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Les Wobblies à travers le monde, Chronique de Mars.

En date du 1er janvier 2016, Randall Jamrok, secrétaire-trésorier général de l’IWW, finissait de faire les comptes et nous annonçait que l’IWW compte désormais plus de 3500 membres. Majoritairement répartie entre l’Amérique du Nord et l’Angleterre on les retrouve aussi en Norgève, en Allemagne, en Lithuanie, en Austrie, en Suisse, en Grèce, en Australie et en Chine. Si cette chronique mensuelle ne ce veut pas une liste exhaustive des activités de chacune des 50 et quelques sections locales qui constituent actuellement le Syndicat pour Tous et pour Toutes, elle tentera tout de même, tant ben que mal, de mettre un peu de lumière sur les activités des wobblies de partout à travers le monde.

Le 1er mars, le fellow worker James, de la branche de Balti10569076_720396931330843_5408464749728183823_nmore se faisait finalement versé rétroactivement les 7500$ de salaire que les magasins Jimmy Johns lui devaient après l’avoir congédié illégalement pour activité syndicale. Un jugement similaire fut rendu par le National Labor Relation Bord quelques semaines plus tard, au sujet des employé.es congédiés.es des les franchises de Minneapolis. Rappelons que la campagne d’organisation des restaurants « Jimmy John » avait été lancée à Minneapolis en 2007 pour sortir publiquement dès 2010 avec l’organisation des 10 succursales rapidement rejointes par les fellow workers de Baltimore.

Toujours à Baltimore, le 2 mars dernier, le café-libraire Red Emma, anciennement accrédité au SITT-IWW, org10405585_751876278193930_2607770610963710947_nanisait le lancement de la dernière édition du livre du défunt Franklin Rosemont  Joe Hill et la création d’une contre-culture ouvrière révolutionnaire. Pour l’occasion David Roediger et Kate Khatib, des ami-es, collaborateur et collaboratrice de Rosemont furent invité-es à prendre la parole.

Le 15 mars, la section-locale de Montréal organisait un BBQ pour souligner la journée internationale contre la Brutalité Policière. La manifestation qui suivit attira plus de 200 personnes qui pour la première fois depuis de nombreuses années réussirent à prendre la rue et à terminer la manifestation sans arrestation de masse ni violence policière.

Le 19 mars, l’IWW Sheffield organisait une journée de formation axée sur les rapports d’oppressions reliés au genre, au sexe et à la sexualité sur les lieux de travail.

Des Formations d’Organisation 101, formation expliquant comment lancer un syndicat IWW sur son lieu de travail, furent organisé à Hartford, Détroit, Mineapolis, Milwaukee et Edmonton.

Deux émeutes secouèrent les prisons de l’État de l’Alabama, ctexaslockedin-300x288teau fort du Comité d’Organisation des Travailleurs et Travailleuses Incarcéré-es de l’IWW (IWOC-IWW), Au cours des dernières semaines. Pendant ce temps, les membres de l’IWOC au Texas se préparent à lancer une série d’arrêts et de ralentissement de travail afin d’obtenir des réformes dans les dossiers de la libération sur parole, de l’accès aux soins de santé et du système carcéral en général afin que les travailleurs et travailleuses incarcérées soient traités humainement.

Des membres de la branche de Portland se joignirent le 26 mars au Portland Solidarity Network pour tenir une ligne de piquetage devant LKQ Foster Auto Parts en solidarité avec le fellow worker Andrew congédié, alors qu’il tentait de s’organiser avec ses collègues contre la stagnation des salaires, la dangerosité de leur environnement de travail, le manque de transparence de la direction et le harcèlement au travail.

Déjà à sa sixième grève de la saison, Familias Unidas por la Justiciale organisait le 31 mars une manif-action au siège social de Driscoll à Watsonville en Californie afin de combattre les conditions de travail inhumaines des travailleurs et travailleuses migrant.es employé.es par la compagnie.

Notons pour terminer que l’été promet une modification géographique et démographique majeure pour l’IWW, majoritairement situé dans le Nord des États-Unis et en Angleterre! Alors que d’un côté les officiers et membres du Comité d’Organisation Régional Canadien, fier-es d’avoir assisté à la création des branches de Sherbrooke et Québec travaillent d’arrache-pied à la mise sur pied d’un projet visant une augmentation de 50% de leur membership et la création de 3 nouvelles branches en sol canadien (Drummondville, Kitchener-Waterloo et Saskatoon). Du côté du Sud des États-Unis, de nombreux membres se sont réunis pour organiser une tournée de conférences visant à faire la promotion du Syndicalisme de Solidarité dans leurs régions en plus de soutenir les efforts du Comité d’Organisation des Travailleurs et Travailleuses Incarcéré.es (IWOC-IWW) qui prévoit de nombreuses grèves et actions qui culmineront lors d’une grève nationale le 9 septembre prochain!

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Les Wobblies à travers le monde

Des États-Unis, au Canada, à la Grande-Bretagne et à l’Irlande, en passant par la Norvège, l’Allemagne, la Lituanie, l’Autriche, la Suisse, la Grèce, l’Australie et la Chine, les Industrial Workers of the World sont plus que jamais un syndicat présent à l’échelle mondiale. Mais que font nos organisateurs et nos organisatrices réparties aux quatre vents? Quels sont leurs plans? Quelles sont leurs luttes? C’est à ces questions que tentera tant bien que mal de répondre cette nouvelle colonne, qui chaque mois mettra le feu des projecteurs sur les activités des wobblies de partout à travers le monde!

Le 9 janvier 2016, le Comité de Défense Générale Local 14 de Minneapolis a rejoint la famille Quinn, Native Lives Matter, Idle No More, AIM, Black Lives Matter et bien d’autres pour aller manifester dans le froid afin de réclamer justice pour Phil Quinn, assassiné par la police de Minneapolis en décembre 2015. La ligne verte du système de métro et l’Avenue Université ont été bloquées tandis que des actions de perturbations avaient lieu dans un Target, un Walmart et un Club Food. (Industrial Workers Hiver 2016) Un mois plus tard le CDG Local 14 participait à une nouvelle action, cette fois pour Jam12744270_1729009820645471_1093583573150809589_nar Clarck, lui aussi assassiné par la police de Minneapolis. Le lendemain le CDG, le IWW African People Caucus et les membres de la branche de Minneapolis se réunissent pour une journée de discutions et de formation, notamment au sujet de l’augmentation de la violence policière.

Le 28 janvier, les membres de la branche de Boston se présentent pour la 4e fois à la Cour du District de Quincy, en solidarité avec les arrêtés du blocage de l’autoroute 93 lors de la Martin Luther King Day. Nombre d’entre eux et elles participeront également de manière hebdomadaire aux journées de tractage des fellow workers de la Museum Independant Security Union, qui se voient imposer des horaires pas possible suite à un gel des embauches.

Dès les premiers jours de février, des wobblies de la Pennsylvanie participent à des piquets pour protéger plus de 10 000 arbres qu’on menace de couper pour favoriser la construction d’un pipeline.

Le 1er février la branche de Portland marche au coté des travailleurs et travailleuses du Graduate Student Union de l’Université d’État de Portland alors qu’il-les rendent leur campagne publique en allant déposer leurs demande au bureau du président de l’Université.

Le 4 février les wobblies de la Grèce participaient à une grève générale qui paralyse les transports publics, les avions, les navires, les taxis, les écoles et ne laissa qu’un minimum vital d’employé dans les hôpitaux, le tout afin de contrer les réformes touchant la pension de vieillesse.

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Le 15 février la Branche de Washington et le 27 février la branche de Whatcom-Skagit participent à des blocages en solidarité avec Familias Unidas por la Justicia farm workers union qui appelle actuellement à un boycott des fruits Driscoll. Boycott que l’IWW accepta d’endosser lors de sa dernière convention internationale.

Le même jour, de nombreux prisonniers regroupés sous la bannière du Free Virginia Movement, faisant ainsi écho au Free Alabama Movement, rejoignent les IWWs afin de lancer des campagnes pour lutter contre le traitement des travailleurs et travailleuses incarcéré.es.

Le 17 février, les membres de la Branche de Milwaukee participent à un piquetage de solidarité avec les enseignant.es du Wisconsin.

Le 18 février, la branche de Madison participe à une grève sauvage généralisée dans l’État qui réunie plusieurs dizaines de milliers de travailleurs et de travailleuses immigrant.es dans la rue afin de contester un projet de lois anti-immigrant. Le soir même le Madison Infoshop (Syndicat Industriel 620 IWW ) et la Branche de Madison, en collaboration avec le Lakeside Press Printing Coop (IWW) organisent une conférence sur les soulèvement populaires que connut le Wisconsin en 2011.

Le 19 février, le Irish Center for Histories of Labour and Class, situé à Galway en Irlande, a lancé un appelle aux contributions afin de dresser un portait du legs de l’IWW en Irlande et au sein de la diaspora Irlandaise.

Le 21 février, les wobblies de Pittsburgh participent au Malcom X Legacy Brunch en compagnie du New Afrikan Independance Party.

Le 24 février avait lieu une manifestation de 300 personnes devant la cours de Londres en solidarité avec 13 militant.es écologistes, incluant 4 membres de l’IWW, arrêté.es pour des actions menées contre l’extension de l’Aéroport d’Heatrow.

Le 25 février 2016, les travailleurs et travailleuses membres du Sister Camelot Canvass Union ont célébré le troisième anniversaire de leur Syndicat. La lutte menée par le SCCU ne représente pas seulement la première grève organisée par la branche de Minneapolis, elle est aussi, sans aucun doute, la plus longue que le Syndicat ait connue depuis son renouveau au début des années 2000, et a permis la création de la North Country Food Alliance, une coopérative de travail gérée démocratiquement par une douzaine de wobblies qui redistribue de la nourriture organique. (Industrial Workers Hiver 2016)
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Pensez-y (Dernière partie)

Voici finalement la troisième et dernière partie de Pensez-y, Thin it Over, un pamphlet d’introduction écrit par un camarade travailleur membre de la section IWW de Portland, Oregon, Tim Acott. Text in English here.

Première Partie

Deuxième Partie

Le Droit du travail en un mot
Le Droit du travail est un sujet d’étude que l’on enseigne à l’université jusqu’au doctorat, et qui peut procurer une carrière très rentable. Vous pourriez acheter une voiture par an, vivre dans une grande et belle maison dans les bons quartiers, subvenir aux besoins d’une épouse ou d’un époux qui n’a jamais à quitter la maison pour se faire de l’argent, être membre d’un club de haute société, porter de magnifiques vêtements, et envoyer vos enfants dans les plus prestigieuses universités. Vous auriez tout. Bien sûr, vous n’auriez pas grand chose en commun avec les gens que vous passez vos journées à défendre. C’est le commun des avocat-e-s – d’une profession spécialisée et bien rémunérée. Comprenez-moi bien. Nous apprécions nos avocat-e-s, surtout quand la justice frappe à nos portes. Nous voulons qu’ils et elles soient vifs et vives, et qu’ils et elles comprennent intimement la complexité du Droit du travail. Mais ni vous ni moi n’avons le temps et l’argent pour étudier le Droit du travail dans une université prestigieuse. Cependant, nous devons comprendre les principes de base du Droit du travail et comment celui-ci touche notre vie quotidienne au travail.

Eh bien, le voici en un mot. Le Droit du travail est mis en place par les patrons et leur système de gouvernements et de tribunaux pour nous empêcher, travailleurs et travailleuses moyen-ne-s, de nous réunir et nous battre pour notre juste part, de peur que nous voudrions, et qu’un jour nous aurions, tout. C’est l’information essentielle. L’idée fondamentale, derrière les grandes lois régissant la syndicalisation, est qu’il est possible d’avoir un syndicat si vous le voulez vraiment, mais il ne peut que se battre pour certaines causes. Il ne peut que régler certains problèmes. Il doit être suffisamment alourdi et faible, et suivre un ensemble de règles sophistiqué qui ne s’applique pas, du moins en pratique, à votre patron et ses amis au club de golf. Vous êtes obligé-e-s d’attendre tandis que ces derniers obtiennent un service rapide devant les tribunaux. Vous devez limiter vos activités à certaines formes légales, mais ces gens peuvent faire quasiment ce que bon leur semble. Leurs avocat-e-s sont plus reconnu-e-s que les nôtres, car ils et elles coûtent plus cher. Vous devriez voir ne serait-ce que leurs voitures !

Cela vous surprend dans ce pays ? J’espère sincèrement que non. Voyez-vous, ce n’est pas vraiment une démocratie, les décisions économiques ne sont pas prises démocratiquement, et pourtant elles sous-tendent toutes les autres décisions qui y sont prises. La circulation de l’argent, la marchandise, les biens et services, la nourriture et le logement, la santé et les vacances, tout cela tombe sous cet autre système de prise de décisions. Vous pouvez le nommer capitalisme, règne corporatif, les affaires, ou ce que vous voulez, mais vous ne pouvez pas le nommer démocratie. Tout le monde en rira. La loi n’est pas celle du peuple, par le peuple, pour le peuple, peu importe ce que vos enseignants vous ont appris. Désolé, mais ça ne marche pas ainsi.

Le Droit du travail résulte de l’influence des intérêts corporatifs sur le gouvernement et la  magistrature, et implique que vous devez protéger votre tête et votre cul, et de bien faire attention à ce que vous dites et faites. Si vous voulez jouer leur jeu, suivez simplement le système en place : signez vos cartes, appelez à une élection d’accréditation, et patientez. Il est possible que par moment ce soit la bonne démarche à adopter. Mais ne laissez jamais le patron définir le champ de jeu et décider de tout.

C’est un combat de rue, une agression, un assaut froidement calculé, et vous devez vous défendre autant que faire se peut. Protégez votre tête et votre cul, utilisez votre créativité et surtout l’aide de vos camarades travailleurs et travailleuses, ainsi que chaque tactique, stratégie, et idée intéressante que vous trouvez. Si vous les laissez définir le terrain de jeu et façonner les règles, vous n’avez pas une seule chance de gagner. C’est aussi simple que ça le Droit du travail.

cardMais rappelez-vous que leur jeu n’est pas le seul qui existe. Ce n’est pas la seule manière de faire, la seule solution à nos problèmes com
muns. Prenez pour exemple le SITT-IWW. Pensez-y – rejoignez le syndicat de votre classe et luttez pour le plein-produit de votre travail, à la façon des Wobblies. Ne les laissez pas décider à votre place. C’est notre jeu : nous faisons le travail, nous fabriquons et trans
portons tout. Au final, nous contrôlons l’économie. Si nous nous organisons démocratiquement pour faire avancer nos propres intérêts, nous pouvons partager la richesse que nous produisons déjà et nous en aurions assez pour tous et toutes ceux et celles qui accomplissons le travail.

Aidez à avancer le travail
William D. Haywood, alias Big Bill, avait l’habitude de signer ses lettres et correspondances « Aidez à avancer le travail, William D. Haywood. » C’était un organisateur fondateur et un Trésorier-secrétaire général du SITT-IWW pendant de nombreuses années dans nos moments les plus turbulents, et ce fut une grande figure du syndicat. Cette formule de clôture vous en dira beaucoup sur ses méthodes de leadership et le syndicat à ce moment.

Aidez à avancer le travail. Nous nous sommes rejoints, aujourd’hui comme dans le passé, pour faire un travail, pour accomplir une tâche, pour nous-mêmes et les un-e-s pour les autres, pour notre classe et pour les générations à venir. Cette tâche, affirmée clairement dans le préambule, est l’abolition du salariat. Bâtir une société nouvelle à l’intérieur même de l’ancienne. En finissant, une fois pour toute, avec la tyrannie de l’argent, celle des patrons sur les travailleurs et travailleuses.

C’est un gros boulot. Bien trop gros pour s’accomplir par un-e seul-e personne ou une bande de formidables gens, peu importe combien puissant-e-s. Aidez à avancer le travail. C’est un gros travail qui prend autant de temps qu’il le faut, peu importe combien de batailles et combien d’heures de travail bénévole et de pensée nous devons y mettre. Peu importe le nombre de tâches, petites ou grandes, sont accomplies ; combien d’heures de route ; combien d’éditions de journaux ; combien de réunions, de discussions, de bulletins de votes envoyés et décomptés, de timbres vendus, léchés, et apposés dans combien de petits carnets rouges, et de combien d’argent compté et vérifié.

C’est un travail peu glorieux dans son ensemble. C’est du sérieux, et c’est souvent laborieux. Un boulot dur allégé par beaucoup de bras, et avançant à petits pas. Des fois c’est juste tenir la ligne contre des reculs. Des fois, c’est même pas ça. Et encore des fois, c’est de vastes bonds en avant.

« Chaque membre est organisateur/organisatrice, » « Nous sommes toutes et tous des chefs, » « Si chaque wobbly inscrit un-e nouveau ou nouvelle wobbly chaque semaine, on syndique le monde en quelques années. » Aidez à avancer le travail.

Le travail : Éduquer, Organiser, Émanciper. Ce sont les noms des trois étoiles sur l’emblème du SITT-IWW, inscrit dans chaque carte et macaron. L’éducation de soi et des camarades. L’organisation de soi et des camarades. L’émancipation d’une classe dans la lutte, la guerre, et de la Terre qui nous nourrit et nous berce toutes et tous.

Alors allez-vous nous rejoindre ? Allez-vous aider à avancer le travail ? Que nous reste-t-il d’autre à faire ?

IWW-SITT

Traduction et adaptation vers le français par
Comité Communication-Traduction, SITT-IWW Montréal
2015

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Syndicalisme de fast-food: la syndicalisation de McDonald et la McDonaldisation des syndicats.

Organisateur aux IWW, Erik Forman dresse un grand historique de l’industrie de la restauration rapide, des tactiques des syndicats corporatistes et indique des directions à suivre afin de permettre aux travailleuses et travailleurs de la restauration rapide de remédier, à travers une organisation autonome, aux situations problématiques qu’il énumère.

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Le fast-food c’est l’Amérique. Premièrement fondée lors de la longue période de boom économique d’après-guerre, l’industrie s’impose parmi les autoroutes, banlieues, maisons unifamiliales, centres commerciaux, de l’automobile et de la télévision comme un véritable organisme vivant au sein de l’écosystème de la culture américaine de consommation. Dès l’aube de la Guerre Froide au crépuscule de la grande récession, l’industrie du fast-food est façonnée, puis façonne les valeurs centrales de la société américaine.

Notre désir de satisfaction instantanée a été comblé par un service rapide et le sourire (forcé) du service au volant. Le carrousel incessant de publicités télévisées montrant des boissons et sandwichs nouveaux et améliorés n’a fait que nourrir encore et encore la dépendance américaine à l’inédit – et meilleur – produit. Des repas surdimensionnés à l’image de notre calcul apparemment rationnel que plus gros c’est mieux. D’un mode de production à la Taylor en passant par des burgers et des frites génétiquement modifiés et bourrés de pesticides, la direction des entreprises a accompagné ses produits d’une allure scientifique, chatouillant ainsi l’amour des américain-e-s pour la prévisibilité engendrée par la technologie. Assoiffés par des profits résultants des économies d’échelles hautement rationalisées, les cadres des chaînes de fast-food ont colonisé le décor des États-Unis avec d’éclatants symboles de leurs empires corporatifs, et ce d’un océan à l’autre. Entretenant et entretenu par une culture préférant l’image à la réalité, l’apparence à la substance et un profit immédiat à une planification à long terme, le peuple américain est facilement interpellé par le chant de sirène que sont les publicités montrant des burgers reluisants. Les consommateurs américains feront engraisser les coffres des chaînes de restauration rapide pour un montant projeté de 191 million de dollars en 2013. Au même rythme que croit l’industrie du fast-food aux États-Unis, son emprise sur les valeurs de la société américaine s’étend. Nous sommes ce que nous mangeons. L’Amérique c’est le fast-food.

En 1993, le sociologue George Ritzer a donné son nom à cette «McDonaldisation de la société» en notant que «les principes de la restauration rapide en viendront à dominer de plus en plus de secteurs de la société américaine ainsi que du reste du monde». Ritzer dénonçait la mise au pas d’un groupe croissant d’institutions vers les quatre valeurs fondatrices de l’industrie du fast-food: l’accélération des rapports humains dans un but d’«efficacité», réduire la vie à un «calcul» confondant qualité et quantité, la «prévisibilité» d’une expérience humaine standardisée ainsi qu’une obsession d’un contrôle bureaucratique à l’aide de la technologie. En revisitant le diagnostique élaboré par Max Weber et les théoriciens critiques de l’école de Francfort, Ritzer décrit le malaise se trouvant au cœur de notre société McDonaldisée comme étant l’«irrationalité de la rationalité» – la subordination de toutes préoccupation au but ultime : le profit. Bien entendu, la McDonaldisation pourrait être la Disneyfication, la Walmartisation ou bien la Coca-colonisation… peu importe le signifiant, puisque derrière ces logos d’entreprises se déroule toute la logique d’un capitalisme à l’échelle planétaire.

Ayant saturé le marché américain dans les années 70, l’industrie du fast-food a tourné son regard cupide vers d’autres contrées, cherchant rapidement à transformer en machine de profit le système digestif de six milliards d’humains. Les Deux Arches dorées sont devenus un symbole d’avant-garde de la mondialisation. Dès les années 90, une quantité généreuse de McDonald, PFK et Starbucks est allée s’étendre à travers le monde, matérialisant l’esprit du temps, le triomphe du libre marché comme dénouement heureux de l’histoire. En 1997, McDonald a tiré plus de revenus d’opérations outre-mer que chez lui. Le chroniqueur néolibéral du New York Times Thomas Friedman a proclamé l’avènement de ce McMonde comme l’aube d’un nouvel ordre mondial, où tous trouveraient justice et liberté, affirmant que jamais deux pays ayant des McDonald ne pourraient se faire la guerre (il se trompait). Mais la liberté aux yeux des apologistes du capitalisme mondial a toujours impliqué une esclavagisme voilé pour la classe ouvrière de l’industrie du service croissante.

L’exploitation se cachant derrière chaque burger et chaque frite n’est plus secrète. Au cours de la dernière année, une vague de «grèves» d’une journée très télégéniques dans plusieurs restaurants a permis d’exposer cette triste réalité. C’est une réalité que je connais personnellement. De 2006 à 2012, je me suis impliqué dans deux campagnes syndicales avec les Industrial Workers of the World en tant que travailleur de fast-food chez Starbucks et Jimmy John’s. J’ai constaté de mes propres yeux que les profits astronomiques de l’industrie sont basés sur les péchés originels de la société américaine – racisme, sexisme et exploitation de la classe ouvrière. L’industrie du fast-food emploie un nombre disproportionné de femmes et de gens issus de minorités visibles dans des rôles sans avenir, à un salaire tournant autour du salaire minimum. Mes collègues et moi n’étions que des marchandises pour nos patrons, tout comme les grains de café ou la viande, des biens à utiliser lorsque tournent les affaires, puis mis de côté quand les temps sont plus durs. Nos horaires variaient fortement d’une semaine à l’autre, selon ce que dictait le système automatisé de l’entreprise, nous empêchant de planifier ou de se faire un budget. Le travail réunissait toutes les joies répétitives d’une chaîne de montage d’usine, avec tout le charme des abus psychologiques habituels des clients. Chez Starbucks, le manque chronique de personnel a transformé nos quarts de travail en une frénésie de mouvements constants pour servir des lattés et Frapuccinos à une file de clients sans fin. Notre patron nous a montré sa gratitude en nous payant à peu près le salaire minimum. Lors des jours les plus bondés, il «demandait» aux travailleuses et travailleurs de rester après la fin de leur quart, puis il effaçait les heures supplémentaires de la feuille de paye. Comble de l’insulte, il faisait fréquemment des remarques sexuellement explicites envers mes collègues féminines. Ma patronne chez Jimmy John’s avait pour habitude d’agrémenter ses diktats de menaces de mort : «Je vais te poignarder» si tu n’étends pas la mayo plus doucement ou «Je vais ramener un fusil à pompe et te tirer dessus» si la préparation des sandwichs est trop lente. Mais si ce n’étaient pas de bons emplois, ils étaient pourtant dur à conserver. Comble du ridicule, une collègue du Starbucks a perdu son assurance maladie, parce qu’elle était trop malade et ne travaillait plus suffisamment d’heures pour y être admissible. Incapable de se permettre le traitement médical, elle a manqué un quart de travail, car transie de douleur. Elle n’a pu se permettre d’aller voir un médecin et se procurer un papier pour le prouver et elle fut donc renvoyée. Deux de mes collègues ont tenté de se suicider durant mes six années passées chez Starbucks, succombant au stress imposé par des gérants trop exigeants, des clients irrespectueux et l’angoisse de voir leurs rêves leurs échapper des mains, alors qu’ils s’enfonçaient encore plus profondément dans la pauvreté.

Malgré les conditions de travail déplorables qu’endurent les 3,6 millions de travailleurs et travailleurs du fast-food, les principaux syndicats ne leurs ont montré aucun intérêt avant la dernière année. Le «Vice Président Sénior» du local syndical UNITE-HERE de Minneapolis me disait en 2008, «on va pas aller syndiquer tous les groupes de travailleurs de McDonald qui viennent vers nous.» Il a ensuite refusé de soutenir nos efforts indépendants d’organisation chez Starbucks. L’ancien président du SEIU (Service Employees International Union), Andy Stern, a même dit qu’il applaudirait Starbucks s’ils payaient leurs dizaines de milliers de travailleurs et travailleuses à quelques cents au dessus du salaire minimum. Comment se fait-il qu’un mouvement ouvrier qui a mené les masses affamées dans une bataille contre les autocrates industrialistes à la barre du pays en arrivent à tourner le dos à ceux qui ont le plus soif de changement?

Syndicalisme corporatiste
Au cours de la période d’Après-guerre, au moment où les églises se transforment en cathédrales et où les boutiques familiales laissent la place aux centres commerciaux, la plupart des syndicats américains se transforment en syndicats corporatistes, adoptant une structure similaire à celle de leurs prétendus adversaires. Comme l’entreprise, un syndicat corporatiste est dirigé par une petite clique bien payée de présidents, vice-présidents et directeurs de tout et de rien – bref, des patrons – qui impose des directives par le biais d’une hiérarchie d’employé-e-s souvent exploité-e-s jusque dans les rangs de la base. Plutôt que d’habiliter les membres par une implication dans leurs propres luttes, les patrons syndicaux implantent une logique carriériste au cœur même du mouvement ouvrier. Le SEIU et UNITE-HERE – souvent, et ironiquement, perçus comme les syndicats les plus progressistes des États-Unis – ont tendance à embaucher comme organisateurs ou organisatrice de jeunes idéalistes issu-e-s de la classe moyenne et fraîchement diplômé-e-s d’université. Ces jeunes employé-e-s ont tendance à se brûler rapidement sous les demandes – et les contradictions – de l’emploi et repartent vers les études supérieures.

Cette façon de faire n’est que la pointe de l’iceberg. La montée du syndicalisme corporatiste au États-Unis n’est qu’un instant dans l’évolution d’une tension qui mijote au sein du mouvement ouvrier. Pour citer la Solidarity Federation dans Fighting for Ourselves, il est «possible d’identifier deux significations du terme “syndicat”. Le premier est simplement une association ouvrière…» et la seconde est «celle d’une représentation des travailleurs et travailleuses vis-à-vis le capital.» En tant qu’association de travailleurs et travailleuses, un syndicat a théoriquement un pouvoir illimité d’arrêter ou de transformer l’économie. En tant qu’institution «représentant» les travailleurs et travailleuses, un syndicat se comporte comme un «groupe d’intérêt» cherchant à influencer en utilisant les même outils de lobbying, de RP et de marchandage que n’importe quelle autre entreprise.

Plutôt que de s’en remettre au pouvoir associatif de leurs membre s’exprimant à travers des grèves perturbant la production, les syndicats corporatistes dépendent plus souvent du National Labor Relations Act de 1935 qui met en place un processus bureaucratique afin que les travailleurs et travailleuses puissent voter pour un syndicat les «représentant». Le NLRA est imbibé d’une politique qui transparaît dans son préambule : «Il est déclaré qu’il est une politique des États-Unis d’éliminer les causes de certaines obstructions substantielles au libre cours du commerce et d’atténuer ou éliminer ces obstructions lorsqu’elles se produisent en encourageant la pratique et la procédure des conventions collectives…» Il vaut la peine de le répéter : le code du travail américain a pour objectif de garantir le «libre cours du commerce», un but adopté de tout cœur par les leaders syndicaux de l’Après-guerre qui ont joyeusement désarmé la base, échangeant l’action directe pour des procédures bureaucratiques, tel les griefs et des clauses de non-grèves. C. Wright Mills les a même surnommés «Les nouveaux hommes de pouvoir», des hommes d’état pro-travailleurs et travailleuses enthousiastes d’agir comme petit partenaire du capital dans la Guerre Froide contre le communisme. Avec un élan en direction de la «fin de l’histoire» de notre propre époque, ces partisans du syndicalisme corporatiste ont chassé les radicaux hors du mouvement ouvrier, abandonnant le changement social qualitatif pour le remplacer par une vision étroitement limitée à des enjeux élémentaires et quantitatifs, se laissant ensuite bercer par le compte de fée Keynésien, d’éternels cycles d’augmentation de productivité reliés à l’augmentation des salaires négociés par les syndicats comme composante permanente de la politique et de l’économie américaine.

La bureaucratie syndicale a subis un dur réveil vers la fin des années 70. Les employeurs ont intensifié leur résistance face aux campagnes syndicales, menant au déclin du taux de victoires lors des élections du NLRB (National Labor Relation Board). Comme le notait le vétéran de la négociation syndicale Joe Burns dans Reviving the Strike, les syndicats n’ont pas répondu adéquatement aux défis des patrons, excluant le genre de confrontations collectives avec les employeurs qui ont rendu possible les ententes des années 30. Ils ont plutôt essayé de maintenir des ententes de «neutralité» avec les patrons à l’aide de négociations à la carotte et au bâton, souvent à l’insu des travailleuses et travailleurs. La carotte : les dirigeants syndicaux offrent un soutient politique au programme législatif de l’entreprise et jurent de ne pas négocier d’autres enjeux, allant même jusqu’à accepter des pertes salariales et des restrictions quant aux droits des travailleurs et travailleuses. Le bâton : le syndicat fera interférence dans l’application du programme politique et dans la croissance de l’entreprise jusqu’à ce que cette dernière accepte la neutralité. Les campagnes de neutralité ne jouent généralement pas sur le pouvoir associatif des travailleuses et travailleurs, mais plutôt sur des campagnes publicitaires, des amis haut-placés et des astuces d’avocats. Bref, sur la manipulation du système de représentation de notre société. La tâche d’un «organisateur» syndical se résume désormais à convaincre les travailleur de faire ce que le patron du syndicat demande plutôt que de les rassembler pour prendre des décisions en commun. Le plus souvent , l’implication des travailleuses et travailleurs dans les campagnes de neutralité se limite à des prises de photos lors de rencontres avec des politiciens, ou tout au plus à des grèves d’une journée pour la télévision. Pire encore, les syndicats engagent parfois des «supporteurs» qui tiennent des «actions directes» au nom des travailleurs et travailleuses. Généralement, les patrons syndicaux vont rechercher des campagnes selon une logique très corporatiste, en établissant les coûts engendrés et les profits que les nouvelles cotisations négociées vont rapporter. Pour la plupart des syndicats, les chances de réussite dans l’industrie du fast-food semblaient trop faibles par rapport aux bénéfices envisagés pour y investir des ressources.

Grèves dans le fast-food
Plusieurs personnes de gauche ont exprimé leur espoir de voir la mobilisation dirigée dans le fast-food par le SEIU et d’autres groupes dits “Alt-Labor” représenter une fracture avec la logique corporatiste du syndicalisme, ou du moins une ouverture pour aller plus loin que de simples grèves dans le fast-food et ainsi créer un mouvement transformateur. Il n’a pas été facile de mesurer ce que ces espoirs valent face à la réalité; le SEIU empêche son personnel de parler aux médias et laisse les membres de la base dans l’ombre quant aux plans du syndicat. J’ai donc contourné les porte-paroles officiels du SEIU et suis allé consulter des travailleurs et travailleuses et les membres du personnel au sein même de la campagne pour comprendre se qui se passe réellement.
Selon les dirigeant-e-s du SEIU, il aura fallu que les travailleuses et travailleurs du fast-food s’organisent eux et elles mêmes et défoncent pratiquement la porte du local syndical pour demander de l’aide à s’organiser. En vérité, les grèves pour le 15$ ne sont pas vraiment des manifestations spontanées. Selon des sources internes, la demande de 15$/heure n’a pas été émise par les travailleurs et travailleuses, mais plutôt par des consultants de Berlin Rosen PR Firm travaillant avec le SEIU. Les projets du SEIU sont en développement depuis au moins 2009. Selon une autre source interne, certaines villes furent initialement sélectionnées pour les grèves car le syndicat croyait pouvoir utiliser la couverture médiatique pour encourager de nouvelles lois. Les manifestations d’une journée n’ont donc pas été conçues comme armes économiques permettant des gains, mais plutôt comme des appâts dans la «marche médiatique», comme le notait Adam Weaver. Plusieurs activistes ont usé du terme wildcat strike (grève sauvage) pour définir ces grèves d’une journée. Une grève sauvage est une grève organisée par la base syndicale contre ou sans la bureaucratie. Ces dernières en étaient l’opposé total – des mobilisations dirigées du haut par les bureaucrates. Cela implique que les planificateurs du SEIU savaient qu’il y aurait une grève avant même les travailleuses et travailleuses. Par conséquent, l’organisation syndicale est désormais de convaincre la base d’adhérer à un projet axé sur les médias, mis en place par les dirigeants syndicaux, instrumentalisant les relations qu’entretiennent les employé-e-s avec les travailleuses et travailleurs et les poussent à fausser des chiffres pour garder leur emploi. Cette dynamique s’est avérée lorsque j’ai discuté avec des travailleurs-ses de trois villes qui m’ont affirmé que le nombre réel de grévistes était nettement moins élevé que celui rapporté par le SEIU. Étant donné l’inefficacité des communications (c’est-à-dire mentir au patron pour ne pas être mis à la porte) inhérente à toute hiérarchie d’entreprise, il est tout à fait possible que le SEIU lui même ne connaisse pas le nombre exacte de travailleuses et travailleurs ayant participé aux grèves.

S’inspirant du modèle corporatif, le SEIU a sous-traité la syndicalisation des fast-foods à des organismes communautaires – une section locale de Jobs with Justice, quelques groupes ex-membres de l’ACORN (Association of Community Organizations for Reform Now) et d’autres – dans le but de partiellement réduire les dépenses associées aux salaires des organisateurs. Un travailleur du fast-food impliqué dans la campagne me disait que «les organisateurs travaillent 12 heures par jour durant la semaine. Quand tu calcule leur revenu, ça donne moins que le salaire minimum.» Un ancien organisateur employé avait reçu l’ordre d’abandonner un groupe de travailleuses-rs du fast-food peu de temps avant une grève et de porter son attention sur un autre site où les patrons syndicaux croyaient pouvoir obtenir plus de capital médiatique. Le même organisateur a été renvoyé tout juste avant le temps des fêtes suite à une décision arbitraire par des haut-placés du syndicat, forçant sa famille à gratter les fonds de tiroirs pour mettre à manger sur la table pour leur jeune enfant. C’est sans surprise que, dans au moins une ville, des organisateurs ont formé leur propre syndicat pour combattre le modèle de gestion à haut roulement du SEIU.
Le traitement minable subi par ces organisateurs et organisatrices acharné-e-s démontre tout à fait le déficit démocratique au sein du SEIU. Des travailleuses et travailleurs anonymes au sein de la campagne disent être contraint-e-s de soutenir la stratégie déterminée par les dirigeants du syndicat, sans possibilité de discuter d’alternatives plus durables et transformatrices. Une source proche du SEIU m’a informé que des haut-placés de la campagne refusent d’organiser dans le but d’obtenir des gains immédiats par crainte qu’une trop grande victoire enlève aux travailleurs et travailleuses la volonté de se syndiquer. Alors que quelques villes ont adopté une approche plus orientée vers la base, la stratégie globale demeure hors de portée de cette dernière. Le SEIU a tenu un sacro-saint rassemblement national à Detroit avec des travailleuses et travailleurs qu’on avait convaincu de voter «Oui» pour la journée d’action nationale du 29 août, peu importe si celle-ci servirait à bâtir une organisation à long terme dans leurs communautés et lieux de travail. Le risque encouru par la syndicalisation rapide de première page demandée par le SEIU international est que les travailleurs-ses sont poussé-e-s à risquer leur emploi pour atteindre les quotas déterminés par les bureaucrates au sommet, sans se soucier de bâtir une base pouvant mener à un réel mouvement social réussi. Ryan Watt, travailleur à Potbelly’s de Chicago, était récemment en grève. Selon lui : «je crois qu’à cause de ça, mon gérant commence à riposter. Récemment, après la dernière grève, ils m’ont dit de rentrer chez moi et de ne pas revenir avant cinq jours parce que je suis revenu cinq minutes en retard de mon dîner.» Le gérant de Ryan ne l’a pas rappelé après cinq jours, ce qui signifie un renvoi de fait.

Le comité organisateur des travailleuses et travailleurs de Chicago combat ces représailles, mais de telles histoires sont susceptibles de se reproduire sans une stratégie impliquant plus de travailleurs et travailleuses dans le processus de syndicalisation avant de faire parader devant les caméras des individus isolés de différents restaurants. Étant donné la récente éviscération de Our Walmart, lors du renvoi de plus de 60 travailleurs et travailleuses militant-e-s, on aurait cru que le SEIU prendrait plus de précautions en créant une base forte avant de se dévoiler au grand public. Les dirigeant-e-s d’entreprises n’ont pas besoin d’entraînement pour ordonner aux gérant-e-s de démanteler les syndicats et d’ajouter des employé-e-s aux listes noires. Tous et toutes les gérant-e-s savent comment resserrer et appliquer sélectivement les règles afin de se débarrasser de travailleurs et travailleuses «fauteur-ses de troubles». Sans un redressement stratégique permettant de changer le rapport de forceavec les compagnies de fast-food, de telles représailles subtiles finiront par avoir un effet important sur la syndicalisation.
Il se pourrait que le SEIU n’en ait tout simplement rien à faire. Après tout, le syndicat a déjà obtenu ses 15 minutes de gloire devant les caméras pendant la campagne. Un porte-parole du SEIU a exprimé l’attitude déconcertante du syndicat face au prix que les travailleurs et travailleuses vont payer pour cette stratégie, me disant qu’ils et elles pourront facilement traverser la rue et obtenir un emploi dans un autre restaurant après s’être fait montrer la porte.
Avec toutes les décisions majeures entre les mains du SEIU international, le caractère bureaucratique de la campagne a engendré une dynamique raciale troublante. J’ai discuté avec plusieurs participants et participantes qui étaient consterné-e-s par le spectacle récurrent d’employé-e-s du syndicat principalement blancs criants des ordres à travers un mégaphone lors des grèves à des travailleurs et travailleuses de fast-food principalement noir-e-s ou hispaniques. À New York, un membre blanc du service d’ordre du SEIU a même poussé plusieurs travailleurs et travailleuses s racialisé-e-s pour les empêcher d’occuper un McDonald. Aux États-Unis, les hiérarchies sont trop souvent sujettes à un code de couleurs. Le SEIU et ses substituts n’y font pas exception.
Et que fait dire le SEIU au travailleuses et travailleurs? Si «15$ et un syndicat» est un bon slogan, les problèmes accablants la nation du fast-food ne se régleront pas par une augmentation salariale d’un dollar. Autre concession faite au nom des besoins médiatiques de la campagne, le Fight for Fifteen a recréé l’étroite focalisation économique du syndicalisme corporatiste de l’Après-guerre. D’autant plus malheureux, puisque l’industrie du fast-food constitue le nerf de la guerre du consumérisme capitaliste. Les travailleurs et travailleuses du fast-food peuvent parler et agir directement contre les horreurs de l’agriculture industrielle, la déshumanisation de la production Taylorisée et des hiérarchies absurdes des lieux de travail, la monoculture corporatiste, le fléau de la faim de la classe ouvrière, entre autres plaies qui découlent de leurs lieux de travail. Imaginez si un syndicat de travailleuses et travailleurs du fast-food soutenait une vision non-seulement de meilleurs conditions de travail dans une économie fondamentalement inhumaine, mais aussi d’une industrie de la nourriture contrôlée par les travailleurs et travailleuses dans le meilleur intérêt de toute l’humanité et de la planète. Une telle tournure est peu probable tant que les campagnes sont dirigées par des bureaucrates syndicaux qui ne se voient pas comme fossoyeurs du capitalisme, mais plutôt comme ses médecins.
Une évaluation honnête de la campagne jusqu’à maintenant nous pousse vers une conclusion inévitable – la logique corporatiste de l’industrie du fast-food est bien vivante à l’intérieur même des efforts de syndicalisation du SEIU. De la décision de prioriser la quantité de grévistes plutôt que la qualité de l’autonomisation des travailleurs et travailleuses et de la démocratisation, de privilégier des événements médiatiques accrocheurs et soutenir des changements législatifs plutôt qu’une organisation substantielle afin de bâtir un réel pouvoir. Tout cela en passant par un simulacre de communications méthodiques pensé par des consultants, par le mode opératoire centralisé du SEIU international, par l’horrible réalité du racisme institutionnalisé au sein de la campagne, par la réduction pécuniaire de l’objectif de la campagne tout en acceptant les fondement d’une société de classe. C’est cela le véritable syndicalisme de fast-food.

Syndicalisme néo-corporatiste
Y a-t-il un espoir pour les travailleurs et travailleurs, employé-e-s et sympathisant-e-s de transformer la syndicalisation des fast-food du SEIU en un mouvement plus large et à plus long terme pour engendrer des changements substantiels, comme le prédisent plusieurs personnalités de gauche?

Le SEIU n’est pas monolithique. Plusieurs perspectives s’y affrontent concernant la direction de la campagne du 15$ et concernant le niveau d’autonomie dans certaines sections (quoique constamment sous menace de tutelle). On voit toutefois un plus haut niveau de participation et de démocratie dans certaines villes que d’autres. Il y a des centaines de travailleurs et travailleuses courageux et courageuses et des dizaines d’employés-e-s acharné-e-s avec des principes, qui font tout en leur pouvoir pour passer d’un modèle transactionnel à un modèle transformatif à l’intérieur même des confins du SEIU.
Il est possible pour des membres de la base et des employé-e-s radicaux d’élaborer une stratégie qui se défait de la logique du syndicalisme fast-food, mais cette initiative ne viendra jamais du SEIU international ni sans combattre la bureaucratie. L’histoire du syndicat, ses tendances inhérentes au neo-corporatisme et les témoignages d’employé-e-s du syndicat nous en disent long sur ce que peuvent attendre les membres de la base et leurs allié-e-s. Un article de 2010 dans The Nation résumait le mode opératoire du SEIU sous la direction du président Andy Stern, «alors que la croissance devenait son unique passion, Stern s’en est remis à des ententes à huis clos avec les employeurs et d’autres raccourcis, perpétuant une illusion de croissance robuste ayant obscurci l’échec du SEIU à établir une stratégie viable pour contrer le déclin du mouvement ouvrier. Ce faisant, le leadership unilatéral de Stern a aliéné des membres de la base et a isolé le syndicat de plusieurs de ses ancien-ne-s allié-e-s.»
Alors que les factures de dispendieux services de relations publiques et de l’armée de personnel travaillant sur la campagne du 15$ s’accumulent, la pression augmente sur les patrons du SEIU pour conclure un marché qui pourra être présenté comme une victoire. Comme pour toute transaction commerciale, ce marché inclura un quiproquo. Les recherches de Steve Early sur les machinations du SEIU, parues dans son livre The Civil Wars in U.S. Labor, offrent un aperçu de ce que cela représente. À travers ses 339 pages, Early expose ce qui semble être une parade sans fin de cadavres sortant des placards du SEIU, plusieurs comportant non seulement les empreintes digitales d’Andy Stern, mais également de Mary Kay Henry et de la brochette de patrons actuels du SEIU.
Entraîné par la cupidité de la croissance à tout prix, identique à celle des entreprises qui lui font face en négociation, le SEIU s’est tourné vers une stratégie de «partenariat» avec les employeurs, ainsi qu’à du maraudage, afin d’augmenter ses revenus avec des cotisations supplémentaires. Au diable la démocratie ouvrière. Dans la plupart des cas, l’organisation syndicale récente se limite à faire signer par l’employeur une entente préétablie qui limite les droits des travailleurs et travailleuses à décrier ou agiter contre leurs problèmes au travail, délaisse le contrôle du lieu de travail à la gérance en ne permettant qu’un-e ou aucun-e délégué-e syndical-e sur place et limite les paramètres de négociation collective – le tout sans avoir préalablement consulté les travailleuses et travailleurs. Pire encore, dans le but de convaincre les employeurs de signer ces «partenariats», le SEIU va jusqu’à soutenir la mise en place de lois avantageant les patrons aux dépens de toute la classe ouvrière. Par exemple, en Californie et à Washington, le SEIU a fait pression pour limiter les droits de patients à poursuivre les hôpitaux et services de soins à domicile pour mauvais traitements, en échange d’une reconnaissance syndicale facilitée pour les travailleuses et travailleurs de la santé.
Une fois les termes de l’entente négociés par les professionnels syndicaux et patronaux, les organisateurs et organisatrices sont chargé-es de faire signer les cartes aux travailleuses et travailleurs, autorisant les prélèvements de cotisations sur le bulletin de salaire. C’est souvent la dernière fois qu’ils et elles verront un organisateur. Une fois syndiqué, le SEIU fait profil bas, entreposant ses membres dans de mégas locaux à des kilomètres des lieux de travail. Il devient donc impossible pour des travailleurs et travailleuses à petits salaires d’assister aux réunions où ils et elles pourraient avoir une voix, ni même de se présenter comme représentant-e syndical-e ou comme délégué-e. Ce travail est remis aux professionnels diplômés. Qu’est-ce qui leur reste? Un numéro 1-800 à appeler si elles et ils ont des questions ou des préoccupations.

L’auteur Early conclue que le SEIU est «une institution de plus en plus autocratique et profondément défectueuse qui n’est pas à la hauteur de ce qu’elle prétend, peu importe qui est responsable.» Il semble avoir raison. Alors que plusieurs espèrent que le SEIU ait pris un nouveau départ sous la direction de sa nouvelle présidente Mary Kay Henry et que la tactique de grève dans la campagne pour le 15$/h représente un distanciement du syndicalisme corporatiste habituel, un simple regard sous le tapage médiatique révèle les même vieilles dynamiques et tendances comportementales en action. Une source interne raconte que le SEIU a déjà ouvert la porte à la National Restaurant Association, offrant de la soutenir pour des réductions d’impôts sur les chaînes de fast-food en échange d’une quelconque entente de neutralité. Voilà ce que semble nous réserver l’avenir.
Au delà des grèves dans le fast-food

Au delà des critiques du modèle syndicale néo-corporatiste du SEIU, il y a aussi le fait que ça ne fonctionnera probablement pas. Cela fait maintenant plus de 30 ans que nous sommes dans une guerre d’annihilation du mouvement ouvrier par les employeurs américains. Tout comme dans les années 30, les employeurs vont tenir la ligne dure contre toute incursion syndicale à moins de faire face à une véritable menace existentielle. Le seul bras de levier assez long pour faire bouger la montagne d’opposition face au pouvoir ouvrier dans l’industrie du fast-food, c’est l’action directe massive par les principaux concerné-es sur une échelle jamais vue depuis la période tumulteuse de l’entre-deux-guerres. Les syndicats corporatistes ne sont pas près d’actionner ce levier. Comme l’écrivait l’ex-stratégiste du SEIU Stephen Lerner, «les syndicats ayant des centaines de millions d’actifs et des conventions collectives concernant des millions de salarié-es ne risqueront jamais leurs trésoreries et leurs contrats en s’engageant dans des actions à grandes échelle telles des sit-ins, des occupations et autres formes non-violentes de désobéissance civile défiants injonctions et pressions politiques.» On pourrait rajouter que même s’ils le voulaient, les syndicats corporatistes ont depuis longtemps ravagé leur base militante, aliénant les travailleurs et travailleuses par leur processus décisionnel de haut en bas et par les années de porte-à-porte étouffantes en soutien des Démocrates. Réticent et incapable de suivre la voie pouvant mener à une réelle victoire, le SEIU commencera à diluer son slogan de «justice pour tous», amenant des propositions pour moins de justice et pour moins de travailleuses et travailleuses (rétrécissant sa vision à de moins en moins de villes, de moins en moins d’entreprises et demandant de plus petites augmentations salariales) à la table de négociation et aux bureaux de vote. Si cela échoue, le SEIU tentera probablement de trouver un moyen de se retirer et se sauver la face. Ironiquement, cela pourrait donner plus d’espace aux travailleuses et travailleurs de s’organiser eux et elles mêmes. De façon plus tragique, cela pourrait également isoler des personnes ayant pris des risques face aux éventuelles représailles engendrées.
Heureusement, le syndicalisme fast-food du SEIU n’est ni le premier, ni le dernier mot de la lutte de classe dans cette industrie. Les travailleuses et travailleurs du fast-food ont combattu des patrons les exploitant depuis le début de cette industrie. Pour nommer quelques exemples, vers le milieu des années 60, McDonald était tellement préoccupé par la syndicalisation de ses employé-e-s de la baie de San Francisco, qu’ils ont rendu nécessaire la prise d’un test de détecteur de mensonges aux potentiels employé-es pour éliminer les sympathisant-e-s du syndicat. Le spécialiste anti-syndicat à temps plein de la chaîne a affirmé avoir écrasé des «centaines» de tentatives de syndicalisation au début des années 70. Au début des années 80, ACORN a lancé un syndicat des salarié-es du fast-food à Détroit qui a brièvement gagné une des seules conventions collectives dans les fast-food franchisés aux États-Unis. Au Royaume Unis, l’énigmatique McDonald’s Workers Resistance a mené une résistance anonyme de type guérilla contre les patrons entre 1998 et le début des années 2000. Malgré qu’aucun de ces efforts n’ait mené à une organisation à long terme, ils ont joué un rôle important dans la longue évolution d’une conscience de classe au sein de l’industrie du fast-food.
Alors que j’étais organisateur avec les IWW chez Jimmy John’s et Starbucks, nous avons appris des expériences de ceux qui nous ont précédé et nous avons créé un modèle d’organisation associatif fonctionnant dans l’industrie du fast-food. Notr modèle fut bâti sur notre propre force de travailleurs et travailleuses : la dépendance de notre patron à notre travail. Au lieu de dépenser des millions (que nous n’avions pas) pour payer des firmes de relations publiques et des employé-e-s à temps plein, nous avons misé sur une approche à long terme en entraînant nos collègues à devenir organisateurs ou organisatrices, leur donnant les armes nécessaires afin de mener leurs propres batailles, peu importe où ils et elles se retrouvent, et en prenant toutes les décisions ensemble de façon démocratique. Et nous avons gagné. Nous avons fait renvoyer notre patron qui volait nos salaires et harcelait sexuellement nos collègues, nous avons mis fin aux renvois injustes, nous avons fait installer l’air climatisé et fait réparer l’équipement brisé. Nous avons gagné un renforcement d’effectifs, nous avons obtenu ma réintégration après que j’ai été renvoyé par Starbucks pour avoir organiser mon lieu de travail et, à l’aide d’une courte grève, nous avons même forcé notre gérant de district à émettre un chèque pour un collègue n’ayant pas été payé. Lors d’une autre campagne des IWW, nous avons rédigé un «Programme en dix points pour la justice chez Jimmy John’s», rassemblant les dix demandes les plus importantes telles qu’identifiées par nos collègues, allant au delà des enjeux élémentaires afin d’aborder les questions fondamentales du contrôle du lieu de travail. Usant d’une escalade des moyens de pression à travers l’action directe, nous avons gagné la paye par dépôt direct, des augmentations, des congés payés, le droit d’absence pour cause de maladie, une politique disciplinaire cohérente ainsi que plusieurs autres demandes, expliquées plus en détail dans le New Forms of Worker Organization à paraître. Aucune de ces campagnes n’était parfaite et le mouvement ouvrier a encore beaucoup à apprendre à propos de l’organisation des travailleuses et travailleurs à faible revenu dans le service, mais notre expérience a mis une chose au clair : les travailleuses et travailleurs peuvent se déclarer indépendant-e-s de la bureaucratie des syndicats corporatistes, mener leurs propres batailles et les gagner.
Dans plusieurs villes, les bases militantes de la campagne pour le salaire minimum de 15$ ont déjà commencé à bâtir leurs propres organisations autonomes de bureaucratie, tissant des liens avec des sympathisant-e-s qui sont libres de toutes les entraves qu’implique recevoir un chèque signé par les patrons syndicaux. La lutte de classe n’a pas commencé avec le SEIU et ne prendra pas fin une fois qu’un contrat sera signé, qu’une loi sera passée, que le salaire minimum aura augmenté ou que les patrons des syndicats arrêterons de payer la facture de la campagne. La lutte continue; les emplois dans le fast-food sont les emplois du futur – pas seulement parce que 58% des emplois créés lors de la période de récupération post-2007 sont des emplois à faible revenu, mais aussi métaphoriquement – comme le notait George Ritzler, la logique corporatiste du fast-food a imbibé notre société de façon plus large. Qu’on travaille dans un McDonald, un bureau, un hôpital, une école, un organisme à but non-lucratif, le gouvernement ou n’importe aillers, nous avons tous vu un collègue subir des abus ou se faire renvoyer de façon arbitraire, être forcé de faire plus avec moins, se faire dire de lésiner aux dépens du public et se faire refuser une voix au travail et dans la société en général. Des millions de salarié-es vivent leur vie dans un désespoir discret, voyant leur labeur disparaître dans les rouages du système capitaliste. Un système qui se retourne contre eux et perpétue les maux auxquels ils et elles s’opposent: Les travailleuses et travailleurs du fast-food voient les produits qu’ils servent empoisonner leurs communautés, les travailleurs et travailleuses des banques voient leurs employeurs octroyer des prêts avec condition abusives à leurs voisins, les travailleuses et travailleurs des hôpitaux sont témoins de la façon dont le profit est mis aux devants du bien-être des patients et les professeurs croulent à voir la déshumanisation que les tests standardisés produisent sur leurs étudiant-e-s. Collectivement, les travailleurs et travailleuses produisent tous les maux de notre société, ce qui veut dire que collectivement nous pouvons arrêter de les produire. Et nous en avons la volonté, de plus en plus.
Ryan Wyatt, un gréviste chez Potbelly’s à Chicago, le décrit bien, «Nous ne demandons pas seulement de meilleures conditions de travail pour nous, nous voulons vivre dans une Amérique meilleure.»
Le syndicalisme fast-food ne peut pas changer la nation du fast-food, mais il peut être une première étape vers un mouvement qui le pourra.
Erik Forman est un organisateur et écrivain ouvrier. Vous pouvez le rejoindre à erikforman (at) gmail.com. Il est sur Twitter au @_erikforman.
Première parution le 5 novembre 2013 comme contenu exclusif de CounterPunch, republié le 17 novembre 2013 sur Recomposition, puis en décembre 2013 dans l’Industrial Workers. Syndicalisme fast-food: la syndicalisation de McDonald et la McDonaldisation des syndicats est publié pour la première fois en français sur le blog de la Section Locale des IWW de Montréal, traduit par Alexis Kelly et Tristan W.

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En route vers les 15-5-7!

Comme à chaque année, le 1er mai, ironiquement à loccasion de la Fête internationale des travailleurs et des travailleuses, le gouvernement provincial augmentera le salaire minimum de quelques maigres cennes. Ô joie, salarié-e-s précaires, dans quelques mois, nous baignerons désormais dans la luxure avec un taux horaire de 10,75$

Le hic, cest que même en bossant quarante heures par semaine, et ce, à longueur dannée, ce salaire de misère nous condamne tout de même à vivre sous le seuil de pauvreté. Cest dans cet ordre didée que la Loi sur les normes du travail, cet outil juridique au service des patrons, ne donne droit qu’à un maigre deux semaines de répit, rien qui ne permette de souffler un peu. Et le comble, toujours selon cette législation, si on a le malheur davoir une grippe, un rhume, de devoir sabsenter du travail, eh bien, cest à nos frais.

Y en a marre! Cest donc dans cet état desprit que le Syndicat Industriel des Travailleuses et Travailleurs (SITT-IWW) lance sa campagne 15-5-7. Notre revendication est simple : que toute personne salariée ait droit à 15$ de lheure, 5 semaines de vacances et 7 journées de maladie (utilisées ou non) payées par année, quimporte son sexe, sa nationalité, son statut légal, son âge. Cest un minimum pour vivre décemment.

Nous, les salarié-e-s, navons pas à prouver que nous bossons assez pour des miettes, que nous faisons notre part. Non. Pouvoir se loger, se nourrir, se reposer, aspirer à un peu de confort, prendre du temps de qualité avec les gens que lon aime, ne pas être stressé en fin de mois, ne pas aller bosser lorsque malade, cest un minimum auquel toutes et tous ont droit. Incontestablement. Et de plus, cest une mesure qui redonnerait du pouvoir aux femmes, qui constituent la majorité des personnes vivant au salaire minimum.

Cest donc une campagne à long terme que nous entamons, que nous ne mènerons pas seul-e-s, et qui ne se gagnera pas en claquant des doigts. Mais lexercice en vaut la peine, parce que cest avec notre solidarité que nous obtiendrons gain de cause. Cest par la lutte que nous gagnerons de meilleures conditions de vie. Cest en luttant, en créant un rapport de force, solidaires, dans nos espaces de travail, dans nos communautés, que nous extirperons ce qui nous revient de droit. Et cest par la base, par nous-mêmes, par nos efforts concertés et lorganisation de nos milieux de travail que nous irons prendre des mains du patronat notre dû, soit 15$ de lheure, 5 semaines de vacances et 7 journées de maladie payées!

En route vers les 15-5-7 avec le SITT-IWW!

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Appel au Forum 15-5-7

Le Syndicat industriel des travailleurs et des travailleuses – IWW Montréal vous invite à participer à un forum public abordant la lutte pour un salaire minimum de 15$ de l’heure, 5 semaines de vacances et de 7 jours de maladie payés par année.

Celui-ci aura lieu le 12 février 2016 au Centre d’éducation populaire de la Petite-Bourgogne et de St-Henri, au 2515 rue Delisle, à 18h00.

Ce forum proposera un panel où plusieurs personnes présenteront des facettes différentes de cette lutte, soit l’aspect économique, le vécu d’une travailleuse au salaire minimum, une analyse féministe ainsi que l’expérience de cette lutte aux États-Unis. Sur le panel seront présent-e-s :

Minh Nguyen, chercheur à l’IRIS
Morgane M.-Parsons des IWW Montréal
Daniel Kroop de 15NOW (États-Unis)
Jean-Pierre du Centre des travailleurs et travailleuses immigrant-e-s (CTI)
Jacques Fontaine du Syndicat des employé-e-s de la Société du Vieux-Port de Montréal
Kim Bouchard du Mouvement Action-Chômage

Suite au panel, il y aura une période de questions et d’interventions de trente minutes. Après une courte pause, des groupes de discussions se tiendront autour des thèmes suivants :

Travailleurs et travailleuses immigrant-e-s
Femmes et conditions de travail
Travailleurs et travailleuses précaires
Logement et travail précaire
Communautaire et conditions de travail

Ce moment sera l’occasion pour tous et toutes de proposer des actions à mener lors des prochains mois.

Nous lançons cette campagne parce que les conditions minimales de travail ne nous permettent pas de vivre, à peine de survivre. Ces revendications sont essentielles pour n’importe quel-le travailleur ou travailleuse voulant mener une vie décente, payer son loyer, être capable d’élever des enfants et ne pas être pris-e à la gorge dès qu’un imprévu survient.

Si cela ne réglera pas la question de l’oppression du capitalisme sur nos vies, ces revendications vont nous permettre, collectivement, de nous mobiliser et d’aller chercher le minimum que l’on nous doit!

Nous tenons à mentionner que ce forum sera ouvert à tous et toutes.

“Parce que nous valons plus que le minimum!”

Le Syndicat industriel des travailleuses et des travailleurs.

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Brève syndicale de la semaine du 23 au 29 janvier

– Le lundi 25 janvier, à Halifax, les employé-e-s en grève du Chronicle Herald ont manifesté devant leurs locaux. Cette journée, le syndicat des typographes devait négocier avec la direction du plus vieux journal canadien encore indépendant. Les négociations se trouvent toujours dans une impasse; 61 employées sont en lock-out et font face à des employeurs désireux de baisser les salaires, augmenter les heures de travail, modifier le régime de retraite et renvoyer des salarié-e-s.

– Le syndicat Unifor s’inquiète de la fermeture de deux quotidiens canadiens, Guelph Mercury et Nanaimo Daily News. En effet, l’accès à de l’information diversifiée et de qualité est attaqué chaque fois qu’un quotidien ferme. Les règlementations du CRTC adoptées par le gouvernement Harper auront aussi causé la fermeture de stations de télévisions locales à travers le pays permettant une meilleure couverture de l’actualité des communautés.

– Toujours le lundi 25 janvier, des cols blancs de Montréal ont bloqué l’accès à l’hôtel de ville. L’intervention du SPVM a fait en sorte que les employé-e-s qui n’étaient pas en grève puissent accéder à l’hôtel de ville. Denis Coderre s’est contenté de dire que les employé-e-s avaient le droit de manifester. Les 8000 cols blancs sont sans contrat de travail depuis le 31 décembre 2011 et font face à une administration de la ville faisant de plus en plus appel à des contrats de sous-traitance. Pourtant, cette pratique encouragerait la corruption selon la commission Charbonneau.

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Manifestation à Québec contre le projet de loi 70, 27 janvier 2016. Photo: Yanis Carnesse

– La plupart des centrales syndicales du Québec se sont jointes à une coalition d’organismes communautaires visant à bloquer le projet de loi 70 du gouvernement. Ce projet de loi risque de pénaliser les bénéficiaires de l’aide sociale pour soi-disant «favoriser l’intégration à l’emploi».  Une manifestation avait d’ailleurs lieu le jeudi 28 janvier à Québec pour dénoncer ce projet de loi, et le SITT-IWW y avait un contingent. Sam Hamad, ministre du Travail, n’a pas voulu réagir à cette manifestation.

– En France, la lutte des chauffeurs et chauffeuses de taxis continue. Débuté le mercredi 27 janvier, le mouvement social a bloqué une bonne partie de Paris, la capitale française ainsi que dans quelques autres villes, notamment Toulouse. Les actions ont continué jusqu’à vendredi, demandant la démission d’Emmanuel Macron et un renforcement du contrôle des plates-formes illégales (Uber en France par exemple) et Les Véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC). Il y a eu une vingtaine d’arrestations pour les feux au milieu des rues et autres accrochages.

– Le jeudi 28 janvier, tard le soir, le Syndicat des étudiants et étudiantes employé-e-s de l’UQAM (SÉTUE) est allé manifester devant la résidence de René Côté, vice-recteur à la vie étudiante de l’UQAM pour protester contre les injonctions et la mauvaise foi de l’administration. Le 14 janvier c’était devant la résidence de Robert Proulx, recteur, que le SÉTUE piquetait. Le syndicat n’exclut pas de continuer ce type d’actions jusqu’à ce qu’une entente soit finalement trouvée.

– Le 29 janvier, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) rejette la proposition du gouvernement. La FAE a fait entendre que les enseignants et enseignantes sont mobilisé-e-s et ne plieront pas.

– Encore le 29 janvier, dans les ports de New York et du New Jersey, les travailleurs et travailleuses quittent leurs postes de travail en protestation face à l’impasse du conflit entre le syndicat et les autorités des ports. Aucun camion ne peut déposer ou prendre de cargaison.

Brève syndicale

         – La semaine dernière, le 14 janvier, les 6000 cols bleus de Toronto se sont joints aux 20 000 cols blancs qui demandent un mandat de grève à leur syndicat en pleine négociation des conventions collectives.

          – Toujours la semaine dernière, les membres du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) se sont fait accuser d’intimidation par le ministre Victor Boudreau parce qu’ils sont restés debout durant l’allocution de ce dernier, puis sont partis. La porte-parole du syndicat, Noma Robinson a déclaré : «Nous ne participons pas à la conversation. Nous ne parlons pas au public, mais nous signalons notre présence. Nous sommes très respectueux. Nous écoutons la présentation du ministre, puis nous partons pour lui montrer que nous ne participons pas au processus et que nous nous opposons à ce qu’ils font.»

          – Samedi le 16 janvier, la Fédération autonome de l’enseignement organisait une manifestation à Montréal pour un réinvestissement dans l’éducation. Enseignant-e-s et parents ont bravé la neige et le froid pour manifester leur mécontentement face à la dégradation de leurs conditions de travail et des conditions d’apprentissage des élèves. Les 34 000 membres du syndicat n’ont toujours pas conclus d’entente avec le gouvernement.

          – Lundi le 18 janvier, les travailleuses et travailleurs des Centres de la petite enfance se sont mobilisés partout au Québec afin de faire des chaînes humaines autour de leurs lieux de travail. Le gouvernement projette des coupures de 120 millions de dollars en 2016 et 2017. En 2015, les coupes s’élevaient à 74 millions de dollars et en 2014, à 50 millions de dollars.

          – Le World Economic Forum (WEF) prévoit que la 4ème révolution industrielle amènera en cinq ans la perte de 5 millions d’emplois dans 15 pays dits «développés» et «émergeants». Causés notamment par l’automatisation, la numérisation et l’impression 3D, la planification de ces coupures va à l’encontre des promesses de créations d’emplois de bien des gouvernements pour contrer le chômage.

          –  Le syndicat des cols bleus ira en appel suite à la suspension de 2000 de ses membres à Montréal. Puisque la Commission des relations de travail (CRT) juge qu’il n’y a pas de preuve de la mauvaise foi de la Ville, elle n’aura pas à chercher si les suspensions portent ou non préjudice à la population. Ces suspensions ont été imposées à la suite d’une assemblée générale à laquelle des cols bleus ont participé durant leurs heures de travail.

          – En Tunisie, pratiquement cinq ans jour pour jour après la mort de Mohamed Bouazizi, un marchand ambulant dont les marchandises avaient été confisquées par les autorités et qui par la suite s’était immolé par le feu, un jeune chômeur, Ridha Yahyaoui, s’est électrocuté le 17 janvier en réponse au retrait d’une liste d’embauche de la fonction publique. Le taux de chômage chez les jeunes Tunisiens est actuellement de 30%. Dans les deux cas, ces suicides de victimes d’un système politique et économique souvent dépeint comme autoritaire et corrompu, auront provoqué d’énormes manifestations et émeutes dans tout le pays. Il y aurait eu des centaines de blessés et un mort parmi les manifestants après la mort de Ridha Yahyaoui. En 2011, les émeutes ont dépassé les frontières pour devenir le « Printemps arabe ».

          – Après l’un des plus grands conflits de travail, c’est-à-dire trois ans, les travailleuses et travailleurs de garages du Saguenay-Lac-Saint-Jean signeront officiellement, lundi le 25 janvier, une nouvelle convention collective de 6 ans prévoyant une hausse salariale de 17,2% ainsi qu’une alternance entre des semaines de 40 heures sur cinq jours et de 35 heures sur quatre jours.

 

Quelques moments forts du milieu syndical et du travail en 2015

– L’année commence en force avec l’invalidation de la loi sur les services essentiels en Saskatchewan par la Cour suprême du Canada. En effet, cette loi qui attaquait le droit de grève a été jugée nuisible puisqu’elle attaquait le droit fondamental d’association des salarié-e-s, qui inclut la grève. Et puisque la grève est un poids important et efficace pour les travailleuses et travailleurs face à leur employeur, c’est peu étonnant qu’elle soit si encadrée et que le patronat, main dans la main, avec la classe politique cherchent à la museler.

– À Montréal, un juge fustige le SPVM et le règlement P-6; Randal Richmond estime que la non-divulgation de l’itinéraire lors d’une manifestation n’est pas une infraction: cela remet donc en question les arrestations de plus de 200 manifestant-e-s. De plus, le juge souligne que les forces de l’ordre ont brisé la loi en faisant signer des constats d’infraction à des collègues qui n’étaient pas présent-e-s lors des manifestations. Également, dans un autre cas, l’article 500.1, visant à ne pas déranger la circulation routière, est jugée invalide puisqu’elle porte atteinte aux droits d’association et de manifester, droits protégés par la charte des droits et libertés canadiennes. Ne pas oublier que le droit est plus un bouclier qu’une arme.

– Notre syndicat ne cesse de grossir, ici-même au Québec, une branche a été organisée à Sherbrooke. C’est le 26 mars que c’est officialisée la création de celle-ci. Un pas de plus pour les travailleuses et travailleurs dans cette ville.

– Durant toute l’année, les négociations entre Québec et les 550 000 travailleuses et travailleurs du secteur public perdurent. Le printemps a été ponctué par quelques journées de grève tournantes dans différents secteurs ainsi que par différentes manifestations syndicales et étudiantes, réunissant souvent quelques dizaines de milliers de personnes. On a vu des manifestations nocturnes réprimées, des manifestations historiques à Val d’Or, Sept-Îles, et dans tout le reste du Québec. Il s’agirait de la plus grande grève nationale depuis 1972.

– La tension monte à Québec à la fin septembre lorsque la ville permet aux municipalités de décréter les conditions de travail si les négociations se trouvaient dans une impasse. Les syndicats sont vite montés au front alors que les municipalités se réjouissaient de ce pouvoir.

Manifestation du 5 novembre 2015, étudiantes, étudiants avec les travailleuses et travailleurs pour dénoncer l'austérité.

Manifestation du 5 novembre 2015, étudiantes, étudiants avec les travailleuses et travailleurs pour dénoncer l’austérité.

– La tension monte aussi à Montréal lorsque les cols bleus tiennent une assemblée générale à laquelle participait des travailleuses et travailleurs qui étaient supposé-e-s être au travail, hors, il y aura toujours des cols bleus au travail durant n’importe quelle assemblée générale les concernant. Des sanctions ont été envoyées à l’endroit de plusieurs cols bleus et dirigeants syndicaux, 2400 cols bleus ont été suspendu-e-s à la mi-décembre. Entre temps, en novembre, 4000 cols bleus, après une assemblée générale, décident d’aller en autobus scolaire devant la résidence du DG de la ville pour manifester leur colère.

– C’est en fin d’année qu’une entente de principe a été signée entre le Front commun et le gouvernement, ceci inclut la FIQ (Fédération Interprofessionnelle de la Santé du Québec). Pour ce qui est de la FAE (Fédération Autonome de l‘Enseignements) aucun arrangement n’a été signé et le SPGQ (Syndicat des professionnel-le-s du gouvernement du Québec) reconduit la grève après le temps des fêtes.

– La branche Montréalaise du SITT-IWW a créée une émission de radio portée sur l’information syndicale, les conditions de travail et la culture ainsi que l’histoire militante en diffusion le jeudi matin à 9h au poste de Radio Centre-Ville (103,3 FM).

– Le premier mai sur fond de grève du secteur public fut particulièrement mouvementé cette année. Avec la traditionnelle manifestation syndicale en après midi, mais aussi des manifestations plus petites et éparpillées dans la ville de Montréal  qui convergeaient vers le centre-ville en prenant soin d’être perturbatrices. Le poivre de Cayenne, les matraques, les charges, les menottes, les boucliers, le gaz lacrymogène, tout l’arsenal de répression communément appelé de « contrôle de foule » a été déployé pour contrer travailleuses, travailleurs, étudiantes et étudiants et leurs sympathisant-e-s. Le SITT-IWW fut particulièrement actif durant l’année précédente pour organiser cette journée remplie de perturbations, notamment le matin devant les locaux de Radio-Canada.

– À Windsor ainsi qu’à Ottawa, en Ontario, un groupe d’itinérant-e-s et d’artistes de rue ont rejoint l’IWW sous le nom de Street Labourers Of Windsor (SLOW) afin d’acquérir les mêmes droits que le reste de la population. Les droits d’une personne ne devraient pas être en fonction de l’argent gagné par cette personne, il y a donc une discrimination envers certaines classes sociales, notamment les sans-abris et les artistes de rue. Le syndicat veut également combattre les préjugés envers la rue, souligner que les problèmes psychologiques, la détresse émotionnelle ou encore des handicaps physiques sont souvent la cause de la perte d’un emploi et représentent d’énormes obstacles pour en obtenir un nouveau, menant trop souvent à la rue.

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Suspension de 2400 cols bleus, le parti pris de la Commission des relations du travail

Hier matin, Radio-Canada nous annonçait que près de 2400 cols bleus étaient suspendu-e-s sans solde pour avoir participé à une assemblée générale la semaine dernière.

Rappelons que le 8 décembre dernier, à l’appel de leur syndicat, les cols bleus se sont réuni-e-s en assemblée générale afin de discuter des revendications qui seront à venir lors de la reprise des négociations entourant leur régime de retraite en janvier 2016, soit dans quelques semaines à peine. Les négociations approchant à grand pas et la question étant des plus importantes pour nombre de travailleurs et de travailleuses, ceux et celles du quart de jour décidèrent, à leurs frais, de s’absenter un peu moins de deux heures du travail, afin de pouvoir participer à la dite assemblée générale. En tout et pour tout, ce sont 4000 travailleurs et travailleuses qui se réunirent au Palais des Congrès, une mobilisation à laquelle les centrales ne nous avaient pas habituée!

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« Le Code du travail qui encadre et limite le droit de grève au Québec est extrêmement stricte (…) la priorité est de conserver la paix social.»

La ville avait été prévenue et aurait pu modifier le travail à faire en conséquent, mais cette dernière préféra lancer tout de suite une offensive contre la partie syndicale. Le Code du travail qui encadre et limite le droit de grève au Québec est extrêmement strict, et son objectif est simple et assumé, en dépit du droit de négociation et de la qualité de vie et de travail des salarié.es, la priorité est de conserver la paix sociale.

La « grève », que la loi reconnaît comme une forme quelconque d’interruption ou de ralentissement du travail ne peut être exercée si cela ne fait pas déjà 90 jours que les négociations ont commencé et que la convention collective est échue. L’arrêt de travail des cols bleus pour participer à leur assemblée générale fut donc compris comme une grève illégale par la Commission des relations du travail. Ce que cela signifie, c’est que les syndiqué.es s’exposent à des amendes de 25 $ à 100 $ par jour, pour les officier.ères, il s’agit d’amende de 1000 $ et 10 000 $, et pour les syndicats, il est possible de monter jusqu’à 50 000 $ par jour. Or, si les chiffres ne sont pas encore sortis, ce matin nous assistions à la suspension sans solde de 2400 membres du syndicat qui pourraient, en plus des amendes, se voir accusé.es d’outrage au tribunal.

Ce que l’exemple des cols bleus et de leur assemblée générale nous démontre, c’est qu’il est aujourd’hui impossible pour un syndicat légaliste de commencer à mobiliser ses membres, de les amener à réfléchir aux enjeux qui les concernent et aux stratégies qu’ils et elles devront mettre de l’avant. Pendant que le maire et ses conseillés -et de manière plus général le patronat- peuvent prendre tout le temps qu’ils veulent sur des heures de travail payées, à même les impôts de la classe des salarié.es, les travailleurs et travailleuses doivent attendre trois mois après le début des négociations pour entrer en action. C’est dire que jouer selon les règles du jeu, c’est commencer la partie avec trois mois de retard sur son adversaire. Adversaire qui, rappelons-le, pourra encore modifier les règles si cela lui chante.

Si seule l’avenir pourra nous dire jusqu’où ils et elles seront prêt.es à aller, la détermination des cols bleus à combattre en dépit des risques légales est à saluer chaudement. Alors que de plus en plus de gens se disent déçus du syndicalisme d’aujourd’hui, alors que de plus en plus de travailleurs et travailleuses se tournent vers des voies alternatives au cul-de-sac que représente le Code du Travail et que de nombreux syndicats vantent encore comme la crème de la crème des victoires obtenues par le mouvement ouvrier, nous ne pouvons qu’applaudir cette volonté des cols bleus de « retourner aux bonnes vieilles méthodes », soit à l’action directe et au débrayage illégale.

Quand l’injustice devient la loi, la résistance est un devoir.

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