant donné que le phénomène des syndicats d’affaires arborant le drapeau rouge est de plus en plus fréquent.

 

Écrit par Nick Walter, Edmonton IWW, le 17 octobre 2014
Traduit par le Comité Communication de la SLI de Montréal, le 16 mars 2017