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La double adhésion. Questions et Réponses

Vous trouverez ci-bas quelques notes m’ayant servies de brouillon pour un éventuel atelier sur la double-adhésion (Ndtr : le dual carding, soit l’adhésion à l’IWW et à un autre syndicat). Vous trouverez des questions et mes réponses juste en dessous. J’espère qu’il s’agira là de la première publication d’une série sur  »Le SITT-IWW et les autres syndicats”’ ayant pour but de souligner quelques perspectives sur le sujet.

Là où il sera écrit  »nous » je ferai une affirmation référant aux positions classiques du SITT-IWW, tandis que là où j’utiliserai le  »je », il s’agira de mon opinion. J’ai fait de mon mieux pour garder les deux points de vue séparés, mais comme bon nombre de personnes, j’ai énormément de difficulté à le faire.

*Quel est notre rapport à la décertification ou la désafiliation? Il semblerait qu’au Work People College de 2012 plusieurs personnes ont amené l’idée que nous devrions mettre notre focus sur la décertification de syndicats d’affaires afin de les remplacer par une nouvelle accréditation, celle du SITT-IWW. Je ne suis pas certain qu’il s’agisse d’une stratégie qui ait déjà été utilisée, si quelqu’un a eu vent d’une telle expérience je serais curieux d’en apprendre plus.

Je peux seulement parler de notre expérience à Edmonton où nous avons été approché.es à quelques occasion par des travailleurs et des travailleuses, désireux et désireuses de décertifier leur syndicat. De manière générale, nous l’avons toujours déconseillé. Le problème est que le SITT-IWW n’occupe pas le même espace que les autres syndicat, il est donc illogique de remplacer l’un par l’autre. D’autre part, d’habitude, lorsque des travailleurs ou des travailleuses cherchent à faire retirer l’accréditation de leur syndicat sur leur lieu de travail, c’est parce qu’ils et elles ne sont pas satisfait.es des services qu’ils et elles reçoivent de ce dernier. Avec un budget squelettique, des cotisations minimales et aucun.es employé.es, nous ne feront pas beaucoup mieux en terme de services. Ce n’est pas ce que nous faisons.

Dans le local du Syndicat des Travailleurs et Travailleuses des Postes (STTP) où je me trouve, le grief moyen, après avoir franchi toutes les étapes aura coûté au delà de 10 000$. Il s’agit de plusieurs centaines de dollars seulement pour les premières étapes. Avec nos cotisations volontaires et à faibles coûts, financer un tel niveau de bureaucratie grâce à des levées de fond, n’est pas une option non plus.

 

* Quel est le rôle des caucus de gauche? Tout au long de la conversation au Work People College, le sentiment général était que les caucus de gauche sont inévitables et peuvent même être utiles. Or, il faut constater que tou.tes les fellow workers présent.es étaient impliqué.es dans des endroits qui, grosso-modo, servaient des caucus de gauche. Les premiers dans un réseaux de solidarité naissant chez OPSEU (Syndicat des Employé.es du Service Public de l’Ontario) et les autres dans un local de l’Alliance de la Fonction Publique du Canada (AFPC), qui sert en quelques sortent de quartier général pourmilitant.es.

Je suis d’accord que les caucus de gauches sont inévitable et j’ai participé à titre personnel à l’un d’eux au sein du STTP, mais je n’ai jamais fais pas de rapport de mes activités au SITT-IWW, pas plus que le SITT-IWW ne semble s’en être préoccupé. Tout ce qui est politiquement significatif en ce bas monde n’a pas besoin de se faire sous la bannière du SITT-IWW. Je suis tout aussi intéressé par une réforme des syndicats et par une bonne représentation des membres que n’importe qui d’autre. Or, il ne s’agit pas d’un engagement révolutionnaire et pour être franc, je ne pense pas que cela ait quoi que ce soit avoir avec le SITT-IWW.

En ce qui concerne les sanctuaires de militants et principalement de militant.es syndicaux, notons simplement que les militant.es ne forment pas toujours les meilleurs bassins de recrutement pour trouver de bons wobblies. Bon nombre d’entre eux ont des ambitions carriériste à l’intérieur même de leur syndicat et si cela n’est pas un problème en soit, cela ne fera pas avancer le SITT-IWW non plus. Des travailleurs et des travailleuses en colère et respecté par leurs pairs sont bien plus important, et si par hasard, ce sont aussi des militant.es, c’est tant mieux, mais ce n’est pas le plus important.

 

*Qu’en est-il des élections? Ici encore, le sentiment partagé était qu’à certains moments cela pouvait être utile.

Pour commencer, il faut se rappeler que dans les règlements du SITT-IWW beaucoup de choses sont mentionnées à propos de la position d’officier ou officière pour un autre syndicat, il ne s’agit pas de dire que vous ne pouvez pas l’être, mais nous plaçons des limites assez sévères sur le sujet. Bien sur, il est toujours possible d’amener les règlements en appel pour se dérober à certaines restrictions, mais il est important de comprendre pourquoi nous avons ces règles en premier lieu. C’est parce que notre compréhension du syndicalisme révolutionnaire ne se limite pas à être un  »syndicat très progressiste ». Tout comme nous recommandons l’établissement de comités d’organisation sur le plancher et dépassant le système de délégué; une position révolutionnaire dépassant l’électoralisme et évitant le contractualisme, notre structure et notre fonction s’incarne dans un engagement envers un autre type de politique. Dans le SITT-IWW, les syndicats ne sont pas des organismes politiquement neutres, au contraire, leurs structures et leurs engagements reflètent les perspectives politiques de leurs architectes.

Tout cela était plus clair à une époque où le mouvement ouvrier était marqué par une plus grande diversité idéologique, mais depuis les années 60 on assiste à une hégémonie de la social-démocratie et c’est ce que la structure standard reflète. S’emparer de ces structures sans les remettre sérieusement en question ne peut que conduire à une cooptation, à un redressement judiciaire ou aux deux.

 

*Toujours sur la question d’être un.e délégué.e syndicale, la question suivante vint sur le plancher : Si personne d’autre n’est pour se présenter, n’est-il pas souhaitable qu’un de nos militants le fasse afin, qu’au moins, le travail soit fait? Est-ce que cela ne permet pas en plus d’avoir une raison légitime de parler du travail avec ses collègues sans que cela n’ait l’air bizarre?

Je ne suis pas contre les gens qui décident de devenir délégué syndical, mais ces gens devraient le faire en gardant les yeux grands ouverts. Qu’est-ce que ce travail implique? Si la priorité est de construire un comité qui traite les demandes depuis le plancher et aide les gens à développer une stratégie pour mettre collectivement de la pression sur le patron, je suis tout à fait pour. Si le travail consiste simplement à faire ce que n’importe quel autre délégué va faire, il ne s’agit pas non plus d’une erreur, mais cela devrait être clair pour les personnes concernée qu’ils et elles le font pour des raisons personnelles et non en tant que membre du SITT-IWW. Cela dit, notons que le SITT-IWW n’a pas de position claire sur le sujet.

 

*Comment est-ce que la double adhésion fonctionne dans un environnement multi-syndicales? Comment pouvons nous réellement amener le Syndicat pour Tous et pour Toutes à aider l’organisation au jours le jours?

Nous avons une certaines expérience sur le sujet à Edmonton et le plus important est de commencer par communiquer avec les gens travaillant ensemble. Pas seulement entre syndicats, mais aussi entre travailleurs et travailleuses syndiqué.es et travailleurs et travailleuses non-syndiqué.es. L’avantages que l’action directe a sur les canaux officiels c’est qu’en attaquant une structure managériale unifiée, il est possible de mettre plus de pression. Prioriser des demandes qui affectent tout le monde (comme les questions relatives aux Droits Humains, aux places de stationnement, à la santé et à la sécurité) permet un élargissement du champs d’actions, tandis que les disputes de types contractuelles sont évidemment plus étroites et moins utiles. Les assemblées conjointes (dans notre cas les réunions durant les pauses café) permettent de rassembler tout le monde sur le plancher.

 

*Si des wobblies peuvent faire des choses comme prendre le contrôle de la newsletter ou du bulletin du syndicat, mettre la main sur des listes de contacts, etc. Comment devrions nous, et devons nous, mettre ses possibilités à usage?

Bien sur que vous devriez. Vous devriez tout faire comme dans la Formation d’Organisation 101 (FO101 ou OT101 en anglais), faire des rencontres individuelles, identifier les meneurs et meneuses, les amener à faire des actions sur le lieux de travail, puis les inclure dans votre comité. Les newsletters et bulletins peuvent être un bon moyen de faire connaître les gains qui ont été gagné sur le plancher.

 

*Comment pouvons nous éviter d’être co-opter par le syndicat? C’est à dire de voir le syndicat légaliste en place clamer que les victoires du comité sont les siennes?

Le plus important c’est que les travailleurs et travailleuses eux-mêmes et elles-mêmes s’approprient la victoire, pas plus le syndicat d’affaire en place que le SITT-IWW. Si le rôle du SITT-IWW a été décisif, alors il faut souligner ce que l’organisation a fait, mais on ne peut pas simplement prendre tout le crédit. Par exemple, nous avons déjà mis en place un programme d’éducation, fait la promotion des tactiques de March on the Boss et travailler sur un blog indépendant. Or il ne s’agit pas ici d’être cette gauche si typique qui répète encore et encore les mêmes slogans en s’autoproclamant d’une avant-garde éclairée, mais plus tôt de l’utilisation par les travailleurs et travailleuses de méthodes qui font du gros bon sens.

 

*À quelle sorte de backlash pouvons nous nous attendre lorsque la double adhésion sera découverte par les plus hauts échelons de la hiérarchie? Quel type d’inoculation est requise avant que la campagne ne devienne public? Plus d’histoires et d’anecdotes pourraient être utile ici…

Au STTP nous avons simplement mis les choses au clair. Nous n’avions aucun intérêt à devenir l’unité de négociation certifiée pour les bureaux de postes et nous nous considérions comme de fidèles membres du STTP . Nous avons pourtant insisté qu’aucun travailleur, ni aucune travailleuse n’ait de permission à demander pour mener des actions sur le plancher, et que les officiers et officières devaient répondre de leurs membres et non le contraire. Cela étant dit, je pense qu’il y a trop de différences d’un syndicat à l’autre pour pouvoir donner une sorte de prescription passe-partout plus précise que d’être clair sur le fait que ce que nous voulons dire par syndicat est très différent de ce que l’AFPC, par exemple, entend par syndicat.

 

*En quoi est-ce que le AEIOU diffère t-il dans le contexte d’un environnement déjà syndiqué?

Il ne diffère pas.

 

*Quel est l’objectif ultime de l’organisation en double-adhésion? Dans la FO101 plusieurs sections commencent en demandant aux participant.es ,  »Pourquoi est-ce qu’on fait ça? », comme dans  »Pourquoi est-ce qu’on agite? »,  »Pourquoi est-ce qu’on demande à nos collègues de joindre le syndicat? »,  »Pourquoi faire un suivi sur les tâches? », etc. Je me demande si, peut-être, garder ce format pourrait être une bonne manière d’introduire ce module. Puis, tout comme dans la FO101, cela pourrait inclure une série de réponses. Pourtant je me sens un peu ridicule en disant cela, mais après m’être assis pour réfléchir à la question, je n’arrivais pas à articuler de réponse claire à  »pourquoi » nous faisons cela.

Je pense que l’objectif ultime de l’organisation en double-adhésion est le même que dans la FO101, construire un comité d’organisation fonctionnel qui peut mobiliser les travailleurs et les travailleuses sur le plancher pour faire des actions directe afin de faire valoir leurs intérêts propres.

Je vais essayer et travailler avec Rhiannon pour répondre à vos questions pratiques au sujet de l’atelier, je pense que plusieurs d’entre elles sont valides et le manque de précision ou de clarté de nos réponses ne relève non pas d’un problème avec vos questions, mais plus tôt du niveau de réflexion où nous sommes rendu. Néanmoins, un des points auquel je peux d’ores et déjà répondre au sujet de ce module est qu’il s’agit délibérément d’un supplément à la FO101 parce que nous pensons que cette formation couvre la base du travail d’organisation. Ce à quoi j’ajouterais qu’à mon avis, non seulement, le travail d’organisation en double-adhésion n’est pas si différent du travail d’organisation en milieu non-syndiqué, notamment en ce qui à trait aux compétences nécessaire, mais aussi que le gros du matériel est en fait orienté vers une compréhension de ce qu’est le SITT-IWW. Cela étant dit, je pense aussi que nous avons besoin de travailler la question plus en détails étant donné que le phénomène des syndicats d’affaires arborant le drapeau rouge est de plus en plus fréquent.

 

Écrit par Nick Walter, Edmonton IWW, le 17 octobre 2014
Traduit par le Comité Communication de la SLI de Montréal, le 16 mars 2017

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Des propriétaires d’entreprises chez les I.W.W. ?!?

Un complément de réflexion à l’article intitulé « être syndiqué IWW et travailleuse autonome » .

Il est vrai que le I.W.W. syndique tout le monde sauf les représentants de l’autorité étatique (policiers, magistrats etc) et les personnes en situation de pouvoir autoritaire sur d’autres travailleurs-euses ci-après nommés …les boss! Les employeurs en tant que propriétaire d’entreprise et leurs laquais que sont les gérants et autres cadres qui font ,selon ma compréhension, partie de la catégorie des « boss ».

Or qu’est-ce qu’un « travailleur autonome » ? N’est-ce pas un propriétaire d’entreprise ? N.. oui : Si on s’en tient uniquement à la définition que nous en donne l’économie libérale. Ce serait le cas à en juger par cette définition donnée sur le site éduca-Loi :

« En fait, le travailleur autonome et l’entreprise individuelle ne font qu’un, c’est-à-dire que le travailleur autonome exploite une entreprise et que cette entreprise est le résultat de son propre travail. Puisque l’on ne peut pas dire que le travailleur autonome est lui-même une « forme d’entreprise », on dit plutôt qu’il exploite une « entreprise individuelle» dont il est l’unique propriétaire. »

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Retour sur la Formation d’Organisation 101

Les 8 et 9 octobre derniers, le SITT-IWW Montréal a profité de la longue fin de semaine de l’action de grâce pour donner à une douzaine de ses membres une formation d’OT-101 (entraînement d’organisateur / organisatrice 101) en anglais à son local sur la rue Brébeuf, à Montréal.

La formation d’une durée de deux jours fut donnée par un organisateur des États-Unis et une organisatrice de l’Ontario, choisi-e-s de branches provenant de l’extérieur du Québec et ce, pour leur grande expérience. Ce choix permit aux quelques 12 personnes présentes de bénéficier non seulement d’une formation qui existe depuis longtemps et dont l’efficacité n’est plus à démontrer, mais aussi de l’expérience du formateur et de la formatrice qui fut très appréciée des participants et des participantes.
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Témoignage d’un.e membre de l’IWW Québec pour la journée internationale pour l’élimination de la pauvreté.

Voici un témoignage d’un.e membre de l’IWW-Québec:

«En cette journée Internationale pour l’élimination de la pauvreté, je ne peux que ressentir une profonde solidarité de classe envers celles et ceux faisant les frais des puissants. Provenant moi-même d’un milieu pauvre, je ressens depuis toujours dans mon corps et mon esprit le poids d’avoir à lutter contre les ravages et les traumatismes hérités de cette forme de violence : la violence économique. Selon moi, la pauvreté n’est pas une fatalité sortie tout droit de la nature, elle est planifiée par l’élite économique afin que ceux-ci conservent leurs privilèges et nous avons le pouvoir de la faire cesser.

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Être syndiquée IWW et être travailleuse autonome…

J’ai entendu à plusieurs reprises des questionnements sur l’enrôlement de travailleurs ou travailleuses autonomes au sein du IWW et j’aimerai y répondre en partie ici.

De 1, le IWW syndique tout le monde (sauf les patrons entre autres), autant les itinérant-e-s, que les prisonnier-e-s ou travailleurs et travailleuses du sexe que des étudiant-e-s ou chômeurs et chômeuses ou gen-t-es sur le bien-être social ou même encore toute personne travaillant dans une industrie particulière. Alors pourquoi pas les autonomes aussi. Ce sont, au final, des employé-e-s du système aussi.
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Retour sur la soirée d’introduction au SITT-IWW

Jeudi le 25 août dernier a eu lieu une soirée d’introduction au SITT-IWW Montréal au local du syndicat au 5323 rue Brébeuf, à Montréal. Une vingtaine de personnes étaient présentes, dont une quinzaine n’étaient pas encore membres de l’organisation et venaient pour en savoir plus, la plupart soit après nous avoir vu en action (notamment au Vieux Port) ou soit après y avoir été attiré-es par certain-es de nos camarades.

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Sept mythes à propos de Postes Canada

Affiché le 30 juin 2016 sur rankandfile.ca
Par Doug Nesbitt et Dan Darah (traduit avec l’autorisation des auteurs)

Sous l’ombre d’un nouveau lock-out ou d’une nouvelle grève chez Postes Canada, le patronat cherche de nouveau à miner la confiance du public dans le service des postes public en faisant appel à une campagne de désinformation envers les travailleurs et travailleuses des postes. Voici sept mythes à propos de Postes Canada que vous entendrez répéter dans les journaux et à la télévision, autour de la table à manger ou lors de votre pause cigarette, et par des politiciens et des patrons. Une version de ce document est disponible (en langue originale) sous forme de tract ou d’affiche. Une bonne façon d’afficher votre soutien.
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Ce n’est pas facile d’être une femme organisatrice

Au cours de la dernière année, je suis devenue active politiquement. Je suis passée d’une méconnaissance totale de la politique radicale à une implication dans l’organisation du travail à Miami, selon une perspective anarchiste. Ce fut à la fois un difficile et valorisant parcours, mais mon genre semble constamment me hanter. Je ne suis probablement pas la première femme ayant vécue cette expérience, mais je crois devoir faire la démonstration du fait qu’il s’agit d’un problème réel, tout en offrant mon point de vue personnel afin que d’autres femmes puissent avoir un point de référence au sein de leurs propres luttes.

Ayant été élevée par des parents nicaraguayens au sein de la communauté latino de Miami, j’ai vécue de près le sexisme inhérent à la culture du sud de la Floride. De nombreuses familles ayant immigrés en provenance d’Amérique du Sud, d’Amérique Centrale et des Caraïbes arrivèrent aux États-Unis en y important leurs traditions issues des années 70 et 80. Les jeunes filles sont ainsi élevées par des femmes ayant grandi en se faisant dire que leur but dans la vie était de devenir des épouses obéissantes, se dévouant cœur et âme à l’éducation de leurs enfants et au bonheur de leurs maris. Les femmes latino sont ainsi supposées être modestes, réservées et soumises, et être en mesures de jouer un rôle purement domestique. Bien que certaines familles hispaniques ne se soumettent pas entièrement à cette construction sociale, il reste que celle-ci joue toujours un rôle de premier plan au sein d’une très grande part de la communauté latino. À titre d’exemple, cette construction sociale se retrouve au sein des trois dernières générations des familles de mon père et de ma mère. Mes arrière-grand-mères et grand-mères, ainsi que ma mère et mes tantes, n’ont jamais complété leur scolarité et ont toutes dévoué leurs vies entières au service de leurs maris et de leurs enfants. Pendant ce temps, de nombreux hommes au sein de ma famille élargie ont pu compléter leur éducation, certains ayant même reçu un diplôme universitaire, et ont ainsi pu devenir des figures dominantes au sein de leurs communautés. Les hommes de la famille ont pu faire ce qu’ils voulaient puisqu’ils reléguaient toutes les responsabilités domestiques et familiales à leurs épouses. Poursuivant ce cycle, ma grand-mère et ma mère ont bien tenté de m’élever de la même manière. Je me suis fait dire de ne pas m’engager dans des activités dites « masculines », que ce soit le sport, le domaine universitaire, la politique, ou tout autre domaine dominé par l’homme. Malheureusement pour elles, j’ai toujours refusé de me soumettre à leurs standards de féminité. Je fais du sport depuis l’âge de dix ans, j’ai développé un intérêt profond pour l’histoire, la sociologie et la science politique, et je suis présentement engagée dans trois projets de nature politique. Cette attitude est une telle source de frustration pour mes parents que je me retrouve à être insultée sur une base quotidienne. Ma mère me traite de ‘tomboy’, me dit que je suis égoïste parce que je consacre autant de temps à l’organisation politique, et déplore ma soi-disant « promiscuité », du fait que les groupes politiques auxquels j’adhère sont formés en majorité d’hommes. Mon père, quant à lui, me dit que j’agis de manière insensée en consacrant autant de temps à la politique au lieu de bien me préparer à mon futur rôle de mère et d’épouse.

Tout au long de mes deux décennies de vie à Miami, j’ai pu rencontrer une multitude de femmes d’origines diverses. À l’école, dans le cadre de mon travail en tant qu’assistante-infirmière, ainsi qu’en politique, j’ai côtoyé des femmes originaires du Nicaragua, du Honduras, du Mexique, de Colombie, d’Argentine, de République Dominicaine, de Porto international-womens-day-posterRico, d’Haïti, de Jamaïque, du Népal et des Philippines, et elles ont toutes des histoires similaires à partager. Chacune d’entre elles m’ont révélé l’oppression qu’elles vivaient à la maison. Elles sont forcées de se conformer au rôles de genres et de suivre les standards traditionnels de ce qui définit une femme. Certaines ont tenté de se libérer de ces rôles, mais la pression de leurs entourages et de leurs familles finie généralement par venir à bout de leur volonté. Si certaines réussissent à se battre contre le courant, elles sont systématiquement insultées et stigmatisées, développent une mauvaise estime de soi et sombrent parfois dans l’anxiété et la dépression. J’ai moi-même vécu, et vis encore, des épisodes de détresse émotionnelle. Je me suis sortie d’une dépression en 2013 après six mois de thérapie, et je me bas encore aujourd’hui contre l’anxiété sociale et une mauvaise estime de moi-même. Malgré tout, je réussis à conserver mon intégrité et je continuerai à le faire afin de poursuivre le combat.

Entendre les récits et être témoin de la peine de toutes les femmes victimes du patriarcat m’a inspiré à poursuivre ma route en tant qu’organisatrice. Voir la passivité de ma mère face à mon père, voir mes sœurs être forcées d’adopter des traits indésirables, et être témoin des larmes de ces femmes ayant partagé avec moi leurs récits de vies sous l’oppressive domination masculine m’a permis de transformer ma colère en énergie positive et à me dévouer à la création d’une société au sein de laquelle les femmes ne seront plus opprimées. Je ne veux plus avoir à faire face à l’inégalité des genres et devoir regarder nombre de femmes tomber dans ses rouages. Nous ne pouvons plus continuer à négliger ce problème et devoir faire face à celui-ci seules. En tant que femmes révolutionnaires, nous devons prendre ces problèmes au sérieux et trouver des stratégies et des solutions afin de les surmonter.

Une manière de s’engager dans cette lutte est de partager nos expériences entre nous afin d’identifier les problèmes auxquels nous faisons face aujourd’hui. Nous ne devons plus nier et réprimer notre frustration face à l’inégalité des genres. Celle-ci doit s’exprimer. Comment pouvons-nous prétendre bâtir une révolution sociale alors que nous n’osons que rarement parler de nos propres tourments personnels ? Je sais qu’il est parfois difficile de partager les difficultés auxquelles nous faisons face à la maison, au travail ou au sein de nos cercles politiques. Il est même ardu pour moi d’écrire ce texte, mais nous devons arrêter de 1546449_10152142519671361_8569163409494853563_nlaisser ces obstacles barrer notre chemin. Je me souviens avoir été pétrifiée la première fois que je me suis exprimée à propos de mes problèmes personnels auprès d’une camarade. Je croyais qu’elle ne me comprendrait pas et que je la dérangerais, mais après lui avoir raconté mon histoire, j’ai vite constaté qu’elle faisait face aux mêmes problèmes et était empathique face à ma situation. Ça a complètement transformé ma vie puisque j’avais auparavant cru que je devais sans cesse attendre afin de parler de ces problèmes à ma thérapeute, mais j’avais tort. Il y a plein de gens autour de nous prêts à écouter et à nous supporter; il n’en tient qu’à nous d’aller vers eux. J’ai fini par comprendre que les problèmes de genres existent toujours et que les obstacles auxquels je dois faire face sont bien réels. À travers des actions toutes simples comme parler de ceux-ci et bâtir des liens, je crois que nous arriveront à créer un collectif de gens déterminés à créer des tactiques afin d’abolir ces oppressions. C’est ainsi que s’est formé Mujeres Libre, qui a réussi à créer une tendance au sein de la Confederación Nacional del Trabajo et de la Federación Anarquista Ibérica afin de faire face au problème d’inégalité des genres. En grossissant leurs rangs, Elles ont fini par se tailler une place de choix au front lors de la révolution espagnole. Nous pouvons faire de même aujourd’hui si nous y mettons nos cœurs et âmes. Plusieurs d’entre nous diront que nos capacités et le climat social d’aujourd’hui rendent une telle chose impossible, mais comment le saurions-nous sans avoir même essayé? C’est pourquoi j’encourage toutes les femmes révolutionnaires à cesser de douter d’elles-mêmes et à engager le combat. Brisons dès maintenant le silence et créons la solidarité dont nous avons besoin.

-Luz Sierra

Publié en version originale anglaise en avril 2014 dans l’Industrial Worker, l’article Being A Women Organizer isn’t Easy de la fellow worker Luz Sierra obtiendra la première place dans la catégorie Contribution à l’Industrial Worker de l’année lors du Working Writers Contest et sera réédité en 2015 pour le pamphlet Radical Works for Rebel Workers

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Je suis serveuse, en quoi le 15-5-7 ça me concerne? Et comment y arriver?

Depuis que j’ai 14 ans, je travaille dans l’industrie de la restauration. Ça veut dire que depuis que j’ai 14 ans j’en ai vu de toutes les couleurs de passe droit et de salaire de merde. Mais j’ai eu de la chance, j’ai commencé hôtesse et ai toujours eu un peu de pourboire. Arrivée à l’étape de l’appartement, j’étais serveuse, ce qui me garantissait un coussin financier confortable.

Au printemps passé, pendant que je cherchais une job, je n’ai pas réussi à en trouver une tout de suite dans le service et c’est là que j’ai vécu, ou plutôt tenté de vivre, au salaire minimum. J’ai pas du tout la théorie qui vient derrière le 15$/h, mais j’ai le vécu. C’est pas vrai qu’à 10,55/h on réussi à payer son loyer, à bien manger et à se déplacer. Le salaire minimum à 15$/h, ça veut dire arrêter de se demander si j’ai assez d’argent pour prendre le métro à la place de marcher 1 heure l’hiver à -40°C. Ça veut aussi dire que, pour les parents, une job chacun à 40h/semaine pourrait être suffisante.

On va se le dire, j’ai 21 ans, pas d’enfants et aucune autre responsabilité que de m’occuper de moi-même. Si dans ma situation c’est difficile, j’imagine même pas c’est quoi pour mes collègues qui ont des enfants.

Comme salariée à pourboire ça veut dire quoi le 15$/h ?

Dans l’industrie dans laquelle je travaille, on retrouve deux positions envers le salaire minimum à 15$/h. Il y a les gens pour, qui souvent travaillent en cuisine et il y a nous, les serveuses qui, franchement, à moins de travailler dans un casse-croûte, nous retrouvons bien au-dessus de ça avec le pourboire. Nous voyons donc difficilement ce qu’il y a à gagner avec le 15$/h, mais plutôt ce qu’il y a à perdre.

Comme serveuse, on vante souvent l’idée que le service c’est un peu comme gagner à la loto ; on fait la palette. J’y crois presque encore, du moins c’est tellement ancré que je veux y croire. Mais quand j’y pense, à part les filles de mon âge, qui souvent commencent, des femmes et hommes émancipés et à l’aise financièrement dans leur job tellement payante dans le service, j’en ai jamais vus. Ma première job c’était une job géniale : petit restaurant haut de gamme en bordure de Québec, avec comme serveuses des femmes dans la quarantaine en montant et dans les petits postes, des gens de 14 ans, comme moi à l’époque. Pis je m’en rappelle de ces femmes-là, des anges, super gentilles, qui sont dans l’industrie depuis leurs 14 ans. Sauf que ce sont aussi des femmes qui en ont des histoires à dormir debout sur l’industrie. Des femmes qui ont jamais un congé de leur vie, qui se sont fait renvoyées quand elles sont tombées enceintes, qui ont des problèmes de consommation, des problèmes d’argent par dessus la tête, des problème de santés, mais pas d’assurance, rien, que des peanuts.

Pis dans ma deuxième job, on avait toutes entre 20 et 25 ans. On avait de l’argent à dépenser et les quatre jours de 12 h de file sont plus faciles à toffer avec quelque chose dans le corps qu’à jeun. Fait que quand on y pense, c’est normal que 20 ans plus tard dans cette industrie, on en ait des problèmes pis qu’on soit autant poquées. La loto du service je veux vraiment y croire, parce que c’est ce qui fait qu’on se dit que notre job est moins pire que celle du cook. Mais si c’est vraiment la loto pis que pour la gagner on se maganne, je vois pas en quoi le tip en vaut la chandelle.

Pis en plus ce qu’on oublie c’est qu’on cotise sur notre retraite, sur le chômage, sur les vacances, à 9,05$/h. Dans le fond on oublie que dans le moment, on y arrive en masse, mais que dès qu’on tombe malade, que notre boss nous trouve pu assez cute, qu’il ferme ou qu’on veut des vacances, on se retrouve avec des peanuts et, tout d’un coup, on y arrive pu pantoute.

Et on va se le dire, le tip que je fais est pas juste du à mon sourire, souvent il y a le «est-ce que ma bouffe était bonne» et «est-ce que ça a pris 1h ou 20 minutes avant de recevoir ma bouffe». Depuis 7 ans je suis dans l’industrie et depuis 7 ans que je vois les serveuses et les cuisiniers se battre sur la question de salaire. Ce serait tellement plus sain et juste qu’on soit toutes à 15$/h et de partager le pourboire. Pas juste ça, le «j’accepte la familiarité malaisante des clients» deviendrait tellement moins nécessaire, on pourrait respirer, et garder la même qualité de vie.

Pourquoi 5 semaines de vacances payées et 7 jours de congés maladies payés ?

Le 15$/h c’est vraiment sur la coche quand on a un salaire de 10,55$/h, c’est à peine si on réussit à y croire. Sauf que 5 jours semaine, 52 semaines par années, à moins que t’aie la chance d’être là depuis plus d’un an et que tu as 2 semaines de moins, c’est juste pas sain. Ça sert à quoi 15$/h quand on peut pas souffler ? Pis pourtant nos boss eux s’en offre des vacances, sur notre dos. Parce qu’on va s’entendre que si mon boss fait autant d’argent, c’est pas parce qu’il travaille plus que moi, c’est parce qu’il a eu l’idée et les ressource pour partir son entreprise. Les 5 semaines de vacances, c’est en gros d’aller chercher notre du en tant que force de travail. On crée le profit, on peut demander à en profiter aussi. C’est aussi simple que ça.

Ça fait 7 ans que je travaille dans la restauration, ça veut dire que jsais pas c’est quoi un congé maladie. Non seulement prendre congé parce qu’on est malades nous vaut souvent un avertissement écrit ou la perte de l’emploi, mais ça veut aussi dire une perte de journée de salaire et ça, on peut pas se le permettre.

Pis en fait, la majorité des gens vont dire que c’est DÉ-GUEU-LASSE de savoir que la majorité des employés de restauration prennent pas congé quand ils ont la gastro, parce que «hey, jla mange cette bouffe là moi !». Ben oui. C’est dégueulasse, mais le loyer se paye pas tout seul, sorry. Les 7 jours de congés maladies payés c’est comme les 5 semaines de vacances : c’est un gros minimum. Et là on demande pas à ce qu’ils soient payés seulement s’ils sont pris, non. On demande que, pris ou pas, les congés maladies soient payés. Ça veut dire : pas d’excuse de la part du patron sur le fait qu’il y avait pas de papier du médecin et pas besoin de justification pour se le faire payer.

Comment ça va être possible d’y arriver ?

Le 15-5-7, c’est possible et c’est un gros minimum. Mais, la seule façon que ça arrive de façon permanente, c’est qu’on s’organise sur nos milieux de travail. Quand on voit des gains par les élections, ces gains sont temporaires s’ils décident de le donner, ils peuvent décider de l’enlever. On l’a vu souvent, comme le Parti québécois qui a longtemps été mis de l’avant par les syndicats pendant les élections. Mais dans les faits, c’est le parti qui a mis en place le plus de Lois spéciales. La rhétorique électorale j’y crois pas, ça fait 7 ans que jvois le monde de mon industrie dans marde et maintenant que jle suis aussi, j’y crois encore moins. La politique des gens riches me concerne pas, leurs projets me concernent pas, la mienne est sur mon milieu de travail et prend acte avec mes collègues en opposition aux intérêts de nos patrons.

Quand on passe par la base et par l’auto-organisation des milieux de travail, on crée un momentum. Ce qui se passe, c’est un mouvement. Quand on s’organise sur nos milieux de travail, on s’organise avec nos collègues et nos collègues s’engagent dans la lutte contre leur adversaire direct : le patronat. Ce qu’on veut, c’est pas quelques personnes qui convainquent les masses. Le problème avec la tentative de «convaincre», c’est qu’un autre peut aussi le faire contre vous. Ce qu’on veut, c’est que ça vienne de nous ; parce que quand ça vient de la base, de nous, le gain est solide. Quand on se bat pour quelque chose, qu’on le gagne, si on nous l’enlève, on réagit. Quand on a l’impression qu’on nous l’a donné, si on le perd, on se résigne.

À l’IWW on croit que c’est par l’organisation qu’on peut vraiment gagner et renverser le rapport de force. On s’organise sur nos milieux de travail avec nos collègues. Dans la théorie, c’est vraiment beau de se dire que ça va se faire par les élections, mais le vrai pouvoir est sur nos milieux de travail, pis mes collègues et moi savons ben mieux comment le mettre en place qu’un gouvernement ou que n’importe quel autre groupe qui parle à travers son chapeau. À l’IWW on fonctionne par la base. En gros, quand à ma job on va se syndiquer, on va le faire dans nos propres termes, on va avoir nos propres revendications et nos moyens d’actions. La section locale intersectorielle n’aura aucun droit de décision, sauf si on le demande. Si on veut pas aller en grève, on ira pas. Mais si au contraire on veut y aller, watch out, y a personne qui pourra nous en empêcher.

Ce qu’on fait, c’est parler avec nos collègues, parce leurs problèmes, NOS problèmes, sont ce qui font qu’on se rassemble, pis qu’on se solidarise. J’ai une collègue que si tu lui parles de tes problèmes, elle compatie, mais hell no qu’elle s’embarquera pas dans quelque chose pour toi, ben oui, c’est ça l’individualisme. Mais quand tu lui demande ce qui va mal à job, elle en a gros sur le cœur et elle veut se battre pour ce qui la touche si elle sait qu’elle est pas seule.

Jamais on enverra quelqu’un leader une campagne. À l’IWW on a la célèbre phrase «every worker’s an organizer». Ça vient de nous tous : tout travailleur/toute travailleuse est un organisateur/une organisatrice, ça vient pas d’un comité central, pas d’une assemblée, et si on veut s’organiser on s’organise et on agit. C’est nous qui savons le mieux comment ça doit être sur nos milieux de travail, pas mon boss, pas mon camarade militant, nous ; c’est nous qui pouvons faire que ça soit possible, que ça change. Ce que ça fait, de s’organiser, c’est qu’on devient plus sûrs de nous, on prend les rênes et ça donne le goût d’agir.

Le 15-5-7 on va se le dire, c’est une méchante bonne idée. Sauf que on va aussi se le dire, il y a un superbe pattern dans certaines industries précaires qui veut que l’adversaire c’est pas mon boss, mais mes collègues. Parce que le cuisinier se force pas assez pour faire des belles assiettes pis que X a une section plus payante que moi. Ben oui, on s’est tous fait former dans l’optique de la «compétition naturelle» pis ça donne ça. Pis là, ça, ça brouille un peu les cartes, parce que pour que le 15-5-7 fonctionne, faut qu’on se tienne les coudes. Pis la compétition, ça fait le contraire.

Moi, la seule tactique que j’ai vu fonctionner pour solidariser mes collègues, c’est l’organisation. Pis l’organisation sur des enjeux qui touchaient tout le monde, même mes gérantes. Pis à partir de ça on augmente les demandes, pis les moyens de pressions. C’est pas vrai que dès le début tout le monde va vouloir le 15$/h. Mais un moment donné, quand ça fait des mois, voir des années que tu te bats contre le même adversaire avec tes collègues, sur des problèmes qui t’ont touchés au début, pis des fois pas, pis des fois juste toi pis pas lui, ben tu viens à te demander pourquoi les salaires sont pas plus justes. Ce qui fait que tout d’un coup, parce qu’il m’a aidée quand mon boss faisait du harcèlement, parce que je l’ai aidé quand il a eu besoin d’une hausse de 50 cennes, etc., partager mon tip de façon égale est vraiment plus logique qu’au départ.

Et là on va se le dire, c’est assez réformiste comme demande. Ce qu’on demande c’est pas l’abolition de l’exploitation, ni l’abolition du salariat. On demande juste une plus grande part des profits de nos patrons et un meilleur mode de vie. Sauf qu’à quelque part, en attendant d’arriver aux beaux projets de société qu’on essaie de me vendre à gauche pis à droite, j’aimerais ça pouvoir payer mon loyer, pis j’aimerais ça manger autre chose que les sandwichs qui sont gratuits à ma job. Pis dans tout ça, en voulant le 15$/h pis les vacances et les congés maladies payés, on lutte. Quand on s’organise entre travailleurs et travailleuses, on crée une classe plus forte, on se solidarise et on renverse le rapport de force.

Comme travailleuse, on m’a appris à penser que c’était impossible de changer les choses sauf si je devenais gérante. On m’a appris à critiquer mes collègues qui ne faisaient pas des doubles et à me référer à mes patrons s’il y avait un problème sur le plancher. Avec l’organisation et l’IWW, ce que j’ai commencé à voir, c’est que les intérêts de mes patrons ne sont pas d’avoir un milieu de travail avec une cohésion interne. La compétition entre serveuses et la rivalité cuisine-service est un bon exemple de ce qui sert le patronat. Diviser pour mieux régner, ça vous dit quelque chose ? Ben en voilà une belle illustration !

En s’organisant et en se solidarisant sur nos milieux de travail, on peut rendre possible ce genre de gain. On peut gagner ce qu’on demande. On s’empower et on comprend qu’on mérite encore plus. En renversant le rapport de force, on brise une barrière et on se rapproche de l’abolition du salariat.

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Discours de Morgane Mary-Parson, rerprésentante du SITT-IWW Montréal au forum pour le 15-5-7, en février dernier. Publié pour la première fois dans l’édition de Mai 2016 du Combat Syndical.

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La Régie du très très lentement… Pour qui?

Dans le cadre des Jeudis de la Justice, en date du 24 mars 2016, au Comité d’éducation aux adultes de la Petite-Bourgogne et Saint-Henri (CÉDA) sur la rue Delisle, près de la station Lionel-Groulx, se tenait une rencontre ouverte d’information et de discussions sur la campagne menée depuis plus de deux ans par des membres des comités-logements P.O.P.I.R et Projet Genèse. L’avocat des Services juridiques communautaires, Me Manuel Johnson, clarifiait le brouillard et la complexité des formalités juridiques entourant les plaintes, les demandes de dossiers à la Régie du logement et leurs avancées, si avancées, il y a.

Le Comité Régie du Lentement proteste activement contre les inégalités commises à la Régie du logement (tribunal administratif indépendant, officiellement neutre et impartial), à l’endroit des plus précaires. Ses membres militent, entre autre, contre l’immense disparité des délais d’attente entre les propriétaires et les locataires, soit une moyenne de 2 mois pour les causes de non-paiements des loyers face à une moyenne de 20,4 mois pour les raisons 12899656_10153925404744333_1638262227_nnommées ‘’civiles générales’’ (insalubrité, harcèlement, abus et autres préjudices). Les démarches sont donc 10 fois plus rapides, aujourd’hui, pour ceux ou celles qui possèdent le logement que pour ceux ou celles qui l’habitent. Il est notable de spécifier qu’en 1998, le temps d’attente moyen des dossiers de causes civiles générales était d’approximativement 3 mois. Nous pouvons voir que la majorité des procédures juridiques cheminant à la Régie du logement font suite aux demandes d’un ou d’une propriétaire, puisqu’ils et qu’elles déposent 88% des plaintes, dont 62% pour non-paiement d’un loyer, et que 85% des plaintes venant des locataires sont d’ordre civiles générales. Évidemment, étant donné la si mince représentation des moins nanti-e-s et du temps d’attente suffisamment long pour qu’un déménagement survienne dû à la fin d’un bail, leurs demandes finissent souvent par tombées, complètement ou en partie. Selon Me Johnson: ‘’Lorsque les locataires changent de logements, les demandes faites sur les rénovations du logement ou les baisses de loyers tombent, disparaissent’’; C’est-à-dire qu’il ne reste généralement que les demandes de dédommagements moraux qui tiennent, et elles sont les plus difficiles à démontrer juridiquement. Ajoutons que pour toutes plaintes, il est primordial pour le ou la plaignant-e de prouver toutes formes de désagréments, mais que le simple fait de ne pas payer son loyer (qu’il affecte sérieusement ou non les finances des propriétaires) est une preuve substantielle de préjudice à l’endroit des locateurs et des locatrices. Effectivement, il est plus aisé de mettre en évidence le non-paiement d’un loyer que le stress causé par le harcèlement d’un-e voisin-e ou la cause première d’une infestation de vermine. Dans certains cas, il se peut que le non-paiement ou le retard d’un loyer leurs engendrent de réelles difficultés, que ce soit des pénalités économiques ou la saisie de la résidence. Toutefois, l’enjeu abordé dans cette campagne n’est pas un combat contre les avancées accélérées des propriétaires, mais tient plutôt dans le besoin, le droit, d’avoir autant de célérité dans les procédures pour les dossiers des locataires plaignant-e-s.

12899723_10153925404714333_1711200640_nLe manquement à plusieurs conditions de contrats auxquels l’État québécois participe est décrié par la Déclaration commune pour un réel accès à la justice à la Régie du logement, rédigée par le Comité Régie du Lentement et signée par une panoplie de groupes communautaires, de syndicats, d’associations de locataires, de regroupements d’organismes sans but lucratif, d’individus et même des arrondissements municipaux de Verdun et du Sud-Ouest, à Montréal :

Malgré les termes des documents internationaux considérés par le gouvernement du Québec, tel que l’article 11 du Pacte international des droits économiques, sociaux et culturels, dont le Québec est signataire, ‘’reconnaissant le droit de toute personne à un niveau de vie suffisant pour elle-même et sa famille, y compris une nourriture, un vêtement et un logement suffisants, ainsi qu’à une amélioration constante de ses conditions d’existence’’; ainsi que l’article 25 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, stipulant que ’’Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires’’. Bien que plusieurs articles de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne interdisent la discrimination et obligent l’accès à un environnement de vie et des services sociaux décents, les inégalités dans les conditions des logements sont choquantes. Malgré le devoir, en tant qu’instance législative, de la Régie à être équitable et objective, l’iniquité dans les délais du traitement des plaintes est criante. Ces injustices mènent du bruit… Du bruit produit par le Comité Régie du Lentement qui s’entend dans les rues, devant et dans les bureaux de la Régie du logement, de l’ex-ministre responsable des affaires municipales, Pierre Moreau, et de l’actuel ministre détenant ces responsabilités, Martin Coiteux. Le vacarme mené par la campagne est clair; il réclame par la Déclaration commune pour un réel accès à la justice à la Régie du logement :


– Que toutes les demandes émises sont traitées selon l’ordre d’arrivée (premier arrivé, premier servi);

– Que toutes les demandes soient traitées dans un délai maximum de 3 mois;

– Que les causes concernant la santé et la sécurité des plaignant-e-s soient traitées en moins de 72 heures.

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Soulignons toutefois les quelques acquis obtenus depuis le début e la campagne, minimes, mais des acquis tout de même. La première avancée se manifeste par l’embauche de nouveaux employé-e-s, suite à l’ouverture de postes supplémentaires. Le second et dernier gain, probablement l’enfantement du premier, est la réduction de 0,3 mois d’attente pour les demandes civiles générales, passant d’une moyenne de 20,7 à 20,4 mois.

Suite aux refus répétitifs de Pierre Moreau à rencontrer les membres du Comité Régie du Lentement, l’espoir d’une rencontre avec le nouveau ministre responsable des municipalités, Martin Coiteux, fait surface. Néanmoins très peu optimistes d’une réponse ministérielle divergente de la précédente, les militant-e-s de la campagne ont lancé-e-s lors de cette rencontre, un questionnement quant à l’avenir de leur mobilisation et la façon de l’exercer. Lors de cette soirée d’information et de discussion, des propositions de tous genres fusèrent de part et d’autre : harcèlement médiatique, multiplication des manifestations et des actions directes et l’exigence de la tenue d’une enquête publique sur la Régie du logement, par exemples.

Dans le cadre de la Journée des locataires, le 24 avril prochain se tiendra une manifestation nationale afin de 12899672_10153925404719333_1673965386_nprotester contre les pénibles conditions des logements et de leurs occupant-e-s. Pour plusieurs, les problématiques liées au logement semblent n’être que des caprices, mais pour ceux et celles qui vivent quotidiennement la moisissure, les coquerelles, les rats, les infiltrations d’air et les problèmes de santé (physique et psychologique) qui en découlent, ce n’est pas des ‘’caprices’’ aptes d’attendre près de 2 ans avant quelconque possibilité de changement. Selon la travailleuse sociale, Valérie Beauregard : ‘’Même dans des conditions d’insalubrité, la rapidité d’exécution de la demande varie selon les causes de ces conditions. Lorsque la faute revient aux locataires, le traitement des dossiers est plus rapide que lorsqu’elle provient des locateurs ou des locatrices.’’

Le droit à un logement décent étant certes plus récent que l’ancestral droit à la propriété privée, il parait difficile, même dans les institutions juridiques, de douter de la primauté de cette antiquité légale opposée à un environnement sain et sécuritaire. C’est donc à se demander jusqu’où devrons-nous se rendre pour se faire entendre? À vous de voir, jusqu’où êtes-vous prêt-e-s à aller pour un changement radical des conditions d’existence des locataires?

Par Nathaniel Oliveri-Pilotte

Crédit photos: Arthur Létourneau-Vachon

Liens utiles
http://www.ohchr.org/FR/ProfessionalInterest/Pages/CESCR.aspx PIDÉSC
http://www.ohchr.org/Documents/Publications/ABCannexesfr.pdf DUDH
http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=/C_12/C12.HTM CQDL
http://regiedulentement.com/declaration/ RL-Déclaration
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Manif 24-02